‹ La SaphoChapitre 11 sur 30 · GOMMENT NE M*EN ETAIS-JE PAS DOUTE, ELLE AIME RICHARD · texte numérisé non relu

GOMMENT NE M*EN ETAIS-JE PAS DOUTE, ELLE AIME RICHARD

Richard écrivit sans s'interrompre :

« Chère Marie,

» Laissez-moi vous donner ce nom, c'est mon )» cœur qui vous parle ; gardez cette lettre après » ravoir lue ; c'est un engagement sacré. Je tous » aime de toutes les forces de mon âme. Vous serez » ma femme devant les hommes, comme vous Tètes

I» derânl Dieu, tà tous me trouTez enooTe digne de » TOUS. Ce soir J'errais défaut' votre maison^ Je vous » ai vue. J'aurais voulu me jeter à vos pieds» mais . » j'ai eu peur, oui» peur, et je me suis enfui» ^ar » une voix ine disait : Elle va te chasser» va-teHi » misérable, tu n'es pas digne de la regarder. Ah I » Marie» Tamour m'a rendu fou ; il me tuera si vous » ne me tendez la main. Je vous aime.*. Si je le » pouvais, j'irais aujourd'hui trouver votre mèreg lui » demander son consentement à un mariage qui fera » le bonheur de ma vie. Hais il faut attendre quel- » ques jours. Si court que soit ce délai, Marie» les » heures seraient pour moi des siècles si je ne vous » voyais pas. Ayez pitié de moi I Ce soir, je regar* » derai votre fenêtre; si elle est ouverte, si voua me )> tende? la main dans l'ombre, c'est que vous con- F> sentez à être ma femme ; c'est que vous pardon- » nez. Alors, Marié, les Joies du ciel descendront » pour moi sut* cette terre. Si vous refusez» si vous » ne m'aimez pas, je ne sais où me conduira mon » désespoir.

» A vous pour toujours, ou adieu pour Jamais.

» Richard Campbell. »

Marie lut et rdut cette lettre, puis elle la cacha avec soin auprès de celle de son frère Jacques.

*- S'il ment, murmura-t-elle« Jacques^ je te laisse lesom de me venger. Pauvre chère ombre^ reprit^elle

SA LA aAPHO*

m'» apercevoir, il est ambitieux* il y a pdUt-âtre plus de joie que de chagrin dans le fond de son cœur.

^arie s'appuya à la cbaiâe de sa mère; si le doo teur disait la vérité, si Richard était ambitieux, elle était perdue. Toutes ses espérances s*enyolàrent en la torturant; elle attendit la fin du jour avec angoisse. Elle aurait donné sa vie pour que Richard vint la rassurer ; mais tout à sa douleur, pouvait-il penser à eUe ? Elle passa une partie de la nuit à la croisée.

— Rien ! disait-elle, rien ! pas même un mot l..«

Le lendemain, à huit heures du soir, elle aperçut une ombre sur le quai. Elle n'avait pu reconnaître Richard, mais son cœur avait vu, elle sauta par la fenêtre et courut au-devant de sa vision. Elle ne s'é-^ tait pas trompée, c'était son amant, elle se jeta dans ses bras ; ils pleurèrent ensemble.

^ Merci, Marie, merci, mon bon ange, c'est Dieu qui t'envoie, car je suis bien malheureux, va i

•—Je le sais, lui dit Marie, et je suis venue vous dire : du courage, je vous ai donné l'exemple.

*<** J'en aurai autant que toi, répondit Richard» mais cela retarde mon bonheur ; il faut attendre, toujours attendre, éloigné d^ tout ce que j'aime.

--* Ayez de la patience, j'en aurai aussi, Richard, pourvu que vous m'aimiez. Vous m'avez prise tout entière, ma vie est à vous, vous n'avez pas le droit de me la rendre.

IiA SàPHO» M

— Chère Marie I mon cœur ne changer» jamais*

Marie respira.

Elle avait eu si peur !

Us se promenèrent longtemps au b(xà de la mer, leurs mains enlacées semblaient unies pour tou« jours, pourtant il fallut se séparer.

*^ A demain soir, ici» dit Richard, à demi^voix. en embrassant Marie.

Elle sembla hésiter.

Puis rendante son amant le baiser qu'elle en avait reçu, elle lui répondit :

— A demain I

Lady Campbell éprouvait un grand chagrin depuis la mort de son fils aîné ; mais son caractère froid , impassible, n'en laissait apercevoir aucune trace*

Deux mois ^'étaient à peine écoulés qu'elle disait à H. Pallier, en lui recommandant la discrétion :

— Nos projets ne seront qu'ajournés, mon fils Richard épousera votre fille«

Cette nouvelle rendit M. Pallier le plus heureux des hommes ; rentré chez lui, la première chose qu'il fit fut de confier ce secret à ses deux filles.

Léonie, ne doutant pas qu'il s'agissait d'elle, ne put cacher sa joie.

Henriette devint aflFreusement pâle , deux larmes bordèrent »e9i cils noirs, elle se leva chancelante et se retira dans sa chambre ; un tremblement ner* veux agitait ses membres , elle fit demander son père.

Il accourût tout inquiet.

n faut s'arrêter un peu ici pour faire le portrait moral du père d'Henriette.

L'homme capable d'une grande passion , n'en a qu'une dans toute sa vie ; le but qu'il veut atteindre c'est la richesse, la gloire ouïes honneurs; quelquefois cependant il les a toutes ; aussitôt que Tune est assouvie, il travaille à satisfaire Tautre.

Lorsque M. Pallier était pauvre, il se disait ; La fortune, c'est le bonheur.

Lorsqu'il fut riche il rêva les honneurs, il eût donné son bras droit pour mettre une particule devant son nom.

Comme cela lui était impossible, il finit par s'enorgueillir de lui-même, et s'imagina, tout de bon, que le nom de Pallier, avec beaucoup d'argent, valait celui de Montmorency.

Dès lors il fit tout par ostentation.

Donner un sou à un pauvre^ lorsqu'on ne le re-^ gardait pas, lui semblait absurde ; mais prêter mille francs à fonds perdus à celui qui les lui empruntait devant quelqu'un lui semblait un devoir.

Enfin son cœur était comme sa maison , il y avait deux entrées : d'un cAté il était généreux, de l'autre avare.

C'est surtout dans l'armement de ses navires qu'il montrait sa rapacité; s'il eût pu embarquer les matelots sans vivres , il l'aurait fait.

U avait été mal élevé ; en voyant souvent lady

Campbell), il s'imposdt une véritable torture ; lors* qu'il était chez elle, il ne savait où mettre ses pieds ni ses mains , à table il n'osait pas manger.

