‹ La salamandreChapitre 36 sur 57 · X.E FIANCE · texte numérisé non relu

X.E FIANCE

Le cœur!... un abîme.

POPB.

Alice, cachant ses larmes, était descendue dans sa chambre, et, désirant être seule, avait supplié sa tante de s'éloigner, voulant dormir un peu, disait-elle.

— Oh! malheur, malheur à moi! — murmiu-a-t-elle, — malheur à moi! Qu'ai-je entendu? Et je ne suis pas morte... ià... à ses pieds! — Il ne peut m'aimer, m'a-t-il dit. Il m'ordonne d'en aimer im autre ! — il ne peut m'aimer ! — Est-ce donc que mes i-egards lui ont appris que j'avais de l'amour pour lui? Oh! mon Dieu! quel serait donc mon sort si je l'aimais, lui? Je serais donc hiunihée, repoussée, méprisée! Il faudrait donc me traîner à ses pieds et lui crier : Grâce ! grâce !

Et si je l'aimais, moi, si je l'aimais de toutes les forces de mon âme; si, par une inexphcable influence, cette âme si triste et si souffrante m'atth-ait à elle ; si j'espérais cicatriser ses plaies dovdoureuses; s'il y avait autant de pitié que d'amour dans mon cœur !

Il ne peut m'aimer! Et si... mais cette pensée me fait rougir, comme si une autre bouche que la mienne la proférait... Et si, par une contradiction fatale, par un affreux caprice de ma destinée, je... je l'aimais peut-être, moi, parce (ju'il ne peut pas m'aimer 1

«oc LA SALAMANDRE

Mais non, oh! non, mon Dieu! Je suis folle. Mon Dieu, pardonne-moi; l'âme crée'e à ton image ne peut être faite aussi basse, aussi miscrahle; non, c'est erreur de mon imagination; je suis malade, j'ai la fièvre, je suis folie, folle, en délire.

Car enfin Paul peut bien m'aimer, lui! Paul qu'il m'ordonne d'aimer, c'est une âme candide, bonne, noble. Je l'aimerai, oui, oui, je l'aime déjà ainsi. Paul, Paul, où êtes-vous ? je n'aime que vous, Paul !

Et Alice était dans un état d'exaltation difficile à décrire.

— Alice ! Alice ! — dit une voix basse.

La jeune fille tressaillit; cette voix venait de la fenêtre ouverte. Paul y parut. •

— Ciel I Paul ! monsieur Paul ! — dit-elle en s'y précipitant; — comment êtes-vous là?

— Oh! mademoiselle, n'est-ce pas ma place de chaque instant quand je suis libre! Que vous soyez ici ou non, n'y viens-je pas? Car pour moi vous êtes toujours là, vous ou votre souvenir. Oh ! laissez-moi là, — dit l'enfant à genoux sur le sabord.

— M'avez-vous entendue, monsieur Paul?

— Il est donc \Tai? je ne m'abusais pas; c'était votre voix; vous m'avez appelé !

Et il fut dans la chambre. Alice ne pouvait nier.

— Écoutez, Paul. Vous m'aimez?

— Vous avez l'anneau de ma mère, mademoiselle.

— J'en suis digne, Paul; car je vous aime ! Paul je vous aime I L'enfant fut à ses pieds.

— Écoutez-moi, — «dit-elle d'une voix émue et précipitée. — Quoique la fortune de mon père soit considérable, quoique nous soyons bien jeunes tous deux, je suis sûre d'obtenu son consentement à notre mariage. 11 faut que votre père fasse la demande de ma main à ma tante; et elle y consentira. Alors, Paui, vous ne me quitterez pas d'un moment, vous aurez h

droit de ne pas me quitter; car nous serons fiances ici, et vous serez près de moi, toujours, toujom'sprès de moi. Entendez-vous, Paul? le voulez-vous?

Paul était fou, ivi'e. délirant de joie, son rêve se réalisait , celte femme adorable qu'il devait aimer au nom des vertus de sa mère, sa croyance, '=on Dieu, la voilà! c'est Alice, Alice qiu lui disait : Je te préfère, toi, pauvre enfant. Elle l'aimait; elle le lui disait...

Aussi, Paul ne trouva pas un mot à répondre. — A genoux devant elle, les mains jointes et serrées, on eût dit qu'il priait.

Puis im déluge de larmes vint baigner ses joues, et il no put que dire : — Oh! Alice! — oh! ma mère! tu m'as entendu!

Et Alice était haletante. Par cette démarche inouïe, inattendue, elle croyait échapper à l'amour qu'elle éprouvait pour Szaffie, sans pouvoir se rendre compte de sa violence.

Cet aveu élevait entre elle et lui une barrière qu'elle n'oserait désormais franchir. Fiancée, vou^e à Paul de sa propre volonté à elle, — il y aurait crime, infamie à le tromper, pensait-elle, et je suis incapable de tomber jusque-là.

— Comment, Alice ! vous m'aimez !

— Oui, je vous aime, je n'aime que vous, Paul, que vous ! Et vous m'aimez, vous? Oh! dites-le, ce mot; répétez-le : que je l'entende... Oh! vous pouvez m'aimer, n'est-ce pas? ce mot me fait tant de bien ! Dites-moi aussi que je vous aime, que c'est de mon gi'é que je vous l'ai dit; et que, si je vous avais menti, je serais infâme : entendez-vous bien, Paul? infâme... infâme !

— Je ne vous comprends pas, Alice.

— Non, non : je vous aime ! N'êtes-vous pas l'époux de mon choix? Votre mère et la mienne sont là-haut qui béniroiit notre union... Mon Paul, mon bon Paul!

Mais Paul, entendant marcher dans la galerie, baisa la n^.uia d'Alice, et disparut par le sa])ord.

— Au moins, — dit la jeune fille, — celte affreuse pensée ne m'obsédera plus, me voilà plus tranquille, je l'oublierai' — Oh! ma tante, que je souffre! dit Alice à madame de Bleue, qui entra dans sa chambre.

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