AUPRÈS DE SON ENTANT MALADE
La Santé pour Tous est un résumé des principales lois de physiologie et d'hygiène, qui doivent être connues si l'on veut conserver sa santé. J'ai essayé d'y enseigner ce qu'il faut faire pour prévenir la maladie, mais je n'ai pu étudier la maladie ellemême, sous les différentes formes qu'elle prend, ni enseigner le traitement qu'il lui faut : le cadre restreint que je me suis tracé dans ce livre, et le titre surtout que je lui ai donné, ne me permettaient pas d'en faire un ouvrage de médecine pratique. Cependant, c'est bien de la médecine pratique que je viens faire dans les pages suivantes, que j'intitule : " Petit Guide de la Mère." Je suis donc ici un peu en contradiction avec moi-même ; cela mérite une explication et je la donne de suite.
Il e*st une croyance erronée bien grave parmi nous, qui est d'autant plus répandue et enracinée dans nos familles, qu'elle est partagée par beaucoup de médecins. On croit qu'il est absolument inutile de soigner les maladies des enfants.
À'ilJ LA SANTÉ POUIl TOliS
Les enfants sont malades, et on les laisse mourir sans opposer aucune résistance ni à la maladie ni à la mort 1 Triste spectacle que celui de cet enfant, victime de la maladie qui est là, seul, dans son berceau, se tordant dans la fièvre et la douleur, et à qui on ne porte aucun secours I Nos petits frères et nos petites sœurs sont morts, emportés par une maladie inconnue; nos enfants suivent leur triste exemple, ils meurent sans que rien ne soit tenté pour les arracher à la mort ; on leur ferme les yeux, quand est venu le dernier soupir, on leur jette le linceul blanc, et voilà tout 1
Gomment ! c'est quand la science médicale a fait, pendant dix années et plus, ses plus généreux efforts pour étudier les maladies des enfants et leur traitement, qu'on vient vous dire, jeunes mères qui pleurez, penchées sur le berceau de votre enfant malade, qu'on vient voits dire qu'il est inutile d'appeler le médecin pour le soulager et le guérir 1
Gomment ! l'art vétérinaire captiverait la confiance du mari, et ses services seraient requis au plus vite quand il y aura un malade à l'écurie, et la mère continuerait à croire que son enfant malade seul n'a pas droit au traitement qu'on donne à tous 1
Non ; les mille et un sacrifices que des grands médecins se sont imposés, pour jeter de la lumière sur un sujet jadis obscur ont eu leur récompense, et les maladies des enfants aujourd'hui doivent être aussi familières aux hommes de la scienee (fue les maladies des adultes 1
Soyez donc dans la joie, mères de famille, qui pleurez vos enfants morts, et qui craignez de voir ceux qui vous restent mourir .aussi promptement
La santé pour tous 25i
que les premiers ! La science a senti tout l'abime de douleur dans lequel votre cœur était plongé, et elle s'est dit : je travaillerai jusqu'à ce que je puisse me dire à moi-môme : J'ai sauvé la mire, je puis aussi sauver V enfant l
Le Petit Guide de la Mère a pour but de prouver que les maladies des enfants sont connues et doivent être traitées, puisqu'il contient un résumé de ces maladies et de leur traitement principal. La mère se familiarisera avec l'étude de cette dernière partie de mon ouvrage. Cette étude aura pour effet, j'ose l'espérer, de faire comprendre que ses enfants malades ont besoin des secours de la médecine, comme ceux de l'hygiène leur sont nécessaires lorsqu'ils sont en santé. Plus que cela, la mère affectueuse et dévouée au salut de son enfant comprendra aussi qu'elle ne peut prendre sur elle, seule la responsabilité si grave de sa guérison, et réclamera au plutôt la présence du médecin.
Muguet. — Le muguet est une maladie très-commune chez l'enfant qui vient de naître. C'est une maladie de la bouche, caractérisée par la présence de fausses membranes qui tapissent la langue, sous forme de petits grains d'abord, et s'étendent ensuite à tout l'intérieur de la bouche. Elle est produite par une trop grande acidité des humeurs ; pour la guérir il faut donc faire attention à ce que le lait ne soit pas acide. On pourra se servir de la préparation suivante qui suffit le plus souvent :
Borax une demi once. ? Faites fondre dans
Miel on demiatd. S une roquille d'eau.
On lavera la bouche de l'enfant trois fois par jour.
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Convulsions.— On les connait bien ; il n'est paB nécessaire de les décrire. Il y en a deux sortes : celles qui sont liées à une maladie du cerveau, des centres nerveux, et celles qui surviennent au commencement d'une maladie ou à la fin, et dans différentes autres circonstances. Ainsi une indigestion, des vers dans les intestins, ou une cause plus simple, comme des langes trop serrés, une piqûre d'épingle, peuvent développer les convulsions des enfants.
Quand les convulsions sont accompagnées d'une fièvre intense, on doit être convaincu qu'elles seront suivies d'une maladie, d'une fièvre généralement, telle que picotte, scarlatine, rougeole. Dans les inflammations on les rencontre vers la fin de la maladie. Il faut alors faire transpirer l'enfant aussi vite que possible, mettre ses pieds dans l'eau chaude dans laquelle il y aura de la cendre brûlante, donner des tisanes de baume, etc., en grande quantité, et envelopper le malade dans des draps de laine bien chauffés. Sydenham nous dit que ces convulsions, au début d'une fièvre éruptive, sont un signe que l'éruption se fera bien, et que la maladie aura une terminaison heureuse.
Si les convulsions surviennent quand l'enfant fait ses dents, il faut demander le médecin en toute hâte pour ouvrir les gencives.
Les convulsions laissent après elles une agitation nerveuse qu'il est bon de calmer au moyen de l'eau de fleur d'oranger dans un peu d'eau sucrée.
Croup. — Le croup, plus que toute autre maladie, est une maladie de l'enfance. C'est une inflammation du larynx, caractérisée par le suintement de fausses
membranes à la surface de sa muqueuse. Il est surtout fréquent dans les climats froids ; aussi le voyons-nous souvent parmi nous. Quelquefois il a un caractère épidémique.
Le croup est le plus souvent facile à reconnaître aussitôt qu'il apparait ; la toux est caractéristique, elle est fréquente, puis sourde, rauque et déchirée, et empêchée, presqu'éteinte. Quand on l'a entendue une fois on la reconnaît toujours.
Quelquefois ces symptômes du croup ne paraissent pas aussi brusquement. Alors il y a engorgement des glandes, frisson, mal de tête, malaise, fièvre. Quand ces derniers symptômes paraissent avec le mal à la gorge, il faut se défier beaucoup du croup ou d'une autre maladie grave du larynx. Dans une maladie aussi fatale, il n'y a pas de temps à perdre pour le traitement, et la mère qui ne sait que faire alors, a souvent le bien triste malheur d'entendre le médecin à son arrivée lui dire qu'il est trop tard !... et que son enfant va mourir !
Voici ce qu'il faudra faire aussitôt qu'on craindra cette maladie :
Il faut au plus vite débarrasser la gorge de son contenu qui suffoque l'enfant et empêcher, autant que possible, la formation de nouvelles membranes suffoquantes. On parviendra à ce double but de la manière suivante : On fait vomir dès que la toux que nous avons décrite se fait entendre ; pas de retard ni hésitation. Un vomitif qui réussit pour les enfants est celui-ci :
Miel une cuillerée à thé. ? ",.
„ - ^ ,w S Mélangez.
Huile d'oie une cuillerée a thé.
Mais dans le croup il vaut mieux se servir d'un vomitif plus violent : le sirop d'ipeccac ou le pur émétic sont alors plus avantageux.
Sirop d'ipeccac, une cuillerée à thé, que l'on pourra répéter toutes les dix minutes jusqu'à effet.
Emétic un quart de grain.
Eau deux onces.
Une cuillerée à thé tous les quart d'heure jusqu'à effet.
Car il faut faire vomir jusqu'à ce que la gorge soit débarrassée complètement de ce qu'elle contient, ce que l'on reconnaîtra facilement si la respiration n'est plus gênée.
Les bains de pieds chauds, ou la moutarde aux jambes, attirant le sang aux extrémités inférieures, aideront à produire l'effet désiré ; un léger purgatif devra aussi être donné dans le même but.
Quelquefois il arrive, et trop souvent hélas ! que malgré les soins dévoués de la mère et du médecin, qui n'a pas tardé à venir, la maladie fait des progrès et la mort ne tarde pas à venir.
Dès qu'on a constaté que la mort est imminente, ce qui est facile par l'insensibilité de l'enfant, insensibilité croupale, il ne faut pas craindre d'employer la dernière ressource, qui est l'ouverture de la gorge. Cette opération, appelée trachéotomie ou laryngotomie, par le perfectionnement de la chirurgie, est devenue une ooération dont le succès couronne souvent les efforts. Un médecin dernièrement, dans un hôpital de Paris, arrachait ainsi à la mort six enfants sur neuf qu'il opéra. Faisons ici ce que l'on fait
ailleurs. Les mères devront se décider d'autant plus facilement que l'enfant alors est dans une anesthésie (insensibilité) semblable à celle que l'on produit par le chloroforme.
Quand le croup ne tue pas dans les premiers jours de la maladie, il reste un affaiblissement qui est aussi quelquefois mortelle. On doit alors fortifier les pauvres petits malades par tous les moyens connus.
Corps étrangers dans le larynx. — Aussitôt qu'on s'aperçoit qu'un enfant a avalé un corps quelconque, petit os, etc., et que ce corps est tombé dans le larynx (car on sait que le passage de l'air est situé en avant de la gorge, et le passage des aliments, l'œsophage, en arrière), le moyen qu'il faut employer immédiatement est celui-ci : Pincez le nez de l'enfant pendant quelques instants, de manière à ce que l'air n'ayant pas de passage parles fosses nasales, l'enfant soit obligé de faire des efforts de respiration et d'expiration surtout, qui chassent au dehors le corps étranger.
Si ce moyen ne suffit pas, l'ouverture de la gorge est encore ici nécessaire, et il faut se hâter de la pratiquer.