Chez lui , il fourrait le coin de sa serviette dans son gilet , il rongeait les os en les prenant avec les doigts, il buvait la bouche pleine au risque de s'étoufièr.

Lorsqu'il commit ces monstruosités chez sa grande amie , elle le regarda d'un air si étonné qu'il laissa tomber la cuisse de poulet qu'il mordait à belles dents, tandis que Paul lui donnait de grands coups de pieds par-dessous la table; il se résigna à mettre sa serviette sur ses genoux ; mais comme il était très-gros, il renversait toujours quelque chose sur lui.

Tout cela n'eût été que de très*petites imperfec* tions s'il eût eu un bon cœur à côté de son gros estomac.

Malgré tous ses sentiments d'égoïsme , il adorait ses deux filles , il poussait l'amour paternel à un point exagéré, il tremblait à l'idée de leur déplaire ; un mot, un désir, pour lui c'était un ordre. '

Cette grande passion, qui dominait toutes les autres, cette tendresse de toute sa vie, de chaque instant, doit lui faire pardonner bien des choses.

On comprendra donc avec quelle inquiétude il se rendit à l'appel de sa fille Henriette.

— Asseyez-vous, lui dit-elle en le voyant entrer, et écoutez-moi avec cette bonté que vous m'avez

montrée depois ma plus tendre enfaBce ; si je vous afflige, pardonnez-moi»

— Parle vite, mon enfant, répondit M» Pallier^ presque efirayé.

^ Eh bien I mon père , dit Henriette après un ef« fort, malgré tout le bonheur que vous me donnez,, malgré votre tendresse, je veux quitter le monde^ je ne veut pad me màrier«

M. Pallier fit un bond sur sa chaise. Elle reprit :

— Je n'épouserai jamais mon cousin. J'ai pour lui Tamitié d'une sœur, mais il me semble qu'il faut apporter plus que cela à son mari ; du reste, je ne crois pas que, de son côté, il ait une bien vive affèc* tion pour moi * nos caractères ne sympathisent pas. Je veux entrer dans un couvent à moins que voua ne consentiez à me faire voyager quelques années, et encore...

Elle soupira.

— Voyons, Henriette, s'écria M. Pallier sérieusement effrayé, explique-toi plus, clairement que cela ; tu ne veux plus épouser Paul. Eh bien I c'est un grand malheur, mais il est réparable. Tu ne veux pas te marier, rien ne t'y force , mais me quitter ! Je n'y consentirai jamais. Si tu te sens le courage de vivre loin de moi , moi je ne puis me passer de toi ; te faire voyager, cela est impossible. Je suis lié ici par mes intérêts, parles tiens, mon enfant. Or, il faut que tu me donnés le moyen d'arranger tout cela pour le mieux, il doit y en avoir un.

Le père regardait aa fille en desaoui en se caressant le menton ; il appelait toute sa perspicacité à son secours , il voulait lire dans Fâme d'Henriette;

mais il y a toujours de Tombre dans le cœur d'une jeune fille » si pur qu'il soit* M. Pallier ne devina pas. Henriette garda le silence.

— Allons, dit le bonhomme en lui secouant le bras comme s'il eût donné une poignée de main à un Anglais, je ne yeux pas me creuser la tête peur rien. H'aimesrtu, oui ou non?

Henriette le regarda d'un air qui voulait dire : Pouvez-vous en douter ?

-* £h bien l si tu m'aimes , ne me fais pas de chagrin « dis-moi franchement ce qui t'afflige ; cela te serait plus facile peut-être, si tu avais ta pauvre mère ; puisque le bon Dieu nous Ta reprise et que tu n'as plus que moi il faut te résigner ; si tu as fait quelque chose de mal, je te le pardonne d'avance; si tu as désiré quoi que ce soit, je te donne ma pa* rôle que tu TauraSi si c'est en mon pouvoir. Allons» allons» parle ; je le veux.

Henriette semblait étouffer, sa voix expirait au bord de ses lèvres»

Les larmes vinrent aux yeux de M. Pallier, il serl*a les mains de sa fille comme pour lui dire ; courage. Il attendit et se tut.

Henriette se livrait un combat à elle-même ; en ce moment I^éonie appela son père, il ouvrit la porte et répondit :

— Je suis là, mon enfant, mais je suis occupé, attends-moi ou fais attendre, je descends dans une minute.

Il ferma la porte et revint auprès d'Henriette,, celle-ci secoua la tète comme pour dégager sa pensée ; la timidité qui l'oppressait disparut et elle dit avec fermeté :

— Mon père, est-ce monsieur Richard qui vous a demandé la main de ma sœur ? Vous a-t-il dit qu'il l'aimait?

Monsieur Pallier se mit à rire.

— Commentée m*en étais-je pas douté, murmurat-il, elle aime Richard 1 II ne m'a pas dit un mot, répondit monsieur Pallier, après une pause qui parut un siècle à Henriette ; je ne sais pas... Je crois même qu'il ne connaît pas encore le nouveau projet de sa mère. Je l'interrogerai, je saursd... Me quitter! Comme tu y vas I Du reste, il n'est pas probable qu'il se soit mis à aimer celle qui devait épouser son frère ; pas plus que Léonie de son côté... Tout s'arrangera, va, mais il ne faut pas que tu partes..; sans cela... '

Il se mit à rire, embrassa sa fille, et sortit en lui disant :

— Grande enfant, va, si je n'avais pas deviné, tu ne m'aurais rien dit.

Henriette, une fois seule, repassa dans sa tète toutes ses causeries avec Richard ; elle chercha une réponse pour son cœur qui souflrait, et qui, par

instinct de conservation, trouvait de douces paroles, de doux regards dans le souvenir.

Pendant qu'Henriette rêvait, Léonie disait à son père:

— Sais-tu que ma robe de mariée va jaunir, se faner?

— Nous en achèterons une autre, rép<ondit M. Pallier, en lui donnaat une petite tape sur la joue, elle sera plus belle encore. Es-tu contente?

Et il sortait sans donner d'explication à la jeune fille, qui mouraitd'envie de savoir, de causer un peu.

Il arriva chez lady Campbell. Elle le fit attendre deux heures, et prétendit s'être pressée pour achever sa toilette.

H. Pallier s'excusa d'avoir troublé ses graves oc« cnpations ; mais ce qu'il avait à lui dire ne pouvait souffrir aucun retard. U y allait du bonheur de sa fille. Il aurait voulu que lady Campbell l'aidât par une question; elle ne parla pas. Il continua d'un air embarrassé :

— Votre fils sait-il que vous lui destinez la main de ma fille Léonie?

