‹ La salle des Thèses de l'Université d'OrléansChapitre 7 sur 16 · NOM DU FONDATEUR · texte numérisé non relu

NOM DU FONDATEUR

En l'état actuel des documents connus, contester à notre corps universitaire l'honneur d'avoir fondé le monument qui, durant quatre cents ans, fut le foyer de son enseignement, serait se jeter dans ces thèses paradoxales qui par- Ibis séduisent les meilleurs esprits et leur font un peu oublier les austères lois de la critique historique.

Si les mémoires et devis des travaux ont jusqu'à présent échappé à nos investigations, dans tous les actes antérieurs à la construction, dans tous ceux qui l'ont suivie, on voit invariablement l'Université stipuler, payer, disposer, régir à titre de propriétaire unique et exclusif.

Dans l'acte de vente du 5 février 1411, c'est a à VEstude € et Université d'Orliensei à M® Jehan Thomas, procureur « général d'icelle, acceptant et stipulant pour ladicte Univerc site... que Jehan Josselin vend une portion de son hostel c ouvrant sur la rue du Gobellet. >

C'est V Université qui s'oblige envers le vendeur à faire c à ses coulz et despens uDg mur en chaux et sable, lequel c mur sera et demeurera mitoyen.... »

C'est l'Université qui, par les mains de son procureur général, compte et paie à Jean Josselin, pour prix deladite vente et en sus des charges, vingt livres parisis, dont il se tient content et en quitte ses acheteurs.

Dans l'acte du 20 avril, par devant Alain du Bey, c'est à a VEstudeet Université d'Orliens^ présent M<^ Jehan Thomas, c son procureur général, acceptant et stipulant pour elle, c que Jehan de Bacons accorde et consent que pour faire la c librairie d'icelle Université... en une place de maisons < abattues estant contre ses deux hoslels, le mur de derc rières desdites deux maisons soit abattu de par ladite € Université et que on se avence sur icelles deux maisons c de demi-pié pour refaire ledict mur... >

C'est l'Université qui s'oblige envers Jean de Bacons a faire reffaire icelui mur à ses coulz et despens et y mestre € des corbeaux de pierre pour soustenir les grosses pièces c de boys d'icelles maisons... >

Quoi de plus formel?

Après avoir dirigé et payé les travaux préparatoires, l'Université, lors de l'achèvement de l'édifice, semble, pour ainsi dire, le signer de son nom, en inscrivant à l'intérieur, en délicates sculptures, les emblèmes de son institution, l'imago du patron vénéré qui, dans sa chapelle Saint-Jean, présida durant de longues années à ses solennités académiques et religieuses, les ligvires de ses docteurs, les insignes symboliques de son enseignement.

Plus tard, c'est toujours à titre de propriétaire qu'elle parle de sa librairie : c'est en sa librairie, in nostra librariay m nostras œdes bibliothecarias, qu'elle convoque Orléanais et étranger» à ses réunions solennelles.

C'est encore à titre de propriétaire qu'elle régit cette salle et 6n afferme les dépendances. Le bail, cité plus haut, du 27 août 1577, et de nombreux titres analogues, conservés en nos archives, ne laissent aucun doute à cet égard.

Un document plus récent, dans lequel figure le nom de notre immortel Pothier, confirme ces inductions par une déclaration qu'il importe de recueillir.

La cloche et l'horloge universitaires, objets, au XIV® siècle, de si longs débats entre le corps des docteurs et les procureurs de la ville, et que le Parlement, par arrêt du 13 décembre 1395, avait autorisé l'Université à placer audessus de sa chapelle Saint-Jean, en l'église de Bonne- Nouvelle, avaient été, plus tard, transportés en un nouveau clocher élevé au-dessus de lei librairie.

Au XVIII® siècle, cette cloche, dont le poids était de S,034 livres, était devenue un meuble inutile etjdélaissé.

Le chapitre de Saint-Aignan proposa à l'Université de l'acheter pour son église.

