FONDATION DE LA SALLE DES THÈSES
L'Université, régulièrement instituée par les bulles de Clément V et les lettres-patentes de Philippe IV, eut pour première résidence le couvent des Frères-Prêcheurs, aujourd'hui compris dans l'enceinte de la ville (1), mais alors situé hors des murs, à quelques pas, au nord de l'ancienne porte Parisis.
(1) Maintenant caserne des Jacobins, place de l'Étape. L'enceinte de la ville ne dépassant pas, à celte époque, la rue actuelle de TÉvêché prolongée en ligne droite jusqu'à la rue de Sainte-Catherine, le couvent des Frères-Prêcheurs ou Jacobins, ainsi que la place de l'Étape , se trouvaient ainsi en dehors des murs.
Des leçons publiques de grammaire, de philosophie, de droit, de mathématiques, y étaient depuis longtemps professées; renseignement spécial du droit civil et canonique y fut particulièrement continué, conformément aux nouveaux statuts (1).
Vers Tannée 1337, l'Université quitta ce monastère et transféra ses cours à l'intérieur de la ville, près de l'église Sainte-Croix, dans les bâtiments du prieuré de Bonne-Nouvelle, qui dépendait alors de l'abbaye de Marmoutiers (2).
(1) Un religieux dominicain, ou frère prêcheur, se remarque, on l'a TU plus haut, parmi les figurines qui ornent la salle des Thèses.
(t) Le monastère de Notre -Dame-de-Bonne -Nouvelle (aujourd'hui préfecture du Loiret), ancien couvent de filles avant le VII1« siècle» sous le nom de Sancta Maria Puellaris, devint plus tard une communauté de chanoines , accordée par les rois de France aux seigneurs de Beaugency.
Robert-le-Pieux réédifia Téglise et la dota généreusement.
Vers le milieu du XU« siècle, Simon de Beaugency, du consentement de Manassès, évêque d*Orléans, se dessaisit de l'abbaye en faveur des moines de Marmoutiers.
Les guerres du XIV« et du XV« siècle^ ayant ruiné la plupart de ses possessions, elle descendit au rang de simple prieuré.
L'Université d'Orléans avait, comme on l'a vu ci-dessus, dans l'église de Bonne-Nouvelle, une chapelle sous le vocable de Saint -Jean, où elle faisait célébrer la messe haute et basse, à huis-clos ou portes ouvertes, à sa volonté.
Au milieu du XVIle siècle, la savante congrégation des Bénédictins de Saint-Maur fut mise en possesion du prieuré de Bonne-Nouvelle, et y resta jusqu'à la Révolution.
Les beaux restes d'antiquités trouvés en 1741 , dans les fouilles entreprises pour la fondation de l'église, reconstruite alors par les Bénédictins, donnent lieu de croire qu'un palais ou un temple romain existait à ce point de la ville. (Db Vassal, Recherches sur le monastère de Notre- Dame-de-Bonne-Nouvelle, Orléans, 1842. — Jollois, Mémoire sur les antiquités du département du Loiret, 1836, pages 88 et suiv.)
Les motifs de ce changement ne sont pas nettement connus. On Tattribue généralement à la crainte des invasions et des troubles.
Peut-être faut-il y voir aussi un témoignage des étroites affinités qui existaient entre les universités et les cathédrales. — La plupart des professeurs appartenaient, en effet, au clergé ou aux ordres monastiques : — un des principaux fonctionnaires de l'Université, le scholastique ou chancelier, magister scholarum, était en même temps l'un des dignitaires du chapitre.
De temps immémorial, l'église d'Orléans possédait, d'ailleurs, annexée à sa célèbre école, une bibliothèque, ou librairie, comme on disait alors, qu'elle conserva longtemps encore après. A cette époque, où les manuscrits étaient si rares et d'un prix si élevé, cette bibliothèque devait être d'un précieux secours* pour la nouvelle institution.
