LE SYSTÈME NERVEUX. - LES ORGANES DES SENS
Remplissez de plâtre toute la capacité du crâne, et vous aurez très exactement la forme du cerveau que vous avez retiré de la boîte osseuse. Le cerveau a donc, comme le crâne, la forme d’un ovoïde dont la grosse extrémité serait en arrière et la petite extrémité en avant. Il est divisé inférieurement en lobes qui remplissent les divers compartiments de la base du crâne. Toute sa surface est creusée de sillons profonds et sinueux qu’on appelle anfractuosités, et qui lui donnent l’aspect des circonvolutions intestinales, d’où le nom de circonvolutions qu’on donne aux espèces de replis que limitent les anfractuosités. (Professeur Cruveilhier, Traité d’anatomie.)
Une scissure médiane verticale divise le cerveau en deux parties semblables c|u’on appelle hémisphères cérébraux, réunis à la partie moyenne par le corps calleux. La base du cerveau, représentée par la figure 70, nous offre les origines des nerfs crâniens. D’avant en arrière, on trouve en effet neuf paires de nerfs qui sont :
1'’® paire ou nerf olfactif.
— opti<iue.
— moteur oculaire commun.
— pathétique.
— trijumeau.
6* }»aire ou nerf moteur oculaire externe.
. . ( portion luolle, nerf auditif.
/® paire, divisee en ^ • i
^ ( portion dure, nerf laeml.
/ glosso-pharyngien.
8® paire, divisée en ) pueumo-gastrique ou nerf vague.
I accessoire de Wiilis ou spinal.
9® paire ou grand hypoglosse.
Fig. TO. — Base du cerveau et du cervelet; origines des nerfs crâniens.
Je ne puis trop conseiller à mes lecteurs de faire plusieurs visites dans nos magnifiques galeries d’anatomie comparée du Muséum d’histoire naturelle, rue de Bullbn, où ils suivront tous les détails anatomiques sur lesquels il m’est impossible de donner ici plus de développements. Un étiquetage bien fait fournit les explications nécessaires.
Lorsqu’on aura visité le rez-de-chaussée, on pourra monter au premier étage pour y admirer les galeries de paléontologie et d’anthropologie, qui montrent combien la nature a été féconde dans les temps anciens, comme à l’époque actuelle. Le monde est bien vieux!
Mais après cette digression, revenons à l’anatomie du cerveau : elle est très compliquée (fig. 71). La surface exté-
P’ig. 71. — Surface latérale du cerveau et du cervelet.
rieure est formée de substance grise, qui recouvre de la substance blanche. Je suis obligé de renvoyer aux traités d’anatomie pour la description de la structure interne du cerveau (fig. 72), mais je dois dire que cet organe, étudié au microscope, présente un très grand nombre de cellules nerveuses situées dans la substance giûse (fig. 73), et de fibres nerveuses situées dans la substance blanche. Les connexions sont très complexes.
Le cerveau reçoit beaucoup de sang par les deux carotides internes, qui naissent des carotides primitives, et par les deux vertébrales, qui, naissant des artères sous-
clavières, traversent les trous des apophyses transverses des vertèbres cervicales; ces quatre troncs artériels s’anastomosent à la base du cerveau et fournissent un hexagone vasculaire d’où parlent les artères du cerveau, du cervelet, de la protubérance annulaire et du bulbe rachidien.
Fig. 72.— Section verticale et médiane de l'encéphale.
Cî>, circonvolutions ilc riiémis|ilière ; Ce. corps calleux: protubérance annulaire;
13, bullje rachidien; C, cervelet et arbre de vie.
L’arrêt du cœur ou syncope, déterminé souvent par des émotions déprimantes trop vives, cause immédiatement la perte de connaissance, l’arrêt complet des fonctions du cerveau. Il faut donc éviter autant que possible les grandes émotions. Dans le cas de syncope, on doit coucher horizontalement le malade, pratiquer des frictions énergiques sur les membres et sur le tronc, les tractions rythmées de la langue du docteur Laborde, l’urti-
cation, qui consiste à frapper la peau avec des orties, etc. Il est utile aussi de faire respirer de l’oxygène.
Nous devons aussi nous garder des efforts musculaires trop prolongés pendant des heures, soit à bicyclette, soit dans les courses à pied; l’homme n’est pas une locomotive. Et tout médecin et hygiéniste doit condamner . absolument des efforts musculaires qui engendrent des toxines s’accumulantdans l’organisme et pouvant causer la mort. Qui ne se rappelle l’histoire du soldat de Marathon tombant pour ne plus se relever au moment où il venait d’annoncer la victoire!
