ORLÉANS ET SES MONUMENTS
Orléans, oppidum et emporium carnute ; cité gallo-romaine sous les Césars ; capitale d'un royaume mérovingien, phis tard de l'Orléanais et de l'apanage ; place de guerre durant quinze siècles ; ville épiscopale, commerciale, universitaire; Orléans, riche de tant de souvenirs, garda longtemps, avec un pieux respect, les monuments qui en portaient le glorieux témoignage.
(1) Les titres, par lesquels se recommande la salle des thèses, ont été déjà signalés, dans un remarquable rapport adressé, en 1863, à M. le Préfet du Loiret et à M. le Maire d'Orléans, au nom de la Société archéologique, par M. P. Mantellier, son président, aujourd'hui membre correspondant de l'Institut (Académie des inscriptions et belles-lettres). C'est une heureuse fortune, pour moi, d'appuyer mes appréciations sur cet excellent travail. (Bulletins de la Société archéologique, n» 43, pag. 119, année 1863.)
Beaucoup n'existent plus aujourd'hui ; les murs romains d'Aurélien peu à peu disparaissent ; du vieux Châlelet, séjour des enfants de Clovis, et de la magnifique enceinte militaire construite sous Louis XII, il ne reste plus un vestige ; le fort des Tourelles, où Jeanne d'Arc sauva la France, gtt, enfoui sans honneur, sous les remblais d'un quai de la rive gauche : de précieuses constructions tombent ainsi chaque jour, les unes sous les légitimes exigences de notre édilité moderne, un plus grand nombre sous des colères insensées ou des engouements éphémères !
L'Université d'Orléans, ce foyer de lumières, qui dans l'Europe lettrée s'acquit, au moyen âge, un si haut renom, possédait deux édifices spécialement affectés à son institution : les Grandes- Écoles y où se faisaient les cours ; — la salle des Thèses, bibliothèque et lieu de réunion des docteurs.
Les Grandes-Écoles démolies y sans nécessité, vers 1825, n'existent plus qu'en leurs libages inférieurs.
La salle des Thèses subsiste encore ; mais elle est menacée de disparaître à son tour (1).
Bien des titres pourtant la recommandent : l'art du XV« siècle lui ? imprimé son élégance architecturale et la délicatesse de son ciseau. Elle fut, durant près de quatre siècles, le principal foyer de la vie intellectuelle en notre province, et le sanctuaire de la grande institution qui porta
(1) Il ne saurait entrer dans le plan de ce travail, d'émettre aucune appréciation sur les projets successivement proposés pour dégager les abords de notre hôtel préfectoral, et bien moins encore de soulever, à leur égard, aucune sorte de controverse. Mais un simple résumé, chronologique et sommaire, des phases administratives de cet affaire, ne sera peut-être pas inutile à ceux qui s'intéressent à notre monument universitaire, dont la conservation ou la démolition est le résultat final de ces divers projets. — Voir Y Appendice (page 88.)
si haut la savante et studieuse renommée d'Orléans. Elle en est aujourd'hui le dernier reste ; peut-être est-elle en France Tunique débris, ayant quelque valeur, des nombreux établissements universitaires dont nous^ avait dotés le moyen âfçe.
Sa situation tout inoffensive, en retraite sur les voies publiques qui l'enferment, semblait devoir ne porter ombrage à aucun projet de voîerie municipale, et permettre d'attendre, avec patience, que les préoccupations du présent accordassent enfin quelque place aux réminiscences du passé.
Le danger qui la menace nous fait un devoir, aujourd'hui, de rappeler ce qu'elle fut et ce qu'elle est encore (1).
Je n'ai pas assurément la pensée de retracer, à son occasion, la longue et glorieuse histoire de l'illustre Université, dont elle perpétue le souvenir parmi nous.
D'autres, plus autorisés, ont acquitté cette dette de patriotisme et de reconnaissance (2).
(1) € ... En 1849, M. le préfet du Loiret, frappé de rimportance de la Salle des actes, se préoccupait des moyens de la consenrer et lui cherchait une destination. Il avait eu, pour la sauvegarder, la pensée de la convertir en salle de musée, et il avait demandé Tavis de la Société archéologique, qui, sur un rapport développé de M. Tabbé de Torquat, inséré au Bulletin de la Société, t. 1er, p. 54, avait émis un vote favorable à' cette destination. Des raisons dominantes Ten ont détourné ; mais le projet de donner, à la salle des actes, une destination conservatrice s'est maintenu, et plusieurs fois MM. les préfets en ont entretenu le président de la Société archéologique.... » (Lettre de M. Mantellier, président de la Société archéologique, à M. le préfet du Loiret et à M. le maire d'Orléans, Bulletin de la Soc. archéol , no 43, p. 119, ann. 1863.)
