‹ La sandale ailée, 1903-1905Chapitre 30 sur 52 · LE SACRIFICE · texte numérisé non relu

LE SACRIFICE

Ag^amemnon, ton noir chagrin pleure en tes yeux

L'oracle du Devin et le décret des Dieux,

Et c'est ton sang déjà qui coule dans tes larmes.

La pourpre du couchant rougit tes belles armes,

Et ton grand bouclier éclatant et vermeil

Reflète la couleur et Torbe du soleil,

Quand tu marches, le long de la mer, sur le sable.

Le front baissé, en proie au tourment mémorable

Qui partage ton cœur incertain, déchiré

Par un double devoir également sacré,

Lutte impie où le Roi combat contre le Père...

110 lyA SANDALE AILEE

Je t'ai revu souvent sur cette grève amère, Malheureux ! J'ai pensé souvent que ton Destin Fut pareil à celui du Poète qu'étreint Un semblable désir d'orgueil et de victoire : Il livre, comme toi, en offrande à la gloire Pour contenter l'oracle et pour fléchir les Dieux, Tandis que d'acres pleurs brûlent ses tristes yeux, Sa jeunesse éperdue et qui tout bas l'implore, Et qui craint de mourir et qui veut vivre encore, Et dont la tendre chair se révolte en pensant. Hélas I au vain laurier que va payer son sang, Et qu'implacablement immole un dur g-énie Sur l'autel où jadis mourut Iphigénie,

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