‹ La SaphoChapitre 6 sur 30 · PRENDS CETTE CROIX, MARIÉ · texte numérisé non relu

PRENDS CETTE CROIX, MARIÉ

— Tu l'as entendue? dit Marie, qui s*était leVée pour venir s'api)uyer sur l'épaule de son frère; quand notre mère aTuii devons deux près d'elle, elle désire l'autre. Tu ne peux te jSgurer les tourments qu'elle se donne ; souvent la nuit elle se réveille en larmes; elle m'appelle, elle me raconte un songe, une vision affreuse. Je me lîifets à genoux près de son lit et nous prions ensemble. Oh ! mais il y a quelque temps elle m'a fait bien peur, va ; elle a continué

LÀ ^kPnt). fS

im l-éteî tout éveillée : elle voyait Tuti deirotls deux au fond de la mer ; elle entendait des cris sortir de l'eau, et me disait : «Entends-tu, Marie f... vois-tu éà figure f est-ce Jacques, oil tieJrreî » Le lendemain elle a été malade, et pendant huit jours elle n'a pas iJarié d'autre chose; heureusetnent ({u'elle a reçu ime lettre de Jacques, et que tti es arrivé quitize jotlt's après ; sans cela elle eii parlerait encore. Moi, çâ m'ôtait le coUragé : je pouvais à peine travailler. Quand on est brodeuse, 11 îie faut pas s'amuser, va, e'est uti état éi Ingrat I

— Oui, dit madame Laurent, et quatld j'ai été malade elle passait les nuits à rouvragrfl

Marie mit un doigt sur sa bouche, lui faisant signe de se taire afin de ne pas chagriner son frèi'e ; puis, potlr changer la conversation, elle dit à Pierre :

— Racotite - nous encore quelque chose de tes voyages.

-^ h vous ai tout raconté, répondit Pierre, excepté l'histoire de Joseph bavis, mais elle est bien triste et ça ferait de la peine à la mère.

— Quel Davis? demanda madame Laurent eii cherchatit à se souvenir.

— Tu sais bien, dit Pieri'e, ,ce garçon 'qui iS'était jeté â l'eau pour sauver une petite fille, quoiqu'il ne sût pas nager, et qui, sàris son chien, se serait noyé avec elle ; puis qui s'était caché dans ilii gtenier quand on a Voulu le faire partir ; tu te iSoUviens bien ? on est venu le chercher ici.

— Ah oui, il pouvait avoir quinze ans et voulait être soldat.

— C'est cela même.

— Eh bien, demanda madame Laurent, que lui est-il arrivé ?

— Conle-nous cela, dit Marie, en venant s'asseoir entre son frère et sa mère.

Pierre se gratta le front comme quelqu'un qui hésite; puis, comme il aimait autant à raconter que Marie à entendre, il commença :

— Je l'ai peut-être déjà dit que ses parents étaient riches; moi j'appelle riche avoir les moyens de vivre sans rien faire. Ils avaient deux enfants , deux garçons. L'un avait vingt-trois ans. On l'avait envoyé à Paris pour apprendre le commerce, il apprit à faire des dettes ; on lui écrivait lettre sur lettre, il ne voulait pas revenir. Enfin le père Davis, qui est un brave homme, mais qui ne raisonne pas toujours juste, s'est dit : le plus jeune ne sera pas comme lui, je vais en faire un marin. Joseph avait horreur de la mer. Il paraît qu'il y a des gens comme cela. Il supplia son père d'attendre qu'il eût rage pour prendre du service ; mais le père Davis ne voulut rien entendre. Il vint trouver notre capitaine, fit engager son fils comme mousse, et le recommanda avec sévérité comme s'il était responsable des fautes de son frère. C'est alors qu'il se cacha, mais il fut retrouvé et embarqué de force. Les premiers jours je crus qu'il allait se laisser mourir de

