CHAPITRE lîL
Victoria iiullû est,
Quam quceconfessos animo quoque subfgBt hoslesf. Claldiax., I>esej?/o consulatu Honorii.s. 248-2-49.
Drôle: combien du diables as-tu à ta solde? SitiiLLER , Fies(jue.
La Salamandre!.... Joli nom, élégant, coquet, expressii ; coquet, élégant comme celte toute gracieuse corvette, si leste, si preste, si fine de formes, si carrée de voilure, si élancée de mâture!
Vive , vive comme un poisson , soumise , obéissante au gouvernail, à virer de bord dans un bassin! La chargeait-on de voiles jusqu'aux royales? souple et alerte, inclinant ses hautes flèches qui pliaient comme des roseaux, elle volait sur les lames avec la rapidité d'une mouette.
Et ce n'était pas seulement un navire de parade et de course, non, cordieu ! non; à peine le vent dérouhiit-il les plis d'un pavillon rival, qu'elle parlait haut el longtemps , fort et loin.
LA SALAMA.NDBK. .il
Aussi, ai-jc dit que son nom était cxpre-îsiï.
Kvpressif, oui! Si vous l'aviez vue, celle lière corvette, en 1813, tonnante, furieuse, éclievelée, ses maœuvres au veut, bondir avec ivresse au railieu des éclairs qui jaillissaient de ses trente caronades de bronze!
A ces torrents de flamme, à cette lave de boulets et de mitraille qu'elle vomissait de sa batterie, on eût dit le cratère embrasé d'un volcan , ou un lac de feu dont elle était la véritable Salamandre.
Oh! si vous l'aviez vue, la mauvaise, mordre une frégate anglaise avec ses grappins d'abordage, ses grappins rouges et brûlants, tant les bordées étaient vives et nourries!
Dans cet effrayant combat, elle se montra digne de son nom ; engagée à la fiégate , elle lit feu une dernière fois, feu de si près que les canonniers des deux navires se brisaient la tête à coups de refouloirs, s'arrachaient lesauspcks, et se poignardaient ti'un pont à l'autre.
Trois fois les grappins cassèrent, trois fois elle aborda l'Anglais, acharné comme elle, intrépide comme elle !
Puis, le feu prit à bord de la corvette .. le feu qui se croise, qui s'allonge, qui se lord, qui grimpe aux cordages, qui siffle dans les voiles , qui étreiiit les mais dans sa spirale brûlante. Le feu! le feu! on ne s'en aperçut seulement pas à bord , on ne pensait qu'à couler l'Anglais. D'ailleurs, pas d'explosion à craindre : il ne restait pas un grain de
poudre dans la sainle-barl)e. On en use, allez! en sept heures de combat, quand une volée n'attend pas l'autre !
Intrépide Salamandre! le feu la rongeait jusqu'à ses œuvres vives , et la mer la soulevait ; et elle flambait toujours, ménageant sa dernière volée, comme un prodigue ménage sa dernière pièce d'or, attendant l'occasion d'écraser l'Anglais.
Enfin, enfin ! l'ennemi présente la poupe ; la Salamandre rugit, le canon tonne, le fer pleut....
Hourra! coulé.... hourra!.... coulé.... plus
d'Anglais.
Hourra ! Une traînée de cadavres qui tournoya dans le remou que fit la frégate en s'engloutissant ; des débris de gréement et de mature...
Et puis ce fut tout.
Alors on songea à éteindre l'incendie , et on y parvint.
Oh! qu'ainsi elle était changée, ma brave et digne Salamandre f
Elle ne dressait plus insolemment ses mâts, elle n'étalait plus avec complaisance un gréement lisse et peigné comme une chevelure de femme; ce n'était plus sa batterie étincelante, ses peintures de mille couleurs, qui couraient sur sa poupe , se croisaient, se déroulaient en merveilleuses arabesques !
Non, ce n'était plus cela.
Toute brûlée , déchiquetée , trouée par la mitraille, rougie par le sang , noircie par la poudre,
LA SALAMI A.NDIIî:. 33
liiinanle, coulant bas d'eau, elle reji.'ifjna le port, la vaillante , avec son lambeau tricolore cloué à sa poupe ! Car des mâts, ah ! oui , des mâts , il n'en restait pas plus que sur un ponton. Et les manœuvres retombaient brisées sur les préceintes sillonnées par mille éclats, mille boulets!
Et pourtant que ce négligé lui allait bien, à la coquette !
Ainsi quelquefois vous voyez au bal une vive et folle jeune fîlle , aux yeux brillants, à la peau vermeille et veloutée; une gaze transparente minutieusement arrêtée entoure sa jolie taille ; ses cheveux parfumés sont symétriquement arrondis en boucles luisantes; sa ceinture et son écharpe sont régulièrement posées ; on compterait les plis de sa collerette; et puis, en elle tout est joie et délire , délire et joie d'enfant qui rit, et rit encore, emportée par la valse bondissante.
Cette gaieté , cette symétrie de toilette plaisent, je veux bien; pourtant, oh! je trouverais pourtant moins d'élégance, mais plus de charmes dans celle ceinture froissée , dans cette écharpe tombante , cette chevelure dénouée ; oh ! plus de charmes dans une légère pâleur, dans une douce tristesse, dans ce regard devenu languissant et voilé. Oh ! plus de charmes dans tout ce ravissant désordre qi i prouve enfin.... que la Salamandre était mille fois plus pittoresque, plus poétique, plus enivrante après le combat.
Aussi les vingt hommes qui seuls, quoique bîesi. :\