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CHAPITRE III Le cœur et les vaisseaux

Le cœur, l’organe central de la circulation, qui met en mouvement le sang dans les artères, dans les vaisseaux capillaires et dans les veines, est essentiellement musculaire; chez l’homme, chez les mammifères et chez les oiseaux, il présente quatre cavités, deux oreillettes et deux ventricules, et se divise en cœur droit, composé de l’oreillette droite et du ventricule droit, destinés cà la petite circulation, ou circulation pulmonaire; et le cœur gauche, formé par l’oreillette gauche et le ventricule gauche, qui sont chargés d’assurer la grande circulation, c’est-à-dire l’irrigation par le sang de. toutes les régions de l’organisme (fig, 9). ; ,

LE CŒUR ET LES VAISSEAUX

Pour se rendre bien compte de la forme et de la structure du cœur, on peut se procurer un cœur de mouton et le disséquer avec un scalpel et une pince. On voit les oreillettes, dont les parois sont minces; l’oreillette droite présente deux ouvertures, l’une qui reçoit la veine cave supérieure, l’autre la veine cave inférieure. Entre l’oreillette et le ventricule droit on voit une ouverture garnie de trois valvules ou voiles membraneux dont le bord est pourvu de fibres tendineuses qui viennent se fixer aux colonnes charnues que présentent les parois intérieures du ventricule droit; ces valvules sont actives et ont reçu le nom de valvules tricuspides.

Les parois musculaires du ventricule droit sont beaucoup plus épaisses que celles de l’oreillette. De ce ventricule part un gros vaisseau, l’artère pulmonaire, garnie à son origine de trois replis membraneux en forme de nids de pigeons, qui en se rapprochant ferment complètement l’entrée de l’artère pulmonaire, et en s’écartant laissent passer le sang lancé par la contraction ou systole ventriculaire : ces valvules sont passives et diffèrent de toutes les soupapes employées dans les pompes construites par l’industrie humaine, en ce qu’elles s’effacent, s’aplatissent contre les parois de l’artère et n’apportent aucun obstacle au cours du sang.

Fig. 9. — Schéma de l’appareil circulatoire de l'homme.

Cœur droit, petite circulation; cœur gauche, grande circulation.

Artère pulmonaire et cœur gauche.

L’artère ])ulraonaire se divise en deux branches dont l’une se rend au poumon droit, l’autre au poumon gauche; l’injection de ce vaisseau par une matière grasse colorée permet de reconnaître par la dissection la division extrême en petites artères et en artérioles, puis la continuité de ces vaisseaux avec les capillaires, qui ne sont visibles qu’au microscope et que l’on suit admirablement dans les

Fig. 10. — A, face antérieure du cœur de rhorame; B, face postérieure

du cœur de l’homme.

sacs pulmonaires de la grenouille ; les capillaires se continuent par les veines pulmonaires, qui se réunissent pour former quatre troncs aboutissant à l’oreillette gauche ; cette cavité, à parois musculaires et minces, s’ouvre par l’orifice auriculo-ventriculaire dans le ventricule gauche, dont les parois sont trois fois plus épaisses que celles du ventricule droit, parce que ce ventricule a un travail beaucoup plus considérable à ellectuer, puisqu’il est chargé de faire circuler le sang dans toutes les parties du corj)s. L’ouverture qui met en communication l’oreillette avec le ventricule est garnie de deux replis membraneux, qui, lorsqu’ils sont appliqués l’un contre l’autre, ressemblent à une mitre d’évêque, d’où le nom de valvule mitrale; les fibres

LE CŒUR ET LES VAISSEAUX

tendineuses de ces valvules viennent se terminer dans les colonnes charnues qui font partie de la musculature du ventricule gauche; dans cette cavité on trouve une autre ouverture arrondie qui est l’origine de l’artère aorte, le plus gros vaisseau artériel de l’organisme, garni de trois valvules sigmoïdes exactement semblables par leur forme à celles de l’artère pulmonaire, mais d’un tissu plus épais et plus solide; au milieu de chaque valvule se trouve un petit renflement, le nodule d'Arantius, qui complète la fermeture des valvules, car trois cercles tangents laissent entre eux une ouverture triangulaire (triangle sphérique) qui rendrait les valvules insufüsantes et permettrait au sang de l’artère aorte de rentrer en partie dans le ventricule au moment où il se dilate après sa contraction.