— Non, mais je suis sûre de son consentement, quand le moment sera venu.

— Eh bien I dit monsieur Pallier en poussant un soupir de joie qui fit le vide autour de lui, il ne faut .pas lui parler de Léonie ; elle aimait son frère, notre pauvre sir Young, tandis que ma fille Henriette aime monsieur Richard. Je la connais, elle mourrait de

chagrin s'il en épousait une autre, quand bied même ce serait sa sœur ; tous comprenez, n'est-ce pas, que je he veux pas faire son malheur ? Elle est jolie, mon Henriette, elle a de l'esprit, des talents ; je suis sûr qUe monsieur Richard l'adorera... Enfin tâchez d'arranger cela... je mets tout mon espoir en vous..* tâchez qu'il consente à la prendre pour femme, elle est si bonne! où trouyerait-il mieux? Faites cela, et vous me rendrez le plus heureux des pères*

'^ C'est une idée ! répondit lady CampbeU ; ce mariage sera même plus convenable aux yeux du monde. Richard épousera mademoiselle Henriette, mais il ne faut encore parler de rien, pas même à elle. '

Monsieur Pallier promit de garder le silence, mais rentré chez lui il avait l'air si heureux en di^ sant à Henriette :

»- Eh bien I vous n'êtes pas partie, ingrate I qu'die devina une bonne nouvelle dans les yeux de son père.

Paul n'embarrassait personne: il n'avait jamais montré beaucoup d'empressement pour le mariage, au contraire ; il se trouvait trop jeune. En épousant sa cousine, il ne suivait pas son penchant, il obéis* sait à son oncle. On n'aurait qu'à lui dire la veille du mariage : « Tu n'épouses pas ! » il dirait : « Tant mieux 1 »

Richard ne savait rien de ce qui se passait ; mais il eutrevoyait de grandes difficultés pour tenir la

professe qa'il avait faite à Marie. Il se laissait aller aux événements. Il la voyait chaque soir; il était heureux. : les haires se succèdent vite quand c'est le^honheur qui les marque I

UN a ET UN H, REPETA MARIE.

Madame Laurent était rétablie, aussi bien qu'elle pouvait l'être» car elle était atteinte d'une de ces maladies de lanceur qui ne vous quittent qu'avec la vie. Marie était moins libre ; il lui fallait l'imagination que donne l'amour pour trouver le moyen de s'échapper une heure le soir, quand elle savait que Richard l'attendait au bord de la m^; une fois réunis^ ils ne voyaient plus qu'eux ; ils se promenaient souvent sans dire une parole ; deux mains qui se sareut ont tant d'éloquence ! Un soir, Richard arriva tout distrait ; il regarda Marie, passa la main de la jeune fille sous son bras et marcha 'plus vite que de coutume ; puis il s'arrêta, appuya sa main sur son front comme s'il voulait en faire sortir une idée pénible. Il était encore ému de ce que sa mère feaùit de lui dire : son frère était mort depuis quatre aoia à peiue^ et lady Campbell venait de lui signi-

fier ses projets pour l'avenir d'une façon si positive» si imprévue, que Richard n'avait pas trouvé un mot à objecter. Il n'avait rien répondu et n'avait fait qu'un mouvement de surprise quand elle lui avait dit r « Mademoiselle Henriette vous aime, c'est une charmante personne et je la préfère de beaucoup à sa sœur. Elle refuse d'épouser son cousin par amour pour vous ; en vous disant cela, je répète les paroles de son père.

A la place de la coquetterie si reprochée aux femmes, les hommes ont l'orgueil ; celui de Richard n'était pas insensible à la passion [qu'il avait inspirée sans s'en douter, et il ne lui vint pas une minute à l'idée de répondre : J'en aime une autre» une pauvre fille envers laquelle j'ai contracté un engagement sacré, que je ne puis rompre sans me déshonorer.

Il garda le silence, peut-être pour gagner du temps, peut-être par timidité; mais il le garda, et lady Campbell ne mit pas un instant en doute que ce silence fût un consentement.

— Henriette est riche, reprit lady Campbell, cela est plus. important que vous ne le croyez. Votre frère avait fait de grandes dépenses ; ce mariage était devenu pour lui, pour nous, une chose indispensable ; les mêmes raisons existent pour vous.

La révélation de l'amour d'Henriette avait pu éblouir Richard un instant ; mais les considérations d'argent lui paraissaient tellement au-dessous de

loi, qu'il allait refuser, lorsque le domestique annonça Tarmateur.

Ridiard remit sa réponse au lendemain, et il sortit par une autre porte pour éviter toute explication. C'est alors qu'il vint trouver Marie ; mais il n'était )as sans inquiétude ; qu'est-ce que cela eût été s'il avait pu voir et entendre ce qui se passait dix minâtes après chez monsieur Pallier.

En voyant entrer ce dernier, lady Campbell lui avait dit : — Eh bien I tout est convenu avec mon iils, seulement il faut encore garder le secret à cause du deuil.

Monsieur Pallier avait promis d'être muet, mais a peine fut-il rentré chez lui qu'il raconta tout. Henriette faillit s'évanouir de joie, Léonie de rage.

— Et mot? demanda Paul, je n'épouse donc plus personne ?

— Toi? répondit monsieur Pallier, tu épouseras Léonie plus tard, si elle veut de toi. Je dois marier rainée la première ; et il serrait la main d'Henriette qui était près de lui.

— Ah 1 dit Léonie, c'est parce que ma sœur est rainée que monsieur Richard vous a demandé sa main?

— Du tout, il me l'a demandée parce qu'il l'aime.

— A quand le mariage? demanda Léonie qui voulait jouer l'indifférence^ quoiqu'elle eût une iprande envie de pleurer.

*— Si cela dépendait de moi et d'Henriette, lui ré-

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pandit son père en riante ce serait pour demain, n'est-ce pas ma fille?

Les joues d'Henriette se couvrirent d^une vive rougeur.

— Si monsieur Richard est pressé, fit téonîe avec un air de dépit qui perçait malgré elle, la cérémonie peut se faire de suite : les hommes ne se marientils pas en noir ? Je crois que monsieur Young a fait plaisir à bien des gens en se laissant mourir. Elle poussa un profond soupir qui ne donna le change à personne.

— Ah! la méchante, pensa Henriette, elle juge le cœur des autres d'après la sécheresse du sien l

Pendant cetemps, Richard qui se promenait avec Marie, se reprochait de n'avoir pas tout avoué à sa sa mère ; mais il ignorait le chemin qu^avaient fait les choses ; aussi lorsque la jeune fille lui serra doucement le bras en lui disant :

— Qu'avez-vous donc, mon ami, est-ce qu'il vous est arrivé un nouveau malheur?