Bronchite simple capillaire. — La bronchite simple ou rhume, catarrhe, se rencontre très-souvent chez les enfants dans les premiers mois de la vie. C'est une légère inflammation des premières bronches. Elle n'est pas grave par elle-même ; mais quand elle est négligée, elle est suivie quelquefois d'une bronchite plus considérable, d'une inflammation de toutes les bronches ; ce qui constitue une maladie grave qu'on appelle bronchite capillaire,
La bronchite simple est causée presque toujours par la négligence des lois ordinaires de l'hygiène, un courant d'air, etc., de sorte que pour la guérir un peu de chaleur sur la poitrine est suffisant.
Quand la bronchite est devenue capillaire, ce qu'on reconnaît par une respiration prompte, 30 à 40 dans une minute, saccadée, une fièvre intense, le traitement alors doit être plus actif. Que d'enfants meurent d'une bronchite capillaire et qui certainement auraient vécu si on leur avait donné le traitement convenable ! Car cette maladie négligée conduit à une maladie du poumon tout entier qui devient mortelle.
Voici à peu près le traitement qu'il faut suivre dans une bronchite capillaire : Si la fièvre est intense, et l'embarras de la poitrine considérable, et la toux assez grasse, il faut faire vomir avec l'émétic surtout, qui aura pour effet en même temps de diminuer la fièvre. La poitrine sera couverte d'un cataplasme émollient de farine de graine de lin, arrosé de thérébentine, bien chaud et fréquemment renouvelé. Si ces premiers soins sont insuffisants, on aura recours aux irritants plus énergiques sur la poitrine : l'huile de croton, l'onguent émétic, qui amèneront une révulsion salutaire.
Quand la bronchite capillaire survient dans le cours d'une autre maladie, dans une fièvre éruptive, par exemple, il ne faut pas trop se hâter de la traiter ; elle disparait le plus souvent avec l'éruption.
Pneumonie. — La pneumonie, quoique confondue par plusieurs auteurs avec la bronchite capillaire, comme ne faisant qu'une même maladie, offre cependant des symptômes particuliers.
Ainsi, la respiration est plus saccadée, gémissante, accompagnée d'une inspiration brusque et d'une expiration plus longue ; il y a mouvement des ailes du nez qui prouve les efforts faits pour respirer, rougeur constante de la joue correspondante au côté malade. Quand ces symptômes se présentent, il y a inflammation du poumon lui-même, et le médecin seul peut la traiter, de sorte qu'il est inutile de donner ici aucun traitement.
Quand, après une maladie un peu sérieuse des poumons, l'enfant continue à tousser et à dépérir, il faut craindre la phthisie (consomption) et agir en conséquence. C'est alors que les toniques de toute sorte, l'huile de foie de morue, par exemple, ce tonique si puissant, doivent être donnés régulièrement jusqu'à disparition de la toux.
Une excellente manière de préparer l'huile de foie de moruepour les enfants. — On fait des biscuits o u des petits pains tous les matins, dans lesquels on met de l'huile de foie de morue. On prépare la quantité de biscuits ou pâtisseries qu'on suppose pouvoir être mangée par l'enfant malade dans le cours de la journée et on y met deux ou trois cuillerées à thé d'huile de foie de morue. Naturellement on sucre à volonté ces petits remèdes trompeurs, on y met de l'anis, etc., une foule de choses que les mères connaissent beaucoup mieux que moi.
Diarrhée. — S'il est une maladie qui sème la mort dans toutes nos familles, dans la famille de l'ouvrier surtout, c'est bien la diarrhée des enfants! Combien de pauvres petites victimes de ce terrible fléau cha-
que fois que la saison des chaleurs revient parmi nous !
Les causes de cette maladie sont nombreuses ; nous ne saurions les étudier trop minutieusement, afin de bien appliquer le remède qui doit naturellement varier avec elles.
Causes de la Diarrhée.
Mauvaise alimentation. — Nous avons vu que pour que la digestion soit bonne, certains liquides ou sucs de la bouche, de l'estomac et des intestins, lui sont indispensables, et ces liquides sont fournis par des glandes. Or, ces glandes ne sont propres à la sécrétion de leurs sucs que vers le sixième mois ; il est donc évident qu'en donnant avant cette époque aux enfants une nourriture trop substantielle, on les expose aux embarras nombreux de la digestion, aii vomissement et à la diarrhée plus particulièrement. La nourriture de l'enfant, dans les premiers six mois de son existence, sera donc composée de lait presque uniquement...
Le lait de la mère peut, lui aussi, être dans de mauvaises conditions et développer la maladie que nous étudions. La mère qui nourrit doit être sur ses gardes et soigner sa santé pour assurer celle de son enfant. La saison des chaleurs est la saison des fruits ; il faut s'en priver un peu ou au moins ne pas en manger à satiété, sinon vos enfants, jeunes mères, en souffriront. Oh ! que je trouvai sublime de tendresse la demande que me faisait un jour une d'entre vous : Docteur, puis-je manger tel fruit, tel autre fruit?... La réponse que je fis, je la donne à vous toutes
aujourd'hui : il faut faire des sacrifices pour son enfant, et goûter alors plutôt que manger 1
Des émotions trop violentes peuvent rendre un lait mauvais et indigeste ; il faut craindre la colère ; le lait d'une mère en colère peut presque devenir un poison, Il faut attendre que l'émotion soit passée et le sang apaisé.
Air malsain. — L'air malsain est peut être la cause la'plus active des diarrhées presqu'épidémiques que nous avons chaque année.
Dentition. — Cette cause est bien évidente. Des enfants ont la diarrhée à chaque dent qu'ils font. Cette cause est tellement évidente qu'on n'en suppose généralement pas d'autres et que l'on tire la conclusion qu'il est inutile de faire guérir la diarrhée d'un enfant, puisqu'on ne peut empêcher les dents de pousser. Quel aveuglement ! et dire que c'est là une phrase qu'on nous répète tous les jours, pour excuser le retard qu'on a apporté à venir nous voir !
La dentition produit une irritation sur les intestins par sympathie de l'irritation inflammatoire qu'elle développe sur les gencives : aider une dent à percer, en faisant une petite ouverture dans la gencive tuméfiée, arrête bien souvent alors une diarrhée assez grave.
A part cela, au commencement de la dentition et durant la dentition, conséquemment, il y a une foule d'imprudences dans l'alimentation et le régime de vie des enfants, de sorte que c'est bien plus ces dernières causes qui occasionnent la diarrhée que la deulitiou elle-même.
26(î LA SANTÉ POIJK TOUS
Dans tous les cas la diarrhée est une maladie qu'il faut soigner quand même la dentition fait son travail et que Von ne guérit pas seulement en aidant le percement des dents. Qu'on se souvienne bien de cela : une diarrhée qui existe depuis une journée ou deux a besoin d'un traitement sévère si on ne veut pas que sa guérison plus lard donne trop de difficultés. C'est une vérité élémentaire qu'on méconnait. On laisse l'enfant en proie à une maladie que l'adulte ne peut supporter quelques heures sans inquiétude 1 et sans crier : secours !
Vers intestinaux. — Les vers intestinaux produisent la diarrhée par un effet semblable à celui de la dentition, effet sympathique. Quand l'enfant présente les symptômes qui accompagnent la présence des vers dans l'intestin, il faut lui administrer les remèdes conseillés contre les vers.
Froid et chaleur. — Ces deux causes produisent également le même effet, et le froid peut-être plus que la chaleur. Car celle-ci, à qui on fait jouer un si grand rôle comme cause de la diarrhée, n'a pas réellement toute l'importance qu'on lui accorde. La chaleur contribue, je crois, au développement de la diarrhée, parce qu'elle augmente les foyers de décomposition et d'infection.
L'impression du froid nous amène nos diarrhées d'automne qui sont de bien mauvaise nature.
La diarrhée n'offre pas toujours les mêmes caractères et présente différents degrés. Il y a deux sortes de diarrhées : la diarrhée simple et la diarrhée grave ; celle-ci n'est souvent autre chose que la première qui s'est développée par manque de soins et de traitement.
Dans la diarrhée simple, il n'y a pas de vomissement, les selles sont jaunes, demi molles, l'affaissement est peu considérable et presque sans douleur.
Dans la diarrhée grave, les selles sont verdâtres, copieuses, il y a vomissement, douleur, perte d'appétit.
Traitement. — La diarrhée qui débute, ou diarrhée simple, et la diarrhée qui existe déjà depuis quelques semaines, ou diarrhée grave, ont besoin d'un traitement différent.
D'abord il faut bien s'enquérir de la cause de la diarrhée. On ne pense pas à la chercher et on laisse faire le mal, ou bien on le traite comme un inconnu. A quoi sert de donner tous .les remèdes connus quand c'est un air malsain, «ne mauvaise alimentation, ou une alimentation trop abondante, ou des vers intestinaux qui ont amené la diarrhée ? La mère elle-même doit faire ce travail d'enquête, afin d'éclairer le médecin de ses lumières : sa tendresse peut lui faire trouver des agents de maladie où la science elle-même ne voyait rien.
Si après avoir fait disparaître ce qu'on suppose avoir été cause de la diarrhée, celle-ci continue à faire ses ravages, il faut avoir recours alors à une médication active ; je conseille la suivante :
Dans la diarrhée simple on couvrira le ventre d'un large cataplasme chaud de farine de graine de lin, sur lequel on pourra verser quelques gouttes de laudanum (opium liquide). A l'intérieur, on donnera l'huile de ricin (de castor) à très-petite dose, fréquemment répétée(10gouttestouteslesdeuxheures pour un enfant de six moisi, jusqu'à ce que les selles changent
de nature et deviennent plus rares. En même temps on administrera des lavements d'amidon deux ou trois fois par jour, en petite quantité, dans lequel on pourra mettre une goutte ou deux de laudanum.
La nourriture de l'enfant, nous l'avons déjà dit, devra être bien choisie, puisqu'elle est seule souvent la cause de la diarrhée. Le lait que l'enfant boit doit être scrupuleusement examiné et même soumis à l'analyse. L'enfant est souvent altéré, il faut lui donner à boire. Une décoction d'eau de riz constitue un excellent breuvage ; conservée à la glace, elle remplit une double indication ; elle désaltère bien et agit comme un doux astringent sur les intestins, c'est-à-dire qu'elle les resserre.
