‹ La salamandre (volume 2)Chapitre 16 sur 46 · NAUFRAGE · texte numérisé non relu

NAUFRAGE

Une occasion, mon cher Tom.

Byron, Mémoires.

Non, le fou du ciel n'est pas plus vif ni plus prompt que celui qui vint à l'instant m'embrascr. Rousseau, Julie.

Après avoir longtemps pleuré , charmée , obsédée par le souvenir de Szaffie qu'elle ne pouvait fuir, maudissant l'amour profond qu'elle ressentait pour lui ; ayant vingt fois invoqué la mort, Alice s'était endormie, abattue, brisée parla douleur.

Éveillée par le tumulte qui régnait sur le pont , elle entendit ces mots affreux : — La corvette périt... nous coulons.

— Mon Dieu! qu'est-ce que cela? s'écria-t-elle en se levant à demi.

La porte de sa chambre s'ouvrit.

— Au nom du ciel ! ma tante !

C'était Szaflie.

Il ferma la porle, puis-:

08 LA SALAMANURK.

— Nous sommes perdus , Alice ; avant dix minutes, la corvette sera engloutie.

— Que dites-vous?

— Une voie d'eau vient de se déclarer ; nous périssons, voyez !

En effet, le sabord qui ordinairement s'élevait à deux pieds hors de l'eau, était descendu d'un pied et s'abaissait encore.

— C'est vrai, nous allons mourir! dit Alice pensive.

Et ses joues devinrent pourpres, et un éclair brilla dans ses yeux humides de leurs dernières larmes.

— Mourir! dit-elle encore , le ciel m'a donc entendue.

Et son visage rayonna,

Szctffie , s'approchant d'elle, prit ses mains brûlantes dans les siennes.

— Et c'est parce que nous allons mourir, Alice, que je suis venu mourir près de toi. Et je donnerais ma vie pour cette mort — dut ma vie recommencer longue et prospère.

A ce moment , un effroyable cri d'angoisse retentit sur le pont, et le sabord s'abaissa jusqu'il u niveau de la mer.

— Entends-tu, Alice? dit-il en la serrant contre lui avec passion.

— Oh! j'entends bien, Szafl&e. Je vais donc mourir enfin , et avec vous !

— Oui, avec moi.

Et sa bouche s'attacha sur la bouche d'Alice.

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