Il répondit pour ne pas l'alarmer inutilement : — Rien, une affaire d'intérêt, un peu de contrariété ; mais tout cela s'arrangera, et d'ailleurs, je ne veux pas y penser près de vous. Parlons de l'avenir,' ma chère Marie ; demain je dirai tout à ma mère, j'aurais dû le faire aujourd'hui, ajouta-t-il plus bas. Mais vous avez confiance en moi, n'est-ce pas, vous m'aimez et vous comprenez combien ma position est délicate.

hk flAFHO. 9S

— Ne fNressez rien, m(m ami, répondit Marie heu*renee ées paroles qu'il venait de lui dire, je tous ûme aflfies pour attendre toute ma vie s'il le fallait. Hais il me semble que je mourrais si vous ne m'ai* aiei plus«

Richard Tembrassa avee transport en lui disant : ^ A demain, ma belle, ma bonne Marie. Je vous dirai ce qui me préoconpait aujourd'hui en arri* Tant, oe que j'aurai fait, et vous verrez à quel point je vous aime.

U suivît la jeune fille des yeux jusqu'à ce qu'elle fût disparue ; puis il rentra chez lui, bien décidé à avair une explication le lendemain avec lady GampbeU.

Bîehard attendit onze heures avec impatience. C'était l'heure à laquelle sa mère sortait de son appart^Beat. Comme la demie venait de sonner et qu'elle ne paraissait pas, il pria le domestique de rannoncer.**- Mitady est sortie depuis une heure, répondit le valet de chambre, je crois qu'elle est allée chez monsieur Pallier.

— Ah i mon Dieu I murmwa Richard effrayé , pour» qu'on ne parle de riea. Je vais y aller.

Il prit son chapeau et sortit en courant. Un prèssentimeiit lui disait qu'il allait arriver trop tard. Av. iBOttenyt de refuser Henriette, elle lui appairûssait pour la première fois avec tous ses avantages de cœur et d'esprii. le vais raflOiger, se disait-il, eHe ^ a été si bonne pour Marie, si indulgente pour

moi. Quel malheur que mon cœur ne soit pas libre 1 Marie est charmante I certes il est impossible d'à-* voir plus de noblesse dans Tâme ; mais enfin c'est une ouvrière; il faudra qu'elle me tienne lieu de tout, cai* ma mère ne voudra jamais la voir, et moi' même peut-être... Il entra. Le domestique ouvrit les portes sans l'annoncer ; on sortait de table, tout le monde était dans le salon.

«Monsieur Pallier courut à lui et le reçut dans se» bras en l'appelant son cher gendre.

Richard recula d'un pas; il aperçut Henriette qui baissait la tête en rougissant , il devint pâle i mais cette fois encore il ne trouva pas un mot à répondre; la destinée avait arrangé les choses à sa fantaisie ; que pouvait-il faire, briser le cœur d'une femme ? Le courage lui manqua, il balbutia quelque» phrases incohérentes, et s'approcha de sa mère à qui il parla bas.

— Il est trop tard» répondit lady Campbell à demivoix; pourquoi ne m'avez-vous pas dit cela hier?

Richard baissa la tête comme un coupable ; il se faisait des reproches à lui-même et se disait : Marie ne croira jamais que les choses se sont passées comme cela ; elle va m' accuser de parjure, et quoi qu^ je fasse il faut que je sacrifie l'une d'elles.

Lorsqu'il s'approcha d'Henriette> elle se soutenait à peine; il lui prit la main.

•*- Mademoiselle, lui dit Richard avec effort, je re-* grette qu'il y ait entre nous un souvenir de deuil ; .

cela m'empêche de me réjouir du bonheur qui m'arrive.

Hemiette baissa les yeux, elle ne doutait pas de lui ; elle comprenait qu'il fût triste et réservé, aussi renferma-t-elle toute sa joie dans son cœur. Le lendemain elle regardait autour d'elle à qui elle pourrait parler de son bonheur; elle neyit personne; elle chercha à qui elle pourrait faire du bien pour remer^ cier Dieu. Elle se souvint de la petite protégée de Richard ; elle ne Tavait pas revue ; les mouchoirs lui avaient été renvoyés; la robe n'était pas finie; elle prit d'autres objets, et comme son père allait sortir, elle le pria de l'accompagner jusque chez la brodeuse. C'était la première fois qu'elle lui parlait de Marie ; elle en fit un grand éloge. Ce fut madame Laurent qui vint ouvrir la porte. Henriette la félicita sur son rétablissement ; elle complimenta Marie pour la broderie des mouchoirs qu'elle lui avait faits.

— Quels mouchoirs? demanda monsieur Pallier, qui ne savait que dire et qui avait Thabitude de se mêler de tout.

— Des mouchoirs armoriés, dit Henriette, que j'avais fait broder pour ma sœur.

—C'est dommage, répondit monsieur Pallier, qu'on ne puisse pas changer les chiffres, ils ne serviront à rien ; il faut en faire broder pour toi maintenant.

Puis s'adressant à Marie :

— Mademoiselle, il faut mettre un R au lieu d'un T, et un H au lieu d'un L.

— Un R et un H t répéta Marie.

— Oui, répondit monsieur Pallier, les initialM des deux prénoms.

Marie sentit un frisson parcourir ses veines ; il lui sembla qu'un éclair venait de l'éblouir; elle ferma les yeux un moment. Henriette et son père ne remarquèifent pas son trouble ; ils regardaient les volants de la robe.

Marie retrouva du courage, ce triste courage qu'ont les malheureux qui, voulant se tuer, avalent une grande dose de poison dans la crainte de se manquer.

—Mademoiselle se marie bientôt avec son cousin? demanda-t-elie.

Henriette sourit et fit de la tête un mouvement négatif.

—Non pas avec son cousin, ma belle enfant ; mon neveu n'a pas d'armoiries, mais avec monsieur Richard Campbell; les projets sont changés.

— Ah 1 murmura Marie d'une voix sourde ; puis elle resta immobile comme une statue.

— Il ne nous en avait pas parlé, dit madame Laurent, la dernière fois que nous l'avons vu; mais c'est égal, cette nouvelle me cause une grande joie; c'est un beau et brave jeune homme.

Marie releva la tête, son regard était menaçant et traversa l'âme de sa mère comme une flèche. La pauvre femme se sentit toute émue, elle aurait voulu demander compte à Marie de ce regard de flamme.

Ea ce moment, Hempiette se leyait pour partir :

«-- Adieu, mon rafant, Tenez me rapporter cet ouvrage TOQs-mèffle. Votre bras, mon pèro.