Ce traitement suffit pour arrêter une diarrhée qui existe depuis une journée ou deux seulement, est excellent surtout dans la diarrhée de la dentition ; mais il faut avoir la patience de le continuer assez longtemps et bien régulièrement, l'enfant est une organisation délicate qu'il ne faut pas violenter par un médicament trop puissant ; le médicament deviendrait plus nuisible que la maladie. Mais il le lui faut donner à très-petites doses, faibles, et continuer en conséquence son action plus longtemps.
Si la maladie n'ayant pas été soumise à ce traitement ou, malgré ce traitement, s'aggrave, si les selles deviennent plus verdâtres, s'il y a des vomissements répétés et amaigrissement rapide, la diarrhée change de nature alors et il faut la soumettre à un autre traitement : aux remèdes que nous avons conseillés pour la diarrhée simple, il faut en ajouter d'autres.
Pans la diarrhée confirmée, il y a presque ton-
jours complication d'une hépatite ^ou inflammation du foie). Quand la langue est chargée, et que le vomissement se répète souvent, il est bon de faire vomir par de petites doses de sirop d'ipeccac, afin de bien nettoyer l'estomac et de forcer le foie à sécréter sa bile ; ce moyen arrête la diarrhée bien souvent. Puis si les vomissements continuent, on prend les moyens de les arrêter. Les révulsifs sur l'estomac sont employés avec succès : une moutarde répétée de temps en temps sur le creux de l'estomac produit une révulsion avantageuse, puis les préparations suivantes sont données :
Eau de chaux, quatre à cinq cuillerées à thé dans une tasse de lait, et faire boire dans le cours de la journée. La magnésie peut aussi être donnée de la même manière, jusqu'à ce que le vomissement s'arrête.
Dans le vomissement de la diarrhée, il y a augmentation considérable de la sécrétion des liquides de l'estomac, l'eau de chaux et la magnésie diminuent leur acidité, et c'est de cette manière qu'ils produisent un bon effet sur le vomissement.
Les lavements doivent être plus fréquemment répétés, et même on doit s'en servir pour administrer la plupart des remèdes, l'estomac rejetant presque toujours ce qu'il contient. Les astringents que l'on donne doivent être administrés de cette manière. Voici la dose des divers astringents que l'on donne, et de ceux que je conseille plus particulièrement :
Sirop de rhubarbe une demi once.
Sirop de gingembre do
Parégorique do
Acide mnriatique nn drachme.
gau , une once et rTemie,
Dose : Dix gouttts pour*Un enfant de trois mois, toutes les six heures ; vingt gouttes pour un enfant de six mois ; une petite cuillerée à thé pour un enfant d'un an.
Les infusions de racine de framboisiers produisent quelquefois un bon effet.
Dans les cas où la diarrhée est flatulente, accompagnée de dégagement de gaz, on administrera les infusions d'anis, de baume, gingembre, etc.
Il est une médication qui donne des résultats avantageux dans la diarrhée grave : c'est la médication du bain. Le bain tiède, chargé un peu de sel de cuisine, répété deux ou trois fois par jour, produit sur tout le corps une dérivation des humeurs, fait l'effet d'un immense révulsif, et guérit quelquefois très-promptement. L'enfant devra être maintenu au bain dix à quinze minutes, et roulé ensuite dans la flanelle chaude, dont on se servira pour le frotter vigoureusement, sans crainte. J'ai vu de petits malades qui paraissaient être à la dernière extrémité et revenir promptement à la santé après quelques bains seulement. De même que l'on voit une inflammation du poumon disparaître à la suite d'une sueur abondante, ainsi la diarrhée et bien d'autres maladies de l'enfance trouvent leur guérison dans une irritation de la peau, dans un fonctionnement plus actif de celle-ci. Et pourtant on redoute le bain, et bien des mères ne se décident qu'à regret à mettre à l'eau un petit enfant malade ! Allons, courage ; la tendresse aveugle est souvent fatale ! Souvenez-vous que si la peau de votre enfant ne fonctionne pas bien, les humeurs qu'elle devrait rejeter au dehors se précipiteront vers ses intestins et développeront une ïii/ihtdir toujours redmitalfh !
Il y a quelquefois darîs la diarrhée ce qu'on appelle la lientérie, c'est-à-dire qu'il arrive que les aliments ne sont pas dissous, et qu'ils sont rendus tels qu'ils ont été ingérés ; il ne faut pas négliger d'observer ce détail important de la maladie. Les préparations de suc gastrique sont alors d'un grand secours.
Le D 1 Weisse conseille alors la conserve de musculine, c'est-à-dire de la viande crue, dégraissée et raclée en bouillie fine, à la dose de deux cuillerées par jour, avec ou sans sucre, sur une tartine de pain beurrée, ou ajoutée à de la soupe préparée avec des féculents torréfiés. Voici le manière dont se fait cette préparation :
On peut employer le maigre de bœuf, de mouton, de volaille, mais le premier est de beaucoup préférable. Après avoir coupé la chair en très-petits morceaux, on la pile et on la réduit en une pulpe épaisse. Celle-ci, placée sur un de ces tamis de fer blanc à trous très-étroits, dont on se sert pour faire des purées de volailles, de légumes, etc., est remuée et pressée avec un pilon, jusqu'à ce que la portion rouge et charnue ait complètement traversé les trous, tandis que la graisse et les petits vaisseaux restent sur le tamis. Alors on ramasse cette bouillie rouge et on la mélange à divers ingrédients.
Il est des personnes qui n'ont pas la patience de préparer la viande avec tout ce soin ; et lorsque le malade va déjà un peu mieux, il peut suffire de la hacher en morceaux très-menus. Mais si la vie de l'enfant est en danger, il ne faut pas hésiter à faire passer la pulpe au tamis.
Ce régime répugne souvent aux mères de famille,
mais il n'en est pas moins excellent ; et d'ailleurs en se servant de petits artifices il constitue une nourriture très-agréable.
On mélange la pulpe à des confitures de groseilles, à du sucre, et l'on en fait de petites boulettes qu'on leur donne à avaler. Ainsi préparé, cet aliment n'a plus le goût de la chair crue, et il est impossible d'en reconnaître la nature. Lorsque la maladie a cessé, on peut confectionner de petites quenelles salées, à forme allongée, qu'on donne dans un bouillon.
Si les enfants refusent encore, malgré ces précautions, on mélange la pulpe à du chocolat à l'eau, et l'ou obtient un nouveau met dont le goût sera peutêtre plus facilement supporté.
La dose donnée les premières fois ne doit pas être en quantité considérable, parce que les enfants peuvent s'en dégoûter ou en avoir des indigestions.
L'enfant qui a la diarrhée de cette nature réclame des soins de propreté tout particuliers ; sans cela son corps ne présente plus bientôt qu'une foule d'ulcérations qui ne font que contribuer à l'affaiblir. Les jambes, les fesses surtout, ont besoin d'être essuyées souvent et saupoudrées avec de la poudre de toilette ; la diarrhée est acide et brûlante et excorie ces dernières parties très-facilement.
Diarrhée tuberculeuse ou carreau. — C'est la phthisie intestinale, maladie grave, presque toujours mortelle, qui se rencontre chez les enfants scrofuleux, amaigris. Le traitement le plus fortifiant doit être donné aux malheureux petits enfants qui souffrent de cette maladie ; si on ne peut les guérir, on doit au moins les soutenir et les soulager,
Je conseille la prescription suivante :
Teinture de colnrabo deux onces.
Liqueur de fer nitrée vingt gouttes.
Sirop deux onces.
Dose : Une demi cuillerée à thé toutes les six heures.
Choléra infantile. — Le choléra infantile parait suintement, tandis que la diarrhée grave ne vient que graduellement. Les selles sont aqueuses, blanchâtres, les vomissements fréquents, la peau devient froide et bleuâtre. Le choléra des jeunes enfants dure quarante-huit heures, et les tue le plus souvent. A un âge plus avancé, il est moins traître ; la réaction peut s'opérer et le traitement peut être donné comme aux adultes.
La chaleur est ici un remède, puisque le frisson se fait sentir immédiatement au début du choléra, dès les premières heures de l'attaque. En ramenant la chaleur au corps, on provoque ce qu'on appelle une réaction de la nature qui s'en allait mourante, une crise salutaire, qu'un bon traitement rend encore plus salutaire. Et c'est parce qu'on ne peut produire cette réaction chez les très-jeunes enfants, c'est à cause qu'ils restent toujours dans l'état de froideur, qu'ils meurent presque toujours.
Pour ramener la chaleur chez les cholériques, on se sert de tous les moyens qui peuvent être employés à l'extérieur et à l'intérieur. Les préparations alcooliques à la glace — Bouchut dit qu'il a vu beaucoup d'enfants de cinq à dix ans chez lesquels l'ivresse alcoolique produit par le punch a été très.
salutaire — le thé, le café noir, tous ces stimulants sont avantageux et doivent être employés à haute dose.
Les autres remèdes à employer sont ceux de la diarrhée grave.
S'il y a des symptômes d'embarras de l'estomac, avec langue épaisse, un vomitif avec l'ipeccac peut être très-utile.
Les crampes et les douleurs sont calmées par le laudanum, en lavement surtout, et par la chaleur que l'on développe au moyen des bains d'air chaud, des sacs de sable chaud, des bouteilles d'eau chaude. Mais je ne trouve rien, nous dit encore Bouchut, de mieux pour développer la chaleur qu'un sac fait avec une couverture de laine et noué autour du cou, tenant les quatre membres et le corps nus enveloppés dans sa profondeur.
Constipation. — La constipation a besoin de traitement, quand elle est accompagnée de douleur, sinon elle se guérit généralement d'elle-même. Quand le traitement est nécessaire, on peut se servir des remèdes suivants :
L'huile de ricin (huile de castor) à la dose de une cuillerée à soupe et plus ; le séné, une pincée dans une tasse d'eau chaude. Si les coliques sont fortes, il faut appliquer des topiques chauds sur la région de l'estomac et des intestins. Underwood conseille les fleurs de camomille grillées et placées entre deux morceaux de flanelle. Ce remède calme les douleurs et favorise l'action des purgatifs.
Vers dans les intestins. — Il y a différentes espèces de vers ; nous en compterons trois principales : le vpv
LA SANTÉ ÊoilR TOUS .'K 1
solitaire, appelé taenia, le ver ascaride lombricoïde, ou grand ver de terre, et l'oxyure vermiculaire, qui est un petit ver blanc que l'on trouve au dernier intestin, au pourtour de l'anus.