faim, on ne peut pas avoir idée d*un chagrin pareil. Je faisais tout mon possible pour lui faire entendre raison. Mais il y avait à bord beaucoup de marins qui voulaient le faire boire, chanter. Les novices sont des souflFre-douleurs. Les premiers voyages sont pénibles. Il ne voulait pas se coucher la nuit, il se promenait comme une ombre, parce que dans sa cabine on lui faisait des peurs affreuses. Enfin, en passant la ligne, on lui donna le baptême, ça lui causa une révolution, il prit le lit sans pouvoir le quitter. Un jour il se leva comme un furieux et s*élaDça à la gorge d'un de ses camarades, d'un tour de main celui-ci le jeta à terre, mais il ne put s'en débarrasser ; il avait beau le frapper, Davis était accroché à lui comme un crampon de fer. Si je n*é* tais pas arrivé il se serait laissé tuer. Je parvins à les séparer. Je le suivis, mais je ne pus en tirer un mot, seulement il avait une figure étrange. Il tremblait, ses dents claquaient, il pouvait à peine se tenir, il se mit à genoux devant sa malle, en tira un couteau, le mit dans son gilet, puis me dit : « Allezvous-en, je ne vous en veux pas à vous. » Je courus chercher le médecin du bord qui le fit coucher de force ; il avait la fièvre cérébrale, c'était un fou fu- • rieux. Il fallut rattacher, il se débattait si fort qu'il se déchirait les membres. Pour comble de malheur, nous avions du gros temps ; son mal augmentait toujours ; un soir il parvint à se détacher et courut sur le pont en criant : Je veux m'en aller. Arrêtez !

ari*êtez F Puis il chercha à se jeter à la hier. On parvitil eiicorfe à le rattacher. Il criait nuit et jour. Il me recôtitiàiésâit quelquefois et il me disait :.((Vous re— toilfnel'ez âU pays, vous irez voir mon père, vous lui ditez totit ce que j'ai souffert pour mourir, car je vaisinourirbientôt.)) Je lui disais qu'il exagérait son mal, «aais il était tellemetit changé, que je pensais comme lui. Quand il avait son bon sens, ses yeux bleus étaient ternes comme Un jour d'orage. Quand la fièvre le reprenait, son regard ressemblait à des éclairs, alors il ine disait : « Tiens, approche, prends ce cercle de fer qui m'entoure la tête et me brûle le ftont, tu le donneras à nion père, il faut qu'il le tbUche, entends-tu, je veux qu'il lui brûle les maitis. Je voudrais lui rendre tout le mal qu'il me fëit ; s'il était là, je l'enfoncerais avec moi dans la • mer. Je rie veux pas qu'on In'y jette quand je serai mort, entendez-vous I » Et il se débattait ; il a vécu ainsi près d'un mois. Eilfin le bon Dieu a eu pitié de lui, il a repris cette pauvre âme. On l'a recouvert de son drapeaU- national, on lui a dit Uiie îriesse, et tout l'équipage a pHç en lui demandant pardon, car Oii lui avait fait bien du mal.

— Oh ! dit Marie, c'est afifreux d'être ainsi sans pitié pour la faiblesse.

— Et n'est-ce pas aUssi affreux de forcer la volonté d'un enfant en pareil cas ? dit madame Laurent en larmes. Qu'a dit son père, en apprenant sa fin malheureuse î

-** C'abord il ne Voulait pas y croire, il à beaucoup pleuré; puis, -comme il il'avait j)ltis qu'un enfant, il a reporté toiite sa tetidtesse sur lui. Tout ce qu'il fait est bien fait; sa faiblesse pour M se chargera de venger le pauvre Joseph.

Tiens, dit Piètre à sa'sœur, en lui présentant Une petite croix d'argent, prends cette croit, c'est lui (Jui me l'a doniiée la veille de sa mort.

— Tu devrais la garder, dit Marie, moi, je suis ici près de nia mète, je ne cours aucuti danger> au lieU que toi...

— Oh ! Répondit Pierre en riant, moi, je n'ai besoin ni de croix ni de livre ppxxr lUe souvenir dU bon fiieU ; je regarde le ciel...

Minuit sonna letitement.

— Déjà! dit madame Laurent. Mon DleU! les heures s*envôleht.