(2) Voir, pour Thistoire de l'Université d'Orléans : Lemàire, Histoire et antiquités de la ville d'Orléans, in-4<», 1645 ; — Symphorien Guyon, Histoire de l'Eglise, Ville et Université d'Orléans, in-i», 1647; — Savi- GNY, Histoire du droit romain au moyen âge, 1839, t. IIÎ, p. 286 ; —
Mais s'il est vrai que les générations s'honorent, en entourant d'amour et de respect, ce qui fut bon, noble et beau dans les temps qui ne sont plus, je m'estimerais heureux de concourir, pour une faible part, à raviver, sur le front vieilli de notre précieux monument, quelquesuns des rayons qui jadis y brillaient de tant d'éclat.
l'université de lois D'ORLÉàNS.
Clément V, par ses bulles du 27 janvier 1305 (1), institua l'Université d'Orléans pour l'enseignement du droit civil et canonique, et, sous réserve de la juridiction royale, la dota de hautes et brillantes prérogatives ; des lettres-patentes de Philippe-le-Bel, datées de juillet . et décembre 1312, modifièrent quelques-unes de ces dispositions et confirmèrent la plupart (2).
Ces actes solennels de l'autorité Pontificale et du pouvoir Royal ne firent toutefois que régulariser un état de choses depuis longtemps existant.
Si loin qu'on remonte dans le passé de notre grave et noble cité, on y voit se fortifier, d'âge en âge, les germes féconds qui se condensèrent, au XIV© siècle, en une puissante institution (3) .
E. Bdibenet, Histoire de ^Université de lois d'Orléans, 1853, etc. — Consulter aussi les arch. dép. du Loiret, série D, *, fonds de l'Université.
(1) Voir pour la date \ 305 (1306 nouv. style), la note 2 de la page 35.
(2) Lemaire, Hist. d* Orléans, Université, p. 22 et suiv.; — Pasquibr, Recherches de la France, tom. 1er, pag. 988 et suiv.
(3) L*état des sciences et des lettres, dans la ville et le diocèse d'Orléans, depuis rétablissement du christianisme jusqu'à Tinstitulion de
De nombreux conciles s'y réunirent; les rois des premières races y faisaient élever leurs enfants ; ses évêques, en même temps qu'ils ouvraient des classes populaires dans les campagnes, fondaient les hautes écoles de la cathédrale, de Saint-Âignan et de Saint-Benoit-sur-Loire. En ces grands centres d'instruction, toutes les sciences cultivées alors étaient libéralement enseignées aux étudiants les plus pauvres comme aux fils des plus illustres familles. Les plus éminents, parmi les religieux et les clercs, y venaient de loin pour y compléter leurs études. Boniface VIII, en 1298, soumettait à l'examen de ses docteurs le VI^ livre de ses décrétales ; et le pape Clément V, ainsi que Jean XXII, son successeur, rappelaient en termes émus, dans leurs bulles, qu'ils y avaient pris leurs degrés et y avaient professé dans leur jeunesse (1).
rUniversité ; les progrès des études sous Timpulsion de savants évoques et de religieux éminents ; leur intermittence aux jours de troubles et de malheurs publics ; Téclat jeté par les grandes écoles de la cathédrale, de Saint-Aignan, de Meung, de Saint-Mesmin, de Saint-Benottsur Loire, forment assurément Vun des .plus intéressants épisodes de l'histoire de ces temps lointains. Ce travail est encore à faire ; mais des savants, dignes de reconnaissance et de respect, en ont recueilli et continuent d'en recueillir les précieux éléments. Consulter à ce sujet :
— les manuscrits de l). Gerou, à la bibliothèque publique d'Orléans,
— V Histoire liitéraire de la France, t. 1er à VIII ; — Mabillon, Act. Sanc. Ord. S. Bened.; — GalUa christiana^ t. VU! ; — Boullay, Hist. Univertit, Parisienéis ; — les annalistes d'Orléans : La Saussate, Lemaire, Stbiphorien Guyon; — l'abbé Lebeuf, Recueil de divers écrits, etc., t. 1er, etc., —et tout récemment: Les Écoles ^Orléans aux Xll^ et Xllb siècles ^ par M. Léopold Delisle, membre de Tlnstitut, 1869.
(1) Nos ipsum Aurelianense studium quod nos olim essentiam minoris status habentes, legendi et docendi in legibus scientia décora-
vit (Bulle de Qément V, 130|.) - Lemaire, Histoire d'Orléans,
Univertité, p. 19 et suiv. — Arch. départ, du Loiret, série D, *»
La solennelle intervention de Clément V et de Philippe IV eut donc moins pour but de créer l'Université d'Orléans que de lui tracer la voie qu'elle devait suivre et le sillon qu'elle était appelée à féconder.
Les coutumes qui régissaient alors une grande partie de la France portaient l'empreinte de la rudesse et de l'imperfection des mœurs. Elles variaient de province à province^ quelquefois bizarres, partout incomplètes, souvent contradictoires. Les esprits éclairés, les religieux, les clercs, dédaignaient d'y appliquer leurs études ; la loi romaine, éternel monument de la grandeur du peuple roi, était l'objet préféré de leur enseignement et de leurs controverses.