On fait disparaître ce dernier, l'oxyure vermiculaire, au moyen de lavements souvent répétés, d'eau froide simple, d'absinthe et de térébenthine.
Le ver de terre, le lombricoïde, devra être traité comme le tsenia, par les purgatifs souvent répétés et par les vermifuges si connus, qu'il n'est pas nécessaire de les énumérer ici, et qui sont répandus dans le commerce.
Je conseille de donner une préparation pour les vers deux fois par année à chaque enfant, la plupart d'entre eux ont besoin de ce traitement pour prévenir l'accumulation trop considérable de ces êtres nuisibles qui produisent de si mauvais effets sur la constitution des enfants. Il ne faut pas attendre pour cela que ceux-ci présentent les symptômes de la présence des vers chez eux : ici comme ailleurs prévenir la maladie est un immense avantage.
Ictère (jaunisse) des nouveaux-nés. — Les nouveauxnés . présentent très-souvent cette maladie. Chez ceux-ci, comme chez l'adulte, l'ictère est toujours le symptôme d'une affection inflammatoire légère ou grave du foie.
L'ictère des nouveaux-nés se traite de la manière suivante :
On soumet l'enfant aux bains tièdes aromatiques, pendant une demi heure, et l'on répète ces bains deux fois par jour. On frictionne le ventre et la région du foie avec des boissons alcooliques, puis on couvre l'enfant avec de la flanelle.
îlO I.A. SANTÉ POUR TOUS
Ce traitement suffit pour l'ictère simple ; mais si la maladie continue de manière à nous faire croire à une inflammation grave, le traitement doit alors devenir plus actif ; il faut purger souvent, mettre des cataplasmes sur le foie, et même un vésicatoire ou une moutarde ; quelquefois on pourra appliquer une sangsue ou deux, ayant soin d'arrêter promptement l'écoulement du sang.
Néphrite albumineuse. — C'est une inflammation des reins assez fréquente, accompagnée d'enflure des extrémités des mains et des pieds, de gonflement du ventre et de la décoloration de la peau. C'est une maladie si grave que les mères doivent se hâter de la soumettre à un traitement actif. Le régime lactée, les bains de vapeurs, les purgatifs, puis les préparations fortifiantes de fer, tel est le traitement qu'il faut faire suivre aux petits enfants atteints de néphrite.
Vaccine. — La vaccine est une maladie pustuleuse et contagieuse particulière aux vaches et qui, lorsqu'elle est inoculée à l'enfant, le préserve de la petite vérole ou picotte. C'est une vérité scientifique et populaire, la vaccine est le seul, préservatif de la picotte.
La découverte de la vaccine est due à Jenner, et elle eût lieu en 1798. C'est une maladie des talons du cheval qui se transmet à la vache, et qui, reprise par l'homme, lui est une garantie certaine contre la variole.
Voici ce que disait Jenner, lors de sa découverte : " C'est un fait bien connu parmi nos fermiers, que
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ceux qui ont eu la petite vérole échappent à la vaccine ; qu'aussitôt que cette dernière maladie se manifeste dans le troupeau, ils se procurent, autant qu'ils le peuvent, de ces serviteurs, afin que les travaux de la ferme ne soient pas interrompus.
" C'est un fait remarquable et bien connu que nous sommes souvent trompés dans nos efforts pour communiquer la petite vérole, par l'inoculation, aux serruriers qui dans le pays sont maréchaux ferrants. Il arrive fréquemment ou qu'ils résistent à la contagion, ou qu'ils ne l'ont qu'irrégulièrement.
" Dans le printemps de l'année 1798 beaucoup de chevaux ayant été, à cause de l'humidité, attaqués de sore-heels, la vaccine se montra rapidement dans les fermes."
Il résulte de ces diverses citations que la vaccine est une maladie du cheval qui passe à la vache; que les forgerons qui en recevaient l'inoculation, même du cheval, étaient à l'abri de la picotte, ou n'en souffraient que peu, et que ceux qui avaient déjà eu la picotte ne prenaient pas la vaccine de la vache. Les savants ont recueilli ces explications authentiques de Jenner, et après trois quarts de siècle et plus d'expérience, le monde jouit du bienfait d'une des plus grandes découvertes connues, parcequ'elle a été prouvée comme étant le seul préservatif contre la maladie la plus horrible qui puisse ravager l'espèce humaine. A présent que nous connaissons la vaccine chez les animaux, étudions-la chez l'homme.
Epoque à laquelle il faut vacciner les enfants. — LeS enfants prennent rarement la picotte dans les premiers mois de la vie s de sorte que I'od peut attendre
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jusqu'au troisième ou au quatrième mois pour les vacciner. Néanmoins, quand il y a une épidémie de petite vérole, il faut vacciner plus tôt, et dès la deuxième semaine on doit inoculer aux enfants le vaccin préservatif. Quelle que soit l'époque de la vaccination, il faut bien examiner la santé de l'enfant que l'on veut vacciner, parcequ'il vaudrait mieux l'exposer à la contagion, en retardant la vaccination, qu'en faisant celle-ci lorsque l'enfant est malade.
Manière de pratiquer la vaccine. — Il y a deux procédés principaux : en introduisant le vaccin séché ou solide, et en se servant du vaccin liquide. La vaccination par le vaccin solide se fait au moyen d'une lancette ou des lames d'ivoire. Le vaccin séché doit être conservé à l'abri de la lumière et de l'air, entre deux plaques de verre ou dans de la cire. Il doit être recueilli du cinquième au septième jour. La vaccination, au moyen du vaccin solide, consiste tout bonnement à introduire dans le trou fait par la lancette sur le bras un petit fragment de vaccin ; celle faite au moyen des lames d'ivoire se pratique de la manière suivante : on ouvre une pustule vaccinale du cinquième au septième jour, puis on trempe dans le virus vaccinal des lames d'ivoire bien minces, que l'on conserve bien soigneusement à l'abri de l'air et de la lumière et, lorsqu'on vaccine avec une lancette, on fait plusieurs petites incisions sur le bras de l'enfant, juste assez pour faire paraître le sang légèrement, puis on frotte ces petites incisions avec les lames d'ivoire ; le vaccin délayé est ainsi introduit dans le sang et la vaccination se trouve faite.
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Un autre moyen de pratiquer la vaccination liquide est de vacciner de bras à bras au moyen d'une aiguille ou d'une lancette, qu'on a trempée dans une pustule.
Marche de la vaccine. — Trois ou quatre jours après la vaccination, on aperçoit à l'endroit des piqûres de petites saillies rougeâtres de la peau que l'on sent avec le doigt et qui s'accroissent assez rapidement. Au cinquième jour chacune de ces élevures devient circulaire et parait creuse; au sixième jour, elle est plus aplatie et blanchâtre, déprimée, et entourée d'une petite aréole rougeâtre. Au septième jour les pustules augmentent de volume, s'aplatissent, prennent un aspect argenté ; une petite aréole les entoure. Le huitième jour la couleur change un peu, les pustules, toujours aplaties, sont un peu plus gonflées et prennent une couleur plus foncée ; elles sont entourées d'une aréole inflammatoire assez étendue, qui augmente encore pendant les trois jours suivants. Au dixième jour, les pustules sont très-larges; elles sont très-gonflées, déprimées à leur centre, leur surface parait granulée et légèrement pointillée. Au douzième jour la période de dessication commence ; la dépression centrale prend l'apparence d'une croûte ; l'aréole inflammatoire pâlit et la pustule vaccinale commence à s'affaiser, jusqu'à ce qu'elle forme une croûte dure, d'un jaune noirâtre, qui persiste jusqu'au quinzième ou vingtième jour et tombe, laissant une cicatrice ineffaçable (Bouchut). Quand la pustule vaccinale est en pleine activité, il y a fièvre générale, agitation, et le bras est le siège d'une douleur assez aiguë. Mais ces symptômes ne tardent
pas à disparaître, et au lien d'effrayer, ils doivent être un signe certain du bon effet du vaccin.
Accident du vaccin. — Les anti-vaccinateurs parlent beaucoup des accidents du vaccin. Ils sont rares et l'on peut affirmer qu'ils n'existent pas ; lorsqu'un accident arrive après une vaccination, c'est bien plus la faute du vaccinateur que du vaccin. Le vaccinateur, par négligence, a recueilli un vaccin de mauvaise nature et est responsable de ses mauvaises conséquences et non pas le vaccin qui, recueilli et administré tel qu'il doit être, ne produit jamais de mauvais effets !... Le vaccinateur alors est dans la position de celui qui administre un remède mal à propos : on n'a jamais pensé pour cela à abolir la médecine. Que le médecin vaccine ou qu'il donne un remède quelconque, son ignorance ou sa négligence seule est coupable et la science n'est pas responsable. Je ne parlerai pas longuement des avantages de la vaccine, ils sont connus ; on sait partout que c'est le seul remède contre la picotte ; et si notre population souffre depuis quelques années des ravages de ce terrible fléau, c'est bien parcequ'elle a négligé le seul préservatif qui puisse la protéger contre lui. Faisons donc vacciner nos enfants, si nous voulons arrêter le fléau !
Variole. — La variole est régulière ou irrégulière, discrète ou confluente, bénigne ou maligne.
Il y a deux .périodes dans la picotte : la période d'incubation et la période d'éruption. L'incubation dure de six à quinze jours. Les premiers symptômes sont : le mal de tète, le vomissement, une
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douleur intense dans les reins ou dans le ventre, quelquefois des convulsions et une fièvre violente. Au bout de vingt-quatre ou de quarante-huit heures, l'éruption commence à paraître au visage, au cou, et dans le dos plus vite qu'ailleurs. Une fois que l'éruption est sortie un peu la fièvre tombe : c'est là la fièvre primaire ; elle reparait quand les pustules commencent à suppurer ; elle porte le nom de fièvre secondaire. Puis au bout d'un temps variable les pustules sèchent et tombent et l'enfant est guéri. Dans la variole discrète les pustules sont peu nombreuses, les accidents ne surviennent que par une autre maladie qui se déclare. Dans la variole confluente le corps n'est pour ainsi dire qu'une seule pustule : rare dans les autres pays chez les enfants, elle est fréquente parmi nous. Quand les pustules noircissent, la variole est hémorrhagique.