Il sortirent. Marie courut à la porte» les écouta s'éloigner, puis revint se placer en face de sa mère, en lui disant :

— Gomment avez-yous pu dire que cette nouvelle v(Hi8 causait de la joie? Vous n'avez donc pas entendu le cri que mon âme poussait en se ^chirant? Richard un honnête homme I Regardez-moi bien, ma m^e, est-ce que vous ne voyez pas que je vais devenir folle? ne sentez-vous pas la douleur que j'éprouve là au cœnr, puisque je suis votre sang? mais non, les m^es qui croient deviner ne savent jamais rien. Eh bien ! je vous dirai tout. Oh I je ne succombe pas sous le poids de la honte, mais je cède à ce mal qui me déchire le cœur; écoute, écoute, car ma voix va peut-être s'éteindre avec ma vie. II ne suffît pas du courage, il faut la force ; Dieu me la donncra-t-il ?

Marie promenait autour d'elle des regards éperdus, son âme de jeune fille s'effrayait à Tidée d'un récit, son sang bouillonnait dans ses veines. C'était une nature ardente, passionnée, qui venait de se révéler à elle-même; elle avait peur de son déses* poir ; elle ne trouvait pas d'expressions pour peindre sa douleur.

Madame Laurent recula épouvantée; c'était la première fols qu'elle voyaità sa fille eet air farouche

et hagard. Marie lui' montrant le fauteuil du doigt la fit asseoir, se laissa tomber à genoux devant elle, prit ses deux mains dans les siennes et continua d'une voix sourde :

— Mère, regarde-moi, lis la vérité dans mes yeux, si tu doutes de mes paroles ; suis sur mon front les traces du mal que j'éprouve, tu verras que je soufifre plus que toi, et cependant tu vas bien souffrir. J'ai voulu t'éviter le chagrin que le ciel t'envoyait; pauvre mouche qui voulait te faire de l'ombre, je me suis brûlé les ailes. Pauvre créature qui voulait empêcher la destinée de passer, je me suis fait écraser.

Madame Laurent souleva sa fille ; la pauvre femme la crut folle.

— Marie, Marie I reviens à toi, mon enfant.

— Je vous entends ; vous me croyez déjà folle. Ah ! j'aurai le temps, avant, de vous dire la vérité. Ecoutez I écoutez I

Elle raconta tout ce qui s'était passé avec une espèce de délire nerveux.

La même seconde apprit à madame Laurent la^ mort de son fils et le déshonneur de sa fille.

Marie se traîna jusqu'à la boite où elle avait caché les deux lettres, celle de son frère, celle de Richard, et les donna à sa mère ; comme si ce dernier mouvement eût épuisé ses forces, elle tomba.

Les larmes inondaient son visage ; elle étendit ses mains jointes en murmurant:— Mère, pardonne-moi.

aie pitié de moi; situ m'abandonnes, je vais mourir.' S'il Tépouse, je me tuerai !

Deux si grandes douleurs ne peuvent habiter iln cœur à la fois. Madame Laurent oublia Jacques; elle souleva Marie dans ses bras et colla ses lèvres brûlantes sur le front glacé de son enfant. Elle la déposa dans le fauteuil et courut chercher madame Smith. Toutes deux rappelèrent la jeune fille à la vie, mais die semblait avoir perdu la raison; die répétait avec égarement :

— S'il l'épouse, je n'ai plus qu'à mourir, moi.

Elle avait la conscience de sa douleur. Madame Laurent- réfléchit un moment ; puis , comme si elle venait de prendre une grande résolution, elle jeta un diâle sur ses épaules en disant à madame Smith :

— Ne la quittez pas une minute; il faut que je sorte, dans une heure je serai 'de retour. Veillez bien sur elle.

Elle sortit. Cinq minutes plus tard elle était chez lady Campbell.

400 LA ÈkPné.

81 VOUS ^g L'AIMir PAS, DITES^^Lt^LITI.

Madame Laurent attendait depuis une demi^ heure» lorsque le domestique retint lui dire quelady Campbell ne pouvait la recevoir en ce moments

Mais die pria, insista, le domestique entra de nouveau.

•^ Donnez«moi yotre faras, dit avec impatience lady Campbell à monsieur Pallier qui se trouvait près d'âle, allons voir ce que me veut cette femme.

Madame Laurent attendait dans une grande antichambre qui aurait pu servir de salon, elle tremblait de tous ses membres. Ce fut bien pis quand elle vit apparaître lady Campbell avec cette figure Impas* siUe, ce regard immobile que des yeux de verre pourraient seuls rendre. Madame Laurent, avec son instinct de mère, comprit de suite qu'elle n'obtiendrait rien du cœur de cette femme. Elle avait entr'ouvert les lèvres pour lui dire : c'est à vous seule que je veux parler, mais elle avait reconnu monsieur Pallier ; il était intéressé à ce qui allait se passer ; peut-être son cœur serait-il plus accessible que celui de cette grande dame qui lui faisait peur.

Ce fut pour madame Laurent une lutte bien pé-

Là 8APH0. 408

nlbli que de se rendre mdUwM ûe éoù émotum : elle pouvait à peine réunir ses souyenirs*

--> Que me voulez^ous 7 demanda lady Campbell de sa troîx sèche.

Madame Laurent se sentit frissoûner, mais elle crut entendre la voix de Marie murmurer à son oreiUe : Hère, aie pitié de moi. Oui, répondit-elle à savision, oui, mon enfant ; elle se redressa avec un effort en disant :

— Pardon, madame, mais quand tous saurez ce gui m'amène, vous comprendrez mon émotion. Oh I c'est qu'il s'agit de la vie de mon enfanta de ma pauvre Marie I

~ Je ne la connais pas, laissa tomber du bout des làvres lady Campbell qui croyait avoir affaire à une mendiante.

-^ Je Fai vue ce matin avec Henriette, dit monsieur Pallier ; elle avait l'air d*être en très-bonne santé. Elle est fort Jolie, est-ce qu'elle est tombée subitement malade ?

— Ouï, n'est-ce pas qu'elle est jolie T murmura madame Laurent ; cette beauté, qui aurait pu faire ma joie, est aujourd'hui la cause de ma douleur, parce que votre fils Ta remarquée, madame ; ma fille se meurt, monsieur, parce que vous êtes venu aujourd'hui et que vous lui avez annoncé le ma* riage de monsieur Richard et de mademoiselle Henriette.