€ Encore que du commencement, dit Estienne Pasquier, l'estude du droit des Romains nous fût suspecte, craignant que par son moyen on assujettit le François sous une domination étrangère ; toutes fois, la longue opiniastreté des gens doctes, qui, de leur propre mouvement,
l'enseignoient dedans Orléans, la fit passer en tolérance
et de tolérance en nécessité etc. »
€ Fut choisie, continue-t-il, la ville d'honneur, la plus proche [de Paris], qui estoit Orléans pour y eslre les lois
romaines enseignées Cette ville est la première de toutes
les autres qui sont au pays coustumier, voire de toute la France, qui porta le nom d'Université de lois (1) »
La fondation de l'Université d'Orléans ouvrait une voie régulière à de légitimes aspirations.
Perfectionner notre vieux droit coutumier, l'imprégner, peu à peu, par la lente infiltration d'une législation supérieure, de principes civilisateurs et chrétiens, c'était une
(I) Recherches de la France, t. W, p. 989.
noble tâche assurément, mais laborieuse et difficile, œuvre de la science et du temps.
L'Université d'Orléans ne faillit pas à l'accomplir.
Durant plus de quatre siècles, l'enseignement du droit civil et canonique y fut donné, avec une libérale munificence. La renommée de ses docteurs s'étendait par delà les frontières. De toutes nos provinces françaises, de l'Allemagne, de l'Ecosse, de l'Angleterre, des foules d'étudiants venaient recueillir leurs leçons. Ces jeunes gens, souvent de la plus haute origine, y furent si nombreux à certaines époques, qu'ils se divisaient, sous le nom de nationSj en corporations distinctes, ayant chacune sa constitution, ses privilèges et ses officiers (1).
Les professeurs, les élèves, les officiers et suppôts les plus modestes, les bedeaux, libraires, jusqu'aux simples parcheminiers jouissaient de magnifiques prérogatives (2) :
(1) Ces nations furent d'abord au nombre de dix: de France, d'Allemagne dite Germanique, de Lorraine, de Bourgogne, de Champagne, de Normandie, de Picardie, de Touraine, de Guienne, et d'Ecosse. Plus tard, elles furent réduites à quatre.
A quelques époques, disent les chroniqueurs, le nombre des étudiants s'éleva à cinq mille.
(2) Lettres-patentes de Philippe-le-Bel (1312) et de Charles VI (8 mars 1385). — Arrêts du Parlement du 12 février 1322 et du 16 décembre 1338. — Lettres patentes de Philippe de Valois (6 novembre 1334) accordant aux docteurs-régents, écoliers, supj^ôts et messagers de l'Université d'Orléans le droit de citer et ajourner devant le bailli ou le prévôt d'Orléans leurs débiteurs ou ceux qui leur auraient fait quelque injure ou cause quelque dommage. — Transaction entre les habitants d'Orléans et les étudiants en droit de l'Université (9 août 1389). ^ Lettres-patentes de Charles Vil, portant exemption pour l'Université, ses suppôts, ses scribes, libraires, parcheminiers, etc. (1448). — Lettres-patentes de Louis XI il, portant confirmation des privilèges de l'Université (août 1633), etc. (Arch. départ., série D. — Archives municipales d'Orléans, GG, pièces relatives à l'Université.)
da droit de port d'armes, à diverses époques ; de la juridiction nobiliaire; du droit de faire taxer, à prix modéré, leurs loyers et leurs vivres ; de l'exemption des tailles, aides, garde de la ville et service du guet (1).
Les diplômes décernés par l'Université d'Orléans donnaient, de plein droit, libre faculté d'enseigner en tous lieux (2).
Une sorte de trêve de Dieu semblait même protéger contre les violences des guerres civiles et des invasions étrangères le calme religieux de ses études.
Aussi, éprouvons-nous quelque orgueil à montrer, en nos dépôts publics, comme un des plus glorieux titres de noire Université, les lettres-patentes, trop peu connues, d'Edouard III, roi d'Angleterre, datées de Tournoisis en Beauce, le 31 avril 1360. Alors qu'à la tête d'une puissante armée, ce prince ravageait la France, incendiait Toury, Montlhéry, Lonjumeau, et mettait à feu et à sang les campagnes du Gâtinais et de l'Orléanais (3), saisi 'comme de respect devant la mission civilisatrice de l'Université d'Orléans, il déclare, par un acle solennel, prendre sous sa protection toute spéciale ses étudiants et ses docteurs.
Prenons et mettons en nostre sauvegarde et es-
(1) Lettres-patentes d'Henri IV, fémer 1600 et jaillet 1608. Voir également, pour divers autres privilèges accordés aux étudiants,
par exemple pour le droit d'assister en corps aux cérémonies publiques, de faire admettre gratuitement aux représentations théâtrales trois délégués de chaque nation, etc.: — la sentence du bailli d'Orléans, 22 avril 1632, citée par Lemaire, t. II, p. 92, Université. — J.-G. Estor, § 222, 234. — Ë. BiMBENET, Histoire de l'Université, chap. iv, v et vi. — (Arch. départem. du Loiret, sér. D, fonds de l'Université.)
