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CHAPITRE IL Des Tempéraments

J'ai déjà dit que tous les tempéraments pouvaient se résumer à deux, et avec un savant philosophe je

puis répéter qu'il ne doit y avoir que les tempéraments actifs et passifs. On se souvient de la définition que j'ai donnée de ces deux tempéraments (p. 101) ; inutile de me répéter ici.

Mais les tempéraments entendus de cette manière, comprenant tous les autres et les simplifiant ainsi, puisqu'ils les résument à deux types seulement, sont peut-être plus les tempéraments de l'avenir que du présent. Etudions donc ceux-ci tels que nous les connaissons.

Il y a quatre grands systèmes dans l'organisation de l'homme : le sang, les nerfs, la lymphe et la bile ; nous les avons déjà étudiés.

Par tempérament, on entend la prédominance dans un individu d'un de ces systèmes. Ainsi un homme aura un tempérament sanguin, nerveux, lymphatique ou bilieux, selon que chez lui il y aura prédominance du sang, des nerfs, de la lymphe ou de la bile.

Le tempérament établit donc entre les hommes des différences physiques qui font que les hommes obéissent à l'influence d'une organisation qui n'est pas toujours la même.

1° du tempérament sanguin. — Le tempérament sanguin est le plus beau type de la santé : toutes les fonctions de notre corps se font dans l'état le plus naturel. La respiration est libre, la circulation du sang puissante, l'appétit régulier, l'humeur égale, jamais sujette à ces variations sombres qui sont le partage d'un si grand nombre. Le sanguin fait envie à qui le voit passer ; la santé d'ailleurs c'est la beauté.

Ce qui caractérise surtout le tempéranient sanguin.

c'est la richesse du sang. Le visage est rose, l'œil brillant ; toujours le sourire sur les lèvres, comme si le lendemain ne pouvait amener avec lui quelque malheur ; c'est du sanguin qu'on dit : c'est un bon vivant.

Si le sanguin est la plus belle personnification de la santé, il n'en est pas moins la plus malheureuse victime de la maladie. Chez lui en effet la maladie est foudroyante, elle présente les effets les plus graves. Le sanguin ne négligera donc pas une maladie qui se déclare subitement ; plus que tout autre il réclamera promptement l'assistance du médecin.

Le tempérament sanguin étant caractérisé par une circulation plus active, il devra s'entourer de toutes les précautions qui auront pour effet d'empêcher le sang de se précipiter avec violence ; il évitera toutes les émotions, les passions seront ses ennemies les plus redoutables ; le meilleur remède qu'il pourra leur opposer c'est le travail intellectuel et physique qui lui est si facile. Je lui recommande le mouvement, surtout modéré mais fréquemment répété.

2° du tempérament nerveux. — Si celui qui est doué du tempérament sanguin présente une organisation bien développée, sans trop d'embonpoint, celui qui possède un tempérament nerveux se reconnaît au contraire " à la maigreur, au peu de volume des muscles mous et comme atrophiés, à la vivacité des sensations, à la promptitude et à la variabilité des déterminations et des jugements. " (Richerand.)

Le tempérament nerveux est celui qui se reconnaît le plus facilement et qui s'accentue le mieux : les autres se rencontrent plus souvent combinés

entre eux. Quel est celui qui n'a pas connu une de ces constitutions où les nerfs commandent tout? Elle passe avec la rapidité de l'éclair d'une émotion à une autre, et il n'est pas rare que le rire chez elle vienne sécher les larmes. Organisation malheureuse dans son essence et qui possède ses instants de bonheur qu'elle ne voudrait pas échanger pour tous les trésors de Crésus ! Elle est aux autres ce qu'elle est à elle-même. " Rien n'égale le charme de leur société, dit Belouino, de leur affection, quand les tempéraments nerveux sont dans leurs bons jours; mais rien n'est plus terrible à supporter que leurs boutades imprévues de colère, de caprice ou de froideur ! Pour bien vivre avec eux il faudrait les plaindre plutôt que les blâmer, si toutefois ils pouvaient vivre sans contradiction. "

Les précautions hygiéniques du tempérament nerveux seront les suivantes :

L'exercice ne saurait être trop violent, on le multipliera sous toutes les formes ; plus on stimulera le cœur et la circulation plus on calmera les nerfs : le sang est leur modérateur le plus puissant. " Tronchin, nous dit un auteur, avait acquis une grande renommée dans le traitement des maladies nerveuses. Tout son secret consistait à exercer jusqu'à la fatigue les femmes habituellement oisives, en soutenant leurs forces par une nourriture saine et abondante."

Il faut plaindre le tempérament nerveux et le tolérer ; le traiter rudement, sans égard pour son organisation, c'est la méconnaître et manquer d'intelligence.

