II. faut qu'il recommence
O musc, que Rothschild est pauvre. — Au bois, l'été, Jamais le soleil jaune
Ne Ta vu. C'est pourquoi je suis souvent tenté De lui faire l'aumône.
Un avocat lire un financier d'un mauvais pas. Celui-ci, pour le remercier, l'invite à dîner, et comme l'avocat s'extasie sur la qualité d'un vin : « Oh ! dit le financier, j'en ai un bien meilleur que je réserve pour les grandes occasions. — Je comprends, reprend l'avocat, vous me le ferez boire quand je vous aurai tiré des assises. »
D'un député :
Adieu, divertissant budget.
Qui, cinq mois, fîtes mes délices ;
Adieu, réformes en projet,
Comptes d'années ou d'exercices ;
Adieu, balances du Trésor,
Déficit, énigme attristante.
Et toi, sur qui je flotte encor.
Adieu, chère dette flottante.
Adieu, tabacs, huiles, boissons,
Douanes, sel, transit, contrebande ;
Adieu, tarifs de vingt façons,
Nous paierons tout ce qu'on demande
Tout est débattu, discuté,
El bientôt le contribuable
Verra que la Chambre a volé
CENS ET CHOSES d'arGENT. 39
Un budget vraiment impayable.
Vous qui nous avez tant irrité, Adieu, cadastre parcellaire ; D'une impossible égalité Nous abandonnons la chimère.
De maint autre abus, j*en conviens, La plainte est encore éludée ; Mais les recouvrements vont bien Et la dette est consolidée.
Adieu Paris, lieu destructeur Où, peu choyé du ministère, Et fidèle au restaurateur.
J'ai mal restauré mes affaires.
Après avoir voté l'impôt Et tous les centimes d'usage.
Je vais manger la poule au pot, S'il en reste dans mon village !
A la princesse de Polignac, née Mices : A certain prince qui voulait S'encanailler dans la finance Son beau-père futur disait :
« De l'honneur de noire alliance Je suis vraiment très satisfait.
Mais votre faubourg est sévère Et notre famille est d'un sang
^^ GENS ET CHOSES d'aRGENT.
Que chez vous Ton n'estime guère.
— Ce scrupule est une misère, Dil le prince en se rengorgeant.
J'ai du sang pour trois, cher beau-père.
— Alors terminons notre affaire, Moi, prince, j'ai du trois pour cent. »
R. de Beauvoir.
Si l'on remontait à la source Des biens nouvellement acquis.
On retrouverait à la Bourse Ceux qui nous la coupaient jadis.
L'histoire nous dit qu'autrefois On pendait les voleurs en croix.
Aujourd'hui les temps sont meilleurs, Car on pend les croix aux voleurs.
Aux dépens de ses jours, du matin jusqu'au soir. Sans cesse travaillant, courbé sur son comptoir. Par trente ans de travaux, de peines, de misère, On acquiert à un fils le droit de ne rien faire.
Dans les fonderies d'argent, comme souvent dans la vie, je dus me contenter de la vue seule de l'argent. Je ne fus pas plus heureux à la Monnaie où je pus voir comment on fait les écus. A la vérité, je n'ai pu aller plus loin en aucun temps. En pareille occasion, je n'ai jamais eu que la vue, et je crois que, si les thalers pleuvaient du ciel, je n'en attraperais que des trous à la* lêle, pendant que les enfants d'Israël ramasseraient joyeusement la manne argentme. Avec un sentiment ou s'alliaient comiquement le respect et une tendre émotion, je considérais les thalers nouveau-nés et briJlants ; j'en pris un dans la main qui' sortait de dessous le balancier et lui dis : « Jeune thaler ! quelle destinée l attend ! que de bien et de mal lu feras ! combien de fois iras-tu protéger le vice et raccommoder la vertu ! que d'orgies, de honteux marchés, de mensonges et de meurtres se feront par toi ! avec quelle rapidité tu courras sans relâche par des mains sales et propres, pendant des siècles, jusqu'à ce qu'enfin, chargé de fautes et rassasié de péchés, tu te réunisses aux liens dans le sein d'Abraham qui te fondra, t'épurera el t'appelera à une nouvelle et meilleure existence. »
