OBSERVATIONS GENERALES
Les monuments ont leurs destinées comme les livres, et, trop souvent aussi, comme les hommes : Habent sua fala....
Si utiles qu'ils aient pu être, de quelque éclat qu'ils aient brillé, vienne un changement de mœurs ou d'habitudes, puis quelques jours de silence ; et l'oubli, cette mort anticipée,- les a bientôt recouverts de son funèbre linceul.
On aura peine à croire qu'un des monuments les plus précieux de notre ville, par sa valeur architecturale et les grands souvenirs dont il est la personnification, soit aujourd'hui tellement oublié, que, bien que situé dans une de nos rues les plus fréquentées, beaucoup de gens, fort instruits d'ailleurs, connaissent à peine son existence.
Plusieurs se demandent, en passant, quelle est cette antique construction, aux formes demi-civiles, demi-religieuses, dont les larges fenêtres et les vitraux brisés contrastent, d'une mjinière peu agréable, avec l'élégance des habitations voisines.
Des esprits raffinés prononcent, carrément, qu'une jolie maison blanche, aux volets verts ou jaunes, serait infiniment plus séante, pour les abords de notre hôtel préfectoral, que ces contreforts noircis par le temps et ces grandes ouvertures ogivales qui ne sont plus de notre époque.
Certains se i^appellent que cet édifice se rattache, par quelque endroit, à l'ancienne Université d'Orléans et qu'on
le nomme aujourd'hui la salle des Thèses; mais de
quelles thèses?.... Et pourquoi ce nom?
Disons pourtant que de vieux amis des arts et de nos
gloires orléanaises visitent parfois, avec respect, cette salle élégante et désolée, aujourd'hui transformée en dépôt de bois de construction, et trop souvent y voient, non sans douleur, des mains insouciantes briser ses fines sculptures et mutiler leurs plus charmants détails.
Des plâtriers modeleurs y sont venus aussi : frappés de la grave physionomie des figurines qui la décorent, ils se les sont appropriées par des moulages ; puis, les métamorphosant, proprio motUy les ont appliquées à Tornementation de nos églises rurales ; de sorte que, par un contraste bizarre, pendant que les originaux, si précieux, sont, ici, tristement dégradés, leurs copies surmoulées sont vénérées, dans nos campagnes, par des foules attendries, comme des prophètes de l'ancienne loi, ou des saints de la loi nouvelle.
Sôus l'influence de ce regreXtable oubli, d'honorables Corps électifs qui, bien assurément, sont loin d'être indifférents aux illustrations de leur pays, allaient voter naguère, presque sans discussion, et pour d'assez faibles motifs, la démolition de ce gracieux édifice, pensant avoir accompli tout ce qu'il était possible de faire, en émettant le vœu que ses pierres, les plus délicatement refouillées, trouvassent asile dans les salles bases de nos musées.
Mais par un de ces intelligents retours que nos bonnes populations orléanaises tiennent toujours en réserve, à l'heure du péril, il a suffi de cette menace inattendue pour réveiller les meilleurs sentiments du patriotisme.
L'esprit public s'est ému ; de vives réclamations se sont fait entendre ; et, je suis heureux de le dire, devant ces manifestations respectueuses, mais convaincues, une pensée de bienveillante déférence pour l'opinion du pays à fait aussitôt suspendre l'arrêt de mort du monument.
Les choses en sont là.
Il a semblé à la Société archéologique de l'Orléanais qu'il ne serait peut-être pas inutile, pendant qu'il en est temps encore, de recueillir et de rappeler quelques-uns des titres qui donnent, à ce vénérable édifice, tant de droits à nos légitimes sollicitudes (1).
Que tous ceux, et le nombre en est grand parmi nous, qui conservent au fond du cœur le culte de. nos vieux et chers souvenirs, veuillent accorder à ces humbles recherches l'appui de leur patriotique concours, et nos communs efforts sauvegarderont un monument, dont la destruction serait une tache pour notre ville et ne tarderait pas à susciter de profonds et irréparables regrets.