‹ La santé, ou la médecine populaireChapitre 13 sur 96 · DES PASS10^S · texte numérisé non relu

DES PASS10^S

Les passions ont une grande influence et sur les causes des maladies et sur leur guérison. La manière dont l’âme agit sur la matière sera probablement toujours un mystère. Il suffit de savoir qu’il y a une réciprocité d’action établie entre les parties spirituelles et les parties

corporelles. Et ce qui affecte les unes, affecte également les autres.

La COLÈRE trouble l’esprit, précipite le cours du sang, et dérange toutes les fonctions vitales et animales. Ceux qui connaissent le prix de la santé devront éviter la colère comme le poison le plus mortel. Ils nedoiventjamais ouvrir l’oreille au ressentiment, ils doivent faire tous leurs efforts pour que leur âme soit toujours calme et tranquille. Rien ne contribue davantage à la conservation de la santé qu’une tranquillité constante d’esprit.

Il est vrai qu’il n’est pas toujours en notre pouvoir de ne pas nous mettre en colère, mais nous pouvons certainement toujours éloigner le ressentiment de notre âme; le ressentiment épuise les forces de l’esprit, occasionne des malaises opiniâtres et ruine la constitution. Rien ne montre plus de grandeur d’âme que le pardon des injures; il entretient la paix dans la -société, il nous soulage, il concourt à conserver la santé.

La colère est une des passions sur lesquelles la médecine a le moins d’empire, c’est donc à la morale que ^ nous devons recourir pour en prévenir les suites funestes.

Les personnes sujettes à la colère, à la fureur et à toutes les passions violentes, doivent observer un régime rafraîchissant et doux : les aliments les plus légers sont pour elles les plus salutaires. L’eau pure ou tout au plus rougie avec un peu de vin vieux, doit être leur boisson ; tout autre boisson serait de l’huile jetée sur le feu, elles doivent s interdire tout ce qui peut enflaminer le sang, comme les exercices violents, les veilles, 1 excès dans l’étude, et la trop grande application; avec ce régime etbeaucoup d’attention sur elles-mêmes, elles

s’habitueroT^^ iasensiblement à résister à leurs emportements, et à se modérer en tout.

La PEUR a une grande part, soit à occasionner des maladies, soit à les aggraver. On ne peut être blâmé de chercher à conserver sa vie, mais si ce désir de conservation est poussé trop loin, il conduit à la perte de la vie même. La peur et la crainte affaiblissent l’esprit. Nonseulement elles occasionnent les maladies, mais encore elles rendent ces maladies fatales et triomphent du cou rage le plus intrépide. Une peur subite a, en général, les effets les plus funestes. Les accès épileptiques et les autres maladies convulsives, en sont souvent les suites. De là le danger de cette habitude si commune parmi les enfants du peuple, de s’effrayer les uns les autres. Cette habitude est due à l’imitation, il y a peu de nourrices ou de domestiques qui ne se plaisent à jouer avec les enfants en les effrayant : tantôt c’est une surprise occasionnée par un bruit fort inattendu, tantôt c’est par des cris aigus et perçants. Souvent ils leur font des récits fabuleux de mangeurs d’hommes, de revenants; en blessant vivement leur imagination, cela peut leur procurer des songes funestes, et par conséquent de violentes émotions qui irriteront trop fortement chez eux le système nerveux et donneront lieu à des convulsions auxquelles ils n’ont déjà que trop de propension.

Mais ce sont les effets successifs de la peur qui de viennent, en général, plus dangereux; la crainte constante d’un mal futur, en séjournant dans l’âme, occasionne souvent le mal môme que l’on craint. De là il est arrivé qu’un grand nombre de personnes sont mortes des mêmes maladies qu’elles avaient appréhendées pendant longtemps ou dont quelque accident, quelques folles prédictions les avaient menacées. C’est souvent le

cas des femmes en couche. La plupart de celles qui sont mortes dans cet état avaient été frappées de l'idée de cette espèce de mort longtemps avant qu’elles accouchassent; et il y a grande raison de croire que cette impression a souvent été la seule cause de cette mort.

Le CHAGRIN est, de toutes les passions, celle qui est le plus nuisible, relativement à la santé. Les effets du chagrin n’ont point d’interruption, et quand il se fixe profondément dans l’âme, il a les suites les plus fâcheuses. Le chagrin se change souvent en une mélancolie continue, qui mine les forces et détruit le tempérament. Il faut par tous les moyens possibles chercher à éloigner cette passion.

On peut en triompher dans le commencement , mais quand une fois elle a acquis une certaine force, c’est en vain que le plus souvent on veut travailler à la détruire.

Il est impossible d’échapper à tous les malheurs qui affligent la vie, mais on montre une véritable grandeur d’âme quand on les supporte avec courage. Quelques personnes se font une espèce de mérite de céder au chagrin , et quand elles sont poursuivies par l’infortune on les voit refuser obstinément toute consolation, jusqu’à ce que, accablées par le poids de la mélancolie, elles succombent sous le fardeau.

Le changement d’idées est aussi nécessaire à la santé que 1 exercice. Quand l’esprit reste longtemps fixé sur un objet et plus particulièrement sur un objet désagréable, toutes les fonctions du corps sont troublées. Aussi les personnes mélancoliques ont-elles l’appétit dérangé et font-elles de mauvaises digestions : de là 1 affaiblissement, le relâchement des nerfs, lesventsdans les intestins et la corruption des humeurs. Il est im-

possible que ceux qui ont l’esprit ainsi affecté, jouis sent d’une bonne santé.

La variété des scènes qui se présentent d’elles-mémes à nos sens, a sans doute pour but d’empêcher que notre attention soit longtemps fixée sur un môme objet. La nature nous offre partout de ces variétés, et l’esprit, à moins qu’il n’ait contracté l’habitude d’être constamment attaché à un seul objet, se plaît dans la diversité.