Les animaux nous fournissent aussi des exemples bien probants :
Un lièvre poursuivi en plaine par plusieurs cavaliers fait des bonds prodigieux pour les éviter, et peut tomber paralysé et presque mort au bout de 20 à 25 minutes.
Le cerf poursuivi par les chasseurs et par les meutes de chiens s’arrête généralement au bout de quelques heures d’une course continue ; cependant, dans une chasse à courre, à Villers-Cotterets , un daguet, cerf âgé de deux ans, portant son premier bois, put échapper à une poursuite de 4 à 5 heures et disparaître dans un fourré. Les loups, paraît-il, ne peuvent pas être forcés à la chasse.
Je dois aussi recommander une certaine modération dans le travail intellectuel; le repos du cerveau s’impose comme celui de beaucoup d’autres organes, aussi je condamne absolument la mauvaise habitude de la lecture pendant le repas; le sang circule alors abondamment dans l’appareil digestif, il y a une anémie partielle du système nerveux. De même pendant la période de digestion qui suit le repas, il faut éviter les grands efforts intellectuels, par exemple la recherche de la solution
Fig. 73. — Cellules nerveuses pr vcnaut de la moelle épinière de l’homme.
d’un problème difficile, et j’ajouterai même les grands efforts musculaires qu’exigent certains jeux, auxquels il vaudrait mieux se livrer avant les repas; cependant la digestion paraît favorisée par la marche à pied.
Le cervelet. — Le cervelet occupe la partie posté-
Fig. 74. — Coupe horizontiile à travers lu cerveau et le cervelet.
rieure et inférieure de la cavité du crâne (fig. 70); il est comme encaissé entre les fosses occipitales inférieures et le repli de la dure-mère, qu’on appelle tente du cervelet. (CnuvEiLHiER, ouvrage cité.)
Le crâne et trois membranes, la dure-mère, l’arachnoïde et la pie-mère, enveloppent le cerveau et le cervelet. Le cervelet, y compris la protubérance et le bulbe rachidien, pèse 120 à 150 grammes. Les figures 71, 72 et 74
représentent la forme et la structure de cet organe, sur lequel mon éminent prédécesseur Flourens a fait un grand nombre d’expériences qui l’ont conduit à l’afQrmation suivante : « Dans le cervelet réside une propriété dont rien ne donnait encore l’idée en physiologie et qui consiste à coordonner les mouvements voulus par certaines parties du cerveau, excités par d’autres... Le cervelet est le siège exclusif du principe qui coordonne les mouvements de locomotion. »
Quand on fait des coupes convenables de cet organe, qui présente deux lobes latéraux et un lobe médian, on voit que la substance grise est extérieure, tandis que la substance blanche intérieure présente de la ressemblance avec les branches d’un arbre et a reçu des anatomistes le nom à' arbre de vie.
Les pédoncules du cervelet, au nombre de six, établissent des connexions entre ce viscère et le cerveau, la protubérance annulaire et la moelle épinière.
Moelle épinière. — La limite naturelle de la moelle est bien évidemment le sillon qui sépare le bulbe rachidien (contenu dans la cavité crânienne) de la protubérance annulaire...
Quant aux limites inférieures de la moelle, il s’en faut bien qu’elles soient celles du canal rachidien (fîg. 75). Chez l’adulte, la moelle n’occupe que les régions cervicale et thoracique de la colonne vertébrale, et les régions lombaire et sacrée sont destinées au faisceau de nerfs connu sous le nom de queue de cheval...
La colonne vertébrale, la dure-mère, l’arachnoïde et la pie-mère forment à la moelle une quadruple enveloppe : la première, une enveloppe osseuse; la deuxième, une gaine fibreuse; la troisième, une gaine séreuse; la quatrième, une gaine propre, fibreuse et vasculaire tout à la fois. Cette dernière membrane, exactement moulée sur la moelle épinière, en soutient et comprime doucement toutes les parties.
La moelle épinière ne flotte pas librement dans le canal
pjg 7:,, — Moelle épîuière.
l'ai'O antérieure.
Faee [joslérieuie.
Moelle jjourvue (les raeiiies.
vertébral ; elle est maintenue de chaque côté par unligament qu’on appelle ligament dentelé. (CnuvKiLHiiLu, ouvr. cité.)
Dans la moelle épinière, si on examine une coupe transversale, on voit la substance blanche au dehors et la substance grise au dedans; la première est constituée par des fibres nerveuses dont chacune présente une gaine extérieure (gaine de Schwann), une moelle nerveuse formée de matière grasse, et au centre le cylindre-axe qui est le conducteur spécial de l’influx nerveux.
Physiologie. — Il existe à la partie supérieure du cou, entre l’os occipital appartenant au crâne et la première vertèbre du cou, l’atlas, une région fort importante de la moelle épinière où se trouve le centre même des mouvements respiratoires, qui était connu de Galien et que Flourens a étudié et délimité avec le plus grand soin (nœud vital de Flourens). Si l’on sectionne à l’aide d’une pointe piquante une région de la moelle comprise au centre de la substance grise de quelques millimètres de largeur à droite et à gauche d’un plan médian, immédiatement les mouvements i-espiratoires s’arrêtent, l’air cesse de pénétrer dans les poumons, le cœur continuant à battre, le sang absorbe encore l’oxygène que contient l’arbre aérien, dont la provision est bientôt épuisée; le sang qui revient des poumons ou cœur gauche devient rouge sombre : c’est le sang de l’asphyxie, bientôt le cœur s’arrête.
Mais si l’on pratique la respiration artificielle avec mon appareil, le cœur continue à battre, les jioumons reprennent leurs positions, le sang redevient rouge vif dans les artères.
Mais l’animal ne peut revenir à la vie, la lésion est mortelle. Toute lésion de la moelle épinière est très grave; combien il arrive souvent, à notre époque, que des chutes d’automobile lancée à trop grande vitesse, machine très puissante et relativement légère, qui présente par suite jieu de stabilité, déterminent des ruptures de la colonne vertébrale, jiaraplégie ou paralysie des membres inférieurs, maladie incurable!
Cependant j’ai vu dans le laboratoire du professeur Iléger, directeur de l’Institut de physiologie Solvay, à Bruxelles, un chien sur lequel on avait pratiqué avec toutes les règles de l’antisepsie une section transversale de la moelle. L’animal guérit, et au bout de plusieurs mois il exécutait des mouvements volontaires dans les pattes antérieures commandées par le cerveau et par le tronçon antérieur de la moelle, tandis que des mouvements différents, en désaccord avec les premiers, avaient lieu dans les membres postérieurs et partaient d’ordres lancés par le tronçon postérieur de la moelle.
Cette belle expérience démontre que la moelle épinière est un véritable centre nerveux.
Nerfs rachidiens. — Tout le long de la moelle naissent des nerfs qui sortent de chaque côté par les trous de conjugaison existant entre les vertèbres et par les trous sacrés (fîg. 76).
Il y a huit paires cervicales, en y comprenant le nerf sous-occipital, douze paires dorsales, cinq paires lombaires, six paires sacrées, en tout trente et une paires; ce qui correspond au nombre des vertèbres.
Les nerfs spinaux ou rachidiens sortent de la moelle par une double série de racines : les antérieures, qui naissent sur les parties latérales de la face antérieure de la moelle, et les postérieures, qui proviennent des parties latérales de la face postérieure : celles-ci présentent un ganglion qui se trouve un peu plus près du point d’union des racines antérieures avec les racines postérieures et au niveau du trou de conjugaison. Les expériences de Magendie ont démontré de la manière la plus nette que les racines antérieures sont motrices et envoient toutes leurs fibres aux différents muscles [en avant, marche, c’est une formule mnémotechnique que tous les étudiants en médecine connaissent).
Les racines postérieures sont sensitives, et dans le nerf mixte qui résulte de l’union des racines il n’est pas possible de distinguer anatomiquement et au microscope
Fig. 76. — Ensemble du système nerveux de riiommc ; de ehaque cèle de la moelle pourvue de racines, ou voit les deux chaînes ganglionnaires du nerf grand sympathique.
les fibres sensitives des fibres motrices. La distinction se fait à l’origine centrale médullaire, et à la terminaison périphérique; toute fibre motrice se rend à un muscle et se termine par une colline nerveuse qui a été découverte par Doyère dans le tardigrade , petit .
animal reviviscent, et parfaitement étudiée et photographiée par mon prédécesseur le professeur Rouget.
Mouvements réflexes de la grenouille. — On prend une grenouille bien vive, et on sectionne avec des ciseaux la tête en arrière des globes oculaires; la section portant audessus du centre des mouvements respiratoires, ceux-ci continuent dans le plancher buccal, mais ils sont devenus inefficaces, parce que les fosses nasales ont été enlevées, et par suite les contrac lions des mus-