‹ La sandale ailée, 1903-1905Chapitre 50 sur 52 · ODELETTE · texte numérisé non relu

ODELETTE

J'ai g-ardé ce miroir où vous vous êtes vue

Un jour d'été Que du cristal terni vous approchâtes nue

Votre beauté.

Son rêve de regret, de Jang-ueur et d'attente Et d'eau qui dort

S'est animé par vous de la g-râce vivante De votre corps.

Et mon cœur, comme lui, qui souffre en sa tristesse

D'un long- désir, A conservé de vous et de votre jeunesse

Le souvenir...

LA SANDALE AILEE lo^

LES MEDUSES

La marée a laissé sur la pîag-e luisante, D'où son reflux nocturne au loin s'est retiré, Ses méduses sans nombre et leur reflet nacré Que le sable dessèche et que l'air désargente.

Glauques filles jadis de l'onde transparente Et fleurs du flot marin comme elles azuré, Il n'est d'elles, pourtant, à l'aube, demeuré Qu'un amas incertain que le talon tourmente ;

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Et sur la grève grise où, dans le malin clair, Je marche en regardant descendre vers la mer La corne bucolique et pâle de la lune ;

Je songe que les Dieux ont mêlé, cette nuit, Sur la plage visqueuse où leur vestige luit, Le troupeau d'Amphitrite au bétail de Neptune.

LA SA.NDALÎi: AILÈE ici

PnOlMENADE

Puisque vous préférez à ce matin d'automne Votre visag-e gai qui se rit au miroir, Adieu 1 je vais le long de la mer monotone Sur la grève marcher longuement jusqu'au soir.

L'air est pur ; le soleil épanche sa lumière Sur la dune qui cède ou résiste à mon pied Dont l'empreinte se mêle à la molle poussière Ou se marque un instant dans le sable mouillé.

102 LA SANDALE AILEB

La vague qui déferle, incessante et pareille, En volute mouvante où de récume luit Rj'thme ma rêverie et remplit mon oreille Du refrain répété de son robuste bruit

Mais, hélas! c'est en vain que la vague marine Ajoute sa rumeur à la force du vent Et que s'ouvre ma bouche et s'enfle ma poitrine A respirer cet air où du sel est vivant.

Je sais bien que les pas que mon passage laisse Sur ce sable changeant où tout pas est nouveau Me conduisent chacun plus loin de ma jeunesse Et ne s'arrêteront que devant un tombeau ;

Et que, tandis que seul en ce matin d'automne Sur la grève sans fleurs je marche vers le soir, Votre jeune visage où le printemps rayonne S'enchante à son reflet qui lui rit au miroir.

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