LE SATYRE IVRE ET TRISTE
Jadis, quand le printemps venu gonflait l'écorce Des arbres, je sentais sa vig'ueur en ma force, Et mon sang" imitait en mes membres jumeaux Le retour de la sève aux fibres des rameaux. De mes sabots de bouc à ma tête cornue Quelque chose montait en toute ma chair nuo De si fort, de si délicieux, de si doux Que je restais ainsi haletant et debout Gomme si, de la terre et de Tair à la fois, Voluptueusement se répandait en moi Diverse, formidable et soudaine, l'ivresse Nouvelle, tout à coup, d'une double jeunesse !
8o LA SANDALE AILÉE
Mais, maintenant, hélas ! ô Maître, que m'importe
Si la feuille renaît ou si la feuille est morte,
Que me fait le printemps puisque son clair retour
Ne rend plus sa verdeur à mon corps las et lourd,
Qu'il ne se mêle plus à ma force vieillie,
Puisqu'il me raille, qu'il m'ig-nore, qu'il m'oublie
Et s'écarte de moi qui Técoute souvent
Rire dans la feuillée et rire dans le vent
Et chuchoter tout bas le long de mon chemin,
Tellement que je vais, misérable et chagrin,
M'asseoir sur cette pierre au seuil de ton cellier,
Et, Satyre podagre, au vin hospitalier
Qui sommeille dans l'ombre au flanc creux de l'amphore,
Je redemande le mensonge d'être encore
Celui-là qui sentait, avec avril éclos.
Le retour de la sève en ses membres nouveaux.
LA SANDALE AILEE 8l