H. Heine.
On a prêté ce mot au vieux baron de Rothschild. Eugène Pcreire lui aurait dit, dans un mouvement de colère : « Moi aussi, si j'avais voulu, je serais baron.— Non, dans la finance, il y a des barons ; dans l'industrie, iJ n'y a que des chevaliers. »
42 GENS ET CHOSES d'aRGENT.
Rothschild (baron James) :
On annonce un duc dans un moment où Rothschild était fort occupé. « Veuillez prendre une chaise, Monsieur, fait-il de son bureau. — Je suis le duc de... reprend le visiteur formalisé. — Eh bien ! prenez-en deux. »
D'un financier :
« Les actionnaires sont le plus souvent des moutons, quelquefois des tigres, mais toujours des bêtes. »
Sur Fould
Otez ri pour voler, Le D. pour jouer.
Il reste ce qu'il est.
Lorsqu'après ses démêlés avec le Crédit foncier, le baron de S. fut tiré d'embarras, il s'en fut remercier ses avocats. En l'écoutant, l'un d'eux, Laurier, dit-on, répétait : « C'est dommage. » Et comme le baron s'en étonnait : « Ah ! baron, vous êtes si aimable dans l'adversité. »
Georges dont les grands biens sont une nouveauté Et qui fut autrefois mon petit locataire. Enseigne le respect à la propriété, A présent que ses vols l'ont fait propriétaire.
Andrieux.
GENS ET CHOSES d'aRGENT. 43
Un oncle gourmandant son neveu, lui dit : « Tu fais des dettes partout ; tu dois à Dieu et au diable. — Précisément, mon oncle, vous venez de citer les deux seuls êtres auxquels je ne doive rien. »
Ces maltoliers, disait Fabrice, Ont le cœur plus dur que du fer,
Ils n'écoulent jamais ni raison ni justice ;
Rien ne peut assouvir leur extrême avarice ;
La rapine et l'orgueil les mènent en enfer.
Voilà, dit Amynthas> leur fidèle peinture. L'enfer est fait pour ces brigands ; Mais ils y vont à nos dépens Et nous en payons la voiture.
Des marquis suivant la leçon, Je fais des chansons et des dettes ; Les premières sont sans façon, Mais les dernières sont bien faites.
Marquis de Ch.
Quand Aguado mourut, laissant quarante millions, Rothschild dit : « Ce pauvre Aguado, je le croyais plus à son aise. »
44 GENS ET CHOSES d'aRGENï.
Un parvenu roulait carrosse. « C'est, dit quelqu'un, un des hommes les plus adroits que j'aie jamais vus ; il a sauté du derrière d'un carrosse en dedans, en esquivant la roue. »
Un bohème de la politique, dans des embarras d'argent, est conduit par un ami chez un banquier à ([ui il demande trois mille francs. Celui-ci finit par lui en donner mille qu'il était bien C(mtain de ne pas revoir. A quelque temps de là, le bohème disait : « Si encore un toi me payait les deux mille francs qu'il me doit. » C'était du banquier dont il parlait.
A l'époque de la création du chemin de fer du Nord, en 18il, le baron de Rothschild dit à un de ses amis: « Je deviens fou. » — Je le croirai, dit celui-ci, lorsque je vous verrai jeter votre argent par les fenêtres. — Eh ! je ne le jette pas, et c'est en cela que je suis fou. »
De Rothschild :
« A la Bourse, il y a un moment où, pour gagner, il laut parler hébreu. »
Calvet-Rognat demandait au vieux Rothschild pourquoi la rente avait baissé la veille. « Est-ce que je sais, moi, pourquoi il y a de la hausse ou de la baisse ? Si je le savais, j'aurais fait ma fortune. »
Comme on admirait les diamants de la Païva, elle dit : « Oui, jVn ai là pour plus de cent francs de rente par jour. »
Une vieille actrice très connue disait à quelqu'un : « J'ai qua ranle mille livres de rente : je vieillis avec dignité. »
Turgan disait à Toto Gautier : « Vois-tu, pour gagner de l'argent, il ne faut pas être de ceux qui travaillent ; il faut s'arranger pour être de ceux qui font travailler. »
D'un banquier :
ft 11 y a trois sortes d'habiletés. La première consiste à cacher ses projets ; c'est à la portée de tout le monde. La seconde consiste à feihdre des projets imaginaires ; c'est plus compliqué. La troisième consiste à dire franchement ce qu'on veut faire. Personne n'y croit. C'est la bonne méthode, c'est la miennv?. » Il employait les trois.