Sur cette demande intervint, le 5 mai 1757, la délibération suivante conservée aux archives départementales (fonds de l'Université) :

€ Aujourd'hui jeudi, 5® jour de mayl757, nous, Pierre c Vallet, doyen et recteur, Antoine Breton, Robert-Joseph c Pothier, Jean-Jacques*GuilIaume Guyot, conseillers du c roy, docteurs-régents en l'Université d'Orléans, sommes a assemblés dans la salle de la librairiCy pour délibérer sur c la proposition à nous faite par MM. les chanoines de Saintc Aignan d'Orléans, à l'effet de leur vendre un timbre de c cloche qui servoit très-anciennement à une horloge dépéc rie, et qui estoit dans un clocher bâti dans la librairie; € et notre compagnie considérant que ce timbre a besoin « d'estre refondu, que les ferremens de cette ancienne hor-

f loge sont poar la pluspart perdus et le restant mangé c par la rouille» el totallement hors d'estat de servir ; qtfô le € bâtiment qui forme ce clocher est dans un estât ruineux, « tous les bois en estant vermoulus.... que ces dépérissec ments procèdent de vétusté, cette horloge étant hors c d'usage depuis un temps immémorial, et enfin qu'on ne € peut la rétablir sans une dépense très-considérable, impos- € sible à la compagnie et mesme inutile, puisque suivant « les procès-verbaux, anciens et nouveaux, contenus en nos € registres, les exercices de nostre Université ne sont diria gés pour les heures que par la grosse horloge de la ville,

< qui s'entend clairement dans nos écoles, et qui, confor- « mcment à l'usage et aux règlements, dirige pareillement c tous les actes judiciaires et quasi-judiciaires dans la ville a d'Orléans;

« Observant (tailleurs que nonobstant que les autres Uni- € versitez du royaume soient déchargées des réparations de « leurs bâtimeyits, lesqu£lles sont faittespar les estais des proc vinces, ou des deniers communs des villes où les Universités c sont situéeZf néantmoins nostre Université fait à ses propres c dépends ces réparations...

€ Par touttes ces considérations nous avons unanimement € décrété et résolu de vendre ledit timbre de cloche et lesc dits ferrements à la meilleure condition que nous pour-

< rons, etc.. (1). >

La déclaration consignée en cette délibération mérite,

(i) La cloche fut en effet vendue à MM. les chanoines de Saint-Aîgnan, le 17 mai suivant, au prix de 24 sols la livre de métal, soit, après divers décomptes, la somme de 2,418 liv. 12 s., payés le 19 novembre 1757 par le chapitre, à MM. les docteurs, qui en placèrent 2,300, en constitution de rente, sur l'hôpital de la ville, et employèrent le surplus à payer les frais de démolition du clocher et de réparation à la couverture de la salle de la librairie. (Archives départ*, série D, fonds de TUniversité.)

ai-je dit» d'appeler rattention. Si, contrairement à ce qui avait lieu dans les villes où siégeaient des Universités, notre corps universitaire était tenu de faire, à ses propres frais, les réparations de sa librairie, c'était apparemment qu'en étant reconnu fondateur, et jouissant des droits et bénéfices attachés à ce titre, il devait également en supporter les charges.

La ville d'Orléans ne peut, en eifet, revendiquer aucune pari en cette construction. Ses registres de comptes si régulièrement tenus, et dans lesquels sont consignés les fréquents débats par elle soutenus contre l'Université pour la contraindre à concourir à la défense de la cité, sont muets en ce qui concerne les frais d'édification de la salle de la librairie. Orléans, dans les dernières années du XIV^ siècle et au commencement du XV<^, avait de bien autres préoccupations. Incessamment menacés par les incursions des troupes anglaises, chargés de pourvoir à leur propre sécurité, ses habitants s'imposaient de lourds sacrifices, mais c'était pour fortifier leurs remparts, élever de nouvelles barrières, réparer leurs armes, amasser des vivres, acheter des munitions et des engins de guerre, en un mot, par une sorte de patriotique intuition, se préparer, longtemps d'avance, au siège mémorable qui devait sauver la France et immortaliser leur nom.

VU

Page 1