T. IL — IJ
Le marquis de Ventignac sortait un jour de chez le roi ; il ne trouvait pas ses gens ; il va à la Porte du Louvre et crie de toute la force : « Laquais, laquais de Ventignac ! » Personne ne lui répondit: il crie encore plus fort: « Laquais de Ventignac, laquais du diable ! . — Platt-il, Monsieur, répondirent les laquais. — Peste des coquins, s'écria le marquis, à ce mot ils ont reconnu leur maître. »
Tallemant.
Un jour que le marquis de Rouillac rompait la tête au prince de Guéménée de sa généalogie et qu'il lui disait bien sérieusement : « Canelle de Foin épousa. — Oui, dit M. de Guéménée, en l'interrompant, Canelle de Foin épousa Girofle d'Albret. »
Tallemant.
Le duc de Montmorenci donna au duc d'Enghien, son neveu^ qui depuis fut le Grand Condé, une bourse de cent pistoles pour ses menus plaisirs. Quelques jours après il le revit et lui demanda ce qu'il avait fait de ses cent pisloles. Le jeune prince lui présenta la bourse toute pleine. Alors le duc de Montmorenci prenant la bourse, la jeta par les fenêlres en disant : « Apprenez, Monsieur, qu'un aussi grand seigneur que vous ne doit point garder d'argent ; vous en deviez faire des libéralités. »
Tablettes historiques et morales.
Un certain cavalier, noble comme le roi, catholique comme le pape, et gueux comme Job, étant arrivé de nuit à une hôtellerie
de France, frappa longtemps avant que de pouvoir réveiller rhôte ; à la fin, il le fit lever à force de tintamarre. « Qui est là ? dit rhôte par la fenêtre. — C'est, dit l'Espagnol, José Juan Pedro Fernandez, Rodriguez de Villa Novo, conde de Malafa, cavallero de Santiago y d'Alcantara. » Alors, l'hôte lui répondit en fermant la fenêtre : « Monsieur, je suis bien fâché, mais nous n'avons pas assez de chambres pour loger tous ces messieurs-là. »
Carpenteriana*
Le duc de Gesvres disait au maréchal de Villars en pleine compagnie : « Mon père était un porte-balles, mais le vôtre était un marchand de poissons. »
Le comte de Charolais surprend M. de Brissac chez sa maîtresse. <c Sortez, Monsieur, » dit-il. Brissac répond sans broncher : « Nos ancêtres auraient dit : Sortons. »
Arlequin parlant de la noblesse disait : « Si Adam s'était avisé d'acheter une charge de secrétaire du roi, nous serions tous nobles. ))
Le prince de Condé se moquant de quelqu'un qui, pour se donner des airs de qualité, disait sans cesse : (( Monsieur mon père, Madame ma mère... » dit devant lui : « Monsieur mon écuyer, allez dire à monsieur mon cocher qu'il mette messieurs mes chevaux à monsieur mon carrosse. »
M. de Brissac appelait Dieu « le gentilhomme d'en haut ».
Un abbé était si entèlé de sa qualité qu'il portait sa vanilé jusqu'à l'autel. Il s'aperçut, en célébrant la messe, qu'on causait fort haut, il se tourne brusquement en disant : « Messieurs, on croirait qu'un homme de néant vous dit la messe. »
On émettait devant une princesse des doutes sur le salut d'un prince de Savoie qui venait de mourir à la cour de Louis XIV. « Je vous assure, dit-elle, que quand il s'agit de gens de celle qualité. Dieu y regarde à deux fois avant de les damner ! »
Un gentilhomme gascon se faisait appeler marquis à la cour du duc de Savoie qui joint à son titre celui de roi, in parlibus, de Chypre et de Jérusalem ; la duchesse lui demanda où se Irouvail son marquisat. « Madame, lui répondil-il impudemment, dans votre royaume de Chypre. »
Sur Masson, dit marquis de Pesay :
« Ce jeune homme a beaucoup acquis.
Beaucoup acquis, je vous assure.
Car, en dépit de la nature, Il s'est fait poète et marquis. »
Rulhière.
De noblesse à noblesse on sait la différence, Disait quelqu'un ; sans me vanter Dans ma maison je peux compter
Jusqu'à douze bâtons de maréchaux de France.
C'est bien honnête. — Eh ! qu'est-ce cela, Dit un gascon ; belle vétille !
Depuis cent ans, et par delà, Ce n'est qu'avec ces bâtons-là Qu'on se chauffe dans ma famille.
Un paysan ayant vu que le coq de son village s'était fait anoblir à force d'argent, lui demanda d'où il tenait sa noblesse ; l'autre lui répondit : « Du parchemin. » Sur quoi le premier ajouta : « Si un rat le trouve, ta noblesse, où ira-t-elle î » Ce qui Bt fure ces quatre vers :
Tu ne t'estimes gentilhomme
Qu'à la faveur du parchemin.
Si le rat le trouve en chemin
Que seras-tu ? Comme un autre homme.
Un gentilhomme, appelé M. de Riminiac, ayant reçu un billet de capitation, où il était qualifié de bourgeois, qu'on avait raccourci par abréviation, et où il se trouvait taxé trop haut, a adressé au prévôt des marchands la représentation suivante : Bignon, magistrat très intègre, Quatre-vingts livres sont chose aigre ;
En outre, messieurs vos commis, Au lieu de bourgeois, Bourge ont mis.
Il faudra que je les assomme Ou que je leur cogne les doigts.
J*ai rhonneur d'être gentilhomme Et ne suis bourge ni bourgeois.
Noël sur Mme de Rohan :
Je suis, sans être vaine, Dit la prude Marsan, Princesse de Lorraine, Et, qui plus est, Rohan.
Je viens pour proposer à Joseph, à Marie, Une fille de ma maison, De peur que le divin poupon Un jour se mésallie.
Une grande dame avait, à soixante ans, pour amant, un jeune homme d*un état obscur. « Bah ! disait-elle, une grande dame n'a jamais que trente ans pour un bourgeois. »
Noël sur Mme de Pompadour :
De Jésus, la naissance Fit grand bruit à la cour.
Louis, en diligence, Fut trouver Pompadour ; « Allons voir cet enfant, lui dit-il, ma mignonne.
— Eh ! non, dit la marquise au roi.
Qu'on rapporte, tantôt, chez moi ; Je ne vais chez personne. »
L'archevêque de Paris, Mgr. de Beaumont, était fort glorieux et manquait souvent de tact ; il se vanta un jour devant M. de Conflans, le père de Mme Coislin, d'avoir eu un aïeul, dont un Conflans portait le pan du manteau. « Je le crois. Monseigneur, il y a toujours eu dans ma famille de pauvres hères qui ont lire le diable par la queue. »
Oh ! ne me vantez point une gloire futile. Descendez de Thersite et soyez un Achille.
Il se dit noble, il a sa terre.
Il ne va jamais à la guerre.
Il fait visite, il reçoit.
Il roule, et pour tout exercice.
Il chasse, il joue, il mange, il boit.
Sont-ce des vertus ou des vices ?
Gombauld.
Sur Gaulejac, gascon :
Autrefois quand Dieu fit Tmonde Il mit des nobles en tout lieu Pour que, dans la machine ronde.
Les choses allassent au mieux.
Il répandit avec sagesse Cette graine par-ci par-là.
Au Périgord il réserva Celle de la plus fine espèce ; Mais, quand il fut sur Gaulejac, Le créateur vida le sac.
Rivais.
On demandait à une duchesse de Rohan, à quelle époque elle comptait accoucher. « Je me flatte, dit-elle, d'avoir cet honneur dans deux mois. » L'honneur était d'accoucher d*un Rohan.
Chamfort.
Un énergumène de gentilhommerie ayant observé que le contour du château de Versailles était empuanti d'urine, ordonna à ses domestiques et à ses vassaux de venir lâcher de l'eau autour de son château.
Chamfort.
Sur Mme de Pompadour :
Telle plutôt cette heureuse grisetle Que la nature ainsi que Tart forma Pour le sérail ou bien pour l'Opéra.
Sa vive allure est un vrai port de reine, Ses yeux fripons s*arment de majesté, Sa voix a pris le ton de souveraine Et sur son rang, son esprit s*est monté.
On rapporte un trait remarquable de Thumilité de Mme Pala tine de Bavière, abbesse de Maubuisson, à l'occasion d'une autre abbesse qui, curieuse de la voir, lui fît demander si la droite lui serait donnée. « Depuis que je suis abbesse, dit Mme Palatine, je ne connais ni la droite ni la gauche que pour faire ^e signe de la croix. »
Qu'ont-ils d'ordinaire, Qu'ont-ils au-dessus Du destin vulgaire, Ceux qu'un sort prospère Élève le plus ?
Une montre vaine De grandeur humaine Qui marche avec eux.
Des dehors pompeux Brillants, agréables.
Des soins dévorants, Des biens apparents, Des maux véritables.
Les grands, en un mot.
N'ont pas le bon lot.
Abbé Régnier.
Je rêvais cette nuit que, de mal consumé, Côte à côte d*un pauvre, on m'avait inhumé, Et que, n'en pouvant pas souffrir le voisinage, En mort de qualité je lui tins ce langage : « Éloigne-toi, coquin I retire-toi d'ici, Il ne t'appartient pas de m'approcher ainsi. — Coquin ! ce me dit-il, d'une arrogance extrême, Va porter tes coquins ailleurs, coquin toi-même I Ici, tous sont égaux ;nous ne nous devons rien. Je suis sur mon fumier, comme toi sur le tien. »
Patin.
Il y a quelque temps qu'on parlait devant une vieille duchesse, de l'accueil indécent que plusieurs de nos belles dames faisaient à Clairval, à Caillot, etc. « Comment, des femmes de qualité les reçoivent familièrement chez elles ! Ah ! fî ! quelle horreur ! Mais c'est atroce ! De mon temps, on recevait cela dans son lit... dans son antichambre, mais chez soi... jamais ! »
Le marquis de Brancas sortit très mécontent de la première représentation de Roméo et Juliette (de Ducis) : « Que nous font, dit-il, tous ces capulets qu'on ne connaît pas et qui ne tiennent à personne ? »
De Vestris sur son fils, en 1780 :
« S'il continue ainsi, je lui réserve quelque chose d'assez beau pour ses étrennes ; je lui permettrai de porter mon nom. »
En 1784, le baron de Breteuil envoya le fils Vestris à la Force pour une histoire d'Opéra. « Hélas ! disait Vestris, c'est la première brouillerie de notre maison avec la famille des Bourbons. *
De M. de Lauraguais au lieutenant de police qui l'avait fait prier de passer chez lui : « Si vous avez quelque chose à me dire. Monsieur, ayez la bonté de passer chez moi ; je ne suis ni catin, ni boue, ni lanterne. »
Dans un Noôl de 1763 :
Un homme d'importance.
C'était Monsieur Dubois, Tout bouffi d'arrogance, Dit en haussant la voix :
« De ma visite ici, Seigneur, tenez-moi compte. Car à ma porte plus d*un grand, Vient se morfondre en attendant, Sans rougir de honte. »
Le cocher et le laquais du marquis de Biron avaient battu le laquais du comédien Baron. Il s'en fut le trouver : « M. le marquis, vos gens ont battu les miens. — Mon pauvre Baron, pourquoi as-tu des gens ? )>
On parlait un jour de la Saint-Barthélémy. La duchesse de... dit: « Je ne vois pas pourquoi on crie si fort contre la Saint-Barthélémy ; il n*y eut presque pas de gentilshommes de tués. »
Une princesse mit au jour Un fruit d'hymen ; je ne sais guères Si l'on peut dire un fruit d'amour.
L'amour, dit-on, parmi nos gens de cour. Laisse l'hymen tout seul vaquer à ses affaires. Elle avait à sa porte un suisse, vieux grison Epais de corps, et d'esprit assez mince ; On court l'interroger : « Est-ce une fille î — Non,
Répondit-il. — Ah ! c'est un garçon ?
— Eh non, vous dis-je. — Oh, oh ! qu'est-ce donc î — C'est
[un prince.
Le maréchal de Richelieu disait un jour au duc d'Aumonl : « Dieu t'a fait bon gentilhomme et le roi t'a fait duc et pair. M. le duc de Bourbon t'a fait cornard et c'est Mme la duchesse d'Orléans qui t'a fait faire cordon bleu. C'est moi qui t'ai fait et reçu chevalier de saint Louis, à telle enseigne que je t'ai embrassé c^ jour-Ia, mon bon ami ! Fais donc quelque chose pour toi ; fais-toî la barbe. »
Gentilhomme, fils de marchand, Tu n'entends pas bien la noblesse :
Ta parole a trop de mollesse, Et tu n'es pas assez méchant :
Il faut parler d'une autre sorte ; Il faut dire en déterminé Mort, tête, sang, je suis damné, - Je veux que le diable m'emporte.
Gombaud.
Un vieux Rohan, tout bouffi de son nom,
Oppressé fut du foudre apoplectique ;
Un vieux docteur, homme de grand renom,
Appelé fut en ce moment critique.
Près du malade il s'assied, prend le pouls:
« Eh bien, dit-il, comment vous sentez-vous î »
— Point ne répond. Notre rusé Boerhave Lui crie alors d'un ton un peu plus fort :
« Monseigneur ! » Rien. — « Peste, le cas est grave.
— Prince ! — Au plus- mal ! — Votre Altesse ! — Il est
[mort ! »
La Motte.
D*Adam, nous sommes tous enfants
La preuve en est connue ; Ainsi, tous nos premiers parents
Ont mené la charrue.
Mais, las de travailler enfin
La terre labourée, L'un a dételé le matin,
L'autre Taprès-dînée.
