DS L'UNIVERSITÉ D'ORLÉANS
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Le frit curieux et peu connu de l'adoption de la langue française dans renseignement public de TUniversité d'Orléans, dès le commencement du XIV® siècle, alors que, dans les autres Universités, lé latin était encore exclusivement en usage, nous a été transmis par un éminent jurisconsulte du temps, Jean Faure ou Fàbery à qui son célèbre commentaire des Institutes de Justinien avait mérité, dit la France littéraire (tom. XXIV, p. 212), le surnom de Docteur fondamental.
Jean Faure, ou Faher, vivait dans les premières années du XIV» siècle. U était né dans le diocèse d'Angouléme, comme il nous rapprend lui-même {Ego Joannes de Monte Dulphiy dictus FaheTy diœcesis Engolismœ, protnnciœ Burdegalensis,
sum In proëm. Instit.). Il professa le droit à Montpellier,
puis se livra au barreau et, selon quelques-uns, fut ensuite élevé à la dignité de chancelier de France.
U n'est pas sans intérêt de lire aujourd'hui avec quels sentiments d'amertume et d'indignation il exprime ses regrets de voir en France, et particulièrement dans l'enseignement de l'Université d'Orléans, l'idiome français se substituer peu à peu à la langue latine.
Après avoir constaté, avec douleur {proh dolor/), qu'il est, à ce moment, et de plus en plus, en France, trop de légistes qui s'étudient à comprendre et parier le français plutôt que la langue latine, et avoir déclaré que les juges, en trop grand nombre, qui négligent, pour le nouvel idiome, la langue des lois romaines, peuvent à peine rendre leurs jugements, puisque les sentences doivent être rédigées en latin, il s'écrie avec un redoublement d'amertume :
c II n'est pas, dit-on, jusqu'aux professeurs d'Orléans qui, c du haut de leurs chaires, ne parlent tantôt latin, tantôt fran- € çais dans leurs cours. Mieux vaudrait pour eux ne connaître c que le vulgaire patois de l'Angoumois et du Poitou, et savoir € comprendre et parler la langue latine, plutôt que de la dé- < daigner outrageusement, et, par une déplorable aberration, € accorder au langage français la prééminence et l'honneur... »
c ... Quid si Judex nescit légère latinum sed bene gallicum, sicut sunt multi in Francià hodiè^ et speratur quod erunt plures (proh dolor 1) ; videtur quod non possunt judicare, cum deheant sententiœ latine scribi,.:.. nisi in partibus uhi omnes litterati sciunt gallicum légère et intelligere, quod hodiè nimis viget in Francià, Unde quandoque fuerunt [ut dicitur) Aurelianenses lectoreSj qui partim latinum et partim gallicum^ in cathedra loquebantur ; quibu^ me" lius esset quod haberent grossum idioma Ëngolismense vel Pictaviensey et scirent loqui latinum et intelligere scripturas, quam latinum spemere et, falsa opinione, gallicum judi-
carent supremum eloquii obtinere (Johannes Faber, juris
utriusque doctor celeberrimus, in Justiniani Imp., Institua tiones juris civilis comment arius y in-ifi. Lugdun.,1593,p. 85, tit. XXV, De Excusationibus, verbOy Similiter.)
Cité par Savigny, Histoire du droit romain au moyen âge.