(2) Bulles de Clément V.
(3) Histoire de la querelle de PhiHppe de Valois et d'Edouard III, par Gauxaro (de TAcadémie française), t. II, p. 86.
peciale protection touz les doctours, méstres regentz et noun regentz, clercs estudiantz et vrays escolers de quelconqe faculté de FUnniversité d'Orliens presentz et avenir.
Et leur donons nostre seur et sauf conduyt et à
cbescun de eux alantz désarmez à pié ou à chival^ de la
citée d'Orliens vers leur paiis et retornantz à la
dite citée, pur cause d'estudier illoeqes (1). »
Un demi-siécle plus tard, Charles, duc d'Orléans, fils de la victime de Jean-sans-Peur, rendait, à son tour, un semblable hommage à notre Université.
Oubliant, en sa faveur, le crime et les agressions du meurtrier de son père, il déclarait par lettres-patentes, données à Orléans, le 18 janvier 1412 : «... en mémoire et recommandacion des services de notre fille l'Université...
vouloir et ordonner que les gens du pays de Celui de
Bourgoigne, nostre adversaire, qui vouldroient venir estudier libéralement en nostre ville et cité d'Orliens y poussent venir et demourer sainnement et seurement, eulx et
leurs biens pourvu qu'ils y demeurassent franchement
et paisiblement, comme vraiz estudians, senz eulx mêler d'un cousté ne d'autre (2). »
(1) Ces lettres-patentes, précieux monument des mœurs de l'époque et de la haute considération dont jouissait alors notre Université, sont conserrées en original, dans les archives du dép. du Loiret, sér. D. Elles ont été publiées, pour la première fois, en 1848, dans la Revtie orléanaise (2e année), avec foc simile du sceau d'Edouard III et de quelques lignes du texte, par mon regretté collègue et ami, M. de Vassal, archiviste du Loiret, l'un des membres fondateurs et présidents de la Société archéologique de l'Orléanais. Ce recueil, auquel j'ai emprunté les détails qui précèdent, étant devenu peu commun aujourd'hui, j'ai pensé qu'on retrouverait ici avec plaisir le texte complet d'un document si curieux à tous égards. — (Voir Pièces jiÂStificatives, I, p. 70.)
(2) Le texte de ce précieux document a été récemment retrouvé par
Nobles paroles, non moins honorables pour les princes qui surent les dire que pour la savante institution qui sut les mériter*
Enfin, dès le commencement du XIV siècle, TUniversité d'Orléans eut l'honneur d'inaugurer, la première, l'usage de la langue française dans son enseignement public (1).
Tant de science chez les maîtres, tant de studieuse ardeur chez les élèves, tant de sacrifices, si généreusement supportés par les Orléanais, ne furent pas stériles pour l'avenir.
L'étude approfondie du droit civil et canonique dans les diverses universités de lois, et particulièrement dans la nôtre, rectifiait les idées par d'insensibles progrès. Notre vieux droit coutumier se perfectionnait par des réformes successives, et la loi française s'élevait ainsi par une lente, mais incessante épuration, au rang éminent qu'elle devait occuper, à son tour, parmi les législations des peuples.
Les édits et déclarations de 1679 et 1680 l'appelèrent enfin à l'honneur de l'enseignement public, et lui ouvrirent une chaire dans l'Université d'Orléans.
Les rôles étaient dès lors modiûés ; notre droit national s'imposait, à la fois, aux faits et aux intelligences; et la loi romaine redevenait ce qu'elle sera toujours : la source inépuisable de la science et du vrai.
Au seuil de cette suprême transformation, un insigne
M. Maupré, au f> 121, t», da septième registre des minutes de Guil* laume Girault, notaire au Ghâteiet d'Orléans, en 1412, dont M« Mallet, son successeur, est aujourd'hui dépositaire.
Je dois à la gracieuse obligeance de M» Mallet et à l'amitié de Ai. Maupré de pouvoir le publier en entier. {Pièces justificatives^ V, p. 78.)
(1) Voir, sur ee fait peu connu, la pièce justificative VII,, page 83.
honneur fut encore réservé à T Université d'Orléans. Le plus grand et le plus vénéré de nos jurisconsultes, Tim* mortel Pothier, vint couronner les derniers jours de cette savante corporation d'un éclat supérieur à ses époques les plus brillantes, résumer en d'admirables leçons 8e$ enseignements séculaires, et, dans la simplicité d'qne vie sainte et dévouée, préparer, par d'incomparables écrits, la législation moderne de la France.
