ALICK
— Ma iiièie, qui es au ciel
Mais la lampe pâlissante trissoima et s'éteignit avant qu'elle eût achevé sa prière.
— Oh ! ma mère, je suis perdue ! s'écria la jeune fille d'une voix déchirante.
Et, sanglotant, elle tomba, sa tête cachée dans ses mains.
A peine une minute s'était-elle écoulée, qu'elle releva son visage baigné de larmes, comme pour jouir avec amertume des ténèbres qui lui prédisaient un avenir si funeste. Mais quelle fut sa surprise, sa joie, quand elle vit un doux et faible rayon du soleil, qui, bordant ses volets d'une légère lueur dorée, se jouait dans la chambre, et allait s'épanouir sur le Christ d'ivoire et le rameau béni, qu'il semblait entourer d'une pâle auréole de lumière.
Celte tendre et mystérieuse clarté, si inattendue, si rassurante, qui se glissait au milieu de cette profonde obscurité, comme l'espérance dans un cœur souffrant, vint calmer la jeune fille et rendit sa tristesse moins cruelle.
— Oh ! ma mère, lu as entendu ton enfant ! ditelle avec ivresse, avec délire, en s'agenouillant pour remercier Dieu.
Puis, fatiguée des émotions si vives et si diverses qu'elle avait évoquées, elle ferma ses yeux encore humides, enlr'ouvril ses lèvres roses, et les derniers mots qui s'cxhidèrent avec sa fraîche et voluptueuse haleine turent :
— Ma mère... les anges du ciel... bonheur!
Et elle s'endormit entre une larme et un sourire.
Dors, jeune fille, dors ! Fasse le ciel que ce rayon matinal soit l'aurore d'un beau jour pour loi ! Dors ! Alice, qu'un songe gracieux et pur comme Ion cœur vienne te bercer.
Dors, enfant! peut-être les regretteras-tu, ces nuits agitées, cruelles et presque sans sommeil.
Pauvre enfant, après avoir respiré l'atmosphère de ce monde brillant et paré, où tout est fleurs, parfums et lumière, ivresse et volupté, désirs brûlants et folles amours.
Peut-être les regretteras-tu, ces longues heures de solitude et de tristes rêveries ; peut-être, au milieu d'une gaieté convulsive et menteuse, le^>, regretteras-tu, ces douces larmes que tu versais toute seule en pensant à ta mère.
Peut-être regretteras-tu ton monde à toi, ton monde idéal que tu créais pour toi, «juetu peuplais pour toi; ton monde où tu étais souveraine, où, évoquant vingt avenirs, tu pouvais, insouciante et capricieuse, les effacer d'un souffle.
Dors, Alice! et si ton cœur vifginal pouvait jouir des tourments que tu causes, je te dirais que depuis hier soir le fils du lieutenant de la Salamandre que Paul, le beau et timide Paul, que tu ne connais pas, est assis, pleurant, malheureux, au pied des rochers qui entourent le mur de ton jardin d'orangers, espérant toujours entrevoir ta figurç d'ange à travers leur épais ombrage.
L'aLBEKOE de SAirST-MARCEL. 99