Mais à mesure qu'elle voyait grandir sa renommée et croître l'affluence de ses élèves, l'Université dut éprouver le besoin d'un local qui lui fût spécialement affecté, siège de ses délibérations, de ses actes publics et de ses solennités, dépôt de*ses manuscrits et de ses titres.
La gestion de ses affaires intérieures, la collation des grades, l' élection des recteurs nécessitaient de fréquentes réunions pour lesquelles elle n'avait d'autre asile que les chapelles Saint-Jean et Saint-Guillaume, qu'elle possédait en l'église du prieuré de Bonne-Nouvelle, parfois quelque autre établissement religieux du voisinage.
Un grave événement survenu en 1389 dut faire sentir plus vivement encore à l'Université la privation d'un local qui lui appartint spécialement. Les détails de cet incident universitaire, dont il convient de dire quelques mots, nous ont été transmis par utf document conservé aux archives
nationales, et qae MM. P. Meyer et Charles Thurot ont récemment publié (i).
Les dissentiments qui trop souvent se renouvelaient entre les habitants d'Orléans et le corps universitaire en étaient venus, vers 1389, à un degré d'irritation excessif et inquiétant. De nombreux procès pendaient en appel au Parlement. Par ordre du Roi, deux membres de la Cour, le président Pierre Bouchet ou Boschet (2) et le conseiller Estienne de Guiry, furent délégués à Orléans pour tâcher de pacifier les choses et réformer l'Université elle-même, dont les statuts primitifs étaient mal observés par les étudiants et par les docteurs.
De nombreuses conférences eurent lieu à cet effet, du 5 juillet au 8 août 1389, entre les commissaires royaulx, les procureurs, maiians et habitans de la ville d'Orliens et les docteurs, nobles maistres, bacheliers et escaliers estudians de l'Université et Estude du dict lieu.
Après enquêtes et informations, on convint de se remettre chacun en droit soy^ quicier et pardonner universalement et singulièrement toutes demandes^ querelles et poursuites quelzcunqueSj haynnesy rancunes et mautalans : on se promit que dores en avant on ne mefferait Fun à Vautre en corps ne en bietiy pour quelque cause et action que ce fût, mais qu^on viverait en paix gênerai et universal, bonne concorde et tratiquiUité, perpetuélement et à touz jours..,.
Les appellations faites en la cour du Parlement furent mises à néant sans amendes. Les statuts de l'Université
(1) Doeaments relatiCs à l'Université d'Orléans, conservés anx archives nationales, dans la série des accords da Parlement. — Bibliothèque de VécoU des chartes, XXXII. Année 1871 , i«, 5« et 6« livr., p. 379 et saiv.
(2) V. de L'Hbrmite-Soulier, Éloges des présid. du Parlem.de Paris, et Arch. du Loiret, l'acte d'accord de 1389 ; dté Pièces justif.. Il, p. 73.
farent réformés. Un règlement général en trente-quatre articlesy dont le texte latin, plein de curieux détails, a été publié par MM. P. Meyer et Charles Thurot (1), fut accepté par les docteurs et étudiants, avec serment de l'observer fidèlement, puis homologué au Parlement le 18 août 1389.
Or, à défaut d'un local appartenant à l'Université, ces solennelles conférences se tinrent en une simple chambre de l'hôtel du Cheval-Blanc, paroisse de Saint-Pierre-Ensentelée (2).
Cette fière corporation que les rois de France appelaient leur fille chérie, dilecta filia nostra Universitas Aurélianensis (arrêt du Parlement de 1395) (3), qui. Tannée précédente, avait fait condamner à cent livres tournois d'amende Guillaume de Pimelin, lieutenant du bailli, pour s'être permis, dans une affaire litigieuse, de prendre place au-dessus du recteur, dut vivement souffrir de ne pouvoir, en de si graves circonstances, ofTrir aux commissaires royaux qu'une hospitalité si modeste. Il est donc permis de penser que les événements de 1389 accrurent le légitime désir qu'éprouvait l'Université de posséder, en propre, un édifice afTecté à son institution, et en hâtèrent la réalisation.