Je conseille fréquemment les bains ; mais ils

seront de courte durée. Ce tempérament étant celui qui affecte le plus le moral devra être combattu dès les plus jeunes années,

3° du tempérament lymphatique. — Le tempérament lymphatique est celui des enfants et des femmes : c'est le tempérament de la faiblesse, quoiqu'il puisse se rencontrer aussi chez l'homme.

Le lymphatique se reconnaît au manque de proportion et d'harmonie dans les formes et au développement anormal de chairs molles : " Une grosse tête, de grosses articulations, des mains volumineuses, des pieds plats, la peau blanche et lisse, le teint le plus souvent blafard, quelquefois d'un blanc mat," telle est l'organisation lymphatique, nous dit Michel Lévy : " tel est ce type malheureusement si commun dans un grand nombre de localités, ajoute-t-il ; type enté sans doute sur l'organisation humaine par le vice persévérant des influences extérieures ou parla solidarité ascendante de la corruption ; type inférieur qui dénonce une. décadence, et la cause de celte décadence est dans les eaux, les airs et les lieux, plus souvent encore dans l'homme ou dans la société. "

Si le tempérament lymphatique est engendré à notre gré, que la société travaille à s'en débarrasser.

Le lymphatique est bien la honte de l'humanité ; sa présence rappelle toujours le triomphe du mal sur le bien, comme aussi elle fait penser à l'expiation que fait souvent le petit-fils pour les fautes de ses aïeux.

Pour remédier au lymphatisme on aura recours au traitement tonique que nous connaissons déjà en

partie du moins. Tout ce qui peut contribuer à enrichir le sang doit être employé sans relâche. Le lymphatique est un malade ; il doit se soigner jusqu'à la guérison ou au moins jusqu'à ce que son organisation soit un peu modifiée au point de vue moral plus particulièrement. En effet le lymphatique sans énergie ne peut lutter contre la moindre difficulté et est victime continuelle de sa faiblesse : c'est à lui surtout que devient nécessaire tout ce que j'ai écrit sur l'hygiène de l'âme. Il faut le stimuler par des considérations élevées, l'initier aux douces satisfactions d'une ambition légitime et aux consolations indicibles du travail intellectuel.

4° du tempérament bilieux. — Le tempérament bilieux se rapproche beaucoup du sanguin : il est violent, ardent, courageux, infatigable; c'est le tempérament de l'ambitieux. Voilà pour le moral. On le reconnaît au physique, " au teint brun, à la peau velue, aux cheveux noirs, à la physionomie expressive, aux muscles fortement dessinés et au corps sans embonpoint. "

11 faut se délier du bilieux ; sa vengeance est implacable, tenace jusqu'à ce qu'elle triomphe. Ce qui caractérise ce tempérament, c'est la prédominance des organes digestifs, du foie et de ses sucs biliaires.

L'hygiène enseigne au tempérament bilieux la modération en tout, à table, aux affaires et surtout au plaisir : l'amour est son tourment.

La nourriture sera végétale en grande partie. Le régime végétal est bien celui qui convient le mieux aux organes digestifs du tempérament bilieux. 11

évitera l'usage des boissons alcooliques, comme le tempérament nerveux, cherchera dans l'exercice violent le calme que demande sa nature bouillante.

Telles sont les quatre constitutions particulières qui se rencontrent et qui sont la base de toutes les constitutions connues. En e lie t celles-ci se rai tachent toujours à l'une de celles-là quand elles ne sont pas quelquefois un assemblage curieux de ces quatre tempéraments réunis. Les tempéraments mixtes sont nombreux, ce sont les plus fréquents, et cela se rencontre d'autant plus facilement que les tempéraments au lieu d'être toujours des dons de la nature, comme on peut le croire, sont souvent acquis et formés selon les milieux dans lesquels on a vécu.

Le tempérament constitue comme on peut le voir une organisation qui semble produire certaines inlluences physiques et morales bien définies. Les mauvaises influences physiques seront combattues par les moyens que je viens d'indiquer. Quant aux effets sur le moral, nous savons que nous en sommes les maîtres et qu'une raison puissante sait les paralyser à son gré. — " Oui, nousdit un grand hygiéniste enlevé bien jeune à la science, c'est un des plus beaux privilèges de l'hygiène de façonner l'homme, de lui donner une bonne constitution et tous les avantages de chacun des tempéraments ; de rendre, par exemple, ses fonctions de nutrition actives comme chez le sanguin, ses muscles forts comme chez le bilieux, son intelligence vive comme chez le nerveux, son calme parfait et ses passions modérées comme chez le lymphatique."

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