ET L'ENCYCLOPÉDIE PÉREIRE
Un savant regrctié, et qui était Tobligeance même, M. Charles Alaunoir, voulut bien me Iransmettre un jour, pour en faire le meilleur usage, une série d'autographes et de documents qu'il tenait de son ami Henry Duveyrier, auteur d'un livre estimé sur les Touareg, qu'il avait visités l'un des premiers, et dont la triste fin fut vivement ressentie à la Société de Géographie. Henry Duveyrier appartenait au monde saint-simonien par son père Charles Duveyrier, ami d'Enfantin et de MM. Emile, Isaac et Eugène Péreire, restés fidèles à la doctrine.
Une des idées, rapportées de Ménilmontant,et qui germèrent dans la tète de MM. Péreire, fut de vouloir fonder, en 1862, une Encyclopédie nouvelle, quinefûtpas précisément la continuation de l'ancienne, mais qui eût pour but, essentiellement démocratique, de faire fructifier à l'infini Tarbre de la science, par la vulgarisation large, complète, aussi étendue que possible,de
toutes les connaissances, de tous les progrès acquis à rhumanité depuis cent ans.
J'ai sous les yeux un volume où ont été reliés et rassemblés, chacun avec un recommencement de pagination, les procès-verbaux des cinq séances du Comité, la première tenue le 26 décembre 1862, la dernière le 13 mars 1863; on y discutait le plan et la direction à donner à Tensemble de l'Encyclopédie en toute matière; mais ce n'était pas pour faire œuvre uniquement d'érudition, « de Fart pour l'art ou de la science pour la science », comme il y fut dit, que ces hommes éminents, membres de l'Institut pour la plupart, conservateurs par raison, par esprit scientifique ou par situation, avaient été convoqués.
M. Michel Chevalier, qui présidait, ouvrit la séance de début, avec la grave autorité qui lui incombait, par une revendication de réformes économiques, politiques et sociales, telles que les hommes de 1830, devenus hommes d'ordre, conservateurs, voire sénateurs du second Empire, n'en abdiquèrent jamais les principes. Il en attendait la réalisation, sans secousses, du succès de V Encyclopédie, comme il la concevait, un livre émancipateur et civilisateur par excellence, qui devait avoir pour but exclusif d'ins-
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truire et d'éclairer les masses. C'était Tutopie saint-simonienne, qui commence peut-être à en trer dans les mœurs*.
Parmi les membres présents à la première séance, au nombre de trente-deux, je relève les noms de MM. Arlès-Dufour, secrétaire général de l'Exposition universelle de 1855, qui avait été aussidu groupe de Ménilmontant; Emile Augier; Baudrillart, gendre de M. de Sacy, qui devint directeur du Constitutionnel ; Berthelot ; Duruy,encore inspecteur général de l'Université ; Faye, futur ministre du Seize-Mai, astronome qui se laissa choir dans un puits ce jour-là ; Littré, Martin-Paschoud, pasteur de TÉglise réformée ; Milne-Edv^ards;les trois frères Péreire, Vacherot, VioUet-le-Duc ; Zeller, qui devait être, par la grâce de Sainte-Beuve, professeur d'histoire de M""' la princesse Mathilde, etc.
Les noms de MM. Batbie, Claude Bernard, Renan, figurent dans les séances suivantes.
Le discours d'ouverture de M. Michel Chevalier se promettait monts et merveilles du programme qu'il exposait devant cette réunion d'élite. L'homme de principes, convaincu, n'en