Le corps universitaire avait, d'ailleurs, des ressources pécuniaires pour pourvoir à cette fondation.
On aurait peine à comprendre qu'une grande corporation enseignante, qui percevait de ses nombreux élèves des droits d'examen et de diplôme, et un revenu quelconque de son droit de messagerie, n'eût pas les
(1) Noir Pièces justificatives j II, page 73.
(2) In quàdam caméra in domo jEqui Albi Aurelianis in parocchia sancti Pétri in semiia lata. (Bibliothèque de l'école des Chartes, XXXII. publication de MM. Meyer et Thurot : Accord général, p. 39.
(3) Voir Pièces justificatives, III, pages 74 et suiv.
moyens de subvenir à ses dépenses nécessaires (1). Plusieurs documents établissent, en effet, qu'elle n'en était pas dépourvue.
Dans le règlement général dç 1389, dont il vient d'être parlé, on lit, article X :
c Les docteurs et procurateurs ne pourront puiser dans f le trésor de r Université plus de vingt sols pour les frais de c chaque rectorat sang consulter les nations. Fa^t^ par c eux de ce faire, la dépense ordonnée sera comité non c avenue, et ils seront tenus, de leurs propres deniers, à c restitution (2). >
Il y avait donc un trésor universitaire.
L'existence d'une caisse de deniers comiu^ns est encore constatée par l'arrêt du Parlement du 13 décembre 1395 qui, malgré l'opposition des habitants d'Orléaps, .autorisa l'Université à élever un clocher et à installer une cloche au-dessus de sa chapelle Saint-Jean, d^ns l'église de Bonne-Nouvelle.
c L'Université, est-iLdit dans l'arrêt, étant up corps c reconnu, une communauté légale, avec droit de sceau e( c un trésor comrif^un, a copséqqemment le droit d'avoir upe « cloche » (3).
(1) L'Université, entre autres dépenses obligatoires, était tenue ep^ers ]*abbaye de Marmouticrs d'entretenir et réparer cQmpl^leipept, à ses frais, la chapelle Saint-Jean et celle de Saint-Guillaume qui lui étaient spécialement affectées, en l'église de N.-D. de Bonne-Nouvelle. (Acte du 3 juin 1396, et sentence de 1538. (Voir Pièces justificatives, IV et VI, pages 76 et 81.)
(2) Voir le texte de cet article X, aux Pièces justificatives, II, p. 73.
(3) .... Quod cum ipsa universitas corpus licitum et cçn^n^unitatem habeat approbatam, atque siffiHum et afcham communevu, çx çonsequenti campanan^ ad instar aliorum ^udiorutn regi^i fu?|2rt.«*. Arrêt du Parlement de Paris du 13 décembre |395. {Pièces jyistificqtivçs^ Ulu pag. 74 et suiv.)
Ce fait ressort encore de l'acte du 3 juin 1396 par lequel rUniversité déclare officiellement s'être engagée envers l'abbaye de Marmoutier» et le prieuré de Bonne-Nouvelle, sur sa foi et sur tous ses biens présents et à venir ^ à réparer de ses propres deniers, complètement et à toujours, la chapelle Saint-Jean qui lui était affectée en l'église dudit prieuré (1).
Des difficultés d'ordre matériel retardaient donc seules l'érection du monument si justement désiré. Il est facile de reconnaître de quelle nature étaient ces difficultés.
L'Université avait établi ses cours au centre de la ville, dans le quartier le plus recherché. En d'étroites maisons ayant pignon sur des rues plus étroites encore, se pressait une nombreuse population de docteurs, d'étudiants, de marchands, de fournisseurs.