On disait au siècle dernier : Nos Seigneurs de Saint-Domin gue, ces Messieurs de la Martinique, et les Gens de la Gua deloupe.
Une princesse, à son lit de mort, après l'extrôme-onctîon: « Eh I maintenant, vite en carrosse au Paradis ! »
Un gentilhomme des Etals du Dauphiné disait pour soutenir la suprématie de la noblesse: « Songez à tout le sang que la noblesse a versé dans les batailles. » Un homme du tiers lui répondit: « Et le sang du peuple, était-ce de Teau ? »
Grimm.
A l'abbaye de Fontevraud, aux trois vœux qu'on faisait en présence de l'abbesse, le postulant ajoutait celui de servir avec révérence jusqu'à la mort les servantes de Jésus-Christ. Le religieux qui servit le viatique à Jeanne-Baptiste de Bourbon, al)besse, lui présenta le viatique : « Accipe, soror, viaticum... » — Elle lui arrêta brusquement la main et lui dit : « Dites, dites maler, un arrêt vous l'ordonne ! »
Certaine dame du village Qui, je crois, pour toute leçon N'avait appris en son jeune âge Que quelques termes de blason, Joignait à la hautesse l'humeur la plus sauvage. Revenait-elle à la maison ?
C'était alors nouveau tapage :
Tantôt elle grondait ses gens, Puis son mari, puis ses enfants.
Et souvent ceux du voisinage.
De tant d'humeur à la fin excédé Son mari, quoiqu'il fût un des plus pacifiques, Crut devoir lui prêcher et la nécessité
El l'agrément des vertus domestiques.
A ce mot dont la dame ignorait la valeur El qu'elle crut surtout lui faire déshonneur, La fureur dans ses yeux pétille.
« Qui ! moi ? dit-elle, j'aurais De pareilles vertus ? Apprenez, que jamais Les Superbacs dont je suis fille N'ont eu, Monsieur, des vertus de laquais. »
C'est un fait avéré que Madame, fille du roi, jouant avec une àt ses bonnes, regarda à sa main et, après avoir compté ses doigts : « Comment ! dit l'enfant avec surprise, vous avez cinq ■doigts comme moi ! » El elle recompta pour s'en assurer.
Chamfort.
Pendant la dernière maladie de Louis XV qui, dès les premiers jours, se présentait comme mortelle, Lorry, qui fut mandé avec Bordeu, emi)loya dans le détail du conseil qu'il donnait : il faul. Le roi, choqué de ce mot, répétait tout bas et d'une voix mouranlc : « Il faul, il faul... »
Chamfort.
Le roi de Prusse causant avec d'Alembert, il entra chez le roi un de ses gens du service domestique, homme de la plus bcfïe figure qu'on puisse voir ; d'Alembert parut frappé : « C'eSt, dil h roi, le plus bel homme de mes Etats ; il a été quelque temps mon cocher et j'ai eu une tentation bien violente de l'envoyer ambassadeur en Russie. »
Chamfort.
« Je crois, disait M. sur le duc de... que son nom est son plus grand mérite et qu'il a toutes les vertus qui se font dans une parcherainerie. »
Chamfort.
M. le duc de Chabot ayant fait peindre une Renommée sur son carrosse, on lui appliqua ces vers :
« Votre prudence est endormie De loger magnifiquement Et de traiter superbement Votre plus cruelle ennemie. »
Chamfort.
Qu'est-ce qu'un cardinal ? C'est un prêtre habillé de rouge qui a cent mille écus du roi pour se moquer de lui au nom du Pape.
Chamfort.
La noblesse, disent les nobles, est un intermédiaire entre le roi et le peuple ; oui, comme le chien de chasse est un intermédiaire (jnlre le chasseur et les lièvres.
Chamfort.
Mon père a quatre-vingts moutons Dont je suis* la bergère.
Manie et manon, Dont je suis la bergère.
Le fils du roi passa par là Et il m'en a pris quatre.
— Rendez-moi mes moutons Ou je dis à mon père.
A votre père ne dites pas La belle, et je vous mario
Avec un de mes soldats Qui est dedans ma garde.
— D'un soldat je ne veux pas, Je veux un capitaine.
Un capitaine lu n'auras pas, Tu n'es pas demoiselle.
Si demoiselle ne suis pas J'ai le moyen de l'être.
Mon père vend des sabots Et ma mère des écuelles.
J'ai un petit frère à la Rochelle Qui passera capitaine,
Et quand il reviendra Je serai demoiselle .
Quelqu'un disait à l'un des siens que les armes de leur famille portaient de la croix dentelée d'or sur champ de gueules. « Bah ! répondit celui-ci, de tout cela la gueule seule est restée. »
« Vous savez que les Balzac d'Enlraigues prétendent que vous ti'ôles point de leur famille, disait-on à M. Honoré de Balzac, auleur du Père Goriol, et des Parents pauvres, — Si je ne suis point de leur famille, répondit M. Honoré de Balzac, tant pis pour eux ! »
A. Dumas.
Au temps où le baron Ilaussmann était préfet de police, un flalleur lui disait : « On devrait vous nommer duc de Paris. — l*aris n'est qu'un comté, et son titulaire est de famille royaie. -
Alors, duc de la Dhuys, puisqu'on vous doit Tarrivée de ses eaux. — Eh bien ! qu'on me nomme aque-duc. »
Un seigneur italien qui se disait de la famille des Borromées, ce qui n'était pas bien avéré, se faisait faire son portrait par un peintre de Florence. Le peintre lui fît un nez beaucoup plus long qu'il ne l'avait, et le seigneur italien s'en plaignant, le peintre lui dit : « Signor, quanto piu el naso sara longo, tanto piu sara Borroméo. »
« Monsieur, je descends des croisés. — Vraiment, dit l'autre ; moi je suis de race pure. »
Un seigneur Galicien est attablé entre un juif avec lequel il avait affaire. « Tiens, dit le seigneur au juif, en lui tendant une assiette avec une tranche de jambon, assieds-toi là et mange. » Le paysan regarde el ne bouge pas. « Eh bien ! qu'atiends-lu ? — Mon Dieu me défend de manger du porc. — Ton dieu n'est qu'une bête. — Excusez-le, fait le juif humblement, ce n'est pas sa faute ; il n'a pas eu la chance d'avoir, comme le vôtre, des parents pour l'élever et lui donner de l'éducation. »
Sur mon pallier de province Nul n'est plus heureux que moy ; Ma noblesse n'est pas mince, Sur mon pallier de province
J'y suis plus content qu'un prince Et peut estre autant qu'un roy, Sur mon pallier de province Nul n'est plus heureux que moy !
Un seigneur polonais, prosterné devant une image sainte, suppliait le Seigneur de lui payer ses dettes, le sacristain, se glissant derrière l'image, lui répond en lui reprochant ses méfaits. Le Seigneur donnait tous les signes de la terreur et de la foi la plus profonde. Le sacristain, emporté par son rôle, s'oublie jusqu'à le traiter de cochon. Le polonais se relève et dit: « Seigneur, pour le reste, vous avez raison ; mais pour le mot que vous dites, vous n'avez pas le droit de l'employer vis à vis de moi ; car moi, je suis un noble polonais et vous, enfin, vous êtes un sale juif. »
Sur la noblesse de campagne :
Bien que la poussière et la crasse Qui paraissent sur nostre face Nous facent juger paisans, Néanmoins tous tant que nous sommes Estans dans le cœur gentilshommes Ne cédons point aux courtisans.
Nous n'avons pas tant de dorures De clinquant et de chamarures
D'autant que nous les méprisons ; On voit, par ces habits champestres, Que nous ont laissés nos ancestres L'antiquité de nos maisons.
Que si nos greques dépecées
Et nos moustaches abaissées
Nous font porter un peu plus bas,
Nous monstrons bien, quand il faut joindre,
Nostre courage n'estre moindre
A toutes sortes de combats.
François P' répondit à Duprat qui demandait sans cesse, par ce vers de Virgile ;
Claudite jam rivos pueri, sat prata biberunt.
a Ainsi qu'est la coutume des grands et des grandes qui ont peu de termes en leurs amitiés et inimitiés et s'accordent volontiers comme larrons en foire et s'aiment et se haïssent de même ; ce que nous autres petits ne faisons pas, car, ou il faut se battre, venger, ou mourir, ou en sortir par des accords bien pointillés, bien tamisés et bien solemnisés, et si ne nous entr'aimons-nous
mieux. »
Brantôme.
La différence que Brantôme observe entre la manière dont les grands et les grandes se réconcilient et la manière dont les petits poussent leurs querelles me fit souvenir de ce qui fut dit à un Parisien du temps des guerres de la Maison d'Orléans et de celle de Bourgogne : « En ce branle et contraste, les affaires furent si vivement poursuivies qu'après plusieurs sièges et ruines de
villes, la paix fut projetée, conclue et arrêtée à Auxerre. Car comme le duc de Bourgogne dit à un Parisien qui était allé audevant de 'lui : « Nous qui sommes- du sang et du lignage du roi, nous nous courrouçons l'un à Tautre quand il nous plaît, et quand il nous platt faisons aussi la paix. » Monstrelet rapporte aussi qu'il y eut im Bourguignon qui dit que c'était grande folie que de se tuer pour des princes qui s'accordent quand ils veulent.
Bayle.
Brantôme raconte que le maréchal de Brissac s'entretenant un jour familièrement avec Monsieur le duc d'Orléans : « Parbleu, lui dit-il, vous autres princes vous ne valez rien tant que vous êtes ei vous mériteriez tous d'être pendus. — Conmient pendus, dit Monsieur en colère ? — Pourquoi non, répartit le maréchal, notre Seigneur l'a bien été. »
Mais qui des grands seigneurs veut acquérir la grâce Il ne faut que les vers seulement il embrasse. Il faut d'autres propos, son style déguiser Et ne leur faut toujours de -lettres deviser. Bref, pour être en cet art des premiers de ton âge Si tu veux finement jouer ton personnage Entre les courtisans le savant tu feras Et, entre les savants, courtisan tu seras.
Du Bellai.
« Sur le plus beau trône du monde, on n'est jamais assis que sur son cul. »
Montaigne.
Marais disait au roi (Louis XIV) : « Il y a deux choses dans votre métier dont je ne me pourrais accommoder. — Hé quoi ? — De manger tout seul et de chier en compagnie. »
Tallemant.
Dans une ville où était la cour, un paysan battait son Âne. Un gentilhomme intervint et le bonhomme ôtant son chapeau : « Pardon, monsieur mon âne, je ne savais pas que vous eussiez (les amis à la cour. »
Le roi s'avise de dire quelques douceurs à Mlle de Mailly. « Sire, lui dit-elle, il y a quelque chose là de plus obscur pour moi que le polonais. — Vous entendez bien pourtant ce que vous dit un tel (c'était un gentilhomme polonais avec qui on l'a mariée depuis). — Je crois bien, sire, répondit-elle ; c'est un particulier ; mais il faut être reine pour entendre le langage de rois. Si votre majesté le permet, je demanderai à la reine ce que cela veut dire. — Ah ! petite fille, répliqua le roi, je vois bien qu'il ne faut pas vous en dire davantage. »
Tallemant.
Un extravagant rimeur et chanteur qu'on appelait M. d'Enhaul, devint amoureux de Mme de Monbazon et un jour qu'on lui arrachait une dent : « Misérable mortel que je suis, s'écria-t-il, j'ai toutes mes dents et on va en arracher une à cette divinité. » Il part de la maison et s'en alla faire arracher seize.
Tallemant.
Il est constant que M. de Monbazon dit à la reine qui lui demanda quand sa femme accoucherait, « que ce serait quand il plaira à sa majesté ».
Tallemant.
De Drouet de Chivry, le fils du médecin de Charles IX et de Henri III :
« Un homme de cour doit tenir la chaise percée du favori, tant qu'il est en faveur, pour l'en coiffer ensuite, dès le moment de sa disgrâce. »
Henri IV passant par une petite ville, il vint plusieurs députés au-devant de lui pour le haranguer ; d'abord, l'un d'eux ayant commencé son discours, un âne qui était à vingt pas de là, se mit à braire : ce que le roi entendant dit : « Messieurs, parlez chacun à votre tour, s'il vous plaît, je n'entends pas. »
Carpenteriana.
L'archevêque Bertrand de Chaux pensa être cardinal, mais le cardinal de Richelieu l'empêcha. Il disait : « Si le roi eût été en faveur, j'étais cardinal. »
J'ai fait ma cour au Cardinal, Disait le conseiller Legendre ; L'autre jour, au Palais-Royal J'ai fait ma cour au Cardinal.
J'ai vidé son grand urinai Et son bassin, sans rien répandre.
J'ai fait ma cour au Cardinal, Disait le conseiller Legendre.
Quelqu'un ayant dit à Sarrazin : « Qu'est-ce là ? Je vous trouve tout triste. — Je ne me porte pas bien, répondit-il gravement, M. le prince de Conti se trouve mal. »
Tallemant.
Un Espagnol, voyant le roi Louis XIII ôter son chapeau à plusieurs personnes qui étaient dans la cour du Louvre, dit à Tarchevêque de Rouen avec qui il était : « lié quoi ! votre roi ôte son chapeau à ses sujets ? — Oui, dit l'archevêque, il est fort civil. — Oh ! le roi, mon maître tient bien mieux son rang ; il ii'ôte son chapeau qu'au Saint-Sacrement y de muy mala gana. 9
Tallemant.
Il faut toujours aux grands seigneurs Rendre toute sorte d'honneurs ; Les aimer, c'est une autre affaire,
Laire la, laire lanlaire,
Laire la, laire lanla.