Si on avait assez de fonds pour acheter toutes les consciences
ce qu'elles valent et les revendre ce qu'elles s'estiment, ça serait,
ça, une belle affaire.
Gavarni.
« Oui, Madame, j'avais vingt ans et mon père, pour me forcer h revenir habiter la province, me coupa les vivres ; il ne me donna
plus que cinquante francs par mois. — Et vous viviez avec cela? s'écrie la dame émue. — Je crois bien, Madame, et je trouvais encore moyen de faire des dettes ! »
L'héritier va pleurant le mort Pour la vieille coutume ensuivre :
Mais, si le mort retournait vivre, L'héritier pleurerait plus fort.
Mermet.
Un homme en mourant fit venir un procureur, un sergent, un meunier, un tailleur et dit : « Seigneur, vous êtes mort entre deux larrons, et moi j« meurs entre quatre. »
Testament :
« Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, Ainsi soit-il. Je n'ai rien, je dois beaucoup ; je donne le reste aux pauvres. »
Un avare souffrait beaucoup d'un mal de dent ; on lui conseillait de la faire arracher : « Ah, dit-il, je vois Bien qu'il faudra que j'en fasse la dépense ! »
Un avare disait un jour : « On en veut toujours à nous autres, pauvres riches ! »
GENS ET CHOSES d'aRGENT.
Par testament, dame Denise, Quoiqu'elle possédât un ample revenu, Ordonna que son corps fut inhumé tout nu,
Pour épargner une chemise.
Un avare ayant appris que quelqu'un avait hérité de cent mille livres de rentes, s'écria : « Comme il va pouvoir épargner ! »
Allons, bon, disait un avare, je sors avec un parapluie neuf, et voilà qu'il pleut ; je n'ai vraiment pas de chance !
« Prétez-moi donc dix écus. — Mais, Monsieur, je ne vous connais pas. — El c'est à cause de cela. Tous ceux qui me connaissent ne veulent pas me les prêter. »
« Un Tel, avez-vous cinquante dollars ? — J'ai toujours cinquante dollars. — Oh ! tant mieux ! Figurez-vous, etc. — Mon cher, comprenez-moi bien, j'ai cinquante dollars, mais je ne vous les prêterai pas, et cela pour trois raisons : la première, c'est que je pourrais les perdre ; la seconde, c'est qu'il est probable que je me brouillerais avec vous, et que je liens à votre amitié ; la troisième, c'est que je vous rends un service dont vous me serez un jour reconnaissant, en vous apprenant qu'on ne doit jamais avoir besoin de cinquante dollars. »
« Quelqu'un vient trouver un banquier et lui dit : « Je vais bien vous étonner, je ne vous connais pas, et je viens vous emprunter telle somme. — Et moi, je vous étonnerai davantage, je vous connais et je vous la prête.»
A propos d'un financier. « M. X. ? attendez donc, il a été mêlé à une sale affaire, mais je ne me souviens plus s'il a volé ou s'il a été volé. »
A propos d'un maître chanteur :
On disait à quelqu'un : « Un Tel a une dent contre vous, — Oui, je le sais, il veut se la faire aurifier. »
Un financier à son fils : « Vois-tu, mon enfant, dans notre monde, il est deux qualités indispensables ; l'honnêteté et l'habileté. — En quoi consiste l'honnêteté ? — A remplir tous ses engagements. — Et l'habileté ? — A n'en prendre aucun. »
Deux banquiers se querellaient : « Apprenez, Monsieur, que je suis incapable de commettre une mauvaise action. » L'autre riposta : « C'est bien assez d'en émettre. »
A propos de la composition d'un portefeuille de valeurs financilères. « Quand on a des valeurs de tout repos, on ne mange pas ; quand on a des valeurs qui rapportent, on ne dort pas. »
GENS ET CHOSES d'aRGENT. 49
On parlait dans ua cercle de la métempsy chose. Un financier se mil à dire : « Je me souviens d'avoir élé veau d'or. — Vous n'avez perdu que la dorure », lui répondil-on.
