ACTION DU SALVARSAN SUR LE SANG
Les docteurs Lévy-Bing, Durœux et Dogny ont étudié la question de l’action du salvarsan sur le sang. Leur travail, qui nous à vivement intéressé, nous fait voir que le 606 influe sur le coefficient de coagulabilité du sang et montre
que ce pouvoir coagulant est diminué; les résultats énoncés par ces auteurs sont les suivants: après injection de salvarsan le caillot met de 18 à 22 minutes à se former et ce n’est que quinze jours après que tout rentre dans l’ordre et que tout revient à la normale, à ce point de vue, du moins.
La teneur en globules rouges et en hémoglobine ne se . modifie pas; on ne note pas d’altérations globulaires, ce qui a été démontré par Charles Fleig.
Certains prétendent que les globules blancs sont augmentés; d’autres, au contraire, veulent que la formule leucocytaire reste la même.
Fleig dans son travail dit que le 606 produit une hyper. leucocyt-se très marquée et des expérimentateurs nombreux ont observé que le 606 en injection neutre abaisse immédiatement la leucocytose.
Egalement on a trouvé digne d’être signalé le fait que la fragilité globulaire s’accentue après l’injection de salvarsan, mais aussi on signale qu’il se produit peu à peu une accoutumance. à Moutefois disent les auteurs, cette fragilité n’atteint pas un degré suffisant qui permette de déceler la présence
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d’urobiline et de pigments biliaires dans les urines ou le sérum sanguin.
Et cependant lorsque nous recherchions, l’arsenic dans les urines, pour nous rendre compte de la manière dont ce corps s’éliminait (laboratoire de M. le professeur Derrien), nous avons quelquefois trouvé l’urobiline et l’urobilinogène par le réactif d’Ehrlich; mais dans son laboratoire, le professeur Ehrlich nous a fait voir que la réac tion pouvait se produire in vitro avec une simple solution de salvarsan et hors de la présence de tout liquide orga nique.
Mais des cas sont plus importants, car ils intéressent, non seulement l’individu mais aussi sa descendance et ses alliés les plus directs; nous voulons parler des accidents d’hérédo-syphilis. D’après quelques exemples que nous avons observés et, d’après les cas que nous fournit la littérature du salvarsan, il ressort que le lait d’une mère syphilitique, soignée par le salvarsan, agit dans une très large mesure sur les accidents que peut présenter le nourrisson; on peut même dire que les accidents disparaissent sans qu'aucun agent thérapeutique n’intervienne.
On a pu se demander par quel mécanisme se produisait ces guérisons. On a recherché l’arsenic dans le lait; et rien n’a pu être trouvé, aueune expérience n’a pu déceler la présence du métalloïde, ou d’un de ses composés, dans le lait.
Mais la simple logique, et surtout la connaissance des faits, que les sciences biologiques actuelles commencent à mettre en lumière, pouvaient faire prévoir qu’il devait
se passer des actions complexes dans l’intimité des tis-
sus; et c’est l’éternelle question des endo-sécrétions, qui se trouve en cause. l
Il semble que l’on soit d’accord pour penser que le spi-
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rochète tué par l’agent arsenical (le salvarsan) sécrète des endotoxines qui font apparaître des antitoxines, passant dans le lait et ayant les effets salutaires que l’on a pu constater chez les nourrissons.
On comprend dès lors l’importance d’une pareille action sur la mère, se reportant sur le nourrisson et ce ré. sultat dispense de tout commentaire; de cette façon il nous suffira de traiter la mère, et le nourrisson sera, par le fait même, guéri des différentes tares auxquelles le vouait sa naissance.
Par là même l’enfant sera dispensé des onctions à la pommade mereurielle et des ingestions de liqueur de Van Swieten qui, pour avoir un effet salutaire sur les accidents spécifiques, n’en étaient pas moins des agents exerçant une action funeste sur la santé générale des sujets. Il faut ajouter que les compositions mercurielles étaient l’occasion dans ces organismes fragiles de phénomènes entéritiques et gastriques, dont les conséquences fâcheuses ne font plus matière à discussion. Il est évident que les praticiens avertis et exercés à la pratique du 606 ne manqueront pas d’employer ce remède en pareille occasion.
Action du salvarsan sur les fonctions rénales et hépatiques. — Le 606 à. une action très marquée sur les fonctions rénales; nous avons fait des études dans ce sens, sous la direction de notre maître le professeur Vedel, et sur ses indications. A tous les malades injectés au 606 nous avons pris des urines et nous les avons examinées, avant, pendant et après l'élimination de l’arsenic. Parfois nous avons observé la présence de l’albumine dans les urines et qui disparaissait après l’injection au bout de quatre ou cinq Jours; nous avons entendu expliquer cette heureuse action par l’effet du salvarsan sur les néphrites