— Pas toujours, ma bonflé mère, répondit Pierre, en se levant. Va te reposer ; nous avons besoin de fbrc^ poUr demain.

— Je ne pourrai pas dormir, murmura tristement madatne Lauretit, avec un regard suppliant qui semblait dire i reste ericore.

Soit que Pierre ne vît point ce regard, soit qu'il ne voulût pas le cdtiiprendre, il répohdit :

— Il faut essayer, les yeux de Marie se fehnent Inalgré elle.

n les embrassa toutes les deux et sortit en disant:

— A demain I

—A demain I lui dit s^ mère en prenant la lampe presque éteinte ; viens, Marie.

Elles rentrèrent dans leur chambre, et la pièce du rez-de-chaussée devint obscure.

En s'éloignant et remettant au lendemain sa visite à madame Laurent, Richard avait suivi le quai ; il était arrivé à la porte de Thôtel habité par sa mère lady Campbell ; il éprouva comme un frisson avant d'entrer ; en quelques secondes un monde d'idées traversa sa pensée.

Richard était mince, élancé; quoiqu'il fût blond, que ses yeux fussent d'un bleu tendre et que ses favcris naissants ressemblassent au premier duvet d'un oiseau, sa physionomie était énergique. Un sourire plein d'amertume vint effleurer ses lèvres, il pensait à la diflférence qu'il y avait entre lui et son frère aîné, à la triste réception qui l'attendait toujours.

—Que isuis-je, se disait-il— un pauvre enfant arrivé trop tard ; j'ai trouvé une place dans le sein de ma mère, mais non dans son cœur, l'aîné avait tout pris : nom, fortune, amour. Je n'étais pals sorti de l'enfance qu'on m'a fait partir. En m'exposant ainsi au gré des vents, on ne m'a pas pleuré, on ne s'est jamais inquiété de moi, et quand je reviens d'un long voyage où j'ai couru mille dangers, c'est toujours avec la même froideur qu'on me reçoit.

Richard avait un cœur aimant, , une imagination

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ardente ; sans s'en rendre compte il souffrait, il était jaloux, non pas de la fortune que le sort avait accordée à son frère, mais de Paffection et de la tendresse de sa mère.

Lorsqu'il entra dans le salon de lady Campbell, plusieurs personnes Tentouraient ; elle ne se leva pas pour venir à lui, elle lui tendit la main, le présenta et continua sa conversation avec la personne qui se tenait à sa droite. Le salon de lady Campbell, qui passait pour un des plufs beaux de Soutbampton, était vaste et meublé avec le confortable des maisons anglaises^ c'est-à-dire avec un luxe sans goût. Les Anglais n'apprécient pas les objets d'art.

Lady Campbell était très-grande, extrêmement maigre ; ses cheveux, qui le matin laissaient voir le givre des années, arrangés en grands bandeaux bouffants, semblaient encore noirs à la lumière et dissimulaient une partie de ses rides; son nez était droit, sa bouche pincée, ses dents étaient encore assez blanches.

Elle portait un bonnet à fleurs, une robe de damas violet; des rubans de velours au cou, au poignet, attachés avec des boucles d'acier achevaient sa toilette. Richard était resté debout auprès de la cheminée; il examinait en silence les personnes que lady Campbell venait de lui présenter. Monsieur Pallier, qui causait avec elle, paraissait avoir cinquante ans; il était petit, d'un embonpoint exagéré; ses membres semblaient trop courts pour la grosseur de sa tête

et de son buste, soi^ front ptait large etrecouyert de quelquçjs cheveux rares arrangés ayec ^oin; ses gro^sps lèvfes yiolettps s'^gilaiept ponstamn^ent, son large menton fatigué par le rasqir q.vai|; ane teinte rouge^tre qui trcwchait si;r sa crayate blp^pplie; sa chemise était fermée par, des diamants ^ros comme des noisettes. A la fii^ de chacime de ses phr^^ses il pe caressait le pie^ton pour montrer sp§ maifis couvertes de bagues oji ramenait pur spn craue dénudé son unique mèche de [cheveux qui s'obstinait à lui redescendre sur la nuqu^t