L'ouvre était désormais accomplie. Comme la plante qui se dessèche après avoir porté son fruit, l'Université d'Orléans vint s'éteindre en cette phase nouv^le, dont elle
avait hâté Tavènement Mais le souvenir de «a longue
et laborieuse mission devait lui survivr^e, el la ville, qui l'avait abritée durant cinq siècles, en conserver un inefifacable honneur.
Telle fut l'institution dont la salle des Thèses est aujourd'hui, parmi nous, le dernier reste et pour ainsi dire 1^ personnifii^ation monumentale.
ÉTUPB ARÇIIITEGTONIQVE DE U S/LLLP DES THʧE§f,
Près de la modeste demeure où vécut et mourut Potbier, ver^ l'extrémité de ia rue qui, de l'entrée méridionale de la cathédrale, conduit ^ ia préfecture du Loiret, s'élève l'antique édifice d'aspect simple, grave, presque religieux, habituellement nommé la salie des Thèses de VJJniver-
m^ [PI. L)
Engagé, dans sa longueur, entre les habitations voisines,
il ouvre par ses deux extrémités, ornées de façades semblables, au couchant sur la rue Pothier (1), au levant sur celle des Gobelets qui lui est parallèle. {PL II, fig. i^^.)
Chaque façade se compose de deux larges fenêtres en tiers-point séparées par un robuste contrefort; des meneaux perpendiculaires montent de l'appui jusqu'à la rencontre du grand arc, et sont reliés l'un à l'autre, à la partie supérieure, par des arcatures trilobées, surmontées de trèfles et d'un quatre-feuille au sommet. {PL II, fig. 2.)
Au-dessous d'une des fenêtres occidentales, une porte de 2™ 45 de hauteur et d'un mètre de large ouvrait, rue Pothier, sur un perron maintenant détruit; c'était l'entrée des docteurs. D'autres issues, rue des Gobelets, étaient destinées au public ; un escalier de bois y accède encore aujourd'hui et masque une partie de la façade.
Par une singularité, contraire aux habitudes du XV^ siècle, qui aimait à avoir pignon sur rue, comme on disait alors, la direction du comble n'est pas, selon l'usage, parallèle au grand axe du monument ; elle lui est perpendiculaire, de sorte que les pointes aiguës des pignons, au lieu de couronner les deux façades extérieures, surmontent, au midi et au nord, les deux pans engagés.
L'édifice n'a qu'un seul étage, élevé de trois mètres audessus du sol, sur deux longs caveaux adossés, formant soubassement et voûtés en berceau. Il se compose d'une saile unique, de forme rectangulaire, ayant 13 mètres de long sur 7™ 15 de large, et 7"^ 20 de hauteur, sous clef, éclairée à chaque extrémité par les fenêtres des façades (2). {PL II, fig. 2, et pL m, fig. ire.)
(1) Autrefois rue de VEscrivainerie,
(2) Dimensions des fenêtres : hauteur, 4m 50 ; largeur, 2m 50; hauteur d'appui, 2m 66.
Cette salle est divisée en deux nefs égales, voûtées en ogives, par une série de trois colonnes à huit pans, de 32 centimètres de diamètre (1). {PI. I et lit, fig. V^)
Rien de plus élégant que ces sveltes colonnes. Assises sur une base octogone, formée d'une plinthe que rachète un double cavet, elles n'ont ni chapiteaux ni moulures; mais à 4™ 60 du sol, de leurs huit faces s'échappent huit nervures qui s'épanouissent en gerbes gracieuses d'arcatures, se croisent, au centre des voûtes, sous des clefs en forme d'écussons fleuronnés {PI. 111, fig. 3, 3, 4, 5, 6), puis vont s'appuyer aux murs latéraux, sur douze culs-de-lampes ornés de figurines en plein relief (2).
Deux de ces consoles sculptées ornent les piliers qui, à l'intérieur, ^séparent les fenêtres des façades; quatre autres sont placées aux angles; trois à la paroi du mur méridional, autant au mur du nord.
Ces douze jolies statuettes, par leur vivacité d'attitude, semblent se détacher des murs : la délicatesse du travail, l'expression des physionomies, la variété des costumes, en font encore, malgré de regrettables mutilations, l'œuvre sculpturale du XV® siècle, la plus curieuse et la plus complète que possède aujourd'hui notre ville.
Au point le plus apparent de la salle, au-dessus des
(i) La grande salle du château de Montargis, la salle des États, au château de Blois et Téglise des Jacobins d'Agen étaient ainsi séparées, en deux nefs, par une rangée de colonnes. (Viollbt Le Duc, Dictionnaire raisonné d'architecture, t. VII, p. 77 et 87. — Histoire du château de Blois, par M. de La Saussaye, membre de l'Institut. •— Blois, 1850.)