Traitement. — Nous avons déjà dit que le seul préservatif de la variole est la vaccine : c'est le seul traitement préventif.
Le traitement curatif est celui-ci: Aussitôt que l'éruption apparait, il faut la faciliter par une chaleur plus interne qu'externe. En effet, les boissons chaudes, les tisanes chaudes doivent être préférées à la chaleur que l'on pourrait produire par une température extérieure trop forte ; et il convient de ne couvrir les malades que modérément. C'est une pratique vicieuse que de renfermer les enfants dans des couvertures chaudes et des appartements qui ne sont pas fréquemment aérés. Ceux-ci devront être sombres ; il est établi que la lumière augmente l'inflammation des pustules .qui laissent alors des cicatrices plus visibles.
La variole ue peut être arrêtée dans sa marche ; il faut au contraire, par ces moyens ci-dessus, la faciliter. Mais ce qu'il faut surtout surveiller, ce sont les autres maladies qui surviennent, dans le cours de la fièvre, aux intestins, aux poumons ou au cerveau, et qu'on appelle maladies intercurrentes. Ces complications tuent peut-être plus de malades que la variole elle-même. La plus fréquente est bien celle qui survient aux poumons. La toux sera combattue par les sirops de graine de lin ; si elle est embarrassée, on aura recours au vomitif au moyen de l'ipéca, et on appliquera les cataplasmes sur la poitrine — c'est-à-dire qu'on traitera l'inflammation des poumons du picotté comme l'inflammation des poumons ordinaires.
La présence du médecin, qui n'est pas nécessaire pour le traitement de la variole elle-même, doit être strictement requise tous les jours pour surveiller de près ces complications qui surviennent et les combattre le plus promptement possible.
Varioloïde. — La varioloïde est une éruption à la peau semblable à la variole, mais qui n'est pas comme elle exposée à devenir une maladie grave. Le traitement est celui de la variole discrète, le repos, les boissons émollientes, une atmosphère pure, douce et tempérée.
Varicelle. — La varicelle est reconnue par la présence sur la peau de petites vésicules plus ou moins nombreuses, remplies d'une eau colore et limpide. C'est la petite vérole volante et le chicken pox des Anglais. C'est une maladie différente de la vario-
loïde et de la variole, puisqu'elle ne préserve pas de ces maladies. Le traitement est simple comme celui de la varioloïde.
Scarlatine. — La scarlatine est une fièvre accompagnée d'une éruption à la peau ; cette éruption se présente sous forme de larges taches d'un rouge framboise, quelquefois avec de petits grains pointillés ; mais ce dernier symptôme n'apparait pas toujours. En passant le bout du doigt sur la peau ainsi rougie il se forme dans la scarlatine une petite raie blanche qui est un signe au moyen duquel on peut reconnaître cette maladie : c'est la raie blanche scarlalineuse. C'est une maladie épidémiqueet contagieuse. L'éruption ne se fait pas seulement à la peau, elle se fait aussi sur la muqueuse du nez, de la gorge, ce qui est l'occasion de complications graves dont il faut se défier.
Traitement. — Il y a un traitement préservatif de la scarlatine et que l'on ne pratique pas ; et ce traitement consiste dans un seul remède : c'est la belladone. Ce médicament, en effet, a la propriété merveilleuse de mettre à l'abri d'une maladie qui souvent fait bien des victimes ; c'est là une découverte de la médecine moderne, dont elle a droit d'être fière. Quand il y aura une épidémie de scarlatine, je conseille donc de faire prendre aux enfants ce remède précieux. On pourra se servir de la potion suivante :
Fluide extrait de Belladone dis; gouttes.
Eau deux onces.
Une cuillerée à thé matin et soir.
L'isolement est aussi un moyen excellent de mettre les enfants à l'abri de la scarlatine. Au début d'une épidémie scarlatineuse, il convient de les en éloigner pendant un certain temps, c'est-à-dire jusqu'à ce qu'elle soit disparue. Ce moyen d'isolement semble mieux réussir contre la scarlatine que contre la variole.
Quand ces moyens ne réussissent pas et qu'un enfant tombe malade de la scarlatine, voici ce qu'il faut faire, selon que cette maladie suit une marche régulière ou irrégulière— car les maladies épidémiques suivent généralement cette double marche.
Dans la scarlatine régulière on soumet le petit malade au même traitement que dans la picotte bénigne : chaleur à l'intérieur au moyen des tisanes chaudes, et boissons stimulantes ; à l'extérieur douce température. Le mal de gorge ou l'angine, paraissant presque toujours au début de la scarlatine, il convient d'y faire attention et de la traiter immédiatement: un gargarisme au moyen de l'alun, du sel de cuisine, de l'eau de sirop de mûres et des sinapismes aux pieds, tels sont les divers moyens pour empêcher l'angine scarlatineuse de prendre un caractère trop grave.
L'angine irrégulière doit être surveillée avec beaucoup de précaution, parceque c'est une maladie qui alors est susceptible d'une foule d'accidents. Si la gorge offre une mauvaise apparence, qu'il y ait engorgement (enflure) des glandes du cou, ulcération de la bouche et des amygdales, on doit se servir de la médication que je viens de décrire, mais avec plus d'activité. Les ulcérations de la bouche seront nettoyées au moyen d'une petite lavette ou d'une
éponge trempée dans les préparations ci-dessus indiquées ; ce lavage se fera avec soin et sans violence, de peur d'irriter davantage la muqueuse qui alors est si irritable. Aux remèdes que j'ai indiqués dans des cas semblables, j'ajouterai la teinture de fer, dont on se servira de la manière suivante :
Teinture de fer ninriatée une once.
Eau huit onces.
On peut augmenter ou diminuer la force de cette préparation, en ajoutant de l'eau ou en en diminuant la quantité, selon que les ulcérations présenteront un caractère plus ou moins grave.
Quand l'inflammation est considérable à la gorge, elle descend souvent dans la poitrine pour développer des bronchites et des pneumonies qui devront être soumises au même traitement que je leur ai donné plus haut.
Une complication de la scarlatine qui se rencontre à la fin de la maladie, c'est l'anasarque (enflure hydropique de tout le corps). Cette complication malheureuse, qui constitue une maladie plus sérieuse que la scarlatine elle-même, vient presque toujours de la négligence et de l'imprudence auxquelles sont exposés les enfants malades. La scarlatine est presque disparue, malgré les avis du médecin, ou laisse les petits malades dans toute leur liberté, un changement de température survient, un refroidissement a lieu, et voilà comment l'anasarque est causée. Je demande donc en grâce à la mère qui veut sauver son enfant de bien lui continuer les mêmes soins plusieurs jours et plusieurs semaines même après que la fièvre scarlatineuse. est, disparue : toujours
une température uniforme, et probablement il n'y aurait pas d'anasarque. Cette maladie, aussitôt qu'elle parait, doit être soumise à une médication active : les bains de vapeur, les frictions, afin de faire fonctionner la peau le mieux possible et les tisanes aromatiques, accompagnées de petits purgatifs si les intestins sont disposés à la constipation ; le purgatif sera associé à 4 ou 5 gouttes d'huile de térébenthine, qui produit un bon effet. Les bains seront répétés fréquemment, tous les jours matin et soir.
Rougeole. — La rougeole est une maladie épidémique et contagieuse que l'on reconnaît par l'éruption de petites taches rouges, isolées, quelquefois réunies, plus ou moins proéminentes, offrant des interstices où la peau conserve sa couleur naturelle. Cette maladie est toujours accompagnée, comme la scarlatine, d'une affection éruptive plus ou moins sérieuse de la muqueuse, de la bouche, de la gorge et des fosses nasales ; seulement, au lieu d'affecter la gorge, comme la scarlatine, elle fait ses ravages dans le nez plus particulièrement, y développant un catarrhe très-aigu. La rougeole dure cinq à six jours, et se termine quelquefois comme la scarlatine, quoique beaucoup moins souvent par une desquamation (chute) de l'épiderme.
Il y a plusieurs sortes de rougeoles : la rougeole avec catarrhe et la rougeole sans catarrhe, la rougeole noire, etc. Je ne fais que les mentionner. La rougeole n'est pas dangereuse par elle-même, mais bien par les maladies dont elle est la cause ; elle développe surtout la pneumonie et la diarrhée, de sorte que l'on peut croire à une rougeole interne comme à
une rougeole externe. La pneumonie de la rougeole s'appelle pneumonie morbilleuse.
La rougeole se distingue facilement de la scarla. tine par le catarrhe nasal qu'elle développe à son début ; il y a alors éternuement violent et répété, larmoiement (écoulement de larmes) considérable, toux rauque ; tous ces signes doivent favre croire à la rougeole.
Traitement. — La rougeole sans catarrhe ou bénigne n'a pas besoin de traitement ; on lui laisse suivre son cours naturel. La rougeole avec catarrhe ou maligne, réclame un traitement suivi. Une chose que l'on doit surveiller c'est la rentrée brusque de l'éruption ; il faut la rappeler par les bains de vapeur aromatiques, les frictions sèches, les sinapismes, c'està-dire par les mêmes moyens qu'on emploie au début de la maladie quand elle présente un caractère grave. L'inflammation des poumons doit être combattue aussitôt qu'elle parait par l'émétic à dose vomitive.
Emétic un demi grain.
Lait une demi tasse,
Une cuillerée à thé toutes les heures.
Si le vomissement n'est pas produit, on ajoute un demi grain, on insistera particulièrement sur les moyens révulsifs et irritants appliqués à la poitrine.
La diarrhée sera soumise au même traitement que la diarrhée ordinaire ; seulement il faut bien se garder de l'arrêter brusquement.
La rougeole est quelquefois avantageuse: on a vu
souvent des maladies de la peau disparaître avec elle pour toujours.
Si la maladie a affecté plus particulièrement les poumons, il faudra redouter la phthisie et soumettre les enfants à la médication que j'ai recommandée au sujet de la consomption.