Monsieur Pallier était pé à Bordeaux et y gavait fait une grande fortune ; mais tout le monde say^ff; que roopsieur Pallier, le fiche ari^ateur, av^if été pommissionnaire sur le port, e\ T^ristgcratie marcbandcv qui est bien î)lus orgueilleuse que la vieille noblesse, refusait de le receyoin les portes restaiept fermées devant un homme qui se croyait plus d*inaportance qu'un souverain. '* «

Monsieur Pallier avait deux filles charmantes, n mais trop jeunes alors pour être recherchées,

Pressé de jouir des privilèges de la fortune, ayant l'aplomb que donne Targent, il s'était dépaysé ftftn de voir le beau monde, comme iU'appelait, ne dpuiant pas qu'il devait y figurer avec avantage, et il était venu s'établir à Southampton avep ises deux filles et le fils de son frère, mort à Paris,

Paul Pallier était d'une taille moyenne, d'uijp physionoitue ordinaire^ il ex^gér^t le^ manières et

les ino^es anglaises, et à force de s'entepdre dire par son oncle : Monsieur, quand on s'appelle Pallier ! Paul s^était cru un grand personnage.

Lady Campbell, si difficile dans le choix de ses amis, ayait prié l'armateur de regarder s^ maison comme la sienne, et il usait largement de la permission.

L'orgueilleuse I^dy avait ses motifs pour en agir ainsi.

Elle avaif trois fils et sjr Young, Taîné, devait épouser Léonie Pallier ; il était en voyage. Hqnri , le plus jeune, était au collège depqis un mois.

M. Pallier destinait Henriette, sa fille aînée, à son neyeu. Elle était à Londres avçc sa sœur, et sa gouyemante pour faire les emplettes nécessaires à leur mariage.

— Mon neveu et moi, nous alloivs prendre congé de vous , belle lady, disait M. Pallier, en tournant dans ses mains son chapeau à larges bords. La

^yeillée fatigue vos beaux yeux. Quand je suis chez vous , je ne puis me résoudre à vous quitter ; vous êtes si aimable,

— Il est très-fâcheux que mon fils ne soit pas ici ; répondit lady Campbell avec son flegme ordinaire ; nous .aurions pu terminer nos affaires d'intérêts ; il faut que Richard assiste au mariage de sir Young.

— Vous me comblez de joie , disait Pallier en faisant des saints que son embonpoint rendait difficiles ; mes deux filles notariées le même jour à

des gendres de mon choix, je suis le plus heureux des pères I

El il serrait avec transport les mains de son neveu.

— Décidément, mon oncle, interrompit brusque* ment Paul, qui était rarement à la conversation, vous m'achèterez deux chevaux alezans, je les préfère aux gris, c*est plus distingué.

Puis, s'adressant à Richard :

— Aimez-vous les chevaux alezans ? Vous devez avoir bon goût.

— Moi I répondit Richard, je ne me lyonnais pas en chevaux.

— C'est vrai , dit Paul , j'oubliais que vous êtes marin, et je vous supposais les goûts de votre frère. Ohl quant à lui, il aime les chevaux pour deux, et cela doit lui avoir coûté cher. Ah I ah I ajouta-t-il plus bas, je crois que mon bonhomme d'oncle aura fort à faire avec nous ; d'abord je ne permettrai pas à mon beau-frère de l'emporter jamais sur moi.

Un sourire, qui ressemblait à du dédain, vînt

effleurer les lèvres de Richard.

— Je m'en rapporte à vous pour faire préparer les actes, dit lady Campbell ; je ne veux pas, en cas de mort, qu'il y ait des différends entre nos familles ; quoi qu]il arrive, les biens seront aux survivants des époux.

— C'est convenu, répondit monsieur Pallier, un

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homme comme moi n'a qu'une parole, demandez à mon neveu. Allons I il faut faire un effort pour vous quitter, j'aurai Thonneur de vous revoir demain.