— Eh bien, interrompit lady Campbell où youlez*

VOUS en venir? Les jeunes gens ont des yeux pour regarder les jolies personnes. Que prétendez-vous î

— Je ne prétends rien, reprit madame Laurent» je prie quand j*aurais le droit d'accuser. Car c'est une lâcheté qui a perdu ma pauvre enfant Je ne veux pas commencer par maudire, quoique mon cœur soit plein d'amertume. Je vous demande, au nom de la douleur que vous avez éprouvée en perdant votre fils, d'avoir pitié de moi, je suis deux fois plus malheureuse que vous.

Ifidj Campbell voulut l'interrompre 9 mais elle raconta avec volubilité ce qui s'était passé entre Richard et Marie ; puis elle donna les deux lettres à lady Compbell en disant : —Vous voyez qu'il ne peut en épouser une autl'e, descendez dans votre conscience et soyez le juge de ce qui vous reste à faire.

Lady Campbell lut, elle passa les deux lettres à monsieur Pallier et attendit sa réponse.

— Ma pauvre dame, dit-il après une pause, vous êtes très-intéressante, vous et mademoiselle Marie ; la seule chose qui pourrait arranger tout cela serait un mariage^ mais vous comprenez qu'il est impossible entre sir Richard Campbell et mademoiselle Marie Laurent; vous ne pouvez en accuser personne; ce que monsieur Richard a promis quand il n'était qu'un homme ordinaire, il l'aurait tenu. Ce sont les événements qui ont changé les choses : la mort de son frère l'a fait le chef d'une grande famille, et vous comprenez,

Lady Campbell TapprauTa du regard, il reprit : — Nous avons des enfants, nous eomprenons votre douleur, mais nous ne pouvons la prendre pour notre compte; ma fille aime son futur ; si son mariage était rompu elle soufirirait autant que la T6tr6, vous ne pouvez exiger de moi un pareil sacrifice.

— Monsieur Pallier a rtdson, dit lady Campbell, et quand vous serez plus calme vous comprendrez que mon fils s'est conduit avec légèreté, mais non comme un lâche; vous parviendrez à consoler votre fille; vous l'emmènerez d'ici, nous vous donnerons les moyens de voyager.

Madame Laurent poussa un cri en disant : «Âht mes pressentiments ne m'avaient pas trompée, j'avais lu la bassesse de votre âme sur votre visage. Vous me donnerez de l'argent pour que je puisse promener, afficher la honte de mon enfant, n'est-ce pas? et tout sera dit. Pourquoi ne me conseillez«vous pas de l'ofirir à un autre, n'y a-t-il pas toujours de pauvres ignorants à duper et ne peut-on pas trouver un honnête homme qui vende son nom à une femme déshonorée? Quand on n'est pas noble, n'est-ce pas, qu'est-ce qu'on risque? Tenez, madame, je rougis pour vous des dernières paroles que votre bouche a prononcées, votre cœur ne peut les avoir entendues, il les démentirait, vous êtes mère I — MadamCf répondit monsieur Pallier en se re-

fafl LA SAPHO.

dresâaat fier de Timportance que l'occasion hii àoiwmi ; tons oubliez chez qui vcas êtes et à qui yaii0 parlez ; on vous a dit tout ce qu'on pouvait yo«s dire, tte nous obligeas pas à tous foire càasser*

— Me cbasser! s'écria madame Laurent^ essayez, si vous Tosez, je ferai connaître à vos domestkjne» l'opinion qu'ils doivent avoir de vous. Oh I monsieur Hîchaid ne pGû% épouser mademoiselle Marie Laurent, parce qu'il épouse votre Me ! — Qui ètes-Tous donc? — Croyez*vous qu'on ne vous connaisse pas, monsieur PalKer l'armateur? on sait que vous n'avez eu aucune susceptibilité sur les moyens de faire fortune ; mais rien au monde ne m'imposera silence si vous ne faites pas votre devoir;, j'ameuterai les pauvres gens . à votre porte, milady , ceux que noblesse n'oblige pas et qui ont un cœur. Je suivrai votre (ils partout jusqu'à ce qu'il rende à mon enfant le bonheur qu'il lui a volé !

Lady Campbell avait imperceptiblement pâli» ses lèvres étaient pincées^ elle eut peine à les desserrer pour dire à monsieur Pallier : Cette femme devient folle, faites*Ia sortir.

•^ Essayez, répondit encore madame Laurent en s'asseyant sur une banquette où elle se cramponna avec ses ongles, on n'empêche pas de crier les mal-, heureux qu'on met à la torture et vous voulez que je me taise! Morte, si l'âme s'envole, je cHetais en- ' core, je veux voir votre fils, je veux voir s'il ne rougira pas à ma vuè^ je lui demanderai Oèmmént il

LA SA»HO« Mf

0'est acquitté du serment qn'fl aiait ûiit i un moq* mai. Ahl vous n'avez pas frémi en éceoiaiit idm lédt; m^8 c'esl un sacrilège de déshonorer uoe pauvre ^ifast froide comme la mort ; vous amez dû me demander pardon et tous parlez de me faim diasser; je veux voir votre fils : sli ne tremble pas I aa soavenir de ce crime, s'il ne tient pas sa pr^ I liesse, s'il ae m'écoute pas, si son cœur est de fer osmme les vdVtres, j'irai trouver mademoiselle Eeur* nette, je kit ferai voir cette lettre, je liri montrerai BMs larmes, ma douleur, et s'il n'y a pas une àme ffà me ccmipreane dans ces deux familles de pierre, prenez garde 1 il y a une justioe et les lois sont pour UmX le monde»

Madame Laurent était d'une pftleur livide, sa respi** ration sfflait dans sa gorge oomme le râle de la m(M, pourtant Ton voyait qu'elle ne céderait même pas à la douleur physique qui l'accablait en ce moment. Cette mère désolée aurait fait peur ou pitié à tout autre qu'à ces dei^x êtres égoïstes ; ils profitèrent du moment où les sanglots vinrent lui couper la parole pour se concerter ; ils se retirèrent i l'écart, échangèrent qudques paroles à voix basse ; puis monaiem* Pallier s'approcha de madame Laurent, essayant de donner à sa large face rougeâtre nn air de bienveillance et d'émotion qu'il n'avait pas.

—Madame, lui dit-il, votre douleur vous a poussée bien loin, mais elle était juste, sicnis ne vons en vo^ns pas. {da noble amie et moi nous saivons ce

qu'il nous reste à faire. Le bruits le scandale né TOUS avanceraieEit à rien ; de notre côté nous devons nous résigner. Milady verra son fils ce soir quand il rentrera, elle lui fera comprendre l'étendue de sa faute; la réparation ne dépendra plus que de lui; demain il ira vous voir; c'est sur moi maintenant que toute la peine retombe; que vais-je dire à ma fille?