Diphthérite. — Terrible maladie qui ravage nos villes et encore plus nos campagnes depuis quelques années ! C'est une inflammation plus particulièrement de la muqueuse de la gorge, qui se reconnaît à l'engorgement des glandes du cou et à la formation de fausses membranes (taches blanchâtres) qui apparaissent au début de la maladie sur les amygdales, quelquefois en avant, quelquefois en arrière d'elles... Aussitôt que l'enfant se plaint du mal de gorge, qu'il est un peu fiévreux, il faudra examiner immédiatement la gorge : on abaisse la langue avec le manche d'une cuillère ; si les amygdales sont rouges, si les taches apparaissent, il ne faut pas perdre de temps et se mettre à l'œuvre, pour enrayer dès son début la marche d'une maladie aussi grave.
On fera un gargarisme avec de l'eau et du sel de cuisine ; on gargarisera la gorge, on lavera les glandes avec une petite lavette molle et flexible, telle que l'on en trouve toute prête dans les pharmacies, puis on fera vomir, et l'on donnera un léger purgatif. Il faut considérer la maladie comme une maladie locale, et lui faire suivre un traitement des plus actifs. On répétera le lavage de la gorge au moyen de la lavette, aussi vite que de nouvelles fausses membraneo se formeront. J'ai vu être obligé
de faire cet ouvrage pénible toutes les heures, tellement ces fausses membranes avaient de disposition à se renouveler promptement.
Le gargarisme sera préparé avec du sel de cuisine, qui est un bon désinfectant, ou avec le chlorate de potasse, ou avec la teinture de fer. Voici la formule de ces gargarismes :
Chlorate de Potasse une once.
Eau quatre onces.
Teinture de fer une demi once.
Eau six onces.
Sel de cuisine une grande cuillerée.
Eau une petite tasse.
Qu'on se souvienne que cette maladie, quelque promptement qu'elle puisse se développer quelquefois, commence par un petit point et se généralise ensuite, qu'elle n'est maligne ou infectieuse qu'après avoir été bénigne; qu'en se hâtant de la détruire sur place, l'on a droit d'espérer d'empêcher sa propagation à tout le corps. Cette propagation se fait par l'absorption des matières putrides qui se forment au fond de la bouche, il est donc permis de supposer que si on les enlève au fur et à mesure qu'elles sont pro duites, on préviendra cet empoisonnement.
Cependant, le lavage et le vomissement que l'on pourra répéter matin et soir ne suffisent pas pour faire rejeter au dehors ces fausses membranes si dangereuses ; il faut alors avoir recours à leur enlèvement au moyen de pincettes dont l'extrémité sera mousse afin de ne point irriter les parties malades qui sont si facilement irritables. Cett6 opé-
ration ne peut être faite que par le médecin, qui d'ailleurs devra être demandé au plus vite pour une maladie semblable, qui est si souvent mortelle.
Vu que le vomissement devra être provoqué assez souvent, comme je viens de le dire, je conseille l'emploi d'un vomitif doux, tel que celui que nous fournit l'ipeccac. L'émétic pur pourra être administré une fois au début afin de diminuer la fièvre et l'inflammation, mais ensuite on aura recours au vomitif que je viens de conseiller.
Les applications externes ne seront employées que s'il y a engorgement des glandes; je ne recommande que les cataplasmes émollients, afin de diminuer l'inflammation glandulaire : les contre-irritants à la gorge, tels que la moucbe noire, la moutarde, l'huile de croton, sont formellement contre-indiqués dans la diphthérite comme dans le croup. La moutarde pourra être appliquée aux extrémités inférieures.
On soutiendra le malade au moyen d'un bon régime, d'une nourriture fortifiante, composée de liquides plus particulièrement, tels que les bouillons, les consommés, le lait, les boissons stimulantes ; les préparations toniques de fer, de quinquina, seront données avec avantage.
Les habits du malade seront renouvelés tous les jours, les appartements bien aérés ; on les desinfectera souvent au moyen du chlorure de chaux, de l'acide carbolique, etc.
En suivant ce traitement avec exactitude, on aura la consolation d'arracher à la mort de pauvres petits enfants, et souvent des personnes assez âgées, que la
mort a moissonnés si facilement parmi nous ! Seulement qu'on n'oublie pas que la maladie est d'une nature souvent maligne, et qu'alors il faut la combattre avec courage et énergie.
Rachitisme. — C'est une maladie des os qui deviennent ramollis, et rendent le corps tout difforme. Dès que le squelette ne parait pas naturel, s'il est dévié dans sa partie supérieure ou inférieure, il faut soupçonner quelque maladie des os.
Cette maladie est causée par le mauvais régime de vie, la misère, l'affaiblissement qu'engendre une longue maladie, et aussi par l'influence de l'hérédité. " On l'observe, dit Bouchut, surtout chez les enfants pauvres, qui sont sevrés de bonne heure et qui sont, avant l'âge convenable, mis à la table de la famille pour être nourris de soupes indigestes, de potages, de légumes mal préparés, de viandes noires, etc. Ces aliments sont bons, mais il faut qu'ils viennent en temps opportun. " Quand l'enfant est soumis à l'alimentation qui lui convient, il ne devient jamais rachitique. Cette maladie est une de celles qui mérite le plus d'attention de la part du médecin. Je renvoie donc la mère de famille au médecin qui, seul, peut ramener son enfant à la santé par un traitement sage et judicieux.
Coxalgie. — C'est une inflammation de l'articulation de la hanche. .Cette inflammation a lieu tantôt dans les parties superficielles, ou molles, tantôt dans les parties profondes, dans les cartilages, les os. On doit comprendre qu'elle est plus grave dans le dernier cas que dans le premier. Cette inflammation
peut être comparée aux tumeurs blanches, ou inflammations qui surviennent dans les grandes articulations ; elles ont toutes le plus souvent pour cause la scrofule qui n'est pas toujours apparente.
Ces maladies sont toujours très-lentes à guérir.
Il ne faudra pas perdre patience et retirer au médecin sa confiance parce que la guérison tarde à venir ; c'est alors qu'il faut se défier des mensonges du charlatanisme.
Purpura. — On reconnaît le purpura à un épanchement du sang qui se fait brusquement sous la peau. Ce n'est là qu'un symptôme, qu'une expression de la maladie ; car celle-ci consiste bien en une altération particulière du sang. Il faut donc connaître le purpura de cette manière pour le bien traiter. Malheureusement la plupart des variétés du purpura n'a pas besoin de traitement ; elles sont incurables, à l'exception du purpura simplex, qui est caractérisé par la présence sous la peau de bien petites taches de sang, qui se présente quelquefois seul, et quelquefois dans le cours d'une autre maladie, comme la fièvre typhoïde, la diphthérie, etc.
On conseille cfans cette maladie le quinquina, les préparations de fer, l'essence de térébenthine.
Maladies de la peau. — Les maladies de la peau sont très-nombreuses, mais elles diffèrent bien peu dans leur nature, de sorte qu'elles réolament toutes à peu près le môme traitement. Je dis donc qu'on doit faire tous les efforts possibles pour les guérir, et en disant cela j'attaque une erreur bien vieille et qui consiste à faire croire qu'on ne doit pas tenter
de guérir les maladies de la peau, parce que leur gnérison amène d'autres maladies intérieures plus graves. Erreur grave .que cette croyance et que la médecine du jour doit faire disparaître ! Dans les maladies de la peau, non guérissables, d'après les vieilles idées, il ne faut pas cependant faire entrer deux d'entre elles de nature bénigne, et qu'on appelle érythème et intertrige, et que je ferai connaître d'abord.
Je modifierai néanmoins le traitement dans certains cas. Quand un enfant présente une organisation mauvaise, scrofuleuse, etc., ou que sa constitution semble débilitée par quelque maladie chronique, je conseille d'employer un traitement moins actif et de ne guérir les maladies de sa peau que trèslentement. C'est alors qu'il faut recourir souvent aux purgatifs et aux toniques. Mais pour les enfants robustes, il n'est pas nécessaire d'employer autant de précaution. Chez les enfants faibles on pourra, quand la maladie semble guérir promptement, poser un exutoire (cautère) au bras qu'on entretiendra pendant quelques semaines.
Erythème.— Par érythème il faut entendre les ulcérations qui se rencontrent aux fesses et en dedans des pieds, aux malléoles (chevilles du pied). Ces ulcérations sont causées par une trop longue humidité, entretenue par les selles ou les urines, chez les enfants qui ont la diarrhée plus particulièrement ; la peau est irritée par l'acidité de ces liquides et se couvre de plaies qui, quelquefois, guérissent difficilement. Je conseille alors une propreté extrême, l'usage des poudres absorbantes, faites avec le bis-
rauth ou le lycopode. Quand les plaies s'agrandissent on peut se servir de l'onguent suivant ;
Colophane - une <> noe ■
Suif de bœnf ou de mouton une once.
Cet onguent se prépare en faisant fondre ensemble le suif et la colophane, en ayant soin d'agiter le tout avec une baguette de bois afia de faire un mélange parfait, puis on verse dans un pot à conserver ; cet onguent ne se gâte jamais.
Je dois dire en passant que lorsqu'une plaie s'enflamme il faut recourir aux cataplasmes émollients de mie de pain ou de farine de graine de lin, et laver à l'eau tiède souvent. On revient à l'onguent et on ne l'emploie que lorsque l'inflammation est disparue.
Intertrigo. — Ce n'est pas autre chose que les gerçures qui se rencontrent dans les plis des aines, des cuisses et du cou. Ces gerçures réclament le même traitement que l'érythème.
Gourmes. — Les gourmes étaient le nom qu'on donnait autrefois aux différentes maladies de la peau dont on craignait la guérison ; ce sont les suivantes :
Impétigo. — L'impétigo est reconnaissable par la présence des pustules à la peau, pleines d'eau, peu étendues, mais se réunissant en groupes de manière à former des croûtes épaisses et jaunâtres, lorsqu'elles crèvent et sèchent. On rencontre cette maladie à la face et à la tête ; à la tête elle ressemble à la teigne faveuse que nous connaîtrons plus tard.
Je conseille le traitement suivant dans l'impétigo : un léger purgatif répété tous les deux jours, des boissons acides, de l'eau de citron par exemple, et Jes bains de soufre matin et soir, légèrement tièdes. Quand les croûtes résistent on peut se servir de l'onguent de colophane que nous connaissons, pour les faire tomber. Pour l'impétigo de la tête, il faut raser la chevelure, sans cela la guérison est lente, résiste même très-longtemps : les savons de glycérine et d'acide carbolique sont de rigueur.
