LE PILOTE VERT
Je vais vous conter un conte. — Silence ! Walteu Scott, Pévéril du Pic.
C'était quelques jours après l'arrivée de madame de Blène à bord de la Salamandre; ce soirlà la nuit était belle, belle comme une nuit de Provence; seulement la lune se voila d'une teinle d'un rouge cuivre, et la chaleur devint presque subilement étouffante, car la faible brise qui apportait un peu de fraiclieur dans l'air s'éteignit tout à lait. Alors
174 LA SALA.MAISDRE.
Ja mr.i- lut calme, lisse et polie comme un miroir dans lequel se serait reflétée la singulière couleur de la lune.
Maître Bouquin, gravement assis sur la drôme, ayant à ses pieds, ou groupés autour de lui, les matelots de quart, était occupé à leur raconter une de ces merveilleuses histoires qui de tout temps ont charmé les ennuis du service.
Les uns, couchés sur le dos, les mains jointes, fermaient les yeux comme pour mieux savourer le miel des récits de maître Bouquin.
Les autres se serraient près de lui, les coudes sur les genoux, le col tendu, les yeux écarquillés, et semblaient absorber les paroles au passage.
Enfin quelques-uns, vrais sybarites, ne se contentant pas d'une seule jouissance, se partageaient entre leur pipe et la narration, qui, durant déjà depuis quelque temps, avait été interrompue un instant.
— Figurez-vous donc, enfants, disait maître Bouquin en remettant sa boîte à chique dans sa poche, après y avoir glorieusement puisé ; figurez -vous donc que le Pilote Vert montait un vaisseau, Mais quel vaisseau ! mes garçons ! Les mâts d'un troisponts auraient été tout au plus bons pour servir de cabillots à ses râteliers. Enfin, une supposition : vous auriez eu à monter à la pomme de son grand mât, en montant par tribord et en redescendant par bâbord: eh bien! mes garçons, vous seriez partis mousses, n'est-ce pas ? eh bien î vous seriez