‹ La salle des Thèses de l'Université d'OrléansChapitre 8 sur 16 · DATE DE LA FONDATION · texte numérisé non relu

DATE DE LA FONDATION

Frappés du besoin que devait éprouver l'Université, dès son installation à l'intérieur de la ville, vers i337, d'avoir

une salle affectée au dépôt de ses manuscrits e\ à ses solennités académiques, quelques écrivains Orléanais ont voulu faire remonter la construction de la li(frairie i la première moitié du XI V^^ siècle.

La sévérité du style arcbitectonique leur semblait justifier cette attribution.

Les documents ci-dessus cités di3sipeat toute incertir tude à cet égard.

L'emplacement de l'édifice n'étant pas eocore çomplé*temeni déblayé au 20 avril 1411, la date dç construction ne peut évidemment remonter au-delà. Mai§ rien n'établit, il faut le reconuiaitre^ que le? travaux ^ienjt immédiatement commencé. Des obstacle^, dopt le ^içMjivejiir ne serait pa3 arrivé jusqu'à npus, ont jpu en rç^t^rdejr l'exécution.

Il semble toutefois vraisemblable qu'il n'en g pa3 j^ ainsi et que la fondation du momuiaent a ^(l $ivpjir 4ieu vers 1411 ou 1412«

L'Université, après une si longue ^ttient^, liey^^it avpjj^ hâte d'en finir.

L'achat partiel de la maison de Jeap Jps^elin, la rectification, deux mois ^près^ dm miur 4e .Jean de Bacons, avaient complété la régularisation 49 périmètre. Qui pouvait empêcher d'entreprendre une construction depuis si longtemps désirée? Si l'Université n'eût eu à sa disposition la somme suffisante pour conunencer les travau;c, elle ne se fût pas hâtée de démolir les maisons, à mesure qu'elle parvenait à les acquérir.

On ne voit pas d'ailleurs qu'aucun événement politique, vers 1412, ait mis obstacle & la réalisilion de ses vœux.

Le désastre d'Azincourt, en octobre 1415, la captivité du jeune duc, le deuil et les angoisses de la France, ont dû certainement suspendre bien des entreprises commencées ;

mais rieo n'apparait, de 1412 à 1415, qui ait pu motiver rintemiption des travaux de notre édifice.

Et si Ton veut absolument supposer que, la librairie n'étant pas encore entièrement construite en l^iS, les inquiétudes, les dangers, les souffrances qui suivirent cette année fatale, aient paralysé, chez les habitants d'Orléans, toute autre pensée que celle de la défense, toujours, au moins, faut-il admettre qu'à son retour de l'exil, le duc Charles, prince bon, reconnaissant et généreux, trouvant ce monument inachevé, se serait plu à en favoriser la complète édiûcation.

On sait avec quelle munificence il ouvrit libéralement ses forêts aux églises et communautés victimes des désastres de la guerre : à Saint-Euverte, aux Augustins, à Saint-Vrain de Jargeau, à Vitry-aux-Loges, à Tigy, à Boy nés, etc.

N'eût-il pas été heureux de donner un égal témoignage de gratitude et d'affection à cette Université d'Orléans, qui lui était demeurée si fidèle, et qui, dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, avait chaleureusement défendu ses droits et vengé ses injures ?

L'intervalle de 1411 à 1445 ou 1450 semble donc constituer les limites extrêmes entre lesquelles doit se placer la complète édiûcation de la librairie de l'Université.

En l'état actuel, il serait, je crois, téméraire de pousser plus loin les conjectures.

CHARLES, DUC d'ORLÉANS.

Tout en maintenant à notre Université l'honneur, qui semble incontestablement lui appartenir, d'avoir doté notre ville du précieux monument, siège vénéré de son enseignement séculaire, diverses observations architecturales, d'accord avec certains rapprochements historiques, pourraient permettre d'entrevoir, dans l'œuvre entreprise et achevée par nos docteurs, l'affectueuse coopération d'une main libérale et amie.

Quelque sévère que soit l'aspect général, l'exquise perfection des détails parait contraster avec les austères habitudes d'une institution presque monastique.

