VILLE D'ORIENT
Toi, dont j'ai vu monter de la terre d'Asie Les cyprès toujours verts et les blancs minarets, Entre toutes, mon cœur, ô Ville, t'a choisie Pour l'un de ses désirs et l'un de ses reg-rets.
Ma mémoire s'émeut à tes beautés lointaines
Dont l'aspect un seul jour charma mes yeux nouveaux,
Et j'écoute, depuis, la voix de tes fontaines
Qui rend plus g-rave encor la paix de tes tombeaux.
Il/j. LA SANDALE AILEE
Entre leurs murs verdis de faïences persanes Où luisent dans l'émail les versets du Coran, Ils g-ardent à l'écart, parmi les vieux platanes. Les cercueils inégaux que surmonte un turban.
Si ce sont d'autres mains qui soutiennent les hampes Des grands étendards verts brodés du nom d'Allah, La mosquée où priaient, prosternés sous les lampes, Ceux-ci qui maintenant sont morts, est toujours là.
La fontaine où jadis, par ordre du Prophète, Dans Tonde jaillissante et qui n'a pas tari, Ils se lavaient les pieds, la poitrine et Id tête. Murmure dans sa vasque avec le même bruit.
Sa vivante fraîcheur emplit tout le silence De ce beau lieu muet, solennel et luisant, Et la lumière est douce aux carreaux de faïence Dont chacun porte en or un fier dessin persan. ■
C'est là qu'assis en l'ombre bleue et métallique Et sous le dôme blanc que rien ne peut ternir J'ai commencé d'aimer ta grâce asiatique Et senti naître en moi ton premier souvenir,
Et que, las du soleil et fermant la paupière,
Je revoyais déjà sur le ciel d'Orient
Ta montagne au beau nom debout dans la lumière,
Ton Olympe à la fois neigeux et verdoyant ;
Et, s'étageant au gré de la pente fertile. Dont la terre arrosée est propice aux jardins, Tes maisons à toit plat que recouvre la tuile Et tes enclos carrés qu'embaument les jasmins.
IIÔ LA SANDALE AILÉK
C*est leur âme odorante et celle de la rose Que tes marchands subtils enferment avec art Dans le cristal aig-u de la fiole close Qu'ils vendent, accroupis aux nattes du bazar;
Mais tes Fils patients, 6 Ville industrieuse,
S'ils savent prendre aux fleurs leurs parfums passagers.
Connaissent le secret, sur la trame soyeuse.
D'en tisser longuement les fantômes légers;
Et c'est pourquoi mon cœur en ce jour t'a choisie Pour vivre en ma mémoire et t ajouter aux lieux Dont les chers souvenirs sont, au fond de ma vie, Le regret, le désir et l'amour de mes yeux.