Laire...
Qui ne les connaît qu'à demi S'honore d'être leur ami ; Qui les connaît bien ne l'est guère.
Laire...
Ils sont d'un commerce très doux Tant qu'ils ont affaire de vous.
Hors de là, c'est tout le contraire.
Laire...
Comme si tout leur était dû Chez eux, d'un service rendu.
L'ingratitude est le salaire.
Laire...
Approcher d'eux comme du feu.
Les bien connaître, les voir peu, C'est le mieux que vous, puissiez faire.
Régnier Desmarais.
COURTISANS. y&
Il (Louis XIII) avait toujours craint le diable, car il n'aimait point Dieu ; mais il avait grand peur de l'enfer. Il lui prit une vision, il y a vingt ans, de mettre son royaume sous la protection de la Vierge, et dans la déclaration qu'il en fit il y avait : « Afin que tous nos bons sujets aillent en Paradis, car tel est notre bon plaisir. » C'est ainsi que finissait cette belle pièce.
Tallemant.
Boisroberl, toujours bon courtisan, s'avisa de faire des vers contre les frondeurs ; il n'y eut jamais un homme pluç lâche. Le coadjuteur le sut et la première fois qu'il vint dîner chez lui : « Monsieur de Boisrobert, lui dil-il, vous me les direz. — Bien ! monsieur », dit Boisrobert. Il crache, il se mouche, et sans faire semblant de rien, il s'approche de la fenêtre, et, ayant regardé en bas, il dit au coadjuteur : « Ma foi. Monsieur, je n'en ferai rien ; votre fenêtre est trop haute. »
Tallemant.
Un Normand disait naïvement : « M. de Longueville est un bon prince. Il prend bien la peine de prier Dieu. »
Tallemant.
M. d'Uzès était chevalier d'honneur de la reine. Celte princesse lui demanda un jour quelle heure il était ; il répondit : « Madame, •l'heure qu'il plaira à Votre Majesté. » Cela paraît badin d'abord, néanmoins il y a matière h de bonnes réflexions.
Ménage.
Sur les princes :
Heureux qui ne les connaît guère, Plus heureux qui n'en a que faire.
Voiture.
Réponse faite à Louis XIV par un homme auquel il disait en lui faisant admirer Versailles : « Savez-vous qu'il n'y avait ici qu*un moulin à vent ? — Sire, lui dit cet homme, le moulin n'y est plus, mais le vent y est toujours. »
Addison prétend que, quand il passa par Monaco, le concierge lui dit : « Louis XIV et Monseigneur, mon maître, ont toujours vécu en bonne intelligence, quand la guerre était allumée dans toute l'Europe. »
Louis XIV disait un jour à un homme qui avait rendu de grands services au roi d'Espagne Charles II et qui avait eu sa familiarité : « Le roi d'Espagne vous aimait donc beaucoup? — Ah ! sire, répondit le pauvre courtisan, est-ce que vous autres rois aimez quelque chose ? »
Le cardinal de Retz s'élant jeté aux pieds du roi après son rappel : « Monsieur le cardinal, lui dit le roi en le relevant, vous avez les cheveux blancs. — Sire, lui répondit le cardinal, on blancliit aisément quand on a le malheur d'être dans la disgrâce de Votre Majesté. »
Je déflnis la cour un pays où les gens
Tristes, gais, prêts à tout, à tout indifférents.
Sont ce qu'il plaît au prince ou, s'ils ne peuvent l'être.
Tâchent au moins de le paraître.
Peuple caméléon, peuple singe du maître, On dirait qu'un esprit anime mille corps ; C'est bien là que les gens sont de simples ressorts.
La Fontaine.
On en use ainsi chez les grands.
La raison les offense ; ils se mettent en tête Que tout est né pour eux, quadrupèdes et gens Et serpents.
Si quelqu'un desserre les dents, C'est un sot. J'en conviens, mais que faut-il donc faire î Parler de loin où bien se taire.
La Fontaine.
Bassompierre disait au roi Que, dans sa première ambassade, A Madrid, il fit cavalcade Sur une mule en désarroi.
« Oh ! la chose ridicule.
Répond d'abord Sa Majesté,
Qu'il faisait beau voir monté
Un âne sur une mule ! »
— Tout beau, répond le fin matois, Sire, je vous représenlois. »
Il pleuvait à Marly, et le roi (Louis XIV) fit observer à Tabbé de Polignac que son habit en serait gâté. « Ah ! sire, la pluie de Marly ne tache pas. »
Un courtisan disait après la mort du roi Louis XIV : « Après la mort du roi, on peut tout croire.»
Comme Louis XIV entrait à Reims en 1668, le maire lui présenta, comme don d'entrée, un plat de poires tapées, et une bouteille de Champagne, disant : « Nous apportons à Votre Majesté notre vin, nos poires et nos cœurs, tout ce qu'il y a de meilleur dans la ville. »
Louis XIV, après la bataille de Ramillies dont il venait d'apprendre le détail : « Dieu a donc oublié ce que j'ai fait pour lui ? »
Louis XIV ayant dit : « Nous maintiendrons la couronne », on équivoqua en disant : « Maintenons-la ! »
Du roi à un prédicateur, qui «ravait apostrophé dans son sermon. « J'aime à prendre ma part dans un sermon, mais je ne veux pas qu'on me la fasse. »
Louis XIV disait que, quand il nommait quelqu'un à une place, il faisait 90 mécontents et un ingrat.
Mme de Monlespan mourut le 28 mai 1707. Le roi, dit Saint- Simon, ne nomma jamais son nom et ne montra pas la moindre sensibilité à sa perte. Quant au duc d'Antin, fils de M. et Mme de Montespan, il sentit que la mort de sa mère ouvrait pour lui l'ère des faveurs et dit cyniquement : « Me voilà dégelé. »
« Un bon courtisan n'a ni humeur ni honneur. »
Philippe d'Orléans, Régent.
Noël sur Choiseul.
Rempli de son mérite.
Entrant le nez au vent, Choiseul parut ensuite Et, d'un ton turbulent, Dit : « Sans aucun égard, changeons cette cabane. Je veux culbuter tout ici Je réforme le bœuf ici, Et je conserve l'âne. »
Frédéric venait de nommer Virgile. « Quel grand poêle, sire, mais quel mauvais jardinier ! — A qui le dites-vous, répartit le roi. N'ai-je pas voulu planter, semer, labourer, Géorgiques en main. — Mais, Monsieur, me disait mon jardinier, vous êtes une bête, et votre livre aussi- — Ah ! mon Dieu ! quel climat ! — Il n'y a donc que les lauriers qui poussent chez vous î Sire. » Le roi me fit une mine chanriante, puis, pour détourner la fadeur par une bêtise, j'ajoutai bien vite : « Eh puis. Sire, il y a trop de grenadiers dans ce pays-ci, cela mange tout. » Le roi se mit à rire parce qu'il n'y a que les bêtises qui fassent rire.
Prince de Ligne.
Le prince de Ligne se moquait fort d'une rivière que Catherine avait fait faire à Tsarkoé Selo. Un jour, un ouvrier s'y noya ; dès que Catherine aperçut le prince, elle lui annonça la nouvelle. « Quoi, Madame, un ouvrier s'est noyé dans la rivière de Votre Majesté 1 — Oui, qu'avez-vous à dire à cela ? — Le flatteur ! s'écria le prince de Ligne. »
Galiani envoya au pape Benoît XIV une collection de roches du Vésuve avec les mots :
« Beatissime Pater, fac ut lapides isti panes fiant. » Le pape lui envoya un bénéfice.
Un jour, aux eaux de Spa, Jean du Barry tenait la banque et veillait de fort près pour n'être pas volé. L'électrice douairière de Saxe, qui se trouvait au nombre des joueurs, s'en étonna. « Mille pardons, Madame, s'écria le comte, mes soupçons ne peuvent se porter sur vous ; vous autres souverains vous ne trichez que pour les couronnes. »
Aujourd'hui, 23 juin 1754, don Calmet, abbé de Senones, m'a demandé des nouvelles ; je lui ai dit que la fille de Mme de Pompadour était morte. « Qui est-ce que Mme de Pompadourj a-t-il répondu ? — Félix errore suo. »
Voltaire.
L'Esloc, le chirurgien, avait fait deux enfants à la princesse Elisabeth et l'avait faite impératrice ; pour récompense il lui demanda la permission de se retirer : « Vous voilà souveraine ; si je demeure, je suis perdu. »
Voltaire.
Autrefois, la raillerie Ëtait permise à la cour ; On en bannit en ce jour Môme la plaisanterie.
Ah ! si ce peuple impolent Qui semble avoir peur de rire Méritait moins la satire, II ne la craindrait pas tant.
Chaulieu.
Dans un grand dîner au palais du gouverneur, se trouvait un abbé d'une laideur remarquable. Le duc de Villars (fils du maréchal et gouverneur de Provence), après l'avoir regardé assez longtemps lui dit, d'un air railleur : « Parbleu, l'abbé, vous ressemblez comme deux gouttes d'eau à un portrait que j'ai dans mon antichambre. — Monseigneur, répondit l'abbé, vous n'êtes pas heureux en ressemblance ; car je ne ressemble pas plus à ce portrait que vous ne ressemblez à Monsieur votre père. »
En tête à tête avec un prince.
Certaine femme de province Au mieux qu'elle pouvait défendait son honneur. Mais n'osant dans ce cas manquer à sa grandeur : « Pardon, dit-elle avec douceur, Pardon, si je vous représente Que votre altesse, monseigneur, A la bonté d'être trop insolente. »
Mignerot.
A Mme Denis (1750) :
Je sais, ma chère enfant, tout ce qu'on dit à Postdam De l'Europe, mais tout cela ne me regarde pas. J'ai passé l'âge heureux des honnêtes amours
El n*ai point l'honneur d'être page.
Ce qu'on fait à Paphos et dans le voisinage M'est indifférent pour toujours.
Voltaire.
Versailles était un cloaque empuanti. Une vieille dame, revenant de l'émigration, disait, passant près d'un lieu qui sentait mauvais : « Quelle odeur délicieuse I cela rappelle la cour ! »
Le maréchal de Broglie avait épousé la fille d'un négociant ; il en eut deux filles. On lui proposait, en présence de Mme de Broglie, de faire entrer l'une dans un chapitre. « Je me suis fermé, dit-il, en épousant Madame, l'entrée de tous les chapitres. — Et de l'hôpital, ajoula-t-elle. »
Chamfort.
Mme Despartes couchant avec Louis XV, le roi lui dit : « Tu as couché avec tous mes sujets. — Ah 1 sire 1 — Tu as eu le duc de Choiseul. — Il est si puissant 1 — Le maréchal de Richelieu. — Il a tant d'esprit ! — Mainville. — Il a une si belle jambe ! — A la bonne heure, mais le duc d'Aumont, qui n'a rien de tout cela. — Ah ! sire, il est attaché à votre Majesté ! »
On appela à la cour le célèbre Levret pour accoucher la Dauphine. M. le Dauphin lui dit : « Vous êtes bien content, M. Levrel, d'accoucher Mme la Dauphine, cela va vous faire de la réputation. — Si ma réputation n'était pas faite, dit tranquillement l'accoucheur, je ne serais pas ici. »
Un jour qu'il pleuvait, le roi demanda au duc d'Ayen, si son père le maréchal de Noailles viendrait à la chasse : « Oh ! que non. Sire, mon père craint l'eau comme le feu. »
M. de Castries, dans le temps de la querelle de Diderot et de Rousseau, dit avec impatience à M. de R. qui me l'a répété : « Cela est incroyable ; on ne parle que de ces gens-là ; gens sans étal, qui n'ont point de maison, logés dans un grenier ; on ne s'accoutume point à cela ! »
Chamforl.
Mme de Créqui parlant à la duchesse de Chaulnes de son mariage avec M. de Giac, après les suites désagréables qu'il a eues, lui dit qu'elle aurait dû le prévoir, et insista sur la distance des âges. « Madame, lui dit Mme de Giac, apprenez qu'une dame de la cour n'est jamais vieille et qu'un homme de robe est toujours vieux. »
On venait de citer plusieurs traits de la gourmandise de plusieurs souverains. « Que voulez-vous, dit le bonhonune M. de Bréquigny, que voulez-vous qu'ils fassent, ces pauvres rois, il
faut bien qu'ils mangent ! »
Chamfort.
M. d'Argenson apprenant qu'à la bataille de Raucoux un valet d'armée avait été blessé d'un coup de canon derrière l'endroit où il se trouvait lui-même avec le roi, disait : « Ce drôle-là ne nous fera pas l'honneur d'en mourir. »
Chamfort.
Dans les malheurs de la fin du règne de Louis XIV, après la perte des batailles de Turin, d'Oudenarde, de Malplaquet, de Ramillies, d'Hochstedt, les plus honnêtes gens de la cour disaient : « Au moins, le roi se porte bien, c'est le principal. »
Chamfort.
Le comte d'Argenson, homme d'esprit, mais dépravé et se jouant de sa propre honte, disait : « Mes ennemis ont beau faire, ils ne me culbuteront pas ; il n'y a ici personne de plus valet que moi. j»
Chamfort.
Quelque temps avant que Louis XV fût engagé avec Mme de Pompadour, elle courait après lui dans les chasses. Le roi eut
la complaisance d'envoyer à M. d*Etioles une ramure de cerf. Celui-ci la fit mettre dans sa salle à manger avec ces mots : « Présent fait par le roi à M. d'Etiolés. »
Chamfort.