(2) De Buzonniârb, Histoire architecturale de la viUe d^ Orléans, t. I«f, p. 77.
sièges réservés au recteur et aux docteurs régents, entre les deux fenêtres occidentales, saint Jean-Baptiste, la tête nue et nimbée (PL IV, fig. i^^), vêtu d'une robe de poil de chameau, serrée à la ceinture, soutient du bras gauche un large volumm (1) sur lequel est posé un agneau. De l'index de la main droite il montre l'un et l'autre, et semble prononcer les paroles de l'Évangile : Ecce Agnus Dei.
L'iconographie du moyen âge représentait souvent le saint précurseur tenant à la main un phylactère sur lequel ces mots étaient écrits (2). L'artiste Orléanais, pour rendre la pensée plus saisissante, a remplacé les mots consacrés par la figure même de l'agneau.
Saint Jean n'était pas, à proprement parler, le patron de notre Université ; mais une grande vénération s'attachait à son nom. La chapelle de l'église Notre-Dame-de- Bonne-Nouvelle, où, durant plusieurs siècles, eurent lieu les solennités religieuses du corps universitaire, était placée sous son vocable. Au pied de son autel se prêtaient les serments solennels et se célébraient les obsèques des étudiants et des maîtres. En cette chapelle une messe était dite chaque jour à l'issue de la leçon ordinaire du matin (3).
(1) Longue bande de papyras ou de parchemin destinée à recevoir récriture, et que l'on roulait, d*où son nom de volumen, pour la conserver en dépôt dans un étui^ %crxnium, ou dans une botte, capsa ou ca'psula,
(2) Seroux d'âgingourt, Peinture, École gréco-italienne, p. cxii. — Paggiaudi, Antiquités chrétiennes. — Guenebaud, Iconographie de l'antiquité chrétienne, t. I«r, p. 29, et t. II, p. 80.
(3) Ces divers faits sont relatés :
lo Dans un arrêt du Parlement du 13 décembre 1395 qui, nonobstant l'opposition des habitants d'Orléans, autorisa l'Université à élever un clocher au-dessus de la chapelle qui lui était spécialement affectée dans l'église du prieuré de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvelle, et à y
La maille d'or que, le 13 janvier de chaque année, un certain nombre d'habitants de Beaugency étaient tenus de venir remettre au procureur de la nation de Picardie, en l'église de Saint-Pierre-le-Puellier, était aussi frappée au nom et à l'effigie de saint Jean-Baptiste, patron, d'ailleurs, de la ville de Florence dont cette maille d'or portait le nom (1).
A la droite de saint Jean, dans l'angle sud-ouest de la salle {PL IV, fig. 2), un jeune enfant, au regard à la fois naïf et scrutateur, enveloppé d'une longue robe, coiffé
placer une cloche pour sonner l'heure des cours et des solennités. {Pièces justificatives, III, page 74.)
2o Dans un acte solennel du recteur et du collège de TUniversité, en date du 3 juin 1396, lesquels, en considération de Tautorisation à eux accordée par l'abbé de Marmoutiers, d'élever un clocher et de placer une cloche pour sonner l'heure au-dessus de leur chapelle Saint-Jean, sise dans l'église du prieuré de Bonne -Nouvelle, s^obligent sur leur foi et sur tous les biens présents et à venir de l'Université, envers lesdits abbé et prieur, à entretenir et restaurer complètement et à toujours ladite chapelle et une autre sise dans la même église, où se tenaient leurs réunions. {Pièces justificatives, IV, pag. 76.)
3o Dans une sentence du bailli d'Orléans, du 19 février 1537 (1538 nouv. style), relative aux réparations à faire à ces deux chapelles. {Pièces justificatives, VI, pag. 81.)
Je dois communication de ces documents, ainsi que de celui relaté dans la note ci-après, à l'affectueuse et savante obligeance de M. Maupré.
(1) L'origine de cette singulière redevance est fort obscure; mais les faits sont constants. — Voir aux archives départementales, série D, le registre ordinaire du bailliage d'Orléans, du 4 janvier au 29 mars 1572, donné à l'Université par Charles Goullu, docteur-régent, dont la femme était petite-ûlle et héritière de l'ancien greffier du bailliage. (In-folio, papier.) — On y trouve une sentence du bailli, conservateur des privilèges de l'Université, condamnant, le 25 janvier 1578, les détenteurs de certains immeubles sis à Beaugency à payer, le 13 janvier, fête de Saint-Firmin, une maille d'or à la nation de Picardie, de l'Université d'Orléans.
d'une toque dont les attaches s'enroulent autour du cou, appuie ses deux mains sur sa poitrine. Un livre clos d'un fermoir est posé sur ses genoux.
Cette figure d'enfant symboliserait-elle ici le développement de l'intelligence au premier âge de la vie? Rappellerait-elle ces jeunes écoliers auxquels l'Université, avec une libéralité singulière, accordait fort prématurément, il faut l'avouer, le titre d'étudiant, jusqu'à ce qu'un règlement de 1637 eût interdit aux régents et recteurs de délivrer des lettres de scholariti aux élèves qui n'auraient pas encore atteint l'âge de dix ans ? On s'aperçut alors, avec quelque raison, qu'il était bon que les élèves sussent assez de latin pour comprendre le serment qu'ils devaient prêter à cette occasion (1).