Pour acquérir successivement quelques-unes de ces habitations particulières, sur l'emplacement desquelles devait s'élever le nouvel édifice, les docteurs durent inévitablement se heurter contre des intérêts opposés aux leurs, contre des résistances calculées et des prétentions excessives. Au XY® siècle, les institutions, même les plus puissantes, étaient privées du commode expédient qui aujourd'hui fait fléchir la propriété privée sous les exigences plus ou moins justifiées de l'intérêt général. L'expropriation pour cause d'utilité publique n'était pas encore inventée.
La position de la salle des Thèses, telle que nous la voyons en ce moment, suffirait à révéler quels obstacles l'Université eut à surmonter.
Le prieuré de Notre-Dame-de-Bonne-Nouvèlle, où se donnaient les leçons, et l'église de ce prieuré, dans laquelle
(1) Voir Pièces justificatives^ IV, p. 76.
rUniversité possédait les chapelles Saint-Jean et Saint-Guillaume, affectées à ses solennités, étant situés à l'angle de la rue des Grandes-Écoles et de la rue de Bourgogne-Saint- Sauveur, vers le point occupé aujourd'hui par le corps de garde et la grille de la Préfecture, les docteurs devaient naturellement désirer que leur librairie, annexe essentielle de renseignement, eût, symétriquement, sa façade et son entrée principale de l'autre côté de la rue.
Mais, pour cela, il leur fallait acquérir la bande d'étroites maisons qui, aujourd'hui comme alors, développent leurs ouvertures du côté nord de la rue de Bourgogne, entre la rue des Gobelets et la rue de l'Écrivinerie. Or, ces maisons, ainsi qu'on le verra par les actes ci-aprés, appartenaient à deux bourgeois de la ville, Huguet Morinet et Jean de Bacons : elles étaient louées, par suite de leur position favorable au commerce, à des marchands et fournisseurs : Adenet de Troyes, queux (restaurateur, dirionsnous aujourd'hui), et Jean Mucet, cordonnier. Il n'est pas invraisemblable que les propriétaires aient opposé, aux demandes d'acquisition, des prétentions élevées ou peut-être des refus formels, et l'Université, au lieu de développer la façade de sa librairie au nord de la grande rue de la ville, se vit forcée de choisir, pour emplacement, le centre même de ce groupe d'habitations, et d'ouvrir les entrées de la salle à ses deux extrémités, rues des Gobelets et de l'Écrivitierie. (Voir PL II, fig. 1^».)
Ceci, pour le dire en passant, pourrait expliquer la singulière disposition des combles et du pignon du monument, que j'ai déjà signalée (1).
Il était, en effet, d'usage au XY® siècle que les bâtiments eussent sur la rue leur pignon pour façade. L'Université,
(1) Page 18, ci-dessus.
voyant avec quelque déplaisir sa façade principale «masquée par les maisons d'Huguet Morinet et de Jean de Bacons, aura voulu, sans doute, en prévision d'acquisitions ultérieures qui ne se sont pas réalisées, dominer, par le large développement et le sommet élevé de son pignon, les petits hosieU qu'elle n'avait pu acquérir.
Deux documents authentiques, retrouvés par mon savant . collègue et ami, M. Maupré, et qu'il a bien voulu me permettre de publier, jettent une vive lumière sur ces détails, couverts jusqu'ici d'une grande obscurité, et nous font, en quelque sorte, assister aux actes préparatoires de la construction du monument.
Le premier de ces documents, découvert, il y a quelques mois seulement, dans le septième registre (folios 32 et 33) des minutes de Guillaume Girault, notaire au Châtelet d'Orléans durant le premier tiers du XV® siècle (1), est l'acte de vente faite à l'Université, par Jean Josselin, clerc notaire d'Orléans, de partie d'une maison lui appartenant, ouvrant sur la rue des Gobelets et comprise dans le périmètre de l'emplacement actuel de la salle des Thèses. Cet acte est du 5 février 1411 (nouveau style) (2).