Teigne. — La teigne est une maladie de la racine des poils qu'on appelle follicules pileux avec altération secondaire des poils. La cause de la teigne est un parasite végétal (petit animal qu'on ne peut voir qu'au moyen du microscope), qui varie avec les différentes espèces de teigne ; il y en a en effet plusieurs sortes dont les unes n'attaquent que le cuir chevelu, et les autres se développent dans la barbe ; ainsi, dans les premières, se trouve la teigne favus, et dans les dernières la teigne mentagre.
Traitement de la teigne. — Il est difficile et ne réussit qu'à la condition qu'il soit bien exécuté. Il faut donc pour avoir une chance de succès lui donner beaucoup d'attention, sinon on verra cette maladie si dégoûtante durer plusieurs semaines, plusieurs années même.
Voici le traitement de Bazin qui est le plus recommandable. Cette méthode repose sur les deux cir> constances suivantes : d'abord la nature parasitique de la teigne, et en second lieu le siège du parasite dans le follicule pileux. Suivant Bazin, la plupart
des pommades ont échoué, parce que l'on avait omis la précaution de mettre à découvert l'orifice du bulbe en arrachant le cheveu, afin d'y faire pénétrer le médicament. Voici comment procède ce médecin :
On commence par débarrasser la tête des croûtes qui la recouvrent, après les avoir ramollies au moyen de cataplasmes émollients à la fécule ou à la graine de lin, on nettoie parfaitement le cuir chevelu avec de l'eau de savon, et l'on coupe les cheveux en leur laissant une couple de lignes de longueur. Il s'agit alors de préparer l'épilation (arrachement des cheveux), et de la rendre aussi peu douloureuse que possible.
Bazin rejette les différentes préparations que l'on décore improprement du titre de poudres et de pommades épilatoires, et il se borne à l'huile de cade, dont on étend chaque jour une couche sur la tête pendant sept à huit jours. Au bout de ce temps la sensibilité du cuir chevelu est convenablement émoussée, et les cheveux s'enlèvent avec facilité. L'épilation doit se faire en plusieurs séances, et il ne faut pas seulement enlever les cheveux au niveau des parties malades, mais encore à la circonférence dans l'étendue de plusieurs lignes, et même sur toute la tête quand la maladie occupe une certaine surface.
Pour arracher les cheveux, on se sert de pinces dont les mors sont assez larges, et les cheveux sont tirés un à un quand ils sont assez espacés ; mais quand ils sont très-près les uns des autres, on peut les enlever par petits pinceaux.
Il est ici une précaution très-importante pour la pratique, c'est de tirer bien exactement les cheveux
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dans le sens de leurimplantation sur le cuir chevelu» Les uns s'insèrent perpendiculairement à la surface du cuir chevelu, les autres obliquement, et c'est précisément dans la direction de cette implantation que le poil doit être tiré. En agissant autrement ou s'exposerait à casser les cheveux et à causer une assez vive douleur.
En pratiquant l'épilation, il faut profiter de l'ouverture récente des bulbes pour y faire pénétrer l'agent parasiticide. Dans ce but, après avoir dégarni de ses cheveux une surface d'environ un pouce carré, on fait une lotion avec une petite brosse imbibée de la solution ci-dessous, et l'on épile de nouveau les parties voisines en prenant les mêmes précautions.
Matin et soir, après avoir lavé les parties dénudées, afin d'enlever les matières grasses qui se déposent sur le cuir chevelu, on les lotionne au moyen d'une brosse imprégnée du même liquide dont voici la formule :
Eau distillée trois demiards.
Sublimé corrosif vingt à oinquante grainsi
Alcool quelques gouttes-
L'alcool est là pour favoriser la dissolution du sublimé. Ces lotions doivent être continuées pendant cinq ou six jours. Passé ce temps, on leur substitue des frictions avec une pommade de turbith minéral dont on enduit le cuir chevelu tous les deux jours dans la soirée. La formule de Bazin est :
Axonge trois onces.
Acétate de cuivre .......*, huit à dix grains-
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Sous l'influence de ce traitement on voit les cheveux repousser au bout de quelques semaines, plus forts et plus foncés qu'auparavant. Mais dans la plupart des cas six semaines, deux mois ne se sont pas écoulés que les concrétions faveuses ont reparues ; il faut recommencer le traitement. Bazin est tellement convaincu que la guérison, après une première épilation, est tout à fait exceptionnelle, que sans attendre la récidive, il procède à une seconde épilation, lorsque les cheveux ont acquis une certaine longueur, c'est-à-dire au bout d'un mois. Une troisième épilation est môme fort souvent nécessaire. Il va sans dire qu'à chaque nouvelle épilation on reprend les lotions et les pommades indiquées cidessus.
Ce traitement doit être employé pour toutes les différentes espèces de teigne.
Erysipèle. — L'érysipèle est une inflammation légère de la peau, accompagnée de rougeur, de gonflement, de douleur et de chaleur du derme dans une certaine étendue. C'est une maladie fréquente chez les enfants, qui se rencontre en même temps qu'une maladie de la peau et qui survient quelquefois aussi d'une manière épidémique. L'érysipèle est tantôt fixe et tantôt ambulant, c'est-à-dire qu'il voyage d'une partie du corps à une autre.
Le traitement de l'érysipèle est simple, excepté quand il est accompagné d'une fièvre inflammatoire un peu violente ; alors cette maladie devient dangereuse. A part ce cas particulier, on panse l'érysipèle avec les fleurs de sureau blanc en infusion, on protège contre l'air et la lumière la partie malade au
moyen de larges compresses. L'érysipèle devient une maladie constitutionnelle quelquefois, c'est-àdire une maladie du sang, dont les attaques reparaissent à des époques plus ou moins régulières. Il faut alors soumettre les enfants à un traitement continué pendant plusieurs mois, afin de purifier leur sang et de faire disparaître jusqu'au dernier germe de cette maladie.
Je conseille de ne pas laisser les enfants victimes involontaires de cette maladie qui désorganise, affaiblit une constitution, et de les confier sans tarder au traitement du médecin, comme toutes les maladies qui ont une disposition à revenir, c'est-à-dire qui sont passées à l'état chronique. Et il ne faut pas alors espérer une guérison prompte ; elle est toujours lente à venir, mais elle ne vient jamais seule.
Sclérème. — C'est une maladie qui refroidit et endurcit la peau des nouveaux-nés. Elle est le résultat de la pauvreté et de la misère ; elle occupe tantôt une seule partie du corps et tantôt le corps tout entier. La peau donne au^ toucher la sensation d'un cadavre refroidi ; on rencontre cette maladie dans les premiers jours de la vie, dans les premiers quinze jours le plus souvent. (Billard.) La peau n'est pas toujours accompagnée d'cedème ou d'enflure.
Traitement. — Ramener la chaleur qui est disparue. Les frictions fréquemment répétées,quoique sensibles pour l'enfant, sont avantageuses : à part l'activité qu'elles donnent directement à la circulation, elles forcent l'enfant qui crie à respirer plus fortement, ce qui, on le sait, rend le sang plus riche.
Oreillons. — Les oreillons sont un engorgement de la glande parotide, glande salivaire que nous connaissons déjà, qui est située en dessous des oreilles. Cette maladie existe avec fièvre ou sans fièvre ; elle se montre ordinairement à l'état épidémique, mais n'est pas considérée comme contagieuse. On sait qu'elle est fréquente parmi les enfants. Le traitement est simple : transpiration, chaleur continuellement appliquée sur la glande enflammée, diète, boisson rafraîchissante, tels sont les seuls soins adonner quand l'oreillon n'est pas réellement inflammatoire, dans ce dernier cas, le traitement doit être sévère : les purgatifs, les sangsues, etc., doivent être employés.
Scrofule. — C'est la maladie qu'on désigne ordinairement sous le nom à'écrouelles. On peut définir la scrofule : une disposition du sang à développer des fréquentes inflammations de diverses natures. Dans cette maladie les humeurs ne sont pas dans leur composition naturelle ; il y a un vice du sang. Le plus souvent héréditaire, elle se développe cependant quelquefois accidentellement.
Traitement. — Les accidents de la scrofule étant très-nombreux, je ne puis indiquer ici le traitement à tous. C'est une maladie constitutionnelle d'ailleurs, dont les effets sont lents à venir, qui nécessite, comme toutes les maladies chroniques, le traitement raisonné de la science. Dès que la mère s'aperçoit que son enfant présente des dispositions à la scrofule, qu'elle se hâte d'aller demander au médecin la guérison d'une maladie qui en cause tant d'autres,
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Seulement ces maladies, je le répète, où il s'agit de changer l'organisation pour ainsi dire, de transformer le tempérament tout entier, ne subissent l'effet des médicaments que peu à peu, et ce n'est qu'après des mois et des années que le traitement triomphe. Sans détailler le traitement, je dirai ici que sa base constituera en régime fortifiant composé de vins, préparations ferrugineuses et d'huile de foie de morue, bains, exercice, etc.
Maladifs des yeux. — Elles sont nombreuses, fl y a quelques années on ne s'en occupait pas, et les malades se faisaient aveugles volontaires. Aujourd'hui il est une satisfaction bien consolante pour le malheureux dont la vue est malade, car la médecine réussit souvent à guérir un des organes dont la perte équivaut à la mort. C'est là une des conquêtes du jour ! Il s'est rencontré des hommes à l'intelligence vaste et au cœur sensible qui ont consacré à l'étude des maladies des yeux leur fortune et leur temps, qui n'ont hésité ni devant les sacrifices ni devant les difficultés ; aussi ont-ils réussi au-delà de leurs espérances. Aussitôt qu'on aperçoit dans les yeux de l'enfant une petite rougeur, toute légère qu'elle puisse être, il faut donc courir immédiatement chez l'oculiste : retarder alors c'est perdre un temps précieux.
Conseils pratiques.