Cette dernière phrase eut de la peine à sortir de la bouche de monsieur Pallier , il reprit avec un efibrt apparent qui trompa la pauvre mère :

— Enfin, madame, la justice avant tout, vous voyez que vous nous aviez mal jugés, allez consoler votre enfant; quant à moi, je ferai comprendre à Henriette que le plus grand malheur qui pouvait lui arriver eût été d'épouser un homme qui ne l'aimait pas ; en arrangeant ainsi les choses, serez*vous satisfaite?

— Oui, dit-elle en se levant avec peine, car ses faibles forces étaient épuisées ; oui, je suis contente de la promesse ; mais qui me répond que vous la remplirez ?

Monsieur Pallier fit un mouvement d'indignation.

Elle voulut lire la vérité dans les yeux de lady Campbell ; il lui sembla que celle-ci souriait avec mépris.

Elle ne savait que faire ; il fallait pourtant pren« dre un parti.

— Oh I s'ils me trompaient, murmura-t-^lle.

--^ Venez, lui dit monsieur Pallier qui, devinant

son incertitude, voulait la mettre à profit ; je vais vous reconduire; mademoiselle Marie doit vous attendre avec impatience; moi, je suis un bonhomme, ajouta-t-il plus bas. C'est fort heureux pour vous que je me sois trouvé là ; vous m'avez ému» les nobles ne pensent qu'à leur dignité, tandis que des gens comme nous s'entendent à merveille.

^ Vous avez entendu, milady, ce que monsieur Pallier vient de promettre en votre nom ? demanda madame Laurent en revenant sur ses pas.

— Oui, répondit lady Campbell d'une voix sèche; tout ce qu'il fera sera bien fait.

Madame Laurent se laissa entraîner par monsieur Pallier. Mais, arrivée à la grille, elle le pria de la laisser partir seule ; la méfiance venait de rentrer dans son cœur, elle résolut de tenter une autre épreuve.

Monsieur Pallier la regarda s'éloigner. Quand elle fut loin, il poussa un gros soupir comme un homme qu'un point de côté vient de quitter. H remonta les escaliers quatre à quatre et trouva lady Campbell à lamème place où il Tavaitlaisséclls passèrent dans un petit salon et fermèrent la porte pour causer plus librement.

Au moment où un domestique était entré dans le salon et' avait annoncé à voix basse qu'une femme insistait, suppliait lady Campbell de la recevoir» Richard regardait Henriette achever un dessin dans

410 L4 S4fFH0.

Falbum de s^ mère; il y avait près fl'eqx quelques personnes. Lady Campbell et monsieur Pallier sortirent sans qu'oa s'en apprçût.

— T Ahl dit Henriette en s'adreg|sant|p.icliard,i'ai vu mademoisplle Marie Laurei^t, aiyourd'hui : o'est décidémept la perle des brQdeqseg.

— Vous Pavez vue, répondit Richard d'un air inquiet, où cela ?

r-Mais chez sai^ère.

Richard ge troubla.

— Et 1 ui av^?- vous fait pari de mo^ futur bonheiir 7 lui dpn^îipdart-il à voix basse,

Henriette rougit, baissa ]es yeu^^ et répondit ^ur

U même ton.

-r Oui, je croi?; que mou père eu a parlé à propps

de mouchoirs à marquer,

Riehard se redressa pomm^ poussé paruu ressort; il regarda la pendule : huit heures, se dit-il ^ luir même; p'est l'heure de po^ reudez-vous, eljey sera peut-être, il faut que je la voie, que je lui parle. Il se leva, s*exçusa d'être o\Aigé de sortir quelques miuutes.pour une affaire indispensable.

Heuriette lui adressa du fegard un doux reprpfihequ'ilne Yitpas. Ilquitiaprécipi^mmeutle salon, en se demandant ce qu'il allait dire à Marip.

ïl ^e livrât eu lui un combat asse? étrange, il fallait en sacrifier une et son cœur le^ défendait tqutes l§s deux. Il arriva sur le quai où il avait l'habitude de reucontrer Jl^rie, elle n'y était pas. l\ se dirigea

LA 3APH0. m

jju cAtélifi If^ ii^^ison liabitée par fpadame fiaq^enk Marie était assise» immobile; ses yeus: éta^ebt tafis, h paupière rp4ge> une i^atte de cheveux échappée au peigne tombait le loqg de sa joue pâle, §^ lèyre/s lit^pat pourpres et remuaient san3 parler. U eptra copime i^n fiou ; puis s'adre3sant ^ madamp Soûtb^ il lui dit •

— t^sez-nous, je 4é$ire être seule avep mademoîseUe.

^ K^mpiQ madaijie Smith le reg^tdaif j^^^hie, sans }x)ttgieF, ^1 ajouta :

— Je y^m. )ui parler, laissez-nous.

Depuis i^ae heure, la pauvre femqae ne coiQpreQai^ plus rlep 4 0Ut ce qui se passait; elle se pei^pha h roreille de jtfi^rie et lui dei^auda :

-^ Fa#t-il te laisser, B|arie ?

^ jeuQ^ â|iQ fit $igne que oui,

Ël}e sortit sans pl^ercher à 4^viner ; elle pleurait f^fç^ qu'.eU.e fiy^it vu pleurer.

rrrllarie^ di( Richard en s'apprpchant, ne m,e TK^]rezr¥i^8 99/9 ? Pourquoi ne me tendez-vous pas 1^ ja^ cqqiiqye d'habitude ?

T- Parce qup I9 vôtre pe peij^ en contenir d^wx-

r- Ou V0U9 a tout appris, 4it Ricf^ard. Je qjç s^is pi9 i)|^Qtif ; foulezrvous m'entepdre ?

-rr Vo^§ pe ;^¥ez pas mentir, répoodif; Mi^ie avep mm; vo\i§§n^i Umm> c'isstla ^ême chose.

— Ce q^^ vp^s ne s^yez p^ sj^ms dout/s, c\est pp.Mi il M§j{i| ; c'est qgecemaJ'i^g.c s'est arr.^ngé

à mon insu ; c'est qu'on n'a consulté ni ma volonté ni mon cœur.

Les lèvres dédaigneuses de la jeune fille dessinèrent un sourire incrédule.

— Marie, repriWl avec calme, je vous en donne ma parole d'honneur, ne me faites pas Tinjure d'en douter. J'ignorais les projets de ma mère; j'ai éprouvé un grand chagrin : je ne suis pas coupable, les apparences sont contre moi; le hasard, la destinée a fait tout le mal ; que pouvais-je faire ? Désobéir à ma mère !... J'ai été élevé avec les principes de la soumission qui m'ont empêché de discuter sa volonté. Dire à mademoiselle Henriette : je vous refuse, cela eût été grossier, brutal. J'ai cru que le temps m'apporterait une occasion convenable de tout arranger, et je ne voulais vous en parler que lorsque j'aurais eu trouvé un moyen de rompre convenablement. Vous ne me croyez pas, Marie, je vous dis poqrtant la vérité, je ne suis coupable que d'un scrupule. Voyons» donnez-moi votre main, dites-moi quelque chose.