A l'angle opposé, nord-ouest {PL IV, iig. 3), un savant, un docteur, parle, démontre, argumente : une barbe frisée orne son menton ; sa tête tournée vers saint Jean et couverte d'un bonnet conique, à six enroulements superposés, se redresse avec une vive animation. De la main droite, il serre un papier roulé. Du bras gauche levé, il rejette son manteau. 11 a conquis le savoir par l'étude ; il le communique par l'enseignement.
En face de saint Jean-Baptiste, entre les deux fenêtres du levant {PL IV, âg. 4), un ange aux ailes déployées, porté sur des nuages, tête nue, cheveux bouclés, vêtu de la robe traditionnelle, soutient, des deux mains, un livre ouvert. C'est le livre de la science, peut-être celui de la loi nouvelle.
A la droite de l'ange, et le regard tourné vers lui, dans l'angle nord-est {PL IV, fig. 5), un vieillard à barbe épaisse,
(i) E. BiMBENET, HUtaire de l'Université de lois d'Orléans, ch. vi, p. 143.
tombant en pointe sur la poitrine, coiffé d'un bonnet conique, aux bords relevés et échancrés au pourtour, tel que l'iconographie judaïque en donne quelquefois à ses docteurs (1), déploie des deux mains un long volumen.
A l'angle correspondant, sud-est (P/. IV, fîg. 6), c'est un bon et digne professeur. Sa figure est calme et recueillie; un capuchon couvre sa tête; un rabat écarté orne son cou ; il entr'ouvre un livre sur lequel il paraît méditer profondément.
Des trois statuettes appliquées au mur méridional, la première, à partir de l'angle sud-ouest(Pi. V, fig. 7), est pleine d'intelligence et d'expression. Un prêtre, peut-être un religieux dominicain, figure imberbe, camail rejeté en arrière, la robe monastique collée sur la poitrine, appuie de la main droite un livre sur ses genoux ; il y pose la gauche en paraissant regarder saint Jean.
Au centre (PL V, fîg. 8),. un docteur à l'attitude grave et réfléchie, à la barbe ondoyante, vêtu d'une robe à larges manches et coiffé d'une toque aux bords relevés sur le front, lève la main gauche et de la droite tient un volumen dont l'extrémité se rejette en arrière sur, l'épaule.
Enfin, près de l'angle sud-est {PL V, fig. 9), un personnage imberbe, la tête couverte d'une étoffe serrée autour du front, et retombant en larges plis de chaque côté du visage, écrit avec un calamus sur un parchemin déployé sur ses genoux (2).
Même délicatesse de travail aux trois consoles du mur septentrional.
(!) Dom Galmet, Dicîionn. de la BihL, X. 1% p. 505.
(2) Le style servait à écrire sur la cire, le calamus ou fistula, roseau, sur le papyrus ou parchemin, avec de Tencre. — Vers le Xle ou Xlle siècle, le roseau cessa d'être en usage en Occident et fut remplacé par la plume d'oie.
Près de l'angle nord-ouest (P/. V, fig. 10), un vieillard à barbe épaisse, au regard sérieux et préoccupé^ développe de la main gauche un volumeni où sa droite semble montrer un passage écrit. II est, comme le personnage de la fig. 5, coiffé d'un bonnet conique aux bords échancrés ; sous une robe, à manches pendantes^ il porte un vêtement étroit aux poignets.
Au centre de ce mur (PL V, fig. 11), belle et noble tête fièrement relevée en arrière, barbe raide et épaisse, vêtement ample, à grands plis, serré à la taille par une large bande ornée de rosettes et de boutons ; la main droite presse un livre sur la poitrine; la gauche le maintient ouvert.
Enfin près de l'angle nord-est {PL Y, fig. 13), un second ange, semblable à celui de la fig. 4, n'en diffère qu'en ce qu'au lieu d'un livre, c'est une bande ondoyante qu*il développe devant lui (1).
Tel est, autant qu'une froide description peut faire apprécier une œuvre d'art, le précieux monument, aujourd'hui délaissé, que nous a légué le XV^ siècle. L'artiste intelligent, qui orna le pourtour de la salle de cette élégante série de figurines, n'a-t-il eu d'autre but que d'approprier la décoration de l'édifice à sa destination essentielle, en y représentant l'étude et le travail à tous les âges, sous toutes les formes, dans toutes les conditions de la vie?
Se serait-il inspiré d'une pensée plus nettement significative ; et ces figures d'anges et de saints entremêlées à celles des religieux et des docteurs ; ces livres et ces volumen répartis^ en nombre à peu près égal, entre les-figu-
(i) Voir BulkUn de la Société archéologie de l'Orléanais, t. I«r, p. 29 (mai 1849), Rapport de M. Vahbé de Torquat, sur la salle dés Thèses de VUniversUé d'Orléans.
rines; quelque dhose de plus calme, de plus serein, dé plus reposé dans h physionomie des personnages qui, pour attributs, ont des livres ouverts i tous ces détails, auiqnelâ parait se rattacher un sens, ne nous conserveraient-ils pas, dans ces curieuses sculptures, la fidèle représentation deâ habitudes, des costumes, des formes extérieures dé l'enseignement unitersitaire à cette époque (1)?
