INTRODUCTION
Naître, souffrir et mourir, voilà la destinée de l’homme, s’est écrié un philosophe. Oui, sans doute il a beaucoup à souffrir : on pourrait dire néanmoins qu’il doit une grande partie de ses misères à son imprévoyance et à ses excès.
En plaçant l’homme à la tète de la création, Dieu n’a pas voulu le livrer sans défense aux maux qui l’attendent sur le chemin de la vie. Il suffit de jeter un regard sur les productions qui embellissent la terre pour voir qu’il a répandu partout des secours et des consolations. Ici apparaît la famille des graminées, avec ses fécules, ses gommes, son principe sucré, matériaux précieux qui s incorporent à nos organes, les restaurent, accroissent et conservent leur force vitale; là vous voyez des fruits succulents, des herbes fraîches et tendres, des ra-
cines imprégnées d’une salutaire amertume, des fleurs dont 1 arôme réjouit 1 odorat et le goût, enfin une infinité de plantes dont les vertus sont admirables.
Ces remèdes simples, préparés par la nature, sont pourtant oubliés, dédaignés, parce qu’elle les offre sans faste et sans ostentation ; parce que nous les foulons aux pieds, parce qu’ils ne viennent pas de quelque pays lointain. Mais qu’un charlatan s’en empare, qu’il les déguise sous une couleur brillante, sous quelque dénomination pompeuse; qu’il les prône partout, qu’il leur donne des vertus extraordinaires : le bon public est là qui l’écoute et l’applaudit.
La nature a placé partout des remèdes pour l’homme: les campagnes, les bois, les champs, les prairies, les jardins en sont remplis. Mais nous négligeons ces plantes salutaires qui croissent sous nos pas, qui respirent pour ainsi dire l’air que nous respirons, et noue, faisons venir à grands frais des drogues souvent avariées. Les plantes sont des remèdes simples, faciles, peu dispendieux; elles sont la médecine du pauvre, elles devraient être celle du riche, s’il était assez raisonnable pour ne pas la dédaigner.
Au premier âge de la médecine, l’art de guérir était d’une admirable simplicité; des prêtres, des savants, des sages étudiaient d’abord le livre toujours ouvert des souffrances humaines; ils cherchaient, ils récol-
taicnt certaines plantes, certaines fleurs, certains arbustes, c’était ce qu’on appelait les simples : on en extrayait les sucs, on les faisait sécher au soleil, on les conservait au moyen de la dessiccation, cela composait toute la pharmacie. La médecine ôtait-elle alors moins eûicace qu’aujourd’hui? il faut reprendre à la médecine des anciens ce qu’elle avait de sage et de bon; il faut revenir à cette médication que tout le monde comprend facilement.
Heureux celui qui se livre à l’étude des plantes : un jardin pour lui est une source inépuisable d’instruction et de bonheur : cette étude en lui donnant le goût de la nature remplit son âme d’émotions ravissantes et ouvre devant lui les avenues enchantées d’un monde plein de merveilles. Heureuse la jeune fille qui ignore les folles joies du monde et ne connaît de plus douce occupation que cette charmante étude : simple et naïve, elle demande aux prairies ses plus touchantes parures; chaque printemps lui apporte des jouissances nouvelles et, chaque matin, une moisson de fleurs vient payer ses soins par de nouveaux plaisirs.
L étude des plantes est aussi ancienne que le monde; elle est née du besoin où se sont trouvés les hommes de s appliquer à connaître leurs vertus médipamenteuses afin de remédier aux maux qui les frappaient. L’appréciation des propriétés des plantes est suhor-
donnée à leur récolte, à leur dessiccation et à leur con servation.
Récolte des racines. Les racines s’arrachent à l’automne.
Récolte des feuilles. Les feuilles doivent se récolter lorsque la végétation est dans toute sa force; plus tard elles ont perdu beaucoup de leur valeur; elles se cueillent par un temps sec, après le lever du soleil, et lorsque la rosée est dissipée.
Récolte des fleurs. Les fleurs se cueillent, pour la plupart, avant leur entier épanouissement. La rose de Provins se récolte en bouton. Quelques fleurs au contraire se cueillent après leur entier épanouissement; telles sont les violettes et les pensées ; il faut toutefois que cet épanouissement soit opéré depuis peu. Les fleurs de romarin, de sauge, de thym, de lavande se cueillent avec leurs calices, parce que c’est dans cet organe que réside l’odeur aromatique qui les distingue. Les fleurs d’absinthe, de petite centaurée, d’hy.sope, de fumeterre, de caille-lait sont cueillies avec les sommités de la plante. En général les fleurs que l’on veut conserver ne doivent être cueillies qu’après que la rosée est évaporée.
Récolte des écorces. Les écorces résineuses doivent être récoltées au printemps quand les arbres commencent à être en sève ; les non-résineuses en automne.
Récolte du bois. Le genévrier, le buis, le gui de chêne doivent être récoltés avant le développement des bourgeons ou après la chute des feuilles.
Dessiccation. La dessiccation consiste à faire dessécher les plantes dans le but de les conserver; elles ont des propriétés plus ou moins actives qui tiennent à cette dessiccation. Pour dessécher les plantes on les expose soit au soleil ou au séchoir, soit sur le four d’un boulanger ou pâtissier, ou dans un grenier aéré couvert en tuiles; elles doivent être étendues en couches minces sur des claies d’osier ou sur des châssis garnis de toüe, et l’on doit avoir soin de les remuer plusieurs fois par jour.
Dessiccation des plantes entières. Lafumeterre, le trèfle d’eau, la mercuriale se dessèchent à l’air libre; on peut donc les exposer au dehors. Les plantes aromatiques devant leurs propriétés à une huile volatile, demandent de préférence à être séchées au grenier. Les feuilles séchées lentement et à l’ombre perdent quelquefois leur odeur et prennent une couleur noire. Dans cet état elles sont dépourvues de propriétés.
Dessiccation des racines. Les racines minces et peu succulentes se dessèchent suspendues par paquets dans un grenier aéré. On peut aussi les couper et les étaler sur des claies. Pour débarrasser les racines de la terre qui y est adhérente, il est généralement d’usage de les
laver entières; quand la terre est détachée, on les soumet, s’il en est besoin, à un second lavage, puis on les expose à l’air pour faire évaporer l’eau qui les mouille, ensuite on les fait sécher comme il est dit plus haut. Les racines chargées de mucilage, comme celles de guimauve, de gentiane, de bardane, de grande consoude, etc,, se dessèchent difficilement et se noircissent; leur dessiccation doit s’ooérer à l’étuve, ou mieux sur le four d'un boulanger.
Dessiccation des fleurs et des sommités fleuries. Les fleurs doivent être séchées le plus promptement possible, à cause de la délicatesse de leurs tissus et de la facilité avec laquelle elles s’altèrent. Elles ne doivent pas être exposées au soleil, à moins d’être recouvertes par des papiers gris. Le mélilol, la petite centaurée, l’origan, la narpolaine, etc,, se font sécher par petites bottes qu’on suspend dans un grenier.
Conservation, Les racines, les feuilles et les fleurs, après avoir été séchées, doivent être renfermées dans des sacs en papier ou dans des vases inaccessibles à l’air, à la lumière, à l’humidité, à la poussière. L’influence de l’humidité est la plus malfaisante, car elle dispose les végétaux à la putridité. Les plantes desséchées qui ont pris de l’humidité sont dépourvues de leurs vertus médicamenteuses.