LE CLOITRE
Fruit de l'heure, éclatant dans un bronze trop mûr, La grappe de midi s'égrène au campanile, Et le soleil vineux ruisselle sur le mur !
L'été brûle alentour la campagne et la ville ; Le marbre qui la pave est, au talon, du feu, Tandis que cuit au toit la braise de la tuile.
Le ciel est presque sombre à force d'être bleu.
Une tristesse ardente accable le silence
Où les cloches d'or lourd se taisent peu à peu.
LA SANDALE AILDS
Il fait chaud. Mon ombre me pèse, et je commence, Dans un vertig-e, à voir le cloître tout entier Qui semble, de soleil ivre jusqu'à la danse,
autour de moi tourner au pas de ses piliers.
LA SANDALE AILIiE 127
ÉPIGRAMxAîE VÉNITIENNE
Un vent triste et perfide, ô Venise, a soufflé Sur le fard plli de la joue ;
Et la Fortune a fait, do son talon ailé,
Plus d'une fois lourner sa roue.
Toi, qui voyais jadis, comme un essaim bruyant Sorti de tes ruches ^ç^-uerrières,
Vers ta riche beauté revenir d'Orient
Les fanaux d'or de tes galères !
Un jour ne t'es-tu pas, en robe de brocart, Eblouissant ceux qui t'ont vue,
Assise en ton org-ueil et leur offrant leur part A ton festin, la face nue?
Puis, sous le masque noir dont le nocturne atour
Parait ta g'râcedég'uisée, N'as-tu pas invité le Plaisir et TAmour
A boire à ta coupe irisée ?
Une barque de fruits croise sur le canal Une g"ondole lente et close ;
Un noir cyprès dans le jardin de l'hôpital Dépasse le haut du mur rose ;
Un vieux palais sourit à l'angle d'un campo
De sa façade défardée, Derrière un store jaune d'ocre, un piano
Estropie un air d'Haïdée ;
1 A SANDA.LE AILEE ÏSQ
Sur la lagune, une péotte de Chiog-g-ia Etend sa rouge voile oblique
En attendant le vent subtil et doux qui va Se lever de l'Adriatique.
Et, Maîtresse des mers, j'évoque un temps lointain, Venise, où, Reine des rivages,
Tu coiffais d'une conque d'or le front marin De tes Doges aux durs visages.
l30 LA RAN'DVLE ATî.î:!I