Si le style des ouvertures inférieures, aux arêtes évidées en gorge, rappelle la fin du XIV® siècle, d'autres caractères architectoniques, principalement dans les parties supérieures de l'édifice, semblent révéler les jours plus paisibles et plus cléments du XV®; par exemple: le profil des nervures qui soutiennent les voûtes {PL III, fig. 4, 5, 6) ; les colonnes octogones sans chapiteaux, dont les similaires se retrouvent, à Orléans, dans les églises de Saint-Aignan et de Notre-Dame-du-Chemin, rebâties après la levée du siège (PL III, fig. 2 et 3) ; de frappantes analogies de faire artistique, entre les figurines qui ornent l'intérieur de notre monument et celles qui décorent, à Bourges, l'hôtel de Jacques Cœur, construit de 1443 à 1450.

Un détail singulier d'ornementation mérite également d'appeler l'attention.

Les meneaux des quatre grandes fenêtres, comme on Ta vu plus haut, montent d'un seul jet, de Tappqi qui leur sert de base, jusqu'à la rencontre du grand arc. {PL II, fig. 2). Cette forme architedufale, ordinairement désignée sous le nom de styû perpendiculaire^ ou style anglais, est fort rare en nos contrées. Les types s'en retrouvent surtout en Angleterre, et quelquefois, mais plus rarement, dans celles de nos provinces qui l'avoisinent : la Bretagne et la Normandie.

Celte itnpôrtâtioii, dans tin édifice Orléanais, d'un mode dé ccltistl*uction etûprunlé aux babittideâ britanniques, M semblerait-^elle pas révéler quelque réminiscence des mo*iiuments de la terre d'exil où le duc Charles passa vingtsquatre années de sa vie 7

On remarque, d'ailleurs, sur les registres terriers du du^ cfaé, que la salle des Thèâes n'est grevée d'aucun droit de cens envers le domaine.

Les inductions historiques concordent, au moins à l'apparence, avec ces remarques architectoniques.

Dés les premières années du XV<^ (Siècle, l'Orléanais était ténu ëû apanage par le duc Charles, l'aimable poète, fils de la victime de Jean-sans-Peur. Cette branche d'Orléans- Vàlois, dont le jeune prince était le troisième représentant, aima toujours à se signaler par une générosité héréditaire, et les villes du duché en recueillirent particulièrement les effets.

. En l'année 1398, Louis I®'^, frère du roi Charles VI et père du jeune prince, touché du bon accueil des Orléanais, lors de son entrée en sa ville ducale, leur avait fait construire, de ses deniers^ l'église et le cloître des Célestins de Notre- Dame d'Ambén.

Un siècle après, en 1498, le fils du duc Charles, Louis II,

devenu roi sous le nom de Louis XII, visitait, lui aussi, la capitale de son ancien apanage, et, comme témoignage de sa royale affection, y faisait construire, à ses frais, le bà* timent des Grandes-Écoles, destiné aux cours publics de l'Université.

Durant les graves événements dont l'Orléanais fut le théâtre dans la première moitié du XV^ siècle, les habitants d'Orléans ne cessèrent de donner au jeune duc des témoignages d'un dévoûment inébranlable, et par d'immenses sacrifices ils surent mériter sa légitime gratitude.

Charles avait vu le duc Louis son père mourir assassiné en 1407 par l'ordre de Jean-sans-Peur. Sa mère, Valentine de Milan, succombait, peu après, à son tour, épuisée de fatigues et de douleur. Veuf lui-même d'Isabelle de France, sa première femme, et récemment remarié à Bonne d'Armagnac, las de demander en vain justice du crime du duc de Bourgogne, il avait quitté la cour en 1410, et s'écartait peu de son apanage.

A Gien, l'une des villes de sa province, il avait signé avec les ducs de Berry, de Bourbon et de Bretagne, une ligue offensive et défensive contre la faction bourguignonne (1).

A Jargeau, plus près d'Orléans encore, le 14 juillet 1411, il lançait au duc de Bourgogne son énergique déG.

