CHAPITRE XIII
BKAIX-ARTS.
Pas (lo chagrin qui ne soit oublié Avec les arts et l'aviitié.
M. Scp.ir.E.
Les femmes ciaiont là comme partout, paicos, musiiuccs et coquclles, une vie çà et là.
Jlles Janin, la Confession.
Oh ! n'aimez-voiis pas nue de ces imposantes syiiiplionies oh cenl musiciens allenlils concouieal à exprimer nn seul son composé de mille sons, une liarmonie unique composée de mille harmonies où cent musiciens lisent enfin d'une seule et grande voix, un immense poëme musical, tour à lour vif et triste, folâtre et passionné ?
]\'aimcz-vous pas à songer avec admiration, que ces bruits si divers, si opposés, se perdent, se fondent en un seul, et que ces extrêmes ne se louchent que pour s'unir en une mélodie ravissante? car ce sont les éclats retentissants et mélalliqiics du cuivre, et les cris doux et plaintifs du basson,
BEAUX-ARTS. t07
Jcs accords sourds et caverneux des instruments à cordes , et les chants purs et suaves des flûtes, les vibrations sonores de la liarpe et les roulements funèbres des timbales. Quels contrastes de sons!
Et penser que tout cela a sa phrase on son mot à dire, que tout complète l'effet général; que depuis le solo ambitieux des premières parties jusqu'au tintement modeste du triangle d'acier, tout a la même importance, le même pouvoir, pour rendre l'harmonie expressive et grandiose.
Si vous aimez tout cela, alors vous aimerez, vous admirerez l'immense et tonnante voix de l'orgie qui rugissait dans la taverne de Saint- iVlarcel.
Mais, je vous le jure, il n'y avait pas non plus un bruit, un son à retrancher dans cette sauvage harmonie ; car cette harmonie aussi a ses exigences et ses règles immuables; une orgie d'une belle facture, c'est si peu commun ! il faut tant de choses pour compléter sa mélodie à elle !
Il faut de tout, depuis les rires fous jusqu'aux ple\n"s de rage; de tout, depuis les refrains joyeux jusqu'aux blasphèmes et aux hurlements, il faut aussi des cris de fureur aigres et perçants; il faut des voix de femmes au timbre encore pur et frais, mais qui commence à trembler. Il faut des gémissements sourds, des hommes qui tombent lourds et avinés. Il faut les impécatious, les injures des gens qui se querellent, des mots de défi, des bruits de soufllets et des cris de mort. Le cliquetis et le froissement d'épées qui se croisent est aussi d'un admirable
effet. Mais malheur! c'est aussi rare qu'un véritable tam-tam dans un orchestre.
Que vous dirai-je! il faut la sonorité mordante des verres et des bouteilles qui éclatent ; il faut l'aigre grincement des fourchettes que les ivres font crier sur la porcelaine.
Enfin là aussi tout est important, nécessaire, depuis les trépignements frénétiques d'une ronde en délire qui tourne et bondit, jusqu'au doux bruissement d'un baiser pris et rendu dans l'ombre ; il faut de tout, vous dis-je !
Et il y avait de tout cela dans la grand'salle de la taverne de Saint-Marcel, qui tremblait dans ses fondements aux accords de cette harmonie complète, oh ! bien complète, mais bizarre, mais effrayante comme ces bruits sans nom qui s'écliappaient des bouches de l'enfer du Dante.
Car les marins de la Salamandre étaient si heureusement doués par la nature qu'ils im]»rovisaient d'une manière admirable les différentes parlies de Vœuvre gigantesque qui s'exécutait dans l'hôlellerie du respectable Marins.
Braves musiciens, bien nés pour cette musique !
Mais c'était peu encore, que d'entendre la musique, il fallait voir le tableau! car si l'orgie avait sa mélodie à elle , elle avait aussi sa couleur à elle.
C'était une couleur puissante et sombre , une couleur vive, tranchée, heurtée; des tons doublés d'éclat et de vigueur : car sur les visases le blanc