‹ La salamandre (volume 2)Chapitre 39 sur 46 · LE JUGEMENT. 1Î · texte numérisé non relu

LE JUGEMENT. 1Î

à bord (lu vaisseau aniir;il en ce poit , après avoir entendu la messe du Saint-Esprit , le conseil de guerre maritime en jurande tenue, en vertu de l'ordonnance de Sa Majesté; les débats relatifs au sieur Pierre Huet , ex-lieutenant de la marine royale , étant terminés, et toutes les formalités voulues par le décret du 24 juillet 180G ayant été remplies ;

« Ouï le capitaine -rapporteur et l'accusé ; le conseil, après avoir délibéré à huis-clos, en présence de M. le procureur de Sa Majesté; M. le président , ayant recueilli les voix , a reconnu , à Yunanimité^ la procédure régulièrement instruite, et a reconnu, aussi à l'unanimité^ Pierre Huet coupable de tentative de meurtre , suive d'exécution, sur la personne de son commandant.

a Et ayant écarté les autres chefs de l'accusation, le conseil condamne en son àme et conscience, et à l'unanimité des voix, le nommé Pierre Huet à la peine capitale, l'arrêt devant être exécuté dans les vingt-quatre heures ; et en outre condamne l'accusé aux frais envers l'Etat.

« Fait, clos, jugé et arrêté à bord du vaisseau amiral au port de Cherbourg , le jour, mois, an précités, vers onze heures moins un quart du matin. Et MM. les membres du conseil ont signé avec le greffier la minute du jugement, etc. »

En entendant son arrêt , Pierre ne dit pas un mot; aucune émotion ne se peignit sur sa figure, car depuis longtemps il vivait avec cette idée. Seulement, s'adressant au président :

— Mon général, seriez-voiis assez bon pour m'accorder deux mots d'entretien ?

— Je suis à vous, monsieur. Veuillez nous laisser, messieurs, dit-il aux membres du conseil, qui sortirent.

— Général, dit Pierre quand ils furent seuls, me reconnaissez-vous ?

— Oui, Pierre, dit l'officier en lui tendant la main ; je vous ai vu au feu, et je sais qui vous êtesc C'est une inexplicable fatalité, car je ne connais personne dévoué plus que vous à la discipline.

— Général, j'ai un fils.

— J'y avais pensé, Pierre. Et son avenir ne doit pas vous inquiéter.

— Son avenir! Non! dit Pierre tristement. Il se tuera !

— Mon ami, cette idée...

— Il se tuera, général, je le sais. Seulement je voudrais, je voudrais... que nous ne soyons pas séparés : vous m'entendez ?

— Pierre, mon ami, je ne partage pas vos craintes. Votre fils...

— Il se tuera, répondit Pierre. Seulement, général, pensez à une prière pour nous deux ; j'y tiens. Je n'ai jamais été cagot, mais je suis sur qu'il y a quelque chose là-haut ! C'est dit, général.

— Dans le cas oii le malheur que vous prévoyez arriverait, foi de marin ! ce sera.

— Merci, général. Adieu ! dit Pierre en lui tendant la main.

VISÎTE. J7Ô

— Venez donc là, mon brave, répondit l'iimiral en lui ouvrant les bras. Ce n'est pas la première lois ! — N'est-ce pas moi qui vous ai donné l'accolade de légionnaire !

Et les deux marins lombcrent dans les bras l'un de l'autre.

— Adieu, adieu, général; pensez à nous! dit Pierre en voyant l'amiral s'éloigner.

Il regagna sa chambre. Il n'y trouva plus son fds... 11 s'assit tristement à la place où son entant s'était assis, et passa la nuit à méditer.

Il devait être fusillé à onze heures du matin , sur un ponton, par un peloton de gendarmes.

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