‹ La Salle de théâtre de Molière au port Saint-PaulChapitre 3 sur 5 · IO · texte numérisé non relu

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Ce jeu de paume était fort ancien; Sauvai (i) en fait mention dans un compte de i5y3. Il avait été également élevé contre l'enceinte de Philippe-Auguste, près de la tour Barbeau (Barbeel devers Lyaue ou Barbelle sur l'Yaue), qui en était un des points importants ; il était contigu à l'hôtel que les religieux de l'abbaye de Barbeau possédaient à Paris, dans le voisinage de l'hôtel des archevêques de Sens et du couvent qui fut d'abord occupé par les Béguines, puis par les religieuses cordelières dites filles de l'Ave-Maria.

Grâce aux indications bienveillantes de M. Jules Bonnassies, dont la compétence en matière de théâtre est bien connue, j'ai retrouvé dans de vieux titres de propriété un plan et la description de l'immeuble du jeu de paume de la Croix-Noire, et j'ai pu en rétablir l'emplacement avec une certitude absolue.

M. A. Bonnardot. {Etudes archéologiques sur les anciens plans de Paris des seizième, dix-septième et dix-huitième siècles. Paris, Dcflorenne, i85i, p. 78.)

(1) M. Eudore Soulié a laissé de côté une citation de Sauvai rapportée dans le même ouvrage : « 1 5 7 3 . — ... Me Guillaume le Gentilhomme, advocat en parlement pour une portion des anciens murs commençant à la rue Saint-Antoine, vis-à-vis Sainte-Catherine, confinant avec une tour, et finissant où souloit avoir une poterne vulgairement appellée la porte Saint-Paul et l'autre portion desdits murs où d'ancienneté et à présent y a colombier, en tirant à une terasse ou tour, et d'icelle jusqu'à une autre tour ou poterne appellée la poterne des veignes, étant près l'hostel de lAbbayie de Barbeau, de laquelle on descend par degrés joignant Thostel de l'Ave-Maria près une tour et contigu la tour des ve'gnes au jeu de paume où pend pour enseigne la croix noire, jusqu'à une tour du coin en laquelle a accoutumé être la chaine traversant la rivière de Seine, etc., laquelle portion de muraille contient environ cent seize toises de long... La tour étant esdits anciens murs de l'hostel de Barbeau à l'endroit du chantier du roi et occupée par le Maître des œuvres du Roi, tenant ledit chantier. » — Cette dernière tour était la tour Barbeau. (Sauvai, tome III, p. 628 et 629.)

C'est au feu de paume delà Croix-Noire que fut représenté, en M'i1. Artaxerce, tragédie de Magnon et la seule pièce-, jouée par la troupe de l' Illustre-Théâtre, dont le titre et L'analyse soient arrivés jusqu'à nous (i), Ce fui aussi pendant sou séjour au port Saint-Paulque la troupe Je r Illustre-Théâtre,

laquelle était entretenue par (iaston d'Orléans et portait

également le titre de Troupe de Son Aln-ssc Royale, figura

très probablement dans une lèle donnée par ce prince en L'hôtel du Luxembourg, le 7 lévrier 1645.

Molière, à cette époque, Logeait à proximité de son théâtre, au coin de la rue des Jardins-Saint- Paul a en la maison où demeurait un mercier. » A c|uellc encoignure habitait ce mercier? Sans doute à l'une des encoignures de la rue des Barrés. Les deux maisons d'angle qui existent aujourd'hui à cet endroit paraissent fort anciennes, et bien probablement celle qu'habita le directeur de la troupe de Son Altesse royale le duc d'Orléans est encore aujourd'hui à peu prés telle qu'elle était alors. (Voyez le plan d'ensemble.)

M. Eudore Soulié fait aussi mention d'un des faits les plus curieux et les plus ignorés de la vie de Molière et qui se rapporte à cette époque, nous voulons parler de son emprisonnement pour dettes au Grand-Chàtelet. C'a été peut-être une consolation pour bien des jeunes auteurs d'apprendre que Molière lui-même ne fut pas exempt des difficultés d'argent qui rendent parfois si pénibles les premiers pas dans la carrière littéraire. L'acte du i3 août i6q5,par lequel J.-B. Poquelin et ses associés s'obligent envers Léonard Aubry à l'indemniser du cautionnement par lui fait pour eux afin de tirer de prison ledit Poquelin, a été dressé au jeu de paume delà Croix-Noire.

(1) Voyez dans l' Histoire du Théâtre François des frères Parfaict, t. VI, p. ?7i; Analyse d'Artaxerce et Vie de Magnon.

Nous avons lieu de croire que le quartier du port Saint- Paul, malgré les avantages de sa situation, ne fut pas beaucoup plus favorable à la jeune troupe que le quartier de la porte de Nesle. Peut-être l'installation matérielle du théâtre était-elle aussi trop défectueuse. Les issues du jeu de paume étaient fort étroites et l'aménagement intérieur laissait beaucoup à désirer, bien que cet aménagement fût semblable à celui de la salle du Marais (i), et bien que, à cette époque, on fût peu exigeant en matière de confortable. Il y avait sans doute aussi d'autres causes d'insuccès, et la mémoire de Molière ne perdra rien si nous laissons supposer que le jeu des comédiens et la composition des pièces n'étaient pas alors ce qu'ils devaient être plus tard. Ce qui nous permet d'avancer cette hypothèse, c'est cette considération que, de toutes les pièces de sa jeunesse, Molière n'en a pas conservé une seule sans la remanier et la transformer complètement.