Un pauvre poursuivait un passant le long du Pont-Neuf. « Au nom de saint Pierre, disait-il. Au nom de saint Joseph, de la Vierge Marie, de son divin Fils. Au nom de Dieu » et le passant allait toujours. Arrivé devant la statue : « Au nom de Henri IV ». — Tiens, répond le passant, voilà un louis d'or. »
Un aveugle du Pont Neuf :
Chrétiens, au nom du Tout-Puissant, Faites-moi l'aumône en passant.
L'aveugle qui vous la demande Ignorera qui la fera, Mais Dieu, qui voit tout, la verra ; Je le prierai qu'il vous la rende. »
Piron.
Certain gascon pressé d'argent Vint dire au bon Fleury : « Je suis votre parent, Monseigneur. — Mon parent ! — Oui, répondit le drille, Je le suis. — Par où donc ? — Eh ! du côté d'Adam. » Lors, le prélat, d'un sou le régalant,
50 GENS ET CHOSES d'aRGENT.
Lui dit : « Cousin, passez dans toute la famille Et que chacun vous en donne autant. »
L'abbé de Reyrac.
De La Condamine :
Sire Harpagon, confondu par le prône De son pasteur, dit : « Je veux m'amender, Rien n'est si beau, si divin que raumônc Et de ce pas je vais.,, la demander.
Un petit maître après mauvaise chance, Sortait du jeu, la tabatière en main.
Un gueux passait, qui vint à lui soudain, Lui demandant l'aumône avec instance.
Des deux côtés, grande était l'indigence. « Il ne me reste, ami, dit le joueur, Que du tabac. En voux-tu ? — Serviteur, Répond le gueux qui n'était pas novice ; Nul besoin n'ai d'étcmuer. Seigneur.
Chacun me dit assez : « Dieu vous bénisse ! »
Un mendiant demandait l'aumône à Marivaux. « Comment, lui dit colui-ci, étant fort et robuste, ne travaillez-vous pas ? — Ilélas, Monsieur, répondit le mendiant, je suis si paresseux. »
GENS ET CHOSES d'aRGENT. 51
Le comte Pillet Will reçoit un mendiant qui Tapitoye sur le sort de sa femme et de ses enfants. II lui fait l'aumône plus largement qu'il n'est d'usage. Sortant quelques instants plus tard, le comte trouve son homme à la porte d'un cabaret attablé devant des huîtres et ne peut s'empêcher de le luij reprocher. « Monsieur le comte, répond l'autre, vous avez raison, mais veuillez m'écouter. Quand je n'ai pas d'argent je ne peux pas manger des huîtres ; quand j'ai de l'argent, je ne dois pas manger des huîtres. Alors, quand mangerai- je des huîtres ? »
M. d'Angoulesme demandait à M. de Chevreuse : « Combien donnez-vous à vos secrétaires? — Cent écus, dit M. de Chevreuse. — Ce n'est guère, reprit-il, je donne deux cents écus aux miens ; il est vrai que je ne les paie pas. »
Quand ses gens lui demandaient leurs gages, il leur disait : « C'est à vous d'y pourvoir ; quatre rues aboutissent à l'hôtel d'AngouIôme,vous êtes en beau lieu ; profitez-en si vous voulez. »
Des courtisans s'enlretenant des affaires de leurs maisons et des gages qu'ils donnaient à leurs domestiques, et surtout à leurs maîlres-d'hôtel, un d'entre eux dit qu'il donnait cent pistoles au sien ; un autre dit qu'il donnait deux cents. « El moi; dit un de ces messieurs, je renchéris par-dessus vous tous, car je donne quatre mille francs au mien. — Cela est exorbitant, disent les autres, et jamais on n'a donné tant à un maître-d'hôtel. » Quelqu'un de la
52 GENS ET CHOSES d'aRGENT.
compagnie s'avisa de lui demander : « Mais le payez-vous ? — Oh non ! dit-il. »
Ménage.