Cette description anatomique est loin d’être complète, mais elle suffit pour montrer quelle est l’importance du cœur et quelles précautions nous devons prendre pour ne pas trop fatiguer un organe dont l’activité est extrême, car elle commence au punctum saliens que l’on aperçoit dans le développement du poulet dès le second jour de l’incubation et se continue pendant toute la durée de la vie, aussi bien dans la veille que dans le sommeil.

Il faut éviter tout effort trop grand ou trop continu, et je ne puis que condamner les courses trop longues, les exercices violents, qui peuvent aboutir à des lésions incurables des valvules ou à des altérations du myocarde, c’est-à-dire des fibres musculaires du cœur, qui sont anastomosées, ce qui est en rapport, suivant toute probabilité, avec la simultanéité de leur contraction. Nous devons éviter autant que possible les émotions trop vives, les chagrins, les soucis, tout ce qui peut troubler le jeu admirable du cœur, dont il me reste à vous entretenir.

Observation du cœur en mouvement.

Les physiologistes peuvent facilement observer le cœur en mouvement chez les animaux, et même enregistrer les

contractions. Chez une grenouille curarisce qui a reçu sous la peau quelques gouttes de ce poison si bien étudié par l’illustre Claude Bernard, tous les mouvements volontaires sont abolis, les nerfs moteurs ne commandent plus aux muscles, mais le cœur continue à battre. Si l’on ouvre chez la grenouille, avec des ciseaux, la paroi qui correspond à la poitrine des mammifères, on voit le cœur enveloppé d’un sac membraneux, le péricarde, que l’on incise

Fig. 11. — Sondes cardiographiques introduites dans le cœur droit et tambour à levier de Marey.

avec précaution; les deux oreillettes battent ensemble, et le ventricule unique de la grenouille se contracte ensuite. Au moment de la contraction ou systole, le ventricule devient beaucoup plus petit et blanchit, ce qui démontre qu’il se vide de sang; dans le mouvement suivant de dilatation ou de diastole, le ventricule devient rouge et se remplit du sang déplacé par les systoles auriculaires.

On obtient des tracés à l’aide d’un cardiographe de Marey.

Chez les mammifères curarisés dont la vie est entretenue par la respiration artificielle, on peut également ouvrir la poitrine et suivre les contractions du cœur.

LE CŒUR ET LES VAISSEAUX

Une’ expérience fort intéressante est faite dans rnon laboratoire par M., le docteur Pachon : elle consiste à isoler un cœur de lapin, à injecter dans les artères coronaires un sérum artificiel chauffé à 38°, qui maintient pendant plusieurs heures les contractions du cœur isolé.

Expériences cardiographiques des professeurs Chauveau et Marey, — A l’aide de sondes spéciales représentées par la figure il et de tambours à levier de Marey

Fig. 12. — Tracés obtenus à l’aide des sondes cardiographiques : tracés de l’oreillette, du ventricule droit et de la pointe du cœur.

traçant les mouvements imprimés parles cavités du cœur d’un cheval à des ampoules de caoutchouc introduites dans l’oreillette droite, le ventricule droit et au niveau de la pointe du cœur ou dans le ventricule gauche, ces deux expérimentateurs ont obtenu les tracés que l’on voit représentés par la figure 12.

La première ligne correspond à la systole de l’oreillette droite; la seconde, à la systole du ventricule droit; la troisième au choc produit par la pointe du cœur.

C’est le médecin de Charles I®*’, roi d’Angleterre, l’illustre Harvey, qui découvrit la circulation du sang, et il

fit des expériences très démonstratives sur les veines du l)ras de l’homme. En appliquant un lien serré à la racine du membre, on voit toutes les veines du bras se gonfler*

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