Jean-sans^Peur, qui ne reculait devant aucune audace, avait osé appliquer, aux fils de sa victime, l'excommunication fulminée, au XIV® siècle, par Urbain V, contre les factieux qui troublaient la paix du royaume; et pour comble d'insolence, après l'avoir fait publier dans ses propres do* maines, il n'avait pas craint de la signiûer, par un de ses héraults, à Gui de Prunelé, évêque d'Orléans, avec injonc-

(1) Vallet de Viriville, Histoire de Charles VU, 1. 1«'.

tion de la mettre à exécution dans les villes et bourgs de l'apanage. Mais, à cet acte inouï d'impudence, les Orléanais indignés s'étaient serrés contre leur jeune prince. Un synode épiscopaly présidé par l'archevêque de Sens, s'était, en cette même année 1411, réuni à Orléans. Après une solennelle délibération, l'excommunication avait été rejetée à la face du meurtrier ; une procession générale de toutes les paroisses avait parcouru les rues de la ville; puis, cloches sonnantes et cierges éteints, la sentence avait été promulguée, à haute voix, devant le propre hérault de Jean-sans-Peur, chargé de la lui signifier à son tour (1).

En 1411 encore, Charles, après l'escarmouche deSaint- Goud, était entré triomphalement en sa ville ducale, aux acclamations des habitants.

Enfin, le 18 janvier 1412, le duc Charles donnait à Orléans, en faveur des sujets « de Celui de Bourgogne^ v son implacable adversaire, qui voudraient venir étudier à l'Université d'Orléans, les lettres de sauvegarde dont j'ai déjà parlé, dans lesquelles, avec une généreuse magnanimité, il déclare vouloir qu'ils puissent venir et demeurer en notre ville, sainement el sûrement, eux et leurs biens, y jouir de la même protection que ses propres sujets, pourvu qu'ils s'y conduisent libéralement et franchement, comme de vrais et paisibles écoliers (2). Lettres mémorables où le jeune duc témoigne, en termes dignes de souvenir, de sa vive affection pour sa ville d'Orléans, pour l'Université, c sa fille, > et pour le calme et le progrès des études, en ces temps si profondément troublés.

Puis étaient venus les jours d'épreuve et les héroïques

(1) Lemairk, Antiquités d'Orléans, t. I«r, p. 128. — Symphorien GuTON, Hiitoire de la viUe et du diocèse é^Orléans, t. II, p. 165.

(t) Voir le texte de ces lettres-patentes aux Pièces justificatives, V, p. 78» et ci-dessus, p. 15.

sacrifices : la captivité du jeune prince, fait prisonnier, en 1415, à la fatale journée d'Âzincourt, l'envahissement et la dévastation de ses domaines, le siège d'Orléans enfin, et cette lutte incomparable que Jeanne d'Arc voulait couronner, disait-elle, par la délivrance du gentil duc.

Après vingt-cinq ans d'exil en Angleterre, Charles revit la France, en 1439. Les Orléanais, tout épuisés qu'ils fussent par les désastres de la guerre, avaient voulu contribuer au paiement de sa rançon. En l'année 1440, il fit, avec la duchesse son épouse, son entrée solennelle en la capitale de son apanage, et l'histoire a gardé le souvenir de l'enthousiasme qui l'y accueillit (1).

Charles d'Orléans, esprit cultivé, cœur facile et généreux, aimait les lettres et les arts, les cultivait avec éclat et les encouragea toujours. Même au cours de son exil, il ne cessa de donner à l'Université des preuves de son affection toute spéciale, et aidait de ses deniers de pauvres étudiants à acquitter les droits d'examen et de diplôme (2). Serait-il invraisemblable que, touché de la fidélité si constante de ses dévoués Orléanais, il eût voulu, comme son père l'avait fait, comme son fils le devait faire à son tour, leur laisser, lui aussi, un durable témoignage de sa juste gratitude, et l'élégante librairie qu'érigeait l'Université d'Orléans ne pourrait-elle se rattacher par quelque lien,

(1) Archives municipales d'Orléans, série G. G.

(2) Des témoignages de la libérale muniOcence de Gharles d'Orléans, envers les écoliers des Universités, existent encore dans les dépôts publics et les collections particulières. Je possède personnellement, en original, un ordre du Duc à son trésorier général, Pierre Renier, de payer à Martin de Sarbonne, maître en théologie, les frais qu'il lui a convenu faire pour se faire maistriser en la Faculté de théologie de Paris (7 mars 1416).

aujourd'hui oublié, aux mémorables événements de 1414 à 1439?

Ce ne sont là, je le redis encore, que de simples et fragiles conjectures ; fussent-elles admises par le lecteur, elles ne sauraient toutefois porter atteinte au titre de fondateur que notre corps universitaire a le droit légitime de revendiquer.

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