Quoi qu'il en soit, la troupe de l' Illustre-Théâtre quitta le port Saint- Paul peu de temps après avoir vu son chef sortir du Grand-Châtelet, et revint s'établir au faubourg Saint- Germain, dans le jeu de paume de la Croix-Blanche, rue de Buci. Cet autre jeu de paume, d'après M. Jules Bonnassies, qui tient lui-même ce renseignement de Berty, était situé sur l'emplacement occupé depuis par le café connu longtemps sous le nom de café de France, dont la façade est en retrait sur la rue de Buci, près de la rue Grégoire-de- Tours.

Mais, si l'on connaît aujourd'hui l'emplacement des trois jeux de paume occupés successivement par l'Illustre-Théâtre, on est moins fixésur la date qu'il faut assigner à ces troisétapes de la jeune troupe. Si notre grand comique partit pour la

(i) Le théâtre du Marais avait e'té établi dans un jeu de paume, rue Vieille-du-Temple. (Voyez plus loin, p. 9, la note sur les jeux de paume.)

province îles la lin de l'année [646, ces trois étapes auraient été chacune d'une durée à peu près égale, et ce sérail alors en i().|.| qu'il aurai! joué à la porte de Nesle, en \ h[b au poil Saint-Paul et en i(i|i> à la rue île Buci. I)e io.jG à i65q, il y a, dans la vie de Molière, une lacuneque personne encore n'a réussi à combler tout à lait. On signale simplement, à plusieurs reprises, sa présence dans quelques villes de province, de i6bq à [658, et l'on sait qu'il était de retour à Paris, pour ne plus le quitter, le 3 novembre i658.

A propos du premier jeu de paume qui abrita un instant la fortune de l' Illustre-Théâtre, M. Eudore Soulié l'ait un rapprochement singulier : En 167^, après la mort de Molière, sa veuve et ses camarades louent « une salle construite dans le jeu de paume situé dans la rue de Seine, au faubourg Saint-Germain, ayant issue dans ladite rue et dans celle des Fossés-de-Nesle (rue Mazarine), vis-à-vis la rue Guénégaud, » c'est-à-dire, non loin du lieu où, trente ans auparavant, l' Illustre-Théâtre avait débuté. Enfin, pour en finir avec les jeux de paume (1), j'ajouterai, toujours d'après le même auteur, que les Comédiens du Roi quittèrent, en 16S7, ce dernier théâtre, connu sous le nomd'hôtel Guénégaud, et firent construire une nouvelle salle sur l'emplacement d'un autre jeu de paume dit de l'Etoile et situé rue des Fossés-Saint-Germain des Prés (2).

(1) Voyez ce que dit, sur les jeux de paume, Dulaure, dans son Histoire physique, civile et morale de Paris. (Edition de 1822, t. III, p. 176 et suivantes, et tome IV, p. 553 et suivantes.) Selon lui, le jeu de paume de la rue Mazarine, qui servit en 1673 d'asile à la troupe de Molière, existait encore à l'époque où il écrivait.

M. Bonnardot a fait remarquer que les jeux de paume étaient généralement construits dans les fossés des anciennes enceintes.

(2) Cette rue prit plus tard, comme chacun le sait, en souvenir de cette salle, le nom de rue de l'Ancienne-Comédie. Voir, à ce sujet, la Notice historique sur les anciens bâtiments de la Comédie française, par M. Jules Bonnassies. (1868.)

Je reviens maintenant à la salle de théâtre construite par Molière au port Saint- Paul, dans le jeu de paume de la Croix-Noire, et je vais essayer d'en donner au lecteur une description aussi complète que possible.

Cette salle, d'une assez grande étendue, avait la forme d'un carré long, dans la direction du nord au sud, entre la rue des Barrés- Saint- Paul et le quai, qui s'appelait alors quai des Ormes, et qui, depuis, prit successivement différents noms. Elle était séparée de la rue des Barrés, par une maison occupée au rez-de-chaussée par deux petites boutiques, avec deux petites cours entre elle et le jeu de paume. (Voyez, sur le plan du jeu de paume, la maison indiquée sous la dénomination : maison à M. Pitoin, et, sur le plan d'ensemble, la maison portant aujourd'hui le n° i5, rue de l'Ave-Maria.) Cette maison (i) appartenait, du temps de Molière, à la famille Philippe de Billy. Contre cette maison, une allée, large seulement de i mètre 20 centimètres dans œuvre et longue de environ 10 mètres, servait d'entrée au jeu de paume, lequel,

(1) En 1712, cette maison, outre les deux boutiques, comprenait deux étages avec grenier au-dessus, escalier dans œuvre, deux chambres et cabinets à chaque étage, les chambres régnant sur le passage du jeu de paume, et une cave par-dessous, plus, un puits mitoyen avec le jeu de paume.

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