(i) Ce registre est aujourd'hui conservé en l'étude deM« Mallet, successeur de Guillaume Girault. Ce notaire du XV« siècle est déjà connu pour la curieuse note sur la mission de Jeanne d'Arc et sur la prise du fort des Tourelles, inscrite de sa main, le jour même de ce grand fait d'armes, sur son registre de minutes, le 8 mai 1429. — J'ai publié cette note, avec fac-similé du texte, dans le quatrième volume des Mémoires de la Société archéologique. C'est un devoir pour moi d'exprimer ici à Me Mallet ma sincère gratitude de l'aimable obligeance avec laquelle il a bien voulu me communiquer les précieux manuscrits dont il est dépositaire.
(2) Bien que cet acte soit réellement du 5 février Uii, il devrait,
Le registre est malheureusement altéré; la tranche latérale extérieure, rongée par l'humidité, occasionne quelques lacunes qui jettent de l'obscurité sur certains passages. Mais les énonciations essentielles sont demeurées intactes et permettent de déduire d'utiles conséquences de ce texte que je reproduis ici, d'après la lecture de M. Maupré (1).
c Le jeudi V« jour de février M. lUIc et xj (sîc, par erreur pour x).
Jehan Josselin, clerc notaire d'Orliens, demeurant à présent en la ville de Paris, affirme à lui estre nagueres escheu, advenu et appartenu par le décès de feux Jehanne la Josseline, sa mère, et comme héritier d'elle, ung hostel couvert dCesseaune assis en la paroisse de Saincte-Coulombe d'OrlienSy ouvrant' sur la rue du Gohellety tenant à une place ou sieult (2) avoir maison qui est delà chappelle Notre-Dame fondée en V église d'OrlienSy que tient de présent Vestude et Université d'OrlienSy d'un costé;
d'après l'usage du temps où il a été rédigé, porter dans le texte la date du 5 février 1410. L'année, en effet, commençait alors, non au ier janvier, mais à Pâques, et les mois de janvier et février. 1411 (antérieurs à Pâques) appartenaient conséquemment à l'année 1410. Cette double date 1410, 1411, résultant de la manière différente de daler les premiers mois de l'année (avant Pâques), selon l'ancien style ou selon le nouveau, s'écrit souvent ainsi : 141f.
L'indication inexacte de notre acte est, ici, une simple erreur de copiste facile à rectifier. La minute de la vente Jean Josselin, inscrite aux fol. 32 et 33, est en effet immédiatement précédée, dans le même registre (f" 29), d'un acte daté du f«f jour de février Van mil llll^ et dix; elle est immédiatement suivie d'une autre minute datée du 6^ jour de février Van mil llll^ et dix. Notre minute intermédiaire appartient donc à la même année.
(1) Une observation doit être faite pour la lecture de cet acte.
Les mots ou portions de mots enfermés ici entre crochets sont effacés par l'humidité dans le texte original. — Ils ne sont donc restitués que par appréciation.
(2) Où il y avait autrefois maison ; sieult, solebat.
à la maison faisant le coing du chevet de Bonnenoiz appartenant à Huguet Morinety d'autre costé; et à une place qui est de présent à la dicte Université^ et à Thostel de Jehan de Bacons ouq[uel] par le houty devers VEscripvainerie (1)...
Recongnut, &», qu'il avait venduy livré à ladicte Estude
et Université d'Orliens [et au procureur] général d'icelle Université, à ce présent acceptant et pour ceulx qui auront cause d'elle [partie (iS) du dit] hostel dudict Jehan Josselin, à prendre ou costé d[e la chappelle] Nostre-Dame, depuis le bout du mur derrières dudict hostel [tenant à celui] de Jehan de Bacons et en venant à ra[llignement dudit] mur Jehan de Bacons, parmi ledit hostel (3) dudit Josselin [jusques] en ladite rue du Gobelet. Et avec ce, ledit Jehan Josselin [a cédé] à ladite Estude et Université d'Orliens à touzjoursy comme dit est, assavoir cinq solz parisis de rente annuelle et perpétuelle que ledit Jehan Josselin [dit] avoir à prendre chacun an à cause de son dit hostel en.... ladicte chappelle où sieult avoir maison pour souffr[ir être placé, au mur] dudict Josselin, ung corbeau de pierre pour porter une se[ul]e (4) de la] maison qui sieult estre en ladicte place, naguères abatue et tout le droit que ycelui Josselin avoit, povoit et
devoit [avoir] avec les arréraiges qui lui estoient et povoient
estre [dus]...