" La mère constate le médecin interprète," nous dit un auteur. Que la mère se souvienne de cette vérité, Elle doit observer les accidents qui survien-
nent dans la vie de son enfant et la manière dont il les a traversés ; l'objet de son affection doit aussi être l'objet de son étude constante ; et puis, quand arrive une maladie, elle fait son rapport au médecin, et en quelques instants celui-ci connait son petit malade, comme s'il était une vieille connaissance. Alliance de la mère et du médecin, que ne s'e fait-elle pas toujours, afin d'assurer à l'enfant une santé qui lui manque si souvent !
Livrel. — Quel intéressant travail de mémoire pour la mère que celui de bien se souvenir des moindres détails de la vie de son enfant qui ont rapport à sa santé ! Plus 'que cela. Qu'elle se procure un livret, qu'elle y entre sans tarder, quand il se présente, chaque événement important : c'est ainsi qu'on pourra y lire ensuite que le sevrage eut lieu à telle époque, sans ou avec accidents, que la dentition commença à telle autre époque, accompagnée de difficultés, de fièvre aux intestins ou au cerveau, etc. C'est là un excellent moyen de bien connaître l'organisation de son enfant, ses points faibles, ses dispositions à une maladie ou à une autre.
Voici la manière dont Fonssagrives conseille ce travail :
1» Date de la naissance.
2» Mode d'allaitement et circonstances particulières qui l'ont signalé.
3° Maladies de l'allaitement avec leurs dates, leur durée, l'indication de leur gravité, des moyens qui ont été employés avec succès.
4" Première dentition. — Epoque de l'apparition des incisives, des œillères ou canines, des premières
grosses dents, accidents de la dentition (convulsions, diarrhée, éruptions diverses, ophthalmie), époque de la poussée de la vingtième dent.
5° Epoque du sevrage. — Facilité avec laquelle il s'est accompli, ou accidents qui l'ont compliqué (diarrhée, amaigrissement).
6° De la marche. — A quelle époque est-elle devenue possible ? a-t-elle été avancée, retardée, interrompue ?
7» Vaccination. — A quelle âge, dans quelles conditions la marche des boutons a-t-elle été régulière ?
8° Des fièvres ériiptives (rougeole, scarlatine, variole, varioloïde, varicelle, etc.)
9° De la croissance.— La mesurer de trois mois en trois mois, et tenir note de la façon dont elle s'jast faite. Croissance précoce, retardée, irrégulière, accidents de croissance.
10° Maladies accidentelles, indispositions ordinaires.
1 1° Le Dr. Gyoux ajoute ici la pesée régulière.
Pouls. — On le sait déjà, le pouls de l'enfant est de 120 pulsations à un an, 130 à six mois ; pendant les deux premiers mois 140 à la minute. La mère doit s'habituer à compter le pouls de son enfant. La chose est facile vers la deuxième ou troisième an née, quand le pouls n'atteint pas plus qu'une moyenne de 100 à 110.
La pulsation du pouls se fait sentir au poignet, à la partie antérieure, ou bien de chaque côté du cou, aux artères carotides. La mère demandera d'ailleurs au médecin de lui expliquer la manière de s'y prendre pour cette opération délicate, et avec l'habi-
tude, elle parviendra à suivre sans difficultés les variations du pouls qui surviennent dans la maladie de son enfant, et à en étudier la gravité.
Respiration. — Vers l'âge de deux ans l'enfant a 28 respirations à la minute. Cette opération de la nature doit être bien surveillée, surtout pendant le sommeil, où elle se fait plus naturellement. On sait qu'il y a deux temps dans la respiration : l'inspiration et l'expiration ; on pourra compter un seul de ces temps. En multipliant le chiffre de la respiration par quatre on peut avoir celui du pouls. Quand ce chiffre est doublé, il y a toujours maladie grave.
Moutarde. — La moutarde qui sert à faire une emplâtre ou sinapisme, dont on a besoin, doit être délayée avec de l'eau froide, et étendue entre deux linges minces. La moutarde doit rester en place plus ou moins longtemps, selon sa force. On s'apercevra qu'elle a produit son effet lorsqu'elle aura rougi la peau légèrement; car la moutarde ne fait pas des cloches comme la mouche noire. Il n'est pas nécessaire de panser la brûlure faite par la moutarde. Ce n'est qu'exceptionnellement que cette brûlure a besoin d'être traitée comme celle causée par la mouche noire. Un signe certain que la moutarde a fait assez d'effet, c'est la sensation de douleur qu'éprouve l'enfant. La moutarde ne sera jamais employée quand la peau sera malade. L'on se sert beaucoup dans le commerce du papier Rigolot en place de moutarde.
Cataplasme. — Le cataplasme émollient ordinaire se prépare en délayant la farine de graine de lin avec
un peu d'eau chaude, de manière à en faire une bouillie épaisse que l'on place entre deux linges fins ; le cataplasme sera toujours plus grand, autant que possible, que la partie malade. Le cataplasme n'a pas pour effet de toujours provoquer la suppuration, comme on le croit généralement : il ne fait pas autre chose que de faciliter le travail de la nature; si celle-ci a une tendance à la suppuration il en hâtera la formation; si la nature a une disposition contraire, le cataplasme l'aidera également dans ses efforts.
Quand il y a douleur on peut préparer le cataplasme avec de l'eau de pavot au lieu de l'eau ordinaire. On met quatre ou cinq têtes de pavot dans une pinte d'eau que l'on fait bouillir, et on se servira de celle-ci pour préparer le cataplasme de farine de graine de lin ou d'autre substance, car la fécule de pomme de terre, les oignons, etc., peuvent remplacer la graine de lin. A la place de l'eau de pavot, on peut se servir de laudanum, dont on versera quelques gouttes sur le cataplasme. C'est ce qu'on appelle le cataplasme calmant.
Lorsque l'on a à faire à une inflammation profonde, des bronches, des poumons, des intestins, par exemple, on ajoute aux préparations émollientes cidessirs la moutarde, le poivre ou la térébenthine : l'on obtient ainsi un cataplasme stimulant qui agit sur la peau, à peu près comme les purgatifs sur les intestins. Je crois qu'il convient de se contenter de ces préparations pour produire à la surface ou aux extrémités du corps l'irritation désirée. Rien de plus avantageux que l'usage des sinapismes légers, des cataplasmes tels que ceux que je viens de décrire,
Lavements. — J'ai souvent conseillé les lavement» dans diverses maladies de l'enfance ; ils sont indispensables bien souvent, et on peut y avoir recours, comme mode d'administration des médicaments chez les enfants trop rebelles.
Le lavement purgatif se donnera avec de l'eau chaude, à la température du corps à peu près, dans laquelle on pourra mettre une certaine quantité d'huile de ricin, de miel ou de savon. On le donne en quantité assez considérable, et on le répète jusqu'à effet.
Le lavement astringent, que je conseille dans les diarrhées, se préparera avec de l'amidon (féeule ou farine quelconque) délayé au moyen de l'eau de pavot. Ce lavement se donne en petite quantité et sera répété toutes les six heures. Quand on y ajoute du laudanum, il faut compter les gouttes comme lorsque l'on s'en sert dans les cataplames. Il est bon de toujours avoir à sa disposition un comptegoutte pour bien doser ce médicament, qu'il ne faut jamais donner à peu près.
Calmants. — Il y a une foule de sirops que l'on débite dans le commerce et qui ont pour but de soulager les enfants de la plupart des maladies dont ils peuvent être victimes. Ainsi, on les emploie dans la diarrhée, dans les différentes toux, pour provoquer le sommeil, etc. Ce sont tous des sirops calmants qui doivent toute leur vertu à une préparation quelconque d'opium. Or, il est à la connaissance de tous que ces sirops, pour une raison ou pour une autre, développent assez souvent des accidents mortels. Tout le bien qu'ils peuvent faire ne pourra jamais
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être une compensation suffisante au malheur causé : pas de mal plus irréparable que la mort ! Je demande donc la disparition complète de ces préparations si incertaines dans leurs effets, et de leur substituer des remèdes connus et dont on peut être certain de la dose et de l'action. Voici la manière dont je conseille l'usage du laudanum qui, je crois, est le seul calmant dont on devrait se servir.
On commencera l'emploi du laudanum par la dose d'une goutte dans un peu d'eau tiède, qu'on augmentera graduellement en ajoutant une goutte chaque fois, si la dernière dose donnée n'a pas fait suffisamment effet au bout d'une heure.
Si l'on cesse pendant quelque temps l'usage du calmant et qu'il soit nécessaire d'y avoir recours de nouveau, on s'en sert de la même manière que la première fois. Je ne crois pas qu'un accident puisse arriver en se servant de cette méthode dans l'emploi du laudanum. L'expérience a prouvé que le laudanum ainsi administré est bien moins redoutable, bien moins à craindre que déguisé, caché dans un sirop, souvent préparé sans précaution et où, alors, il est en quantité trop considérable.
Il résulte du petit résumé que je viens de faire des maladies principales de l'enfance et de leur traitement, que certains remèdes ont souvent leur application pratique dans ces maladies et qu'il est bien à propos de les avoir toujours à la main. Le tableau suivant comprendra ces médicaments pratiques qui formeront pour ainsi dire une petite pharmacie de famille toujours à la disposition de la mère et du médecin :
Huile de ricin dix once».
Moutarde unelivre.
Farine de graine de lin- une livre.
Sirop d'Ipecacuanha...- six onces.
r douze petites prises de Emétic ) un quart de grain cha-
' cune.
r un petit flacon (pour Ether 1 faire respirer dans les
' convulsions)-
Térébenthine huit onces.
Magnésie " "
Eau de chaux " "
Laudanum une once.
Feuiles de camomille, baume et autres substances nécessaires à la préparation des tisanes sudorifiques.
Le Petit Guide de la Mère se termine ici. Il est bien incomplet; je ne pouvais lui donner une plus grande part dans cet ouvrage. L'intelligence et le cœur des jeunes mères le compléteront d'ailleurs.
Il n'y a pas, je le répète en finissant, de médecine pratique des enfants sans le concours harmonieux de la mère et du médecin. Et celui-ci ne peut prétendre acquérir une certaine habileté dans cette partie importante et difficile des sciences médicales, qu'en empruntant à la mère les riches qualités dont la nature l'a douées : le cœur ici plus qu'ailleurs doit seconder les efforts généreux de l'art ! Mères, demandez au médecin sa science ; médecins, empruntons à la femme son affectueuse tendresse, et l'enfant malade qui demande secours sera sauvé !