Le maréchal de Biron voulait donner tant à son maîlre-d'hôlol pour qu'il ne le volât point. « Monseigneur, lui répondit cet homme, à ce prix là, j'y perdrais. »
On dit que le contrôleur général a eu l'imprudence de dire au roi que, dans Paris, le pain ne valait que dix-huit deniers pour les pauvres et deux sous six deniers pour les riches, et que le marquis de Souvré, qui était présent, s'écria : « Ah ! mon Dieu î que je suis volé ! » Le roi lui ayant demandé ce qu'il voulait dire : « Sire, mes gens me comptent depuis longtemps le pain à cinq sous. »
Barbier (1740).
Au jour de l'an, le cardinal Dubois recevait les hommages de sa maison et donnait des étrennes proportionnelles aux emplois. Lorsqu'arrivait l'intendant : « Monsieur, je vous donne ce que vous m'avez volé l'année dernière. » Et l'intendant se retirait avec une profonde révérence.
Uu grand seigneur espagnol s'ennuyant, demanda un jour l'état de dépenses journalier de sa maison et y remarqua chaque
GENS ET CHOSES d'aRGENT. 53
jour : « por si pasa ; tant ». SurprÎB, il fait venir l'intendant et lui demande ce que c'est. « Monseigneur, vous ne le verrez plus. « No pasa. »
Un intendant portait en compte : « Item, pour un pûté de cinq sous : Dix sous. »
M. de Talleyrand menait grand train. Un jour qu'il trouvait apparemment que sa maison se relâchait, il dit à sa nièce, la duchesse de Dino : « Gâche-t-on ici ? — Mais oui, répond la duchesse, prenant l'observation pour un reproche, etc. — Pas assez, qu'on gâche davantage. »
a Voilà quinze jours que l'argent me manque, disait un intendant à un grand seigneur. — Ah ! et comment as-tu fait ? — J'ai fait de mon mieux. — C'est très bien, fais encore de même. »
Un officier que la fortune du jeu s'était acharnée à persécuter, perdit une grosse somme. Transporté de fureur, il cherchait quelqu'un qui voulût se couper la gorge avec lui ; personne ne se présenta ; il se jeta dans son fauteuil où il s'endormit. Un autre joueur qui survint, ayant essuyé les mêmes revers, entra dans des transports de rage aussi violents et fit un pareil défi à l'assemblée. On lui dit, en lui montrant le premier joueur :
54 GENS ET CHOSES d' ARGENT.
« Voilà un officier qui a le môme dessein que vous ; vous pouvez vous battre avec lui, si bon vous semble. » Il alla éveiller son athlète et lui fit sa proposition. L'officier, dont la fureur était calmée, lui dit : « Monsieur, croyez-moi ; dormez comme moi dans un fauteuil, une petite heure seulement, et je vous réponds que vous perdrez Tenvie de vous battre. »
Un joueur ayant perdu son dernier écu, disait : « Il ne peut pas y avoir un Dieu ! car, s'il y en avait un, il ne me persécuterait pas ainsi, car je ne suis ni un juif, ni un mahométan, ni même gentil. »
Un jour que le chevalier de Roquelaure jouait et perdait, il blasphéma tant qu'un orage étant survenu, tout le monde eut peur et se relira ; il demeura seul à renier et disait en regardant le ciel : « Tonne, tonne, mordieu, tonne ; tu penses me faire peur ! »
Un jour que M. d'Ablancourt jouait, son laquais le vint tirer par derrière ,lui disant : « Mordieu ! vous perdez là tout noire argent, et, tantôt, vous me viendrez battre. »
« Jouerez-vous éternellement.
Vous qui jouez si malheureusement, Disait une dame à son père ?
— . Je quitterai le jeu, repril-il en colère.
Quand vous quitterez vos amours.
— Oh ! le méchant, dit-elle, il veut jouer toujours I »
Les plaisirs sont amers sitôt qu'on en abuse.
Il est bon de jouer un peu.
Mais il faut seulement que le jeu nous amuse.