— Et que voulez-vous que je vous dise? reprit Marie d'un air sombre ; si vous vous sentez le courage d'épouser cette femme, épousez-la, c'est un devoir inspiré par l'ambition. Des scrupules, est-ce que vous en avez eu pour moi, quand vous m'avez prise? Vous n'en aurez pas pour m'abandonner ? Si vous ne l'aimez pas, dites-le-lui? si vous m'aimez, épousezmoi ? Vous êtes homme, vous devez avoir une volonté. Je vous aimais hier, mais depuis que j'ai

appris que vous en aimiez une autre, j'ai du fev au cœur. Je devrais vous délester, je vous aime davantage; vivre sans vous, me parait impossible. Richard, je t'aime I Je suis jalouse. Je ne veux pas que tu revoies cette femme I

Marie se redressa, et cette pauvre créature, abîmée sous sa peine, devint grande comme sa passion.

Richard fut un instant étourdi. Mais au lieu de sauver la jeune fille, cet aveu sorti d'une àme ardente la perdit; Il était sûr de son amour; il se mit à raisonner : moi aussi, je Taime, se disait-il, mais qui m'empêchera de la voir chaque jour. Henriette, c'est la fortune ! l'avenir I Marie, c'est Tamour I le plaisir ! Il voulut tenter une épreuve.

—Ta me demaifdes une chose impossible, Marie, et quand même je romprais avec mademoiselle Henriette, je ne puis t'épouser malgré ma mère.

Il la regarda pour voir Tefiet que cette phrase avait produit sur elle.

Marie mit la main sur son cœur. Il lui semblait qu'il venait de se briser. Ses larmes séchèrent en roulant sur ses joues brûlantes.

— Un mariage, reprit Richard timidement, n'est pas toujours un engagement du cœur.

Marie le regarda en face.

— Ne m'avez-vous pas fait assez de mal ? lui ditelle presque résignée. Pourquoi me torturez-vous ainsi? Vous voyez bien que je ne peux pas vous croire. Elle est belle, mademoiselle Henriette; vous

ne lui atrez rien volé de sa chasteté; elle est iiôhe^ et vous voiliez qtie je croie qu'elle he reffl|)ortera pas sur tnoi. Dans un înols ou dedx vous m'abdildonnerez; vous l'àlmerei, si votis he Véimet déjà 5 vous lui donnerez votre nom, votre cœur. ïlé dherchez donc pas à tii'àbuser. L'efspéràilcé trompée fait tant de mal I Je n'duf ai bientôt plus de larmes pottf pleurer, h sotiffrirai les tourments de Tenfer, Itiais vous ne m'eùtendrez jamais crier grâce, parce qilé ma fierté se l'évolte. Oh ! si vous ffl*flviez aimée^ vous atiriez trouvé réponse à tout. Votre vue mé fait mal. Puisque vous m'atez trompée, tout est fini pour moi; partez, ma mère.va rentrer; eUesait tout, les émotions peuvent la ttier. Je veux être seule à souffrir. Partez! ne cherchez pas à vous tromper vous-même; vous he in'avez jamais aimée; je suis la victime d*urie fantaisie. Vous m'oublierez bien vite; ihais moi, oh! inoi, je me souviendi'ai«

Richard garda le silence. Il avait laissé faille le itial, il ne croyait pas aux moyens de le réparer; Les choses étaient tellement avancées qu'il n'osait pit}mettre positivement une rupture avee Henriette. Mênie en amour, on compte moins avec les douleurs d'une pauvre fille.

— Marie, murmura-t-il enfin, réfléchis donc que la naissance oblige, ique le monde a des exigences qui vous i'endent esclave ; qtie ma mère a dit i « Je veux. » Seulement si je^ ne pouvais arrangea les choses, je suis le maître de mes pensées, de mon

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àmour^ il est à toi. Tu quitterai ta mèrë^ j'assurerai son avenir, le tien. Je te terrai chaque jour^ Nous sei*dns heureux. Allons ^ Marie^ du courage^ réfléchis, je te pronoiets de faire tout ce qui dépendra de Mdi \ mais à Fimpôssible nul n'est tenu^ demain til me diras que j'ai raison;

La jeune fille lui motitra la porte d'un geste si impérieux qu'il s'éloigna de quelques pas. Il se rapprocha pour lui prendre la main. Elle le regarda sans haine; il la crut plu&l calme et pensa pouvoir là quitter en lui disant : << Â demain* >i

Il sortit sànâ qu'elle y prit garde. Elle était absorbée par ses souvenirs.

— II me propose d'être sa maîtresse et de le partager avec une autre femme. Est-ce que cela est possible? Est-ce. que pareille chose est jamais arrivée? Je suis jalouse. Est-ce qu'il est possible de vivre avec ce mal qui vous dévore le cœur? Je ne pourrais pas ! s'écria-t- elle en se jetant en arrière et en se tordant les bras. Mon Dieu ! mon Dieu I si je votiS ai dfifehsé, pàrddtinëÉ-niOi ; si je suis digne de votte miséricorde, ayez pitié dfe mdi. Je souffre le martyre; il a menti hier, il mentira demain, il est parti pour ne pas voir mes larmes; il a craint fflës reproches* Il est allé près d'elle. Elle l'attendait sans doute. Ah ! j'aurais dû Tempêcher de sortir, mé ttaînei" à ses pieds... Je n'ai même p^s osé tiie plaindre; il m'aul-a enie indiflSretttè; il me sa- Giifieihâ sans pitié. Ahl ma téte.*< ma tête^ ooiume

416 liA SAPHO.

je souffire. Je veux le voir. Non, s'écria-t-elle tout à coup avec un regard plein de haine. S'il osait encore me dire ce qu'il m'a dit tout à Theure, je mourrais de honte.

Sa chambre lui parut une tombe où elle avait enterré sa jeunesse, son bonheur ; elle étouffait Elle Sortit en courant et se promena quelque temps sur le bord de la mer à la place où chaque jour elle rencontrait Richard. La nuit était noire ; les pensées les plus tristes vinrent troubler son âme. Le vertige s'empara d'elle. Elle écouta Peau qui murmurait à ses pieds et semblait lui dire : « Yiens^ viens, je te donnerai le repos et ToublL »

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