‹ La salle à manger de Sainte-BeuveChapitre 14 sur 44 · Nouveaux Lundis, t. VI · texte numérisé non relu

Nouveaux Lundis, t. VI

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rhornme, séparé de l'artiste, devenait également insupportable. Serait-ce là la carasléristique de ces créateurs de génie, qu'il faille faire en chacun d'eux la part de la dualité, si finement déduite par Gavarni, d'après un de ces types extraordinaires ? Sainte-Beuve, citant ce passage, ajoute: « Critiques de profession, trouvez donc mieux que cela ! » Et il n'était pas fâché de le relever à l'égard de Balzac.

Je croirais volontiers que sa mésintelligence avec le grand et puissant montreur de la Comédie humaine provenait de ce qu'ils accomplissaient tous deux une même besogne, à laquelle ils tâchaient de donner sang et vie. Tous deux ne vivaient que dans leurs personnages réels ou fictifs, tant qu'ils les portaient en gestation, et ils donnaient à tous la réalité pour base. La physiologie est devenue, par eux, l'élément indispensable de la critique et du roman. Leur antipathie réciproque pourrait bien n'avoir d'autre cause que cette curiosité perpétuellement tendue d'alchimiste chez l'un, de naturaliste chez l'autre, également philosophique chez le romancier et chez le critique, voulant pénétrer le fond des choses. Ils y arrivaient par des moyens différents, selon la différence des natures, exubérante et gasconne chez Balzac, fine et pondérée chez

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Sainte-Beuve. — Je ne pousserai pas le parallèle plus loin, car je ne suis ni romancier ni critique, mais un simple auteur de Mémoires.

Me voilà loin du dîner Magny. L'ami Charpenne, en l'honneur de qui fut donné ce premier dîner, s'occupait d'histoire régionale, et il fît connaître à la société que des négociations avaient été déjà entamées, du temps de Louis XIV, pour la cession et l'annexion à la Couronne du Gomtat-Venaissin, qui formait une enclave, relevant du pontificat romain, sur le territoire français. Charpenne a publié des documents à ce sujet. Sans qu'il Tait voulu, la fondation du dîner Magny a été son œuvre.

Quelques jours après, Veyne vint trouver Sainte-Beuve, et lui dit : « Gavarni est malade, il a besoin d'être distrait ; si nous fondions un dîner de quinzaine I... » Sainte-Beuve sauta sur cette idée qu'il avait toujours rêvée; il estimait que ces réunions servaient à faire tomber les préventions, à se mieux connaître et à s'estimer.

Les noms des convives, tels qu'ils me reviennent, furent le docteur Veyne, Sainte-Beuve, Gavarni, Taine, Flaubert, les deux Goncourt, Charles Edmond, Zeller, VioUet-le-Duc, le comte de Nieuwerkerke, le marquis de Chennevières,

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Théophile Gautier, Charles Robin, Berthelot, Renan, Scherer, Nefftzer, Paul de Saint-Victor, Frédéric Baudry, Henri Ilarrisse, Eudore Soulié, About... j'en oublie certainement. Arsène Houssaye, qui n'en était pas, a prétendu que c'était un dîner d'athées ; il n'y en avait peutêtre pas un, au moins, qui en fît profession ; il n'y avait ni Diderot ni Littré ; mais il y avait des philosophes, des sages, des positivistes comme Taine et Charles Robin, des libres-penseurs comme Veyne, Sainte-Beuve, Berthelot et Renan.

Veyne y sortait parfois son drapeau républicain de la poche, bien que la politique y fût consignée à la porte. — Le reste se classait parmi les penseurs libres. Il y en avait de panachés. Il ne fallait pas leur demander ce qu'ils pensaient en matière aussi controversable. — Un jour, au dessert, dans un déjeuner d'amis, comme on parlait de ces choses-là, Théophile Gautier avait répondu : « J'en pense ce qu'en pense l'acarus du fromage... » Sainte-Beuve, à qui je répétai ce propos, que je tenais de Préault, compléta la pensée en disant : « Moi qui suis un acarus de la terre. > — Le fait est que nous ne savons rien, et c'est ce qu'il y a toujours de plus vrai à dire.

Ce Théo cependant faillit c< réputation d'esprits forts qu'à te faisait aux convives du dîner M on se trouva treize à table, et G se retirer. Il était superstitieux, cilier, Sainte-Beuve, qui professai à la Montaigne, alla s'asseoir à m où il fit apporter son couvert ; toujours treize dans le cénacle, quiet, voulait s'en aller. Alors ^ monter le petit Magny et le fit à la petite table. Dès ce morne tranquillisé.

« Si Veuillot le savait l » me d Sainte-Beuve. Veuillot le sut, < gorges chaudes. Gela devait être de quelque injustice à l'égard d< dont l'esprit de tolérance ne po pris, encore moins pratiqué, pa

Le fils Magny est devenu, se que, un haut fonctionnaire du

tillait des infections chatoyantes. Je r si les Concourt ont relevé ces obi dans leur Journal.

Sainte-Beuve avait le goût de la — Le mot, qui ne se trouve pas dac Dictionnaires, est employé par lui articles sur la Correspondance de B^ « Réellement, dit-il du poète-chanso] le goût très prononcé de Tamitié b chantante, de la sodalité. » Sainte-!

Tavait pas au même degré, et ce n'es les Goncourt qu^on aurait pu fonder u à moins que ce ne fût celui d'une cor perpétuité ; mais il appréciait ces d'amis, où Ton était libre de dire d< On ne s'en privait pas chez lui à t laissait la bride sur le cou à qui pari; librement. Il aimait pourtant que la des dames fût là pour tempérer la ci propos ; il n'était en rien pour la libi

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art K Lui-même en a donné l'exemple dans les Nouveaux Lundis. Les dîners Magny n'ont pas été étrangers aux séries d'articles sur Gavarni et sur Théophile Gautier, qui parurent dans le Constitutionnel, à partir du 12 octobre 1863 ^

Il satisfaisait son goût pour Gavarni, qui n'était pourtant pas un convive très régulier au dîner de quinzaine. La misanthropie le gagnait. Pendant que Sainte-Beuve préparait ses articles sur lui et interrogeait son œuvre, il m'envoya une fois interroger l'homme à Auteuil : « Pourquoi diable en veut-il tant savoir ? » me demanda tout d'abord Gavarni. — « Parce que, répondis-je, il étudie la Seine, il la prend à sa source, et il a besoin de la connaître au Pointdu-jour... » Gavarni sourit, me répondit très aimablement, et comme je lui demandais la permission de me promener dans son jardin, qui était une merveille, un objet d'art, qu'il avait créé: « Oui, oui, me dit-il, mon garçon, et mangez une pomme dans le fruitier...» J'en emportai une comme souvenir.

Théophile Gautier avait, je Tai dit, maintenu le tutoiement romantique avec Sainte-Beuve, et

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