Un joueur, d'un commun aveu,
N'a rien d'humain que l'apparence ; Et d'ailleurs, il n'est pas si facile qu'on pense D'être fort honnête homme et de jouer gros jeu. Le désir de gagner, qui nuit et jour occupe.
Est un dangereux aiguillon.
Souvent, quoique l'esprit, quoique le cœur soit bon.
On commence par être dupe,
On finit par être fripon.
On parlait contre le jeu et du temps qu'il faisait perdre. « Oui, (lit une joueuse, on perd tant de temps à battre les cartes ! »
Un jour que la maréchale Lanncs jouait devant l'Impératrice et perdait, elle pousse tout l'or qu'elle avait devant elle et dit : « Je m'en f... tout y va. » Voyant au murmure qui s'é'lève qu'elle avait dit une sottise : « Je me trompe ; non je ne m'en f... pas ; mais tout y va tout de même. »
^^ GENS ET CHOSES d'aRGENT.
Affiché sur une porte de Frascati :
Il est trois portes à cet antre :
L'espoir, Tinfamie et la mort.
C'est par la première qu'on entre Et par les deux autres qu'on sort.
Whisl. Chanson dans Y Improvisateur de Sallustin (180C) Whist aimable, Whist séduisant,
Tu charmes ma bergère ; Le goût de ton amusement A pris jusqu'à Cylhère.
Ta marche ressemble aux amours.
Un vrai soin l'environne ; C'est le côté du cœur toujours
Qui dirige la donne (1).
Hymen peut te regarder noir
Par juste antipathie, Car, qui ne fait que son devoir (2),
Chez toi perd la partie.
Tes tableaux offrent à nos mœurs Des traits philosophiques,
(1) On donne à. gauche.
(2) Le devoir est de six lovées. Pour gagner, il faut en faire sept.
Le hasard donne les honneurs (1), Le savoir fait les triques (2).
De la retourne tout dépend ;
Apprenons à nous taire ; On tâte, on s'invite, on s'entend
Avec sa partenaire.
Belles, pratiquez ma leçon,
Employez l'artifice :
Moins on montre son singlelon (3)
Plus il rend de services.
Afin de plaire à notre ami
Ayez quelque renonce ; Au point de huit, on fait un cri
Qui mérite réponse (4).
Pour faire le schélem fameux (5)
Mettez chacun du vôtre.
On n'obtient le triomphe heureux
Qu'en s'entr'aidanl l'un l'autre.
(1) La tierce ou quatrième majeure.
\i) Le3 mains ou levées au-delà de six.
(3) Carte unique dans Tune des couleurs.
(4) A huit levées, on interroge son partenaire pour savoir s'il a un honneur
(5) Toutes les levées.
r>8 GENS ET CHOSES d'aRGENT.
Etes- VOUS malheureux ? phasez (1) De Paphos, c'est l'usage.
Après le reber, relirez (2) :
La fortune est volage.
Whist :
Sur votre jeu rangé, compté, faites d'avance, D'après sa force, un plan d'attaque et de défense.
Montrez au partenaire en quoi vous êtes fort Et mariez vos jeux d'un commun accord.
Dans sa longue couleur, par l'invite on commence, Ou mieux par quelque carie offrant une séquence.
D'entamer les couleurs, sachez vous abstenir, Souvent le gain du Trik dépend du voir venir.
Qui joue un singlelon est traité de mazette ; Évitez-en l'abus, mais bravez l'épithète.
Comptez chaque couleur, rappelez-vous surtout Et le nombre restant, et le maîlre en atout.
Faites avec prudence usage de l'impasse ; Assurez-vous du trik qui fuit si la main passe.
(1) Phaser, c'est changer de jeu.
(â| Le rober ou robe est la fin de la partie, après quoi, on tire les cartes de nouveau.
L'usage seul apprend à couper à propos ; Mieux vaut laisser la main que de couper à faux.
Observez de chacun l'invite et la réponse Et la carte qu'on jette ayant une renonce.
Savoir jouer atout assure des succès.
On pèche par défaut plutôt que par excès.
Ménagez votre jeu, rendez par des finesses
Pour les dernières mains plusieurs cartes maîtresses.
Un habile joueur sait varier son jeu,
Aux maximes, il tient, mais ni trop, ni trop peu.
