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CHAPITRE PREMIER Les muscles en général

Les muscles sont les organes actifs du mouvement; on

Fig. 02. — Fibres musculaires striées.

lisses.

les distingue en muscles volontaires, dont les fibres sont

striées (fig. 92), et en muscles lisses (fig. 93), dont’ les fibres sont dépourvues de stries; les figures 94 et 95 représentent la disposition des fibres musculaires du cœur, qui sont anastomosées comme le montre la figure 96.

L’emploi du microscope et d’un fort grossissement de 300 diamètres environ est nécessaire pour que l’on puisse constater la présence des stries parallèles sur un muscle

Fig, 94. — Disposition des fibres musculaires de la face antérieure

des ventricules.

\g, ventricule gauche; Vd, ventricule droit.

de grenouille, par exemple, sur les fibres musculaires de la langue, que l’on peut tendre à l’aide d’épingles sur une plaque de liège percée d’une ouverture de forme carrée.

Les histologistes ont fait une élude très complète de la structure des fibres musculaires, et ils ont distingué des stries différentes, qu’ils ont décrites et qui sont représentées dans les traités d’histologie. Les fibres musculaires sont en rapport avec les filets nerveux moteurs qui les animent et leur transmettent les ordres de la volonté. Doyère, naturaliste français, a le pi*emier découvert chez

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le tardigrade, petit animal reviviscentqui habite la mousse des toits (on appelle reviviscent un animal tout à fait desséché qui ne présente plus aucun phénomène vital, et qui reprend toute sa mobilité et toutes ses fonctions lorsqu’on l’humecte avec de l’eau). La figure 97 représente la terminaison des filets nerveux sur le muscle; c’est un renflement nommé eolline nerveuse qui est l’intermédiaire entre le nerf et le muscle. Mon prédécesseur,

rig. 95. — Cœur vu par la pointe.

g, ventricule gauche; d, ventricule droit; o, oreillette gauche.

le professeur Rouget, habile histologiste, a beaucoup étudié la structure de la colline nerveuse chez les mammifères et chez les vertébrés, et il a obtenu des photographies qui montrent en détail la structure de la colline nerveuse.

Contractilité musculaire. — La propriété fondamentale du muscle, qui est généralement fixé par ses extrémités à des os différents du squelette, et qui sert à mouvoir ces leviers, pour les fléchir ou pour les étendre, c’est la contractilité.

Un muscle excité soit directement par l’électricité, soit f)ar son nerf pincé ou électrisé, soit par des agents chi-

iniques, le sel marin par exemple, se raccourcit et de

vient plus épais; les stries se rapprochent; en même temps le muscle produit un travail et peut soulever un poids.

Pour démontrer ces faits essentiels, nous employons souvent le muscle gastrocnémien (muscle du mollet) de la grenouille : on détache un membre inférieur de ce batracien décapité et dont on a détruit le cerveau et la moelle épinière à l’aide d’une aiguille d’acier fixée

Fig. 96. — Fibres musculaires anastomosées du cœur.

dans un manche de bois,

Fig. 97. — Donnant une idée de la structure de la plaque p ou colline nerveuse par laquelle l’ordre do la volonté est transmis au muscle.

pour supprimer tout centre

nerveux sensible. On isole et on sectionne le tendon^d’A-

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chille, on sépare le muscle du tibia, que l’on coupe près de l’articulation du genou, on enlève les muscles de la cuisse en isolant le fémur et en ménageant les insertions du muscle gastrocnémien sur cet os, et on maintient avec

Fig. 98. — Myographe de Marey; disposition des appareils; excitation du nerf sciatique qui fait contracter le muscle gastrocnémien de la grenouille entière.

une pince et un support vertical la tête du fémur. Cette préparation permet de réaliser une foule d’expériences : à l’aide d’un crochet deux fois recourbé (que l’on obtient avec une épingle) et qui est introduit dans le tendon d’Achille, on charge le muscle d’un poids de 10 grammes par exemple, on excite avec une pince électrique et avec le chariot de Dubois-Reymond le muscle lui -même ou

mieux le nerf sciatique qui a été isolé, et qui fournit les nerfs moteurs du muscle, et à chaque excitation le muscle se contracte et le poids est soulevé.