Tout lequel hostel est tenu à troys mailles de cens... [envers les] doyen et chappitre de l'église collégial de Sainct-Liphart de [Meung]...
Ladite vente faite pour la somme de vint livres parisis comptées et rèell\ement payées"],., par ledit procureur de ladite Université^ audit vendeur en no[tre présence, de laquelle somme] ycelui vendeur se tint à content ; quicte &*. Et parmi ce que [promet ladite Université] sera tenue dCy à ses coulz et despens, faire ung mur [en pierre] chaux et sàblony depuis le bout dudict mur Jehan de [Bacons tenant celui] dudit vendeur, ainsi que dessus est dit, jusques à [la rue du Gobellet], lequel
(1) C'est-à-dire par le bout, du côté du couchant.
(2) Probablement sept pieds de largeur, ainsi qu'il est dit plus loin.
(3) Â travers ledit hostel.
(4) SeuUe, pièce de bois.
mur demourra mestaer (i) entre ladite Université [et le vendeur], pourveu que ycelui vendeur, ses hoirs et aiens cause et [propriétaires dudit] hostel ne pourront oudit mur mestaer faire
ne avoir veues, fenestres, ausmoires ne esgouz ; mes il s*y
sept piez ou environ de largeur dudit hostel dudit d'icelui
en aient à ligne dudit meur (2) Jehan de Bacons...
Et desdits cinq sols parisis de rente, arréraiges et droit q[ui ont esté] venduz comme dit est dessuz, ycelui vendeur s'est dessaisi, &* [promettant ledit] vendeur non venir contre, &•, garantir, &*, paier coulx, &«, obliger, &^.
[Fin du f> 33, r^.]
Il ressort des termes et des attenancements de cet acte que la portion de Vhostel couvert d'esseaune, vendue par Jean Josselin, était la dernière acquisition que TUniversîté eût à faire pour déblayer l'emplacement de son futur édifice. Cette maison, qui ouvrait (du levant) sur la rue des Gobelets et qui tenait (du midi) à la maison d'Huguet Morinet, — laquelle, alors comme aujourd'hui, faisait le coing du chevet de Bonnenoiz, — attenait (du côté nord) à une place ou sietilt avoir maison que tient de présent VEstude et Universilé d^Orliens, Par le bout devers VEscripvainerie (côté du couchant), elle attenait à une autre place qui est de présent à ladite Université, etc. {PL II, fig. I"^*.)
Il parait donc qu'antérieurement à l'acquisition partielle de Vhostel Josselin, deux autres maisons, trois peut-être, avaient déjà été achetées et démolies par l'Université, l'une au nord de Vhostel Josselin, ouvrant, comme lui, rue des Gobelets, une ou deux autres sises à son cûuchant, et ouvrant rue de VEscripvainerie.
Pour régulariser complètement l'ensemble du périmètre
(1) Mestaer, mitoyen.
(2) Meor, mvtr.
et commencer les travaux de construction, il ne restait plus qu'à rectifier une petite saillie que le mur de derrière des deux hostels appartenant à Jean de Bacons faisait sur le côté midi de cet emplacement.
La rectification de cette saillie fait l'objet d'un second acte, daté du 20 avril 44H, après Pâques, postérieur ainsi de deux mois et demi à celui de Jean Josselin. M. Maupré l'avait retrouvé, en 4868, dans le dépôt de nos archives, et avait bien voulu m'autoriser à le publier dans mon premier travail lu à la Sorbonne.