J'abdndonne à l'appréciation des lecteurs ces interpré^
(1) Les volumen et les livres, donnés pour attributs aux personnages, setublent avoir, dans Ticonographie antique et dans celle du moyen âgé, une signification qu'on ne saurait oublier ici.
Une statue d'Auguste, conservée au musée du Vatican, le représente^ tenant à la main gauche un volumen et de la droite faisant un geste d'allocution.
Les sénateurs et personnes éminentes avaient, d'ordinaire, la même attitude.
Dans l'iconographie chrétienne, lé sens parait plus précis encore.
Dieu le Père est fréijuemment représenté sous la figure d*uli tiéillard debout, un volumen à la main gauche et la droite étendue.
Jésus-Christ tient habituellement un volumen déployé quand il donne ses pouvoirs aux apôtres ou qu'il discute avec les docteurs. Il le tient enroulé quand il opère un miracle.
Les apôtres poHent également Uti papier roulé à la main en signe du pouvoir d'enseigner qui leUr a été donné.
Les évéque?, ayant mission de propager la doctrine évangélique et d'en conserver le dépôt, portent tantôt une bande ouverte, tantôt un livre fermé et richement relié, etc.
Voir Dictionnaire des antiquités chrétiennes, par M. l'abbé Marti- GNY, au mot volumen.
Ces attHbuts convenaient naturellement aux docteurs de c l'Estude > d'Orléans, qui, par le seul fait de leurs lettres de licence obtenues en cette Université, acquéraient de plein droit, aux termes de la' bulle pontificale d'institution, le privilège de professer en tous lieux, sans besoin ultérieur d'autre examen ni d'autre autorisation.
On remarque également, dans les costumes et les attributs de plusieurs figurines, de frappantes analogies avec les prescriptions
talions peut-être un peu conjecturales ; mais ce que je ne saurais passer sous silence, et ce qui, dans l'aspect général de rédifice, frappe le regard le moins attentif, c'est le caractère d'élégance et de pureté qui, nonobstant son état actuel d'abandon, ressort de l'harmonieuse unité de l'ensemble et de la délicatesse des détails.
Les architectes du moyen âge possédaient, à un haut degré, le don d'imprimer à leurs œuvres le sceau nettement caractérisé de leur destination.
Bien que le maître inconnu qui a conçu et exécuté ce monument lui ait donné les formes architectoniques des édifices religieux d'alors, on sent, en y pénétrant, que ce n'est pas un sanctuaire consacré à la prière ; Tâme n'y est pas, comme dans nos églises chrétiennes, soulevée de terre et portée vers le ciel : le regard n'y est pas instinctivement dirigé vers un point dominant, l'autel du sacrifice ; mais cette élévation de trois mètres au-dessus du sol ; ces appuis de fenêtres qui dépassent la hauteur de la tête, comme pour préserver l'esprit des distractions du dehors, cette douce lumière qui circule entre les sveltes colonnes; la sévérité des lignes, la nudité des murs ; ce peuple sculpté de religieux et de savants, qui, sous des formes et des attitudes diverses, offrent l'exemple du recueillement et de l'étude, tout révèle, en cette enceinte, l'asile
imposées aux docteurs dans le règlement général de l'Université du 5 juillet 1389, dont il sera parlé ci-après :
€ Les docteurs et bacheliers lisant en droit civil, en ladite Université, commenceront leur lecture en cappe pUssée et continueront, durant tout le cours de l'année, selon l'usage et la méthode des anciens statuts ; quant aux docteurs séculiers en droit canonique, faisant la leçon du matin, ils liront avec Vépitoge ou autre costume convenable, mais le décret sera lu d'abord en cappe rouge,... > (Article 2 du règlement. Voir le texte aux Pièces justificatives, II, page 73.)
de la méditation, de l'enseignement et du travail intellectuel.
Ici, en effet, fut, pendant quatre siècles, le sanctuaire des graves et studieux labeurs.
Des générations de docteurs y consacrèrent leurs vies modestes à sonder, dans ses profondeurs, la source du droit et de la justice.
Des foules d'étudiants y vinrent, l'une après l'autre, assister aux luttes pacifiques de ces maîtres et recueillir leurs doctes enseignements.
Cette salle silencieuse et recueillie fut le berceau, le siège, et comme le cœur de la savante institution qui jeta tant d'éclat au moyen âge, et sera l'éternel honneur de notre cité.
C'est ce qui ressortira mieux encore de ce qui me reste à dire sur l'origine, la fondation et la destination du monument.