Si l’on agit sur un levier très léger et très mobile (myo-

Fig. 99. — Tracés obtenus avec le myograplie de Marey, indiquant la fatigue du muscle (prêtés par M. Masson).

graphe de Marey, fig. 98) terminé par un style de baleine qui se meut sur un cylindre tournant, on obtient des tracés qui répondent à chaque excitation (figure 99), qui traduisent le raccourcissement du muscle , période de contraction, le maintien pendant un temps assez court de cette période, puis la descente du levier, qui indique le retour du levier à sa position primitive.

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Le tracé traduit la fatigue du muscle par la distance, qui devient de plus en plus grande entre le moment d’élévation du levier et le moment où il vient rencontrer la ligne horizontale (fig. 99) (ligne des abscisses).

Mesure du plus grand effort que puisse produire un muscle isolé à l’aide d’un myodynamomètre à sonnerie. — L’appareil que j’ai employé pour celte mesure est analogue à celui qui a été imaginé par le professeur Rosenthal, d’Erlangen ; il se compose (fig. 100) d’un levier horizontal solide monté sur pointes, semblable à celui du myographe de Helmholtz,

Fig. 100, — Appareil du professeur Gréhant servant à mesurer le plus grand ellort que puisse produire un muscle isolé de grenouille.

d’un chevalet métallique ayant la forme d’un triangle équilatéral fixé sur un plateau mobile à crémaillère. A l’extrémité droite du levier, rappelant le fléau d’une balance, se trouve un curseur portant deux crochets, l’un supérieur pour attacher avec un fil métallique le tendon d’un muscle gastrocnémien de grenouille, l’autre inférieur recevant un poids variable; à l’extrémité gauche du levier se fixe un curseur à contrepoids que l’on fait

glisser et qui sert à obtenir d’abord l’équilibre horizontal.

Une pince solidement maintenue sert à fixer le fémur, entouré d’un fil métalliquè bon conducteur de l’électricité.

La préparation du muscle ainsi faite est traversée à volonté à l’aide d’un interrupteur à mercure par les courants induits d’un chariot de Dubois-Reymond. On dispose le chevalet métallique qui communique avec l’un des pôles d’une pile tandis que le levier est uni à l’autre pôle et avec une sonnerie électrique, de telle sorte que l’arête du chevalet soit à la plus petite distance possible du levier, 1/10 de millimètre environ après avoir chargé le muscle d’un poids de 100 grammes. La tétanisation du muscle (contraction permanente obtenue par une série fréquente d’excitations électriques) fait immédiatement vibrer la sonnerie, par suite du contact du levier avec le chevalet.

La figure 100 donne la vue d’ensemble de l’appareil. Cette expérience très instructive, que j’ai répétée un grand nombre de fois devant mes auditeurs, permet de reconnaître qu’un muscle gastrocnémien pesant de 0s‘',27 à 0 g, 35, peut soulever un poids de 500, 600, 700 et même 1,000 grammes.

Je dois faire remarquer que le muscle qui a produit un pareil effort est vite épuisé, et il faudrait maintenir la circulation et l’apport des matériaux nécessaires à la conservation de l’énergie musculaire (glucose) pour obtenir une plus longue durée de l’expérience.

Myographe dynamométrique du professeur N. Gréhant, — Cet appareil, qui est représenté par la figure 101 et que j’ai fait construire par M. Ducretet, se compose d’un socle métallique d’acier présentant une rainure dans laquelle on fixe solidement, à l’aide de vis, un curseur qui maintient un long ressort d’acier terminé par un levier métallique, et un style pouvant tracer sur un cylindre enfumé la courbe donnée par le ressort par suite

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de la contraclion des muscles fléchisseurs de l’avanlbras sur le bras, le biceps et le brachial antérieur.

Pour réaliser l’expérience, il faut faire asseoir sur une chaise solide fixée dans le sol du laboratoire l’homme ou la femme soumis à l’expérience. Un système convenablement disposé de leviers articulés et de supports

Fig. 101. — Myographe dynamométrique de Gréhanl.

R, ressort d'acier fixé parle support S; st, style inscrivant sur le cylindre de Marey C; F, flexion de l'avant-bras sur le bras; P, poulie mobile et plateau que l’on chaige de J)Oids.

matelassés permet d’appuyer d’une manière absolument fixe la face postérieure du bras sur le support et de maintenir l’avanl-bras à angle droit sur le bras; dans la main on tient un cylindre de bois auquel est fixée une chaîne de longueur telle qu’elle soit tendue et attachée en un point fixe du ressort horizontal, à une distance invariable ; on fait tourner le cylindre, puis on ordonne au sujet de fléchir l’avant-bras sur le bras : on obtient un tracé très net sur le papier couvert de noir de fumée, et qui est représenté par la figure 102.