L’indolence nourrit le chagrin. Quand l’esprit n’a rien autre à penser qu’à ses malheurs, il ne doit point être étonnant qu’il soit sans cesse affligé. On voit rarement les personnes ayant des affaires qui demandent de l’application, être chagrines. Au lieu de chercher à se distraire de son travail ou de ses affaires, quand on tombe dans le malheur, il faut au contraire s’y plonger avec une attention plus sérieuse ; se livrer avec plus d’ardeur aux fonctions qu’elles exigent, et entremêler ses devoirs de la compagnie d’amis gais et sociables.

L’intempérance. Jean-Jacques Rousseau a dit que la tempérance et l’exercice sont les deux meilleurs médecins du monde. La tempérance peut, à juste titre, être appelée la mère de la santé. La plupart des hommes agissentcommes’ilspensaientque la maladie et la mort ne doivent jamais venir; cependant ils paraissent les appeler, pourainsidire,par l’intempérance et par la débauche.

Hippocrate nous a donné un grand nombre de maximes importantes sur la cure des maladies et sur la conservation de la santé, maximes dont tous les hommes devraient s’instruire pour prévenir les maladies. Il recommande la tempérance tantà l’égard de la boisson, du manger, du travail et du sommeil, que dans la cohabi- '^lioQ des sexes. On peut réduire à ces maximes tout ce

r|iie les modernes ont dit en mille volumes. Et si tous les hommes s’entendaient pour les mettre en pratique, la science de guérir deviendrait presque inutile.

La structure du corps humain met en évidence tous les dangers qui doivent être la suite de l’intempérance.

La santé dépend du bon état des solides et des fluides, et ce bon état est dû à la libre exécution des fonctions vitales. Tant que ces fonctions s’accomplissent régulièrement nous sommes sains et en santé ; dès qu’elles sont troublées, la santé dépérit nécessairement.

L’intempérance ne manque donc jamais d’apporter les plus grands désordres à l’économie animale. Elle nuit à la digestion, elle relâche les nerfs, elle rend les sécrétions irrégulières, elle vicie les humeurs et occasionne des maladies sans nombre, j L auteur de la nature nous a créés avec des désirs, des passions et des appétits relatifs à la propagation de notre espèce, à la conservation de notre individu.

L intempérance est l’abus de ces diverses passions, et la tempérance consiste dans l’usage modéré que nous devons en faire.

L homme, non content de satisfaire aux appétits naturels, se crée des besoins artificiels qu’il cherche perpétuellement à aiguiser; mais ces besoins imaginaires ne peuvent jamais être satisfaits complètement.

Si la nature se contente de peu de chose, l’intempérance ne connaît point de bornes, les buveurs, les gourmands, les débauchés s’arrêtent rarement avant que leur fortune ou leur santé ne les empêche d’aller plus loin. Aussi ne peuvent-ils, en général, reconnaître leur erreur que lorsqu’il n’est plus temps, j II est impossible de donner des règles fixes sur la ma- ! nière dont chaque tempérament et chaque constitu-

tion doivent satisfaire leurs appétits et leurs désirs. L’homme le plus ignorant connaît certainement ce qu’on entend par le mot excès, et, pour peu qu’il sache choisir, il est en état de l’éviter.

La grande règle de la tempérance est de s’en tenir à la simplicité. La nature se plaît dans les aliments simples, sans apprêts, et tous les êtres vivants, ex cepté l’homme, suivent cette inclination de la nature.

L’intempérance ne frappe pas seulement les débauchés de ses coups mortels : l’innocent en éprouve souvent les funestes effets. Combien ne voyons-nous pas de malheureux enfants périr de misère, tandis que leurs pères et mères, sans s’inquiéter de l’avenir, dépensent en excès et en débauches, ce qu’ils devraient employer à élever leurs enfants, conformément à leur état! Combien ne voyons-nous pas de mères malheureuses, chargées d’enfants incapables de les aider, périr de besoin, tandis que les pères cruels se livrent sans mesure à leurs appétits insatiables I

Les passions modérées, telles que la joie, l’espérance, la gaieté, la vivacité et l’amour (quand il est sans excès), sont salutaires à la s*antô : elles accélèrent la circulation des humeurs, donnent de la vigueur aux nerfs, augmentent la transpiration et facilitent la digestion.

Le principal remède contre les passions, c’est de travailler de bonne heure à les contenir dans de justes bornes : car pour peu qu’on ne s’oppose pas à leurs progrès, elles deviennent bientôt des tyrans indomptables qui déchirent le cœur, qui détruisent la santé et qui font souvent périr leurs victimes. Une fois parvenues à un certain degré, elles n’écoutent plus la voix de la raison, la mort seule en est le terme.

DES EXCRÉTÏO-XS ET DES SÉCRETIOIVS.

Les aliments que nous prenons ne passent pas en totalité dans le sang, môme après une bonne digestion. La partie la plus grossière après avoir parcouru les différents intestins et après avoir été épuisée du chyle qu’elle contenait, passe dans le rectum et sort par les selles. Il s’en faut même beaucoup que celte autre partie qui, sous la forme de chyle, passe dans le sang, y reste elle-même en entier. En filtrant par les reins, elle y dépose les parties les plus grossières et les moins digérées qui descendent dans la vessie et forment les urines. En passant ensuite par les glandes salivaires, par celles du nez, elle forme des sécrétions séreuses et visqueuses qui sortent par la bouche et par le nez. La transpiration insensible achève de débarrasser le sang de tous les corps grossiers qui en altéraient la qualité.

On ne jouit d’une bonne santé qu’autant que toutes les excrétions et les sécrétions se font régulièrement.

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