Cet acte est ainsi conçu :
« A touz ceulx qui verront ces présentes lettres, Alain Du Bey, licencié en loys, garde de la Prévosté d'Orliens, sàlut :
« Saichent tuit que Jehan de Bacons, bourgeois d*Orliens, estably par devant nous en droit, recongnut et confessa de son bon gré et voulenté, senz contrainte, que il a voulu, accordé et consentu, vieult, accorde et consent à l'Ëstude et Université d'Orliens, présent maistre Jehan Thomas, procureur général de ladicte Université, aceptant et stipulant pour ladicte Université, que pour faire la librairie d'icelle Universitéy que on vieult faire en une place de maisons abatues estant contre deux hostelz que ledit Jehan de Bacons a devant l'Eglise de Bonnenoiz où demeure Adenet de Troyes, queux, et Jehan Mucet, cordouannier, que le mur de derrières desdictes deux maisons soit abbatu, de par ladicte Université, et que on se avense sur icelles deux maisons, au long du derrières d'icelles, de demi-pié, pour refaire ledit mur plus espès qu'il n'est de présent, et pour le drecer ; par ainsi que ladicte Université, à ses coulz et despens, fera reffaire icelui mur et y mectre des corbeaux de perre au dedens desdictes deux maisons, pour y mectre, porter et soustenir les grosses pièces de boys d'icelles maisons, et que icelle Université fera appareiller et amender ce que il sera despecé desdictes maisons en refaisant ledit mur ; et ledit Jehan de Bacons, ses hoirs et aîens cause ne pourront faire ne avoir d'oresennavant audit mur, quant il sera re ffait, aucunes cheminées, fenestres, veues ne
ausmoifes ; promettant, ledit Jehan de Bacons, par devant nous en droit et par sa foy, et soubz Tobligacion de lui et de touz ses biens, non jamès venir contre lesdiz accors et choses dessus dictes, et les tenir, garder et avoir fermes, estables et agréables à touz jours, sens enfraindre aucunement.
c En tesmoing de ce, nous avons fait sceller ces présentes lettres du scel de la Prévosté d'Orliens. Ce fut fait le XX« jour d'avril, l'an mil quatre cens et onze, après Pasques. » ( Signé au-dessous et sous le repli : G. Girault, et paraphé,)
(Archives départementales du Loiret, série D ; — original parchemin, français, dépourvu du sceau qui appendait à une double queue de parchemin. Au dos est la cote ancienne G-Y, G-Y, G-Y.)
De précieuses indications ressortent, on le voit, de ces deux documents.
Nul doute, d'abord, sur la parfaite identité de l'édifice aujourd'hui connu sous le nom de salle des Thèses, — avec la librairie d^icelle Université^ qu'en i41ij on vieult faire en une place de maisons abattues
Ce sont identiquement les mêmes attenancements et le même périmètre. Au levant, la rue des Gobelets; au couchant, la rue de VEscrivainerie (aujourd'hui rue Pothier) ; au nord, les maisons alors en censive de la chapelle Notre- Dame fondée en l'église d'Orliens; au midi, les hostels de Huguet Horinet (M), et de Jean de Bacons (N), interposés, à cette époque, comme ils le sont encore aujourd'hui, entre la rue de Bourgogne et l'ancienne librairie de l'Université {PL II, fig. l'e).
L'église de Bonnenoiz D {PL II, fig. i^e)^ en face de laquelle, au côté nord de la rue, étaient situés ces trois petits hostels, n'existe plus maintenant; mais sa position, à l'angle de la rue de Bourgogne-Saint-Sauveur et de la rue des Grandes-Écoles, est rigoureusement déterminée par des titres et plans incontestables.
Les deux actes de 1411 ne constatent pas seulement l'identité de notre monument ; ils projettent, en outre, d'utiles lumières sur trois questions que je dois maintenant étudier :
La destination originaire de la salle des Thèses ;
Le nom du fondateur;
La date, au moins approximative, de l'édification.