Si vous n'êtes pourvu d'une bonne mémoire, Laissez-là, croyez-moi, le whist et son grimoire.
On prête à Blanc, le fondateur de Monte-Carlo, le mot suivant : « Que ce soit rouge ou noir qui sorte, c'est toujours Blanc qui gagne. »
Quand un joueur gagnait de fortes sommes on venait en prévenir Blanc, qui se contentait de demander : « Reste-t-il assis à la table ? »
La mère de François P', Louise de Savoie, s'écria, quelques jours avant sa mort, en apercevant une comète : « Voilà qui ne m'annonce rien de bon, car Dieu ne fait paraître ces astres-là que pour nous autres grands. y>
Charlcs-Quinl, pour terminer le différend qu'avaient deux femmes pour le pas, fit celte ordonnance : « Que la plus folle passe devant. »
On disait à Eunigag, qu'un certain glorieux avait disputé contre un gentilhomme, et que lorsqu'on lui montrait que celui auquel il avait affaire était de noble extraction et du bois dont on fait Ifs gentilshommes, Eunogag ne put se tenir de dire: « Il est vrai, niais, quand on le fit, le bois se trouva pourri. »
li y a une famille de Ponce qui prétend descendre en ligne 'liiecle de Ponce Pilate. Un de cette famille, gentilhomme aussi
rustre que boufH de celte extraction, passant un jour devant un crucifix : « Est-il possible, dit-il qu'un de mes ancêtres ait si fort maltraité cet honnête gentilhomme I »
Un serviteur du duc d'Orléans, homme sans éducation et de
mœurs grossières, demandait à son maître de l'anoblir. — Cela se
fait en France en achetant des fîefs, seul moyen de mener sur ses
terres, la vie d'un noble. — Le duc connaissait bien son homme.
« Je pourrais facilement te faire riche, lui dit-il, mais noble,
jamais. »
Pogge.
Bazinièrc fit mettre des couronnes à son carrosse, du temps qu'elles étaient moins communes qu'elles ne sont ; ce fut en se mariant. Depuis, quelqu'un, en parlant de la mulliludc des manteaux de duc qu'on voyait, dit devant Mademoiselle : « Je ne désespère pas que Bazinière n'en mette un. — Non, répliqua-t-
elle, il ne mettra qu'une mandille » (1).
Tallemanl.
Mlle de La Rochefoucauld disait au duc, son neveu: « Menanda, mon neveu, la maison de La Rochefoucauld est une bonne et ancienne maison, elle était de plus, de trois cents ans devant Adam. — Oui, ma tante, mais que devinmes-nous au déluge ? — Vraiment, croire le déluge ! disait-elle, en hochant la tête, je m'en
(4) Le manteau court des laquais.
rapporte. » Elle aimait mieux douter de la Sainte-Ëcriture que de n être pas d'une race plus ancienne que Noé.
Elle signait ainsi : « Votre bien affectionnée tante et bonne amie, pour vous faire un bien petit de plaisir. » Cela me fait souvenir d'un fou de Limosin, nommé de Carrières; il disait que hors Pierre Bufïïère, Bourdeilles, Pompadour el quelques autres qu'il nommait, il ne faisait pas grand cas de toutes les autres maisons du pays. « Mais, lui dit-on, vous ne parlez pas de la maison de Carrières? — Carrières î dit-il. Carrières était debout avant que Dioux fusse Dioux !
Tallemant.
D'Avaujour prétendit entrer au Louvre en carrosse, il ne put I obtenir. Le prince de Guéménée disait : « Ah ! du moins a-t-il le droit d y entrer par la cour des Cuisines. » Sa mère était fille de La Varenny alors, dont on disait qu'il avait plus gagné à porter les poulets du roi qu'à les cuire.
A propos des preuves de noblesse, Brantôme dit « : Monsieur 1^ maréchal de Biron, le bonhomme, fil hier mieux, car il n'appoita que cinq ou six litres fort antiques et les présentant au roi et à MM. les commissaires et inquisiteurs : « Sire, voilà ma noblesse ici comprise » et puis, mettant la main sur son épée, il <lit : a Mais Sire, la voilà encore mieux ! »