Moncrif, l'auteur de VHistoire des chats^ demandait à d'Argenson la place d'historiographe du roi. — « Historiogriffe, voulez-vous dire, lui répliqua celui-ci. »
Le maréchal de Villeroi avait pris pour emblème une clef de montre avec la devise : a J'ai réglé qui nous règle. »
Louis XV disait à d'Ayen en parlant de la Dubarry : « Je sais bien que j'ai succédé à Sainte-Foix. — Oui, Sire, comme Votre Majesté succède à Pharamond. »
Alcidamas, près de Damis,
Voyant l'ambitieux Jodelle
Prosterné dans une chapelle Comme il l'est si souvent chez un premier commis :
« Ami, dit-il, regarde un peu, de grâce, Jodelle est aujourd'hui dans la dévotion.
— Lui dévot ! reprit Damis, bon !
Il prend Dieu pour un homme en place. »
Les courtisans sonl des jetons, Leur valeur dépend de leur place, Dans la faveur des millions, Et des zéros dans la disgrâce.
Brébeuf.
Deux seigneurs se rencontrent à une porte. L'un d'eux dit : « Nous avons même noblesse et môme rang. Qui passera le premier î — Le moins poli, dit l'autre, et il s'efface. »
« Telle place m'est accordée, Disait un parvenu, sans l'avoir demandée ; Pour l'obtenir, je n'ai pas fait un pas. » Quelqu'un reprit : « La belle idée I Quand on rampe, on ne marche pas. d
La fille à Dangeau ressemble à Dangeau. Dangeau ressemble à mon cul.
De là, je conclus Que la fille à Monsieur Dangeau Ressemble à mon cul Comme deux gouttes d'eau.
(Ridiculités, 1737.)
La comtesse de Villars à son fils entrant dans le monde : a Mon fils, souvenez-vous de ne jamais parler aux autres que d'eux, et <ie ne jamais parler au roi que de vous. »
Le comte de Stainville, ministre de Lorraine, se trouvait dans le salon d'Hercule, lorsque le Régent Tabordant brusquement : « Monsieur de Stainville, je crois que votre maître se f... de moi. — Monseigneur, il ne m'a pas chargé d'en informer votre Altesse. »
L'abbé de Flcury avait été amoureux de la maréchale de Noailles. Il en avait été traité avec mépris. Devenu premier ministre, la maréchale eut besoin de lui. Il -lui rappela ses rigueurs. « Ah 1 Monseigneur, s'écria cette dame, qui l'aurait pu prévoir ? »
Quand vous allez voir un ministre, disait Voltaire, tâchez d'avoir par le valet de chambre, des nouvelles de sa garde-robe.
La Feuillade mit, par courtisanerie, quatre lanternes aux angles de la statue du roi, place des Victoires, d'où :
« Sandis, La Feuillade, je crois que tu me bernes De mettre le Soleil entre quatre lanternes. »
Cossé-Brissac ayant provoqué en duel le prince de Conti, on le mit à la Bastille. Il en sortit, à condition qu'il fît des excuses, ce qu'il fit en ces termes : « Le roi m'a ordonné de vous demander pardon ; je le fais ; mais vous pourriez vous en tirer à meilleur
marché, car, en vérité, je ne vous aurais pas lue. » On le ramejia à la Bastille.
On ne voyait chez la maréchale de Luxembourg que les liens de Luxembourg et les alérions de Montmorency. Son père déplorant devant elle la perte de son fils et lui disant avec amertume : « Il n'y a plus de Villeroy. — Eh ! bien, on fera comme il y a trois cents ans ; on s'en passera, lui répondit-elle sèchement. »
Lors de la mort du roi, l'archevêque, qui souffrait d'une hématurie et qui était venu à Versailles avec une baignoire, n'obtint du roi que l'invitation de se soigner lui-même de sa colique. Aussi disait-on qu'il pissait du sang à Paris, et ne faisait que de l'eau claire à Versailles.
Noël sur le duc de Nivernais :
Nivernais prit sa place.
Apportant deux bouquets De lauriers du Parnasse Et d'oliviers de paix.
Puis d'un air gracieux à Jésus illes donne. L'enfant dit : « Je reçois ce don, Mais c'est pour orner votre front D'une double couronne. »
Noél sur le duc de Richelieu :
Richelieu plein de grâce Apportait au poupon Des vers dignes d'Horace Et du miel de Mahon.
Enchanté de le voir, à l'entendre, on s'arrête. Mais voyant Marie à l'instant 11 laissa là son compliment Pour lui conter fleurette.
L'impératrice Marie-Thérèse ayant demandé à Maupertuis s*il connaissait la reine de Suède, sœur du roi de Prusse. « On dit, ajouta-t-elle, que c'est la plus belle princesse du monde. — Madame, répondit Maupertuis, je l'avais cru jusqu'à ce jour. »
Que le clergé, chaque jour à la messe.
Autour du roi dévotement s'empresse.
Je le crois bien ;
Mais qu'il ne songe au bénéfice
Autant et plus qu'au sacrifice.
Je n'en crois rien.
Certain ministre avait la pierre ; On résolut de le tailler.
COURTISANS. m
Chacun se permit de parler
El Ton égaya la matière.
« Mais comment, se demandait-on,
A-t>il pareille maladie ?
— C'est que son cœur, dit Florimond,
Sera tombé dans sa vessie. »
Godarl d'Ancourt.
Une dame demandait au prince de Ligne de qui dépendent les réputations. « Madame, presque toujours des gens qui n'en ont pas. »
Le duc de Guisnes disait à ses deux fiUes le jour de leur présentation à la cour. « Souvenez-vous, mes enfants, que dans ce pays-ci, les vices sont sans conséquences, mais qu'un ridicule tue. »
On parlait des arbres du parc de Versailles, et l'on disait qu'ils
étaient hauts, droits et minces « Comme les courtisans,
achevait l'abbé Galiani. »
L'autre jour, revenant de Choisy, un des valets de pied de Sa Majesté tomba de derrière sa calèche et se cassa la tête, le roi se récria, chagrin : « Mon Dieu ! est-ce que mes malheurs ne finiront
jamais î »
D'Argenson (1743).
« On y médit (chez Mme de Villars, dame d'atour) très joli ment, mais le mieux est qu'on y dit des gravelures et que la reine les aime fort. » Beau propos qui y fut tenu il y a quelques jours ; on disait que les houssards faisaient des courses ; la reine dit : « Mais si j*en rencontrais une troupe et que ma garde me défendît mal ! — Eh bien I Madame, dit quelqu'un, ils houssarderaient Votre Majesté. — Et que feriez-vous. Monsieur de Tresson ? dit la reine. — Madame, dit-il, ce qui arriva dans la fable intitulée : « Le chien qui défend le déjeûner de son maître. » Après l'avoir défendu de son mieux, ce chien se mit à le manger comme les autres. » Joli et galant propos, si l'on veut, d'égal à égal, mais de jTresson à la reine, il me semble que cela est à jeter par les
fenêtres.
D'Argenson (1743).
De Joseph II d'Autriche, en 1777 ' :
Une femme de la cour lui demanda assez indiscrètement quel parti il épouse dans les affaires d'Amérique. « Mon métier, à moi, c'est d'être royaliste. »
A la représentation de Castor en 1784, donnée par M. le comte d'Oels (Henri de Prusse), il avait à côté de lui le fils de Mme de Sabran et s'amusait beaucoup de la curiosité avec laquelle cet enfant suivait le spectacle. « Mais qu'est-ce donc que Castor el Pollux ? — Ce sont deux frères jumeaux. — Et qu'appelle-t-on des jumeaux ? — Ce sont deux enfants sortis d'un môme œuf. —
D'un œuf ! — Et vous môme, vous êtes sorti d'un œuf ! » Tandis que l'enfant demeurait fort étonné d'une origine si merveilleuse, M. le chevalier de Boufflers lui souffla bien vite l'impromptu que voici pour M. le comte d'Oels :
« Ma naissance n'a rien de neuf, J'ai suivi la commune règle ; Mais c'est vous qui sortez ^'un œuf.
Car vous êtes un aigle. »
Duval ayant quitté un jour, assez brusquement l'empereur (François d'Autriche) sans attendre d'être congédié. « Où allezvous ? lui dit ce prince. — Entendre chanter la Gabrielli, sire. — Mais elle chante si mal. — Je supplie Votre Majesté de dire cela tout bas. — Pourquoi ne le dirais- je pas tout haut ? — C'est qu*il importe à Votre Majesté d'être cru de tout le monde, et qu'en disant cela, elle ne le serait de personne. »
M. de Choiseul s'étant présenté dernièrement (1781) à la porte du Louvre pour voir l'exposition des tableaux, le suisse lui dit qu'il n'était pas possible de laisser entrer en ce moment. « Et pourquoi donc ? — C'est, monsieur le duc, que ce sont messieurs les ministres. — Eh bien ! ils passeront d'un côté et moi je passerai de l'autre, j^
114 COUHTISANS.
Le roi (Louis XV) remarqua le marquis de G. comme ayant rhabil le plus riche et le plus élégant ; il l'en complimente. Ce seigneur, fort endetté, lui répondit avec un sérieux comique : « Sire, cela se doit. »
Mme Oberkisch.
Une chose qui fait honneur au roi (Louis XV) c'est ce qu'il disait à un seigneur que Madame ne m'a pas nommé. Il se frottait les mains d'un air joyeux en disant : « Je viens de voir partir les bagages de M. d'Argenson. » Ce seigneur était un courtisan assidu du comte ; et le roi, l'entendant, s'approcha de Madame en levant les épaules et dit : « Et le coq chanta. » C'est ce qui est, je crois dans l'Évangile, quand Pierre renia Notre Seigneur. »
Mme de Hausset.
Un des marchands qui ont loué sous les arcades (Palais-Royal, 1784), se plaignant l'autre jour fort haut du tort que lui allait faire la concurrence de nouvelles boutiques, disait : « C'est une chose injuste, et M. le duc de Chartres, tout prince de sang qu'il est, n'en a pas le droit. — Eh I ne voyez-vous pas, monsieur, lui répondit un passant, que ce n'est pas comme prince de sang que M. le duc de Chartres fait cela ? c'est comme colonel général ci** hussards. »
Du chevalier de Beauveau qui se dispensa d'aller à Versailles lors du mariage du duc de Chartres (1769) :
« Le roi ne vient jamais chez moi.
D'où vient que j'irais chez le roi î Ce n'est donc que par représailles Que je ne vais point à Versailles. »
Une dame de la cour apostropha M. de Gleichen, ministre du roi de Danemark en France, au milieu d'un cercle à Compiègne, ellui dit : « Monsieur l'envoyé, on dit que votre roi est une tôte... — Couronnée, madame, » lui répondit M. de Gleichen avec son air doux, humble et fin, en s'inclinant profondément.
On vantait à un paysan du Saint-Golhard les richesses du roi de France. « Je parie, dit-il, qu'il n'a pas d'aussi belles vaches que les miennes. »
Sur Maurepas :
Monsieur le comte, on vous demande.
Si vous ne mettez le holà,
Le peuple se révoltera.
— Dites au peuple qu'il attende.
Il faut que j'aille à l'Opéra.
De la comtesse de Sabran :
« Il faut que Dieu, après avoir créé l'homme, ait pris un resle de boue pour former l'âme des princes et des laquais. »
M. de Vintimille a tenu ce discours sur la grossesse de sa femme : <c Je ne sais qui a pu faire cet enfant ; c'est ou le roi, ou le duc d'Ayen, ou Forcalquier, ou mon laquais Saint-Jean qui l'a prise pour mon... »
D'Argenson (1741).
Servir le souverain ou se donner un maître ; Dépendre absolument des volontés d'autrui ; Demeurer en des lieux où l'on ne voudrait être ; Pour un peu de plaisir, souffrir beaucoup d'ennuis.
Ne témoigner jamais ce qu'en son cœur on pense ; Suivre les favoris sans pourtant les aimer ; S'appauvrir en effet, s'enrichir d'espérance ; Louer tout ce qu'on voit, mais ne rien estimer ;
Entretenir un grand d'un discours qui le flatte ; Rire de voir un chien caresser une chatte ; Manger toujours fort tard, changer la nuit en jour ;
N'avoir pas un ami, bien que chacun on baise ; Etre toujours debout et jamais à son aise. Fait voir en abrégé comme on est à la cour.
Saint-Martin.
En faisant sa cour bassement Dans tous les bureaux de la guerre, Philinte obtint un régiment Et répétait complaisamment :
<K Pour le succès de mon affaire Je n'ai jamais fait un seul pas.
— C'est vrai, dit un vieux militaire ; Quand on rampe, on ne marche pas. »
Vasselier.
Impromptu de Diderot, roi de la Fève :
Le code Denis Dans ses Ëtats a tout ce qui respire.
Un souverain prétend donner la loi.
C'est le contraire en mon empire :
Le sujet règne sur son roi.
Divise pour régner, la maxime est ancienne, Elle fut d'un tyran, ce n'est donc pas la mienne ; Vous unir est mon vœu ; j'aimo la liberté, Et si j'ai quelque volonté.
C'est que chacun fasse la sienne.
Amis, qui composez ma cour.
Au dieu du vin rendez hommage, Rendez hommage au dieu d'amour.
Aimez et buvez tour à tour ; Buvez pour aimer davantage.
Que j'entende au gré du désir, * '
Et les éclats de l'allégresse,
Et l'accent doux de la tendresse,
Le choc du verre et le bruit du soupir. Au frontispice de mon code
Il est écrit ; Sois heureux à ta mode,' Car tel est notre bon plaisir.
Fait l'an septante et mil sept cent Au petit Carrousel, en la cour de Marsan,
Assis près d'une fenmie aimable.
Le cœur nu sur la main, les coudes sur la table. Signé Denis, sans terre ni château,
Roi par la grâce du gâteau.
Sur un baromètre :
De bien des seigneurs importants Cet instrument offre l'image.
Ils sont très hauts dans le beau temps, Ils sont très bas pendant Torap^e.
Marquis de Cramoyel.
Louis XVI félicitait Carraccioli de sa nomination de vice-roi de Sicile et lui disait : « Vous allez occuper, Monsieur, une des plus belles places de l'Europe. » Carraccioli répondit tristement : a Hélas ! Sire, la plus belle place d'Europe est celle que je quitta, c'est la place Vendôme. »
Un des prêtres du diocèse de l'archevêque Dillon, frappé pour délit de chasse, fit parvenir ses doléances jusqu'au pied du trône. Louis XVI dit un jour à Monseigneur Dillon : « Monsieur l'archevêque, on dit que vous aimez beaucoup la chasse. — Oui, Sire. — J.3 le conçois et moi aussi, mais vos curés l'aiment également beaucoup ; pourquoi donc la leur défendez-vous ; puisque vous vous la permettez. — Sire, répondit l'archevêque, c'est que mes vices viennent de ma race et que les vices de mes curés sont d'eux-mêmes. »
Louis XVI dit à Dillon : « Monsieur l'archevêque, on prétend que vous avez des dettes et même beaucoup. — Sire, je m'en informerai i\ mon intendant, et j'aurai l'honneur d'en rendre compte à Votre Majesté. »
Louis XVI donna un soufflet à M. de Cubières et, pour se le faire pardonner, un cheval arrivé dans la môme journée de Conslantinople ; ce qui fit dire au souffleté : « Le roi me l'a donné d'une manière louchante. »
Du comte d'Aranda, ambassadeur d'Espagne en France vers 1782. « Le oui et le non viennent du ministre, le quand et le conunenl, du commis, le cahier et le pupitre, de la nation, le roi n'y met du sien que la plume et l'encre. »
Pendant Témigration, un petit prince allemand dit à un Français : « Monsieur, je vous donne vingt-quatre heures pour sortir de mes Ëtats. — Monseigneur est trop bon, il ne me faut qu'un quart d'heure. »
Sur le Journal des Débats et Geoffroy : Si l'empereur faisait un pet Geoffroy disait : il sent la rose, Et tout le sénat aspirait...
A l'honneur de prouver la chose.
Louis XVIII anoblit Genoude en disant : « Nous allons lui flanquer du de par devant et par derrière à ce vaillant chevalier du trône et de l'autel. »
Le soir de l'entrée du comte d'Artois à Paris, le 12 avri4 1814, il y avait réunion dans le salon de M. de Talleyrand. « Le prince a-t-il dit quelque chose ? » demanda-l-il. Sur la réponse négative de personnes qui avaient accompagné Monsieur : « Mais il faut qu'il ait prononcé quelques paroles, reprit M. de Talleyrand. Beugnot, vous qui avez de l'esprit, aJlez dans mon cabinet et faites donc un mot pour le comte d'Artois. »
Beugnot prit une bougie et rentra dans le cabinet de M. de Talleyrand. A deux reprises il revient au salon, avec des phrases écrites qui n'eurent aucun succès. Il alla se recueillir une troi-
sième fois el bientôt, enlr'ouvrant la porte du salon, avant d'entrer il s'écria triomphant : « Il n*y a rien de changé en France, il n'y a qu'un Français de plus. » Le mot fut imprimé le lendemain, au nom du comte d'Artois.
Lorsque Talleyrand présenta sa femme à Napoléon, celui-ci lui dit, avec sa brutalité ordinaire, qu'il espérait que sa conduite, à Tavenir, serait telle qu'il convenait à son nouveau rang. Mme de Talleyrand lui répondit qu'elle s'efforcerait de régler en tout sa conduite sur celle de Sa Majesté l'Impératrice.
Le mot devaît être de Talleyrand, car, elle en était bien incapable. On lui fit un jour prendre Denon, le membre de rinstitut, pour Robinson et elle alla lui demander des nouvelles de Vendredi.
« A Gand, nous étions sept ou huit cents, et, à ma connaissance, il en est revenu plus de cinquante mille. »
Talleyrand.
De Longchamp, chambellan du roi Murât, prenant sa retraite : Adieu donc, stérile étiquette.
Adieu, petite vanité.
Graves riens, noble ennui, toilette.
Et grandes fêtes sans gatté.
Adieu, clef d'or qu'ont au derrière Mes collègues, les chambellans.
: • • Pour vivre enfin à ma manière,
Ma foi, j'ai pris la def des champs.
En 1815
Bonaparte s'avance,.
Je suis de son parti ; Mais s'il reçoit la danse Je ne suis plus pour lui.
De crainte d'aniJcroche Je n'ai jamais d'avis ; Je porte dans ma poche L'aigle et la fleur de lys.
M. Pasquier, étant allé voir Royer-CoUard après l'obtention de son titre de duc, n'en put tirer qu'un : « cela ne vous a pas diminué ».
Je suis l'égal du grand Montmorenci Et de tous les nobles de France, Disait dans sa boutique un cordonnier. — Ainsis En suivant votre conséquence, Lui répondit son compère Laurence, Le savetier du coin est votre égal. — Ah I fi 1
M. de Nfarcellus, le grand seigneur chrétien, ne communiait à son château qu'avec des hosties timbrées à ses armes. Un jour le desservant s'aperçut, avec terreur, que la provision d'hosties armoriées était complètement épuisée. Il se risqua à tendre une hostie plébéienne, l'hostie de tous, à la noble bouche dévote, s'excusanl avec ce mot admirable : « A la fortune du pot, monsieur le comte. »
Mme Blanc, s'occupant de caser ses enfants, va trouver Villèle et s'écrie au milieu de la discussion : « Eh ! monseigneur, monseigneur vous avez été un Monsieur avant d'être Monseigneur. » — L'excellence trouvant l'emportement drôle, dit à Mme Blanc : Eh bien ! le monseigneur d'aujourd'hui vous accorde ce que vous demandez. »
On visitait la salle du trône au Sénat ; une paysanne se détache du groupe, se précipite et s'assied sur ce trône. Émoi du gardien. « Té, dit la bonne femme, tranquillement, j'ai tout de même mis mon c... là où l'empereur a mis le sien. »
Hélas I La Palisse est mort, II est mort devant Pavie.
Hélas ! s*il n'était pas mort.
Il serait encore en vie.
Quand le roi partit de France A la malheur il partit.
Il en partit le dimanche Et le lundi il fut pris.
« Rends, rends- loi, roi de France, Rends-toi donc, car tu es pris.
— Je ne suis point roi de France, Vous ne savez qui je suis.
Je suis pauvre gentilhomme Qui s'en va par le pays. »
Regardèrent à sa casaque, Avisèrent trois fleurs de Lys,
Regardèrent à son épée, François ils virent écrit.
Ils le prirent et le menèrent Droit au château de Madrid,
Et le mirent dans une chambre Où ne voyait ni jour ni nuit
Que par une petite fenêtre Qui était au pied du lit.
Regardant par la fenêtre, Un courrier par là passit.
« Courrier qui portes lettres.
Que dit-on du roi à Paris ?
— Par ma foi, mon gentilhomme.
On ne sait s'il est mort ou vif.
— Courrier qui portes lettres, Retourne-l-en à Paris,
Et va-t-en dire à ma mère.
Va dire à Montmorency,
Qu'on fas^ battre monnaie Aux quatre coins de Paris.
S'il n'y a de l'or en France Qu'on en prenne à Saint-Denis,
Que le dauphin on amène Et mon petit-fîls Henri.
Et à mon cousin de Guise Qu'il vienne ici me quérir. »
Pas plus tôt dit la parole Que Monsieur de Guise arrivil.
Monsii
^^r de Bois Gille
Ce fut à la maie heure, Un jour de vendredi, Que Monsieur de Bois Gille Prit congé de Paris, La — sol — fa — mi.
Pour envoyer deux dames Jusques en leur logis.
La conduite finie Étant pour repartir :
« Restez, restez, Bois«Gille.
Restez, Bois Gille ici.
— Non, dame m'espère A coucher cette nuit. »
Quand il fut dans la plaine Vit grande compagnie,
Il appela son page :
« Petit Jean, mon ami,
Dis-moi, dis-moi, mon page, Que sont tous ces gens-ci ?
— C'est Monsieur de Vendôme.
Votre grand ennemi.
Piquez, piquez, mon maître.
Et lirez à courir !
— Courir, un de Bois Gille, Page, tu perds l'esprit ! »
Auprès de la grand'borne ; La rencontre se fit ;
Comme entre gentilhommes Le bonjour se donnit.
« Bonjour, bonjour, Bois Gillc.
— A toi, Vendôme, aussi.
Te souviens-l-il
De Taffront que me fis ?
Devant la jeune reine Trois fois me démentis ;
Devant la reine mère Un soufflet me donnis. »
Achevant ces paroles, Le combat s'engagit.
Bois Gille en tua trente .
Mais son épée faillit.
Il appela son page:
« — Petit Jean, mon ami,
Va-t-en dire à ma fenmie Qu'elle n'a plus de mari.
Va dire à la nourrice Qu'elle ait soin du petit.
Et qu'il tire vengeance Un jour de ces gens-ci.
Et qu'il lire vengeance Un jour de ces gens-ci ! »
Achevant ces paroles,
La — la — sol — fa, Bois Gille rendit l'esprit,
La — sol — fa — mi.
Quand Renaud de la guerre revint Il en revint triste et chagrin.
« Tenez, ma mère, mes boyaux Qui sont dessus mes deux chevaux.
— Bonjour Renaud, bonjour mon fils.
Ta femme est accouchée d'un fils.
— Ni de ma femme, ni de mon fils Je ne saurai me réjoui.
Qu'on fasse vite un lit blanc Pour que je m'y couche dedans. »
Et quand ce fut sur le minuit Le beau Renaud rendit l'esprit.
« Dites-moi, ma mère, m'amie, Qu'est-ce que j'entends pleurer ici ?
— C'est un pelil page qu'on a fouetté Pour un plat d'or qui est égaré. »
« Dites-moi, ma mère, m*amie, Qu'est-ce que j'entends cogner ici î
— Ma fille, ce sont les maçons Qui raccommodent la maison. »
« Dites-moi, ma mère, m'amie, Qu'est-ce que j'entends sonner ici ?
— Ma fille, c'est le petit dauphin nouveau-né Dont le baptême est retardé. »
« Dites-moi, ma mère, m'amie, Qu'est-ce que j'entends chanter ici ?
— Ma fille, ce sont les processions Qui sortent pour les Rogations. »
« Dites-moi, ma mère, m'amie.
Quelle robe mettrai-je aujourd'hui ?
— Mettez le blanc, mettez le gris.
Mettez le noir pour mieux choisi.
« Dites-moi, ma mère, m'amie.
Qu'est-ce que ce noir-là signifie ?
— Toute femme qui relève d'un fils Du drap de Saint-Maur doit se vêtir. »
« Dites moi, ma mère, m'amie, Irai-je à la messe aujourd'hui ?
— Ma fille, attendez à demain El vous irez pour le certain. »
Quand elle fut dans le champ allée Trois p'tits garçons s'sont écrié
— Voilà la femme de ce seigneur Qu'on enterra hier à trois heures.
Quand elle fut dans Téglise entrée, De Teau bénite on y a présentée, Et puis levant les yeux en haut Elle aperçut un grand tombeau.
« Dites-moi, ma mère, m'amie, Qu'est-ce que ce tombeau-là signifie ?
— Ma fille, je ne puis vous Tcacher, C'est vot'mari qu'est trépassé. »
« Renaud, Renaud, mon réconfort {bis).
Te voilà donc au rang des morts !
Ell'se fit dire trois messes, A la premier' elle se confesse, A la seconde, elle communia, A la troisième, elle expira.
Quand Bourbon vit Marseille Il a dit à ses gens :
<c Vrai Dieu, quel capitaine Trouverons nous dedans î
Il ne m'en chaut d'un blanc D'homme qui soit en France.
Mais que ne soit dedans Le capitaine Rance.
Etc..
On parlait, devant Charles-Qumt, d'un capitaine espagnol, qui ^e vantait de n'avoir jamais eu peur. « Il faut, dit l'Empereur, que cet homme n'ait jamais mouché la chandelle avec ses doigts. »
In curé Biscain, demi-fol, mit si fort son affection à Jehan de Padille, que, tous les dimanches à son prône, disait ainsi : « Mes frères, je vous recommande un Pater et un Ave Maria pour la sainte sédition et populaire émotion, et vous recommande un autre Pater pour la Majesté du roi Jehan de Padille afin que Dieu veuille le faire régner et autant pour la reine sa femme ; car, pour vous en dire vérité, ceux ici sont nos vrais et naturels rois et tous les autres jusqu'à présent sont des tyrans. » Durèrent les prières bien près de trois semaines, lesquelles expirées, vint à passer par ce village, Jehan de Padille avec sa gendarmerie ; et comme les soldats, qui prirent logis en sa maison, lui eussent enlevé sa chambrière lui eussent bu son vin et ne l'eussent oublié à lui manger et lard et poulailles et quelle qu'il eut, dit, le dimanche ensuivant, au prône : « Vous savez, mes frères, comme cette semaine a passé par ici Jehan de Padille et crois
que vous n'êtes pas ignorants comme les soldats qui logèrent en ma maison m'ont laissé une seule poule, me ayant aussi mangé mon lard et bu mes quatre feuillettes de vin et surtout, les malheureux, m'ont emmené, comme vous savez, ma pauvre Catherine. Je vous dis ceci, mes amis, afin que, dorénavant, ne priez point pour lui, ôiais pour le roi Don Charles, et pour la reine Madame Jehanne, sa mère, lesquels sont nos rois naturels. »
Brantôme.
Les sujets s'étant rendus maîtres du château d'Arimini, Catherine Sforce leur donna en otage ses enfants pour le recou vrer, après quoi, elle menaça du dernier supplice ceux qui avaient été cause de la sédition, et comme ils lui répondirent qu'ils feraient mourir ses enfants, elle troussa sa chemise et leur dit : « Voilà de quoi en avoir d'autres. Faites périr inhumainement les otages que vous avez, j'y consens, pourvu que ma justice vous fasse porter la peine de votre méchanceté. »
Bayle.
Illa magno et virili animo, sublata veste, nudatoque ventre : « En, inquit, quo possim liberos iterum procreare. »
Slrozzi, prisonnier, grava avec la môme pointe du poignard dont il se tua, sur le manteau de la cheminée de la chambre où il était détenu, ce vers de Virgile : « Exoriare nostris ex ossibus ultor. » Ce que ses enfants exécutèrent fidèlement.
Sur M. de Guise, le fils du Balafré :
Au combat contre les Rochellois, le feu prit à son vaisseau. M. de La Rochefoucauld vint lui dire : « Ah ! Monsieur, tout est perdu. — Tourne, tourne, dit-il au pilote ; autant vaut rôti que bouilli. »
J'ai ouï conter que Bussy (d'Amboise) étant allé un jour voir les bêtes des Tuileries, avec des dames, il y en eut une assez imprudente pour l'obliger à lui requérir son gant qu'elle avait laissé tomber dans la loge d*un lion. Il y fut, Tépée à la main, reprit le gant, sans que le lion branlât et, en le rendant à la dame, il lui en donna un petit coup sur la joue et lui dit : « Tenez, et, une autre fois, n'engagez pas des gens de cœur mal à propos. »
Tallemant.
Henri II ayant voulu, dans un conseil de guerre, empêcher le comte de Montbrun de parler, celui-ci lui répondit : « Sire, quand on a le cul sur la selle, on est compagnon. »
Certains soldats ayant logé dans un village avec des licences ordinaires de telles gens, rencontrèrent un paysan en chemin qu'ils battirent et lui dérobèrent son argent et son manteau. Il alla s'en plaindre à un des capitaines qui lui dit : « Mon ami, quand ces soldats t'ont volé, avais-tu cet habit-là ? — Oui, Monsieur,
répondit-il. — Va, dit le capitaine, assure-loi que ce n'était pas mes gens, car ils t'auraient emporté jusqu'à ta chemise. »
D'Ouville.
Sur Henri IV :
Quelque brave qu'il fust, on dit que quand on lui venait dire : « Voyla les ennemis » il luy prenait toujours une espèce de devoyement, et que, tournant cela en raillerie, il disait : « Je m'en vais faire bon pour eux. »
Tallemant.
Un soir qu'on moine, faisant la prière, disait à ses soldats qu'il ne leur servait de rien d'être vaillants, que Dieu seul donnait les victoires, Arnaud le Fort le renvoya bien vite en lui disant • « Vous gâtez mes gens, il faut leur dire que Dieu est toujours du côté de ceux qui frappent le plus fort. »
Le marquis de la Force dit à un moine qui disait : « Recommandez-vous bien à Notre-Dame » — qu'il fallait dire : « à Notre- Dame de frappe fort ! »
Tallemant.
Pendant un combat sur mer des Vénitiens contre les Turcs, un Vénitien se mit à fond de cale, et lorsqu'il n'entendit plus tirer, il passa la tête en disant : « Siam o presi o aviam préso. » Avons-nous pris ou sommes nous pris ?
Ménage.
Le P. Joseph montrait sur la carte au cardinal de Richelieu et disait : « Nous passerons la rivière là. — Mais, Monsieur Joseph, répliqua-t-il, votre doigt n'est pas un pont. »
On sait les vers du duc de la Rochefoucauld pour la duchesse de Longueville, lorsqu'il reçut au combat de Saint-Antoine un coup de mousquet qui lui Ct perdre quelque temps la vue : Pour mériter son cœur, pour plaire à ses beaux yeux J'ai fait la guerre aux rois, je l'aurais faite aux dieux.
Quelque temps après, comme la duchesse le trompait, il les parodia ainsi :
Pour mériter son coeur qu'enfin je connais mieux. J'ai fait la guerre aux rois, j'en ai perdu mes yeux.
Un mécontent de la cour de France disait un jour devant M. le maréchal de la Meilleraye : « Si je ne suis pas maréchal de France, je suis du bois dont on les fait. » M. de la Meilleraye répondit : « Cela étant, Monsieur, vous pouvez être assuré que lorsque le roi fera des maréchaux de bois, vous y aurez bonne part. »
M. de la Feuillade ayant été blessé d'un coup de mousquet en 1655 au siège de Landrecies, les chirurgiens qui lui mirent le premier appareil lui dirent que le coup était dangereux et qu'on
voyait la cervelle : « Ah ! parbleu I dit-il, Messieurs, prenez-en
un peu et l'envoyez dans un linge à M. de Mazarin, qui me dit
cent fois le jour que je n'en ai point. »
Ménage.
M. le maréchal de Schomberg disait que les Suisses dans une armée faisaient la môme chose que les os dans le corps humain.
Ménage.
L'an 1672, au passage du Rhin, le cheval sur lequel le maréchal de Vivonne était monté, appelé à cause de sa couleur Jean-le- Blanc, Gt à moitié chemin un faux pas qui faillit à jeter son maître dans la rivière. M. de Vivonne, sans s'alarmer lui donnant des deux : « Allons, dit-il, Jean-le-Blanc, courage, voudrais-tu faire mourir en eau douce un général des galères ? »
Ménage.
A la mort de Turenne, on fît huit maréchaux. Mme Cornuel dit: « C'est la monnaie de M. de Turenne. »
Montecuculli a dit de Turenne: « Il faisait honneur à l'homme. ^
M. de Turenne, dînant chez M. de Lamoignon, celui-ci demanda si son intrépidité n'était pas ébranlée au commencement d'une bataille. « Oui, répondit M. de Turenne, j'éprouve
une grande agitation, mais il y a dans l'armée plusieurs officiers subalternes et un grand nombre de soldats qui n'en éprouvent aucune. »
M. de Turenne, voyant un enfant passer derrière un cheval : « Mon bel enfant, ne passez jamais derrière un cheval sans laisser entre lui et vous l'intervalle nécessaire pour que vous ne puissiez pas être blessé. Je vous promets que cela ne vous fera pas faire une demi-lieue de plus dans le cours de votre vie entière, et sou venez-vous que c'est M. de Turenne qui vous l'a dit. »
M. de Turenne avait perdu la bataille de Maricndal. Le soir il soupa dans un moulin et son jeune aide-de-camp ne cessait de se désoler. La meunière était jolie, le maréchal monta coucher avec olle. Comme il se retournait, il vit la figure à la fois navrée et scandalisée du jeune homme. « Mon ami, lui dit-il, il faut bien se consoler. »
Turenne disait en parlant des occasions périlleuses : « Il faut avoir peur tout le moins qu'on peut. »
Vn matin d'été le maréchal de Turenne, en petite veste blanche, un bonnet de coton sur la tête, était appuyé sur le balcon d'une fenêtre qui donnait sur le jardin. Un des domestiques le prenant pour quelqu'un de la cuisine, lui donna un grand coup sur le
derrière. Turenne se retourne. Le domestique tombe à ses pieds demandant pardon et disant qu'il Tavait pris pour Georges. « Eh bien ! dit le maréchal ; quand c'eût été Georges, il ne fallait pas frapper si fort. »
On dit que comme Gassion pressait le cardinal de Mazarin pour le bâton, le maréchal lui dit : « M. de Turenne qui doit aller devant n'est pas si hâté. — M. de Turenne, dit Gassion, honorera la charge, et moi j'en serai honoré. »
Tallemant.
Une dame demandait au prince Maurice d'Orange quel était le premier capitaine du siècle. « Madame, lui dit-il, le marquis de • Spinola est le second. »
Quand Charles Sept contre l'Anglais N'avait plus d'espérance,
De Jeanne d'Arc Dieu fît le choix Pour délivrer la France.
Ne t'embarrasse pas, grand roi 1 Cent fois plus sûre qu'elle
Dans le fourreau de ViUeroi ' Il est une pucelle.
Si les Français, disait le prince Eugène, sont commandés par Villeroi, je les battrai ; si c'est Vendôme, nous nous battrons ; si c'est Catinat, je serai battu. »
A la malheureuse journée de Chiari, Catinat, tout blessé qu'il élail, cherchait à rallier les troupes. Un officier lui dit : « Où voulez-vous que nous allions, la mort est devant nous. — Et la honte derrière, répondit Catinat. »
On voulut donner le cordon bleu à Catinat qui le refusa parce qu*il ne pouvait pas faire les preuves de noblesse qui étaient nécessaires. La Rochefoucauld le pressant un jour d'accepter, Câlinât lui dit : « Je ne suis point homme de condition. De qui voulez-vous que je me fasse descendre, de Catilina î — Non. répondit La Rochefoucauld, mais de Caton, et personne ne s'avisera d'en douter. »
Sur le maréchal de Saxe:
Par le malheur instruit dès ses plus jeunes ans, Cher au peuple, à l'armée, au prince, à la victoire, Redouté des Anglais, haï des courtisans : Il ne manque rien à sa gloire.
D'Alembert.
Le maréchal de Saxe passait en carrosse dans la tranchée avec son médecin Sénac. Ce dernier fil observer que c^était là un médiocre abri contre le canon. « C'est vrai, dit ?e maréchal, eh bien ! fermez les glaces î »
Monsieur de Vendôme
Va prendre Sodome.
Les Chalais, les Courtouvraux Seront des premiers à Tassaut.
Ne sont-ils pas de vaillants hommes ?
Chacun leur tourne le dos.
Albéroni fut introduit chez le duc de Vendôme au moment où il se torchait le derrière. Aussitôt il accourt, se jette à genoux et s'écrie : « Ah ! quel cul d'ange ! » Cela charma le duc de Vendôme au point qu'il le garda chez lui et en fit son favori.
Après la bataille de Villaviciosa, Philippe V n'ayant pas de lit, Vendôme lui dit : « Je vais vous faire donner le plus beau lit dans lequel roi ait couché », et il fit faire une matelas des étendards et drapeaux pris sur l'ennemi.
Devise de la maison de Villars :
Fortis fortuna fortior.
Le marquis de Villars dit aux escadrons de Mérinville, ce peu de paroles : « Vous les avez bien battus Tannée dernière, vous les battrez bien encore. » Tous les cavaliers lui répondirent avec fierté : « Nous les battrons. »
Le maréchal de Villars, dictant Tordre de Tattaquc dans la tranchée, trouva qu'un capitaine de grenadiers, qui avait Tordre d'; Tattaqui: s'appelait La Retournade. Il lui dit en plaisantant sur son nom : « Vous ne retournerez pas. » Le capitaine lui répondit : « Monseigneur, ce ne sera qu'après y être entré, à moins que je ne sois tué en montant. »
Un jour le maréchal de Villeroi dit à Villars dans la chambre du roi : a Quand vous vous reposez après deux si belles campagnes, c'est demeurer à la bonne bouche. — Je ne sais, lui répondit le maréchal de Villars, si le roi me laissera sans commandement. Si cela arrive, j'aurai quelque ennemi à la Cour qui s'en réjouira. Mais les ennemis du roi s'en réjouiront encore davantage. »
Le vaisseau que montait le chevalier de Lordat était prêt à couler à fond en vue des côtes de France. Lordat ne savait pas nager. Un soldat, excellent nageur, lui dit de se jeter avec lui dans la mer, de le tenir par la jambe et qu'il espère le sauver par
ce moyen. Après avoir longtemps nagé les forces du soldat s'épuisent ; M. de Lordat s*en aperçoit, Tencouragc ; mais enfin le soldat lui déclare qu'ils vont périr tous deux. « El si lu étais seul ? — Peut-être pourrais-je encore me sauver. » — Le cheva lier de Lordat lui lâche la jambe et tombe au fond de la mer.
Après avoir perdu la bataille de Creveld (1758), le comte de Clermont piqua des deux jusqu'à Xyon. En entrant dans la villo. il demanda à TofTicier de garde : « Est-il arrivé beaucoup de fuyards ? — Non, Monseigneur, vous êtes le premier. »
Deux Clermont ont été présents à celle aiïaiio. L'abbé parut combattre en brave militaire Et le militaire en abbé.
D'un manutentionnaire à Villars qui, en 1734, le menaçait de le faire pendre. « Votre menace ne me regarde pas : j'ose vous dire (|u'on ne pend pas un homme pouvant disposer de cent mille écus. »
Faisant allusion à ses pensions, Louis XV dit à Villars, le vainqueur de Denain : « Combitni gagncrai-jc à votre mori? — Sire, je ne sais pas si Votre Majesté y gagnera, mais le feu roi aurait cru y perdre. »
Le cocher du roi de Prusse, Frédéric II, l'ayant versé, le roi entra dans une colère épouvantable. « Eh bien, dit le cocher, c'est un malheur, et vous? N'avez-vous jamais perdu de bataille? »
Frédéric rencontrant un de ses soldats qui avait une cicatrice au visage, lui dit : « Dans quel cabaret as-tu trouvé cela ? — Dans un cabaret où vous avez payé Técot... à la bataille de... » que Frédéric avait perdue.
De Frédéric de Prusse :
« Si je commandais à des Français, j'en ferais les meilleures troupes des quatre parties du monde. Leur passer quelques légères étourderies, ne jamais les tracasser mal à propos, nourrir la gaîlé naturelle de leur esprit, être juste envers eux jusqu'au scrupule, ne les affliger d'aucune minutie, tel serait mon secret pour les rendre invincibles. »
l^rédérick à Brunswick, en 1757 : « Mon cousin, vous allez combattre les Français ; il vous sera facile de vaincre leurs généraux, mais leurs soldats, jamais. »
Frederick disait des mots familiers qu'il adressait à ses soldats: « Voilà cependant l'huile avec laquelle je graisse les rouages de "ïa machine. »
Sur Soubise :
Frederick combattant et d'estoc et de taille, Quelqu'un, au fort de la bataille, Vient lui dire : « Nous avons pris...
— Qui donc ? — Le général Soubise.
— Oh ! morbleu, dit le roi, tant pis, Qu'on le relâche sans remise.
Je connais du sujet l'importance et le prix Et sa présence ici nous serait contraire,
Au lieu qu'il m'est très nécessaire
A la tête des ennemis. »
Le prince dit : « Lanterne à la main. J'ai beau la chercher, où diable est mon armée ?
Elle était là pourtant hier matin.
Me l'a-t-on prise ou l'aurais-je égarée î Prodige heureux, la voilà ! la voilà !
Oh, ciel ! que mort âme est ravie !
Mais non, qu'est-ce doac cela î
Ma foi, c'est l'armée ennemie. »
Soubise vient d'être battu.
Il s'est, de désespoir, la tête la première, Précipité dans la rivière.
Mais les poissons l'ont soutenu.
Soubise, après ses grands exploits, Peut bâtir un palais qui ne lui coûte guère :
Sa femme en fournira le bois
Et chacun lui jette la pierre.
Soubise agira prudemment En vendant son hôtel dont il n*a plus que faire ;
Le roi lui donne un logement
A son École militaire.
Le maréchal de Créquy vit un cavalier du régiment qui, ayant reçu un coup d'épée en travers du corps, se relirait mourant. Il demandait son colonel et l'ayant trouvé : « Ëtes-vous content de nous? mon colonel, lui dit-il ; je ne voulais que la consolation de vous voir avant que de mourir. »
L'auteur, bientôt après, peint des voleurs de nuit Qui, dans un chemin creux, sans tambour et sans bruit, Dicrètement chargés de sabres et d'échelles. Assassinent d'abord cinq ou six sentinelles ; Puis, montant lestement aux murs de la cité Ou les pauvres bourgeois dorment en sûreté. Portent dans leurs logis le fer avec les flammes, Poignardent les maris, couchent avec les dames, Ecrasent les enfants et, las de tant d'efforts. Boivent le vin d'autrui surdes monceaux de morts.
150 GKxNS DE GUERRE.
Le lendemain matin, on les mène à l'église Rendre grâce au bon Dieu de la noble entreprise, Lui chanter en latin qu'il est leur digne appui. Que, dans la ville en feu Ton n'eût rien fait sans lui, Qu*on ne peut ni voler, ni violer son monde. Ni massacrer les gens, si Dieu ne nous seconde.
Le duc d'Ayen étant à côté du roi à Fontenoy, vit porter un page du maréchal de Noailles (son père) qui était blessé à mort. « Petit sot, dit-il, pourquoi as-tu quitté ton maître ? Tu ne serais pas dans cet état. »
Quand on louait, l'année dernière, la belle campagne que le prince Ferdinand de Brunswick avait faite au delà du Rhin. Philidor (le joueur d'échecs) disait avec un certain air de satisfaction : « Il est vrai... je lui donne le tour. »
Un officier se plaignit au maréchal de Richelieu, son colonel d'avoir été insulté par un de ses camarades qui l'avait même frappé : « Est-ce que vous n'aviez pas d'épée ? dit le maréchal. — Non. mon colonel. — Est-ce que vous n'aviez pas de couteau ? —
Non, Monseigneur. — Et f vous aviez au moins votre cure-
denls, ajouta le maréchal en lui tournant le dos. »
Vivonne disait à sa sœur, grosse comme lui : « Ma sœur, embrassons-nous, si nous pouvons. »
La veille d'un combat, un officier demande un congé au maréchal de Toiras, pour aller voir son père agonisant, et celui-ci : « Allez ! Allez ! Monsieur, je vois que vous connaissez le commandement : Père et mère honoreras afin de vivre longuement. »
Voici les Français qui viennent,
Hongrois ! sauvons-nous !
— Oh ! Ménida, dit la reine, C'est Maillebois qui les mène.
Je m'en f....
Quand Chariot (1) a bu du vin Il veut passer le gros Rhin.
Mais la digestion faite, Il fait battre la retraite Lampons, lampons, camarades, lampons !
(1745.) Sur Richelieu commandant la flotte de Dunkerque: S'il fallait faire un sacrifice Pour vous rendre la mer propice
il) Le prince Charles.
Quand vous voguerez sur les eaux, Jetez-y, pour première offrande,
Le plus fameux des m ,
Son élément le redemande.
Sur le comte de Clermont, abbé de Saint-Germain et général des Bénédictins :
D'où venez-vous, monsieur Tabbé ?
Vous avez Tair tout essoufflé.
— Je reviens de la guerre. — Eh bien ! Eh bien ! qu'alliez-vous y faire ?
Vous m'entendez bien.
Après la bataille de Creveld (1758) :
Moitié plumet, moitié rabat, Aussi propre à l'un comme à l'autre, Clermont se bat comme un apôtre ; Il sert son Dieu comme il se bat.
Le maréchal de Marcin proposa un conseil de guerre. Le maréchal de Villars lui dit : « Les conseils de guerre sont bons quand on veut une excuse pour ne rien faire. »
C'était pour la seconde fois que l'armée passa deux jours sans distribution et tout cela sans qu'il y eût murmure ni désertion. Les soldats demandaient seulement au maréchal (de Villars) s'il ne voulait pas leur permettre de lui dire le Paier nosier, et sur cela ils disaient: « Panem nostrum quotidianum da nobis hodie. »
Le baron de Buzenval, après avoir fait tuer presque toute sa division à Arnesbourg, renvoyé au camp avec le peu qui lui restait, on le vit reparaître tout à coup à l'affaire. « Que faites-vous donc encore ici, lui dit-on, baron ? Vous avez fini. — Que diable voulez-vous, dit-il, c'est comme au bal de l'Opéra ; on s'y ennuie el on y reste tant qu'on entend des violons. »
On pressait le maréchal de Saxe d'enlever une position ; il s'y ififusait, disant que cela ferait perdre trop de monde et il ajouta : « Passe encore s'il ne s'agissait que d'une douzaine d'officiers généraux. »
Après la bataille de Gross Jaegendorff (1757), comme on rapportait au maréchal Keith que le commandant en chef russe, Apaxinc, avait eu un cheval tué sous lui pendant le combat. « Oui, avec les éperons sans doute, » murmura le vieux guerrier.
Frédéric de Prusse disait : « Sa Sacrée Majesté le Hasard. »
Le maréchal de Duras, attaqué par Linguel, ne répondait pas, d'où le quatrain :
Monsieur le Maréchal, pourquoi cette réserve ? Lorsque Linguet hausse le ton, N'avez-vous pas votre bâton ?
Au moins qu'une fois il vous serve !
Du roi Guillaume sur le maréchal de Luxembourg « 11 est trop heureux pour n*ôlre que cela I »
Sur Dangeau :
Etre des plaisirs de son roi.
Du bal, du jeu, puis de la chasse, Faire exercice en bel arroi.
Monter quelquefois au Parnasse, Etre cordon bleu d'espérance, Dangeau, par des hasards si grands.
Si la paix dure encore dix ans.
Tu seras maréchal de France.
Un colonel écossais (Hailbrun) disait en son baragouin que <( quand la balle a sa commission, il n'y a pas moyen de l'échapper ».
L'on nous dit que le Bourguignon Revienl avec peu de renom.
Prenons garde qu'il ne nous morde.
Ne prononçons jamais son nom, Il serait sans miséricorde, Car il est dévot et poltron.
Ce grand foudre de guerre, Le comte de Bruslbn, Était comme un tonnerre Avec son bataillon Composé de cinq hommes Et de quatre tambours, Criant : « Hélas ! nous sommes A la fin de nos jours. »
Cumberland, sur son belvéder.
Nous voyant passer le Weser Se fit apporter sa cuirasse.
Son grand sabre et son catogan.
Et puis il dit, d'un ton d'audace, « Courage, amis, fichons le camp J »
^ n plaisant fit un jour graver sur la lame d'un officier très poltron et très dévot, ce commandement de Dieu : « Homicide point ne sera »
Je ne connais qui que ce soit De ceux qui maintenant suivent Mars et Bellone Qui, s*il ne violait, volait, tuait, brûlait.
Ne fût assez bonne personne.
Cailly.
Pendant un siège, un porteur d*eau criait : « A six sous la voie d*eau ! » Une bombe vient et emporte un de ses seaux. « A douze sous le seau d'eau ! » s'écrie le porteur sans s'élonner.
Faisons l'amour, faisons la guerre !
Ces deux métiers sont pleins d'attraits. La guerre au monde est un peu chère : L'amour en rembourse les frais.
Que l'ennemi, que la bergère Soient, tour à tour, serrés de près ; Eh ! mes amis, peut-on mieux faire.
Quand on a dépeuplé la terre, Que de la repeupler après ?
Boufflers.
Boufflers avait nommé un de ses chevaux, le prince Ferdinand <*l l'autre le prince Héréditaire. Quand on venait le voir le matin, il appelait l'un de ses palefreniers et lui demandait d'un grand sérieux, si le prince Ferdinand et le prince Héréditaire élaien»
étrillés? — Oui, Monsieur le chevalier. « Je les fais étriller tous \es malins, disait-il froidement à la compagnie, vous voyez que j'en sais plus long que nos maréchaux. »
Du temps de la réforme de M. de Saint-Germain, on demandait à un officier de fortune ce qu'il en pensait. « Les coups de bâton, répondit-il ! dans ma jeunesse j'en ai reçu ; plus tard j'en ai fait donner ; je me suis trouvé bien de l'un et de l'autre. »
Un officier des Gardes Françaises à un officier des Gardes Suisses: « Vous vous battez pour de l'argent, et nous nous battons pour de l'honneur. — Chacun se bat pour ce qui lui manque. »
Au dix-huitième siècle, un officier en Italie reçoit une balle dans la tête, et meurt en disant : « On m'avait bien dit qu'il me fallait du plomb dans la cervelle, mais la dose est un peu forte. »
On parlait courage, et l'impératrice Catherine dit : « Si j'avais êlé homme, j'aurais été tué avant d'être capitaine. » Le prince de Ligne lui répondit vivement : « Je n'en crois rien, Madame, car je vis encore. »
Maugrebleu du fat qui t'a fait.
Vaine pyramide d'Hoschledl, Ah ! si pour pareille vétille, Chaque bataille, assaut, prise de ville, Louis, ce héros si parfait, Avait fait dresser une pile, Le pays ennemi serait un jeu de quilles.
C'est dans la ville de Bordeaux Qu'est arrivé trois beaux vaisseaux.
Les matelots qui sont dedans.
Ma foi, ce sont de bons enfants.
Il y a une dame dans Bordeaux Qui aime bien les matelots :
Ma servante, allez-moi quéri Le matelot le plus joli.
Beau matelot, mon bel ami, Madame vous envoie quéri.
Montez là-haut, c'est au premier, Collation vous y ferez.
La collation a duré Trois jours, trois nuits sans décessé ; Mais au bout de trois jours passés Le matelot s'est ennuyé.
Le matelot s'est ennuyé.
Par la fenêtre a regardé :
Madame, donnez-moi mon congé, Il fait beau temps, jVeux m'en aller.
Beau matelot, si lu t'en vas, Mal de moi, tu parleras.
Tiens, voilà cent écus comptés Sera pour boire à ma santé.
Le matelot en s'en allant Fit rencontre du président :
Beau président ! Beau président !
Je suis satisfait et content.
Beau matelot, mon bel ami. Répète-moi ce que t'as dit.
« Monsieur, je dis qu'il fait beau temps Pour aller sur mer voguant. »
Le matelot dans son vaisseau S'mit à chanter des airs nouveaux :
Vivent les dames de Bordeaux Qui aiment bien les matelots !
Malgré la bataille Qu'on livre demain
Çà, faisons ripaille.
Charmante catin ; Attendant la gloire, Prenons le plaisir Sans lire au grimoire Du sombre avenir.
Si la hallebarde Je peux inéviler, Près du corps de garde Je le fais planter, Ayant la dentelle, Le soulier brodé, La blonque à l'oreille, Le chignon cardé.
Narguant tes compagnes.
Méprisant leurs vœux, J'ai fait deux campagnes.
Rôli de tes feux.
Digne de la pomme, Tu reçus ma foi Et jamais rogomme Ne fut bu sans toi.
Tiens, serre ma pipe.
Garde mon briquet ; Et si La Tulipe Fait le noir trajet.
Que tu sois la seule, Dans le régiment, Qu'ait le brûle-gueule De ton cher z*amant.
Ah ! retiens les larmes, Calme ton chagrin ; Au nom de tes charmes...
Achève ton vin.
Mais quoi ? de nos bandes J'entends les tambours.
Gloire, tu commandes.
Adieu, mes amours I
De Mangenot et attribué à Voltaire.
Que le capitan Brunswick, L'illuminé Frédéric, Avec leurs troupes expertes.
Forcent les portes ouvertes Pour parlir le lendemain,
C'est bien, fort bien.
Cela ne nous blesse en rien.
Ils s'en furent, dit l'histoire
Avec la foire I (bis)
Le capitaine» en le voyant Fait appeler son lieutenant :
« Dis, lieutenant, es-tu capable. Dis-moi, te sens-tu z'assez fort Pour aller accoster son bord ? »
Le lieutenant fier z'et hardi Lui répondit : « Capitaine, oui !
Faites monter votre équipage.
Braves soudards et matelots.
Faites-les tous monter en haut. »
Le maître donne un coup d'sifflet « En haut ! largue les perroquets, Largue les ris et vent arrière !
Laisse arriver près de son bord Pour voir qui sera le plus fort.
Vire lof pour lof ! » En abattant, Nous l'accostons par son avant.
A coups de hache d'abordage, A coups de piqu'et d'mousqueton Nous l'avons rais à la raison.
Que va-t-on dire de lui tantôt.
En Angleterre et à Breslau, D'avoir laissé prendr* sa frégate Par un corsair' de six canons.
Lui qui en avait trent'six et d'bons !
Beurnonville, dans un rapport à la Convention, disait n'avoir perdu dans un combat, que le petit doigt d'un chasseur. Le lendemain, on chantait dans Paris :
« Allons, allons, citoyen Beurnonville, le petit doigt n'a pas loul dit. » Un loustic écrivit même du régiment que le petit doigt était retrouvé.
On disait à Mlle Mars, qui affichait son bonapartisme, que les gardes de corps lui en voulaient: « Eh ! que ces messieurs ont-ils de commun avec Mars î »
Ijn général de la garde impériale disait à Napoléon : « Sire, je ne sais pas les matiques, mais je f... bien un coup de sabre. »
Et un autre, à propos d'un ordre de la place, recommandant des précautions, les nuits d'equinoxe approchant : « Qu'il vienne, ce bougre de général Equinoxe et je lui f ... des coups de canon. »
A la bataille d'Eylau, Davout parcourut les rangs en s'écriant : « Les lâches iront mourir en Sibérie, les braves mourront ici en gens d'honneur. »
« Voyez comme ces élèves sont malins I Pour me dérouter, ils font imprimer des romans en chiffres. » C'est ce que disait, en confisquant une table de logarithmes, un brave officier surveillant ^e l'école de Fontainebleau, sous le Premier Empire. En fait de livres, il n'admettait que les règlements militaires.
Un vieux soldat de l'Empire, après les guerres, s'était fait ordonner prêtre. Il était devenu curé d'un village des environs de Cahors. Peu lettré, resté soldat, très paysan et plein de vertus. Un jour, on sacra un évêque ; un jeune enfant du village qui était allé voir l.*; cérémonie, la lui raconta, enthousiasmé. « Monsieur le curé, vous auriez dû venir voir ça ». Et le curé, étendant le bras et lui posant la main sur l'épaule : « Moi« mon enfant, j'ai vu sacrer Bonaparte. »
Un cuirassier fut surpris par son capitaine, pendant qu'il fouillait une armoire. « Que fais-tu là ? — Je cherche de l'avoine pour mon cheval. — L'endroit est bien choisi. — J'ai déjà trouvé dans la bibliothèque du paysan, une botte de foin, enveloppée dans un millier de feuilles de papier, pourquoi ne rencôntreraisje pas d'avoine dans cette armoire ? » Le cuirassier avait pillé l'herbier d'un amateur de botanique, sans y voir autre chose qu'une botte de foin.
Inscription sur la colonne Vendôme surmontée de la statue de Napoléon :
Si le sang que tu fis répandre
En ce lieu pouvait s'amasser,
Tu prendrais un bain sans descendre
Et tu boirais sans te baisser.
Sur Soult :
Ci-g!t un maréchal de dévote mémoire Qui lisait son bréviaire avant d'aller au feu. Pour monter aux honneurs on dit qu'il crut en Dieu Et qu'on lui paya cher cette œuvre méritoire. Pour mourir en chrétien, ce héros circoncis Se fit ensevelir dans un sarrau de serge, Puis il entra tout droit en Paradis A cheval sur un cierge.
Roqueplan.
Amis, il nous faut faire pose.
J'aperçois l'ombre d'un bouchon ; Buvons à l'aimable Fanchon.
Pour elle, faisons quelque chose.
Ah ! que son entretien est doux, Qu'elle a du mérite et de gloire :
Elle aime à rire, elle aime à boire, Elle aime à chanter avec nous.
Fanchon, quoique bonne chrétienne, Fut baptisée avec du vin ; Un Allemand fut son parrain.
Une Bretonne, sa marraine.
Ah ! que...
Elle préfère une grillade Au repas le plus délicat ; Son leint prend un nouvel éclat Quand on lui verse une rasade.
Ah ! que...
Si quelquefois elle est cruelle, C'est quand on lui parle d'amour ; Moi, je ne lui fais la cour, Que pour m'enivrer avec elle.
Ah I que...
Un jour, le voisin La Grenade Lui mit la main dans son corset, Elle riposta d'un soufQet Sur le museau du camarade.
Ah ! que son entretien est doux, Qu'elle a de mérite et de gloire :
Elle aime à rire, elle aime à boire, Elle aime à chanter avec nous.
Général Lasalle.
Lorsque Bonaparte rétablit le culte, il fit faire une grande céré monie à Notre-Dame. Au retour, il demanda à son état-major, son impression. Le général Delmas lui réppndit : « C'était une belle capucinade ; il n'y manquait que le million d'hommes qui se sont fait tuer pour détruire ce que vous rétablissez là ! »
Delmas, disgracié en 1802, avait repris du service en 1813. Blessé à Leipzig, il fut porté à l'hôpital de cette ville. Deux hommes s'approchèrent du lit où Delmas allait mourir. C'étaient Bemadotte et le général russe Langeron, qui avait été son camarade au régiment de Touraine, avant la Révolution. Tous deux lui parlèrent du passé et l'engagèrent, quand il serait rétabli, à travailler avec eux à la chute de Bonaparte. Delmas, se soulevant à demi : « Proscrit par la Révolution, dit-il à Langeron, Russe depuis vingt ans, tu dois peu à la France et rien à Napoléon. Sers ton maître et sois heureux si tu peux. Mais toi. Bernadotle, sorti des entrailles de la Révolution, comblé de bienfaits de la France et de l'Empereur, de quel droit oses-tu me proposer une infamie ? Va traître, n'insulte pas à mon agonie, et laisse-moi mourir en honnête homme ! » Et il expira. Delmas était né à Argentat (Corrèze), en 1768, d'une famille noble.
Les soldats de la division Priant boudaient au feu. Leur général leur crie : « La mort vous fait peur. Est-ce pour con ser\'er les six sous que vous gagnez par jour? Regardez-moi, J'ai cinquante mille livres de rente ! »
A Eylau, rien n'arrêtait la colonne russe. Napoléon fit faire à Murât la célèbre charge qui a été, paraît-il, la plus grande de nos temps, en lui disant: « Nous laisseras-tu manger par ces ogres-là ! » L'histoire a rapporté les paroles, à la Thucydide, que Murât adressa à ses troupes. J'ai ouï conter à quelqu'un du temps
que Murât, après avoir dressé ses régiments, parcourut le front dv: bandière, au grand galop, avec son plumet d'opéra, et ses gestes de matamore, en hurlant à pleine voix : a Soldats, j*ai le cul rond comme une pomme, rond comme une ponmie.... En avant I » et il prit la tête de la charge, comme d'usage.
Les anecdotes sur la maréchale Lefebvre abondent; de nos jours, le théâtre et le roman s'en sont emparés d'une façon plus ou moins apocryphe. En voici une vraie :
Le lieutenant Petiet, fils du ministre, était nommé dans la garde, à Boulogne. Il rend visite à la maréchale, dont le mari commandait alors la garde. La maréchale tutoyait tout le monde. Elle le regarde, et, avec son accent alsacien : « Pourquoi veux-tu entrer dans la garde î » Petiet répond par une phrase de circonstance. La maréchale poursuit : « Pour être dans la garde, il faut être grand, gros et bête. Tu n'es pas grand, tu, n'es pas gros, tu n'as pas Tair bête. Pourquoi veux-tu. être dans 1^ garde ? »
L'anecdote célèbre des Tuileries était racontée autrefois ainsi. La maréchale Lefebvre, s'étant présentée à une porte avec la maréchale Lannes, s'était vu refuser l'entrée. Elle insiste et, devant la persistance de l'huissier, qui ne la reconnaissait pas, elle dit à l'huissier : « Va-t-en dire à l'empereur, que c'est la femme à Lefebvre et la celle à Lannes. » Cela fit du bruit; l'empereur s'en aperçut et s'avança, saluant les maréchales de
leur litre. Et la maréchale Lefebvre, se retournant vers l'huissier i « Ça te la coupe, mon cadet. »
La maréchale Lefebvre a toujours été entourée du respect et de Faffection de tous ceux qui Tont connue.
Un ami vient voir le maréchal Lefebvre qui l'accueille avec empressement et le loge à l'hôtel. L'ami ne cessait de se récrier sur la richesse des meubles, la beauté des appartements, la bonté de la table, et toujours il ajoutait: « Ah ! que vous êtes heureux ! » « Je vois que t'es jaloux, dit le maréchal, avec son accent alsacien; eh bien, je vais te le donner à meilleur marché que je ne l'ai eu. Viens dans ma cour, je vais te tirer trente coups de fusil à trente pas, et si je ne te tue pas, tout est à toi. Tu ne veux pas ?... Eh bien ! sache, f.... b..., qu'on m'en a tiré plus de mille et de plus près, avant que je ne sois arrivé où je suis. »
Le premier jour que Lefebvre porta son habit de maréchal, un conseiller d'État le félicite. « Vous avez là un bel habit ! — Je crois bien qu'il est beau ; il n'est fini que d'hier, et il y a trentecinq ans que j'y travaille. »
Lefebvre dit à un grand seigneur de l'ancienne cour. « Vous êtes fier parce que vous avez des ancêtres. Eh bien, moi je suis un ancêtre. »
Un jour, le duc de Berri, passant en revue un des régimenls du duc de Trévise, un officier sort des rangs et demande la croix de Saint- Louis. « Qu'avez-vous fait pour l'obtenir ? — J ai servi ti'ente ans dans l'armée française. — Trente ans de brigandage, » reprit le prince, en tournant le dos. Le lendemain, il envoya la croix, mais le mot avait circulé et l'effet était produit.
En 1820
Te souviens-tu quand la victoire Nous couronnait de ses lauriers ?
Alors le temple de mémoire Était ouvert à nos guerriers.
Non, la valeur ne vaut pas la vaillance. Trente revers valent- ils un succès î La France, vois-tu, sera toujours la France Et les Français seront toujours Français.
Guernadier que tu m'affliges En m'apprenant ton départ !
Va dire à ton capitaine Qu'il te laisse en nos cantons.
Que j'en serai Bien aise, contente, ravie.
De t'y voir en garnison.
- Ma Fanchon, sois-en ben sûre, Je ne t'oublierai jamais ; C'est ton amant qui le Tjure ; Et crois bien qu'il n'aura pas Le cœur assez capable,
Barbare, perfide, D'oublier tous tes attraits.
— Guernadier, puisque lu quilles Ta Fanchon, ta bonne amie ; Tiens, voilà quatre chemises, Cinq mouchoirs, une pair'de bas, Sois-moi toujours fidèle.
Constant, sincère, Je ne t'oublierai jamais.
Comme son fils lui présentait un régiment portant nouvelle tenue, le roi Ferdinand de Naples lui dit : « Habille-les en bleu, en vert, ce ne seront jamais que des lâches. »
Devise de Bugeaud : « Ense et aralro. »
En Kabylie, Changarnier interrompit son chef, le général Bugeaud, qui exposait un plan de campagne en disant : « J'ai fait assez souvent la guerre, pour savoir comment m'y prendre. » El Bugeaud : « Ce n'est pas une raison, général, le maréchal de
Saxe possédait un mulet qui avait fait toutes ses campagnes et qui n*eii savait pas davantage pour cela. »
Lorsque plus tard, Changarnier fut promu général de division^ il provoqua Bugeaud pour le fait ci-dessus. « Mon cher général, vous n'avez pas de chance ; Liadière vient de m'apporter mon bâton de maréchal. C'est une partie qu'il faut encore remettre ; mais maintenant, vous pouvez espérer me rencontrer bientôt, car moi, je n'irai pas plus loin, tandis que vous, vous me rattraperez certainement. »
On disait du maréchal Soult :
Quand il est dans l'opposition, il a gagné la bataille de Toulouse ; quand il est dans le gouvernement, il l'a perdue.
Sous Louis-Philippe, le maréchal Lobau faisait manœuvrer la garde nationale dans la cour des Tuileries. Il y eut une débandade, et le maréchal : « Fermez les grilles 1 Voilà mes canards qui vont se jeter à l'eau. »
Sous le second Empire, les anecdotes sur le maréchal de Castellane abondaient. Elles étaient, en général, plus que malveillantes. La publication de ses mémoires a remis les choses en meilleur point.
A propos de sa passion de l'uniforme, voici une anecdote
inédile : A Lyon, Tintendant général donnait un bal. Le maréchal s'y rend en uniforme, et trouve l'intendant en civil qui va au-devant de lui et le salue. Le maréchal affecte de regarder autour de lui et dit : « Je ne Vois pas Monsieur l'Intendant. » Sans se déconcerter, l'intendant reprend : « Monsieur le maréchal, il va venir dans un instant » et il s'éloigne. En effet, il revient en tenue et présente ses devoirs au maréchal, qui, cette fois, le reconnaît. La question du port de l'