L'oncle et le neveu échangèrent avec tout le monde la poignée de main de rigueur et sortirent.

Quand la porte fut refermée derrière eux, lady Campbell s'adressa à Richard :

— Eh bieni vous ne dites rien de ces messieurs, est-ce qu'ils ne vous conviennent pas ?

-— Pardon, madame, répondit Richard qui sem« blait sortir d'une rêverie, je crois ces messieurs très-bien, et puisqu'ils sont de vos amis je ne me permettrai pas de penser autrement.

— Oui, dit lady Campbell, c'est un bon mariage pour mon fils, du moment où il se fait dans les conditioDS que j'ai posées moi-même. Young n'a jamais Youiu vivre ici, il n'aime que Londres, et pour y porter dignement son nom, il a été obligé à de grandes dépenses. Mais il est raisonnable, et il a consenti à ce mariage sans me faire d'objections; du reste, ces jeunes personnes sont charmantes ; leur mère est morte atteinte d'une maladie de poitrine ; on ne sait pas ce qui peut arriver; que mon fils donne son nom à mademoiselle Pallier, cela peut trouver son excuse, si la fortune reste dans notre famille.

En achevant ces mots, lady Campbell se leva raide comme une statue; tout le monde prit congé d'elle; son bonsoir fut aussi indifférent pour son fils Richard que pour les autres. Le jeline homme rentra

â6 l^X SAPHO.

^^^ ^01^ appartement. Unç fois seul U sovprpmeua fi grands pas et donna un libre cours h SQS réflexioniit

— Je partirai, se disait-il, mais Qctte fois pour ne plus revenir ; on finirait par me rendre envieuse

Richard {)assa une miit fort agitée, et il se ley» de g[rapd matin pour aller cliez madaqiQ Laurent-

Pierre aussi avait mal ^oxm, son çouragp 4e la veille éts^it fectip^ ; il s'éveilla au point du jqur, sa mère et Marie rattendaieqt»

— Alloi^s, dit Pierre, il n'y a plus à reculer.

— Allons, mi^rmura madame Laurfint, il le f^ut,

partons !

Pierre s élança au devant de la porte el lui b?^rra le passage.

— OJi ! pour eelfi^, non, dit-il, je ne veux pas que vous m' accompagniez , vous me feriez piourf^r oomme la dernière fois et l'on se moquerait encore de moi ; et puis quand le vaisseau s'éloigne ^t que je vous Vois à terre, ça m'arrache le cœur. Si yoii§ m'aimez, restez ici.

Il prit sa mère et sa sœur dans ses bras et les embrassa,

— Va, lui dit madame Laurent, à qui les forces manquaient sans doute pour insister; va, mou Pierre, que le bon Djeu soit avec toi et te ramène auprès de nous.

Pierre, profitant de ce moment de résignation, conduisit sa mère à son fauteuil, la fit asseoir, Tembrassa encore, fit signe à sa sœur de veiller sur elle.

prit son paquet et courut vers la porte. Marie étendit ses deux bras vers lui en disant : « Ah ! et moi, tu ne m'embrasses pas?»— Pierre s'arrêta, éa sœur se jeta à son cou. Il l'enleva de terre et la tint quelques secondes sur son cœur.

— Neuf heures 1 dit-il en se sauvant, oh ! je serai puni !

Madâihe Laurent semblait en léthargie ; elle regardait sans voir, elle écoutait sans entendre. Marie se laissa glisser à ses pieds, elle appuya sa tête sur ses genoux et la regarda sans interrompre sa rêverie; mais les cris, les hourras poussés sut le quai arrivaient à elle apportés par le vent. Elle se leva en disant :

— Mais je suis folle de restet là, je Veux le voir encore. Viens, Marie.

Marie ne bougea pas, elle écoutait.

— Non, dit-elle en faisant asseoir sa mère, il est déjà loin; restons ici, il nous en a priées.

Madame Laurent ne répondit pas, elle pleurait. . En ce moment, Bichard parut sur le setiil de la porte et regarda pendant quelques instants ce pauvre intérieur, sans oser entrer.

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