Il faut mesurer en kilogrammes l’effort exercé : pour cela, on atlache au même point du ressort une corde peu extensible qui vient s’enrouler sur une poulie et se termine par un crochet sur lequel on ajoute des poids qui font fléchir le ressort; en rendant le cylindre mobile, on fait tracer par le style une série de marches d’escalier, jusqu’à ce qu’une ligne parallèle à l’axe des abscisses atteigne le sommet de la courbe tracée.

Dans les mesures faites chez l’homme, j’ai trouvé pour la puissance musculaire du biceps et du brachial anté-

cc cp

Fig. 102. — Tracés obtenus avec le myographe du professeur Gréhant. CC, contraction musculaire courte; CP, contraction prolongée.

rieur, fléchisseurs de l’avant-bras sur le bras, des nombres compris entre 17 et 45 kilogrammes.

Mesure de la puissance musculaire chez les animaux soumis à un certain nombre d’intoxications (en collaboration avec le docteur Quinquaud). — Grâce à mon myographe dynamométrique, qui permet d’opérer avec la plus grande facilité chez les animaux, nous avons recherché, avec mon regretté collaborateur Quinquaud, quelle est l’influence d’un certain nombre d’intoxications sur la puissance musculaire. Toutes les expériences ont été faites sur le chien ; elles ont consisté à isoler le tendon d’Achille, tendon des muscles gastroenémiens qui s’attache

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au calcanéum, et que l’on a détaché à son insertion pour l’unir par une corde au ressort du myographe; deux aiguilles à acupuncture en or étaient enfoncées l’une dans le muscle gastroenémien, l’autre dans le tendon : elles étaient unies avec un godet à mercure interrupteur, une pile de plusieurs éléments et un milliampèremètre de Gaiffe; on s’arrangeait de manière à obtenir un courant de même intensité pour exciter le muscle au moment de la fermeture du circuit.

Nous avons étudié l’action de l’oxygène comprimé, de l’alcool, du curare; tous ces poisons ont affaibli la puis-

sance musculaire, et particulièrement le curare, qui fait passer la puissance initiale de 900 grammes environ au chiffre de 120 grammes. C’est là un affaiblissement considérable.

Il n’y a pour ainsi dire pas de limites aux applications de mon appareil chez l’homme et chez les animaux; on pourrait chez l’homme faire des expériences comparatives sur le bras droit et sur le bras gauche en ajoutant à la chaise un nouveau système de leviers; chercher l’influence de l’âge sur la puissance musculaire; reconnaître d’année en année l’accroissement ou la diminution de cette énergie, reconnaître l’influence du régime, etc.

Ergographe. — L’ergographe (fig. 103) est un appareil plus petit que le mien et qui est appliqué à la mesure de la puissance musculaire des muscles fléchisseurs du doigt

médius de la main; il a été inventé par le professeur Angelo Mosso et a été appliqué par les physiologistes et les médecins, en particulier par mon collègue de la Société de biologie, le docteur Féré (fig. 104); il rend de grands services dans les recherches de physiologie et de pathologie.

Je me contenterai de donner une figure représentant l’ergographe et un tracé obtenu par cet instrument.

Je recommande à mes lecteurs un livre original et fort instructif intitulé : Physiologie des exercices du corps par

Fig. lOi. — Tracé obtenu à l’état physiologique (docteur Féré).

le docteur Fernand Lagrange, ouvrage couronné par l’Académie des sciences et par l’Académie de médecine (Félix Alcan, éditeur); le docteur Lagrange traite du travail musculaire, de la fatigue, de l’accoutumance au travail, des dilférents exercices, des résultats de l’exercice, du rôle du cerveau dans l’exercice, etc. Il m’est absolument impossible de donner ici un résumé de ce livre.

Influence de l’exercice musculaire sur l’élimination de l’alcool, éthylique introduit dans le sang. — L’expérience consistait à introduire dans l’estomac d’un chien une proportion d’alcool à 10 pour 100 correspondant à 2ciiic,5 d’alcool absolu par kilogramme, dose qui ne pro-

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