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tous se sont cicatrisés avee une rapidité étonnante et nous croyons que, jusqu’à présent, il y a lieu de se montrer satisfait des résultats obtenus. De temps en temps nouë revoyons nos malades et la plupart n’ont présenté aucun symptôme depuis plus d’un an. Pour les autres qui ont eu des récidives nous en reparlerons plus loin.
SYPHILIS HÉRÉDITAIRE. — À cet égard un des cas les plus remarquables qu’il nous ait été permis d’observer, dans le service de notre chef, le docteur Pascal, est celui d’une jeune fille de 19 ans qui présentait deux énormes syphi lides tubereulo-ulcéro-croûteuses du front et une autre SYphilide de même nature située à la racine du nez entre les arcades sourcillières. Cette malade, qui présentait ua type nettement infantile, ne pesait que 30 kilogs, très amaigrie, sans appétit, elle dépérissait à vue d’œil, d’autant plus qu’elle se rendait fort bien compte de son état misé. rable. On lui fit sept injections de 0 gr. 30 et 0 gr. 40 de Salvarsan en deux mois, ce qui représente 2 gr. 40 du médicament. Très lentement la cicatrisation commença, enfin elle guérit, et au moment de son exeat, elle pesait 30 kilogs. Depuis nous l’avons revue à la consultation du matin, elle n’a présenté aucune manifestation depuis l’année dernière et elle pèse actuellement 42 kilogs.
Jitons un autre exemple. Il s’agit ici d’un enfant de 8 mois présentant des papules frontales, palmaires et plantaires. La mère avait été infectée cinq ans auparavant et on la traitait par le mercure en injection. Elle avait avorté deux fois depuis et cet enfant, qui était le troisième, était né avant terme à 8 mois. On pratique l’injection de 0 or. 30 au moyen d’ une fine aiguille de Pravaz. Le soir même de ‘4 injection la température monte à 39°, rémission matuti-
Er nale et le lendemain de l’injection, au soir, 38°. Au bout de quatre jours les papules pâlissent et plus tard disparaissent; à la place des papules disparues la peau prend un: coloration brunâtre. L'enfant sort de l'hôpital au bout de quinze jours.
Nous aurions désiré injecter au Saivarsan les femmes syphilitiques enceintes, mais, comme il est d’usage dans notre clientèle hospitalière, ces femmes n’arrivaient à l’hôpital que trop près du terme et notre injection n’aurait pas eu de résultats complets; et puis nous avions quelque raison de nous méfier, car divers auteurs signalent la mort du fœtus après l’injection.
Peut-être les injections répétées et à petites doses pourraient donner des résultats heureux, c’est une idée que nous exprimons, mais sous toutes réserves.
Ces divers exemples sont propres à nous convaincre de l’efficacité de l’emploi du Salvarsan dans l’hérédo-syphilis. Mais il faut être prudent, car, en matière d’hérédosyphilis, il faut considérer que les sujets sont frappés de tares multiples et que leur complexion est des plus délieates. On ne doit done pas dépasser les doses de 0 gr. 30 et 0 gr. 40; de plus, il faut éviter que l’écoulement de la solution dans l’organisme du sujet se fasse trop rapidement, et si, à l'ordinaire, nous faisons passer nos 250 gr. de liquide en sept ou huit minutes, gardons-nous de mettre moins de quinze minutes pour des sujets aussi fragiles.
Nous aurons occasion de parler de l’action sur le nourrisson du lait d’une mère soumise au traitement par le Salvarsan.
ACCIDENTS PARASYPHILITIQUES. — Nous devons étudier
maintenant un des points les plus importants de la syphili- 4 @
graphie. Nous voulons parler des maladies les plus redoutables et les plus redoutées du patient et du médecin: les manifestations que l’on a appelées parasyphilitiques. D’autant plus à craindre que, jusqu’à cette heure, nul n’a pu donner, en ce qui les concerne, des pronostics certains et que nul n’a pu les prévoir, et une fois établies ces maladies, malgré les traitements, n’ont pu être domptées.
Nous ne savons que trop quel est leur mode d’invasion et tous nous avons connu de ces malades qui, du reste, pouvaient se croire guéris, qui même avaient fondé une famille et procréé des enfants aussi sains que bien d’autres, et qui, quinze ans, vingt ans, trente ans après le chancre, dont ils ne se souvenaient que comme d’un péché de jeunesse, se sont sentis atteints, et combien profondément, par ces affections parasyphilitiques. Rien ne semblait devoir enrayer la marche de ces maladies et parfois même l’iode et le mercure semblaient leur donner un coup de fouet et en hâter l’évolution.
Cette résistance au mercure a probablement dicté l’opinion des neurologistes en matière de parasyphilis, car, en effet, beaucoup d’entre eux veulent que ces manifestations ne soient que les effets d’endotoxines apparaissant sous l’influence d’une syphilis ancienne.
Cette conception des phénomènes parasyphilitiques aurait pu être combattue, et non sans succès, si le 606 avait eu une véritable action sur ces accidents; dans ce cas on aurait pu dire, avec juste raison, qu’il ne s’agissait plus d’accidents parasyphilitiques mais de véritables accidents syphilitiques combattus victorieusement par un spécifique.
Il est hors de doute maintenant que le 606 n’a pas grande action sur ce genre d’accidénts et s’il n’agit pas directement comme destructeur des poisons de la parasyphilis,
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peut-être deraitil sur les toxines. Tout cela est en somme théorique ; car il faut avouer qu’en clinique les résultats ne sont guère brillants.
On à essayé le Salvarsan dans le tabes, dans la paralysie générale progressive, dans les hémiparésies céribrales, dans les méningites, dans les paralysies pseudobulbaires. Dans tous ces cas, si l’on consulte la littérature du Salvarsan, on reste avec l’impression que le 606 est impuissant; on peut noter cependant des rémissions, de pe: tites améliorations; on a pu observer la disparition des douleurs fulgurantes du tabes, quelquefois une diminution des érections pénibles, maïs les réflexes pupillaires, patellaires ne changeaient pas et des phénomènes tels que l’incontinence d’urine n’étaient en rien modifiés.
On a pu voir dans la paralysie générale la mémoire revenir parfois, la dysarthrie être moins prononcée, l’excitation génitale du début diminuer. Mais devons-nous crier victoire et mettre au compte du Salvarsan des améliorations que nous avons vu se montrer chez des malades non traités et qui retombaient plus tard dans leurs misères.
Nous voyons, dès lors, qu’il ne faut pas comparer l’action du Salvarsan sur les accidents parasyphilitiques avec son activité sur les manifestations primaires, secondaires, tertiaires et héréditaires. Mais enfin, peut-être, pourrons: nous nous consoler en pensant que ces améliorations sont dues à notre traitement alors que nul autre n’avait réussi.
Dans ce genre d’affections le praticien doit être prudent et doit bien discuter les doses et la technique de l’injection. N'oublions pas que le système nerveux est fragile. L'’on a été jusqu’à déconseiller l’injection pour ces malades. Nous n’allons pas jusque-là, mais une injection prudemment administrée de 0 gr. 10 ou 0 gr. 20 suivant le genre de malade, et à très basse pression, car il peut arri-
HR ver qu'un vaisseau déjà atteint d ’endartérite ne soit pas à même de supporter une forte pression, et cela pourrait entraîner une hémorragie parfois foudroyante.
On a objecté, à propos et hors de propos, que le 606 dans 30 ou 35 p. 100 des cas permettait des récidives. Il faut en convenir, mais si l’on a bien suivi notre étude, on a vu que nous ne cessions de préconiser des doses fortes de Salvarsan; les doses trop faibles causent les insuccès et dans certains cas de syphilis maligne, le médicament ne peut pas pénétrer dans l’intimité des tissus infectés. Mais nous ne voulons pas répéter ce que nous avons dit à propos de l’action préventive du Salvarsan. Il nous faut citer en cette matière les opinions de quelques maîtres en syphiligraphie et qui confessent l’impuissance des traitements anciens en ce qui concerne les récidives. Le professeur Fournier dit expressément: « La syphilis insuffisamment traitée conduit au tertiarisme d’une façon excessivement fréquente, absolument commune, habituelle ».
M. Rollet est plus formel encore: « Il n’est pas cinq malades sur cent, dit-il, qui, en dépit d’un traitement méthodique, soient affectés d’accidents graves secondaires ou tertiaires ».
C’est par là que nous sommes amenés à dire que chaque fois que le traitement est insuffisant et appliqué d’une façon uniforme pour tous les malades nous aurons des échecs dans beaucoup de cas. Si chaque individu était traité d’une façon rationnelle et si l’on savait faire varier les doses convenablement, peut-être n’aurions-nous pas à déplorer des échecs.
Pour mettre en lumière tout ceci, qu’on nous permette de citer un des cas les plus probants et dont nous avons
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été témoin il y a quelques jours à peine: un jeune homme de 20 ans, garçon de café, vient nous trouver à la consultation du matin. Il était porteur d’accidents divers, et datant de plusieurs semaines (chancre du fourreau de la verge, roséole, plaques muqueuses, anales et buccales). Nous lui parlons du Salvarsan, il refuse pour des raisons diverses et personnelles, Il consent à se laisser faire des injections journalières de benzoate de mercure; comme traitement local du chancre, nous ordonnons de la poudre de calomel.
. Non seulement les accidents ne cèdent pas, mais le chancre persiste, les plaques muqueuses ne disparaissent pas et d’autres se montrent; la roséole est plus nette et des papules commencent à se faire voir. Après avoir conseillé le malade d’une facon pressante, il consent à se soumettre au traitement par le Salvarsan.
Aussitôt on pratique une injection de 0 gr, 40 de 606. Quarante-huit heures après les plaques muqueuses avaient disparu et cinq jours après l’injection, le chancre se
cicatrisait et la roséole devenait plus discrète et pâlissait.
Trois injections furent pratiquées à huit jours d’intervalle et tout rentra dans l’ordre; le malade prit des pilules de Ricord et le voyant fréquemment, nous pouvions le croire guéri. Il y a à peine deux ou trois jours, c’est-à-dire vingtdeux jours après la dernière injection de 606, nous voyons arriver le sujet porteur d’une plaque muqueuse à la lèvre supérieure.
Nous devons dire que nous avions à faire à un malade sérieux, auquel il avait suffi de représenter les dangers de la cigarette pour qu'il cesse immédiatement de fumer, il ne buvait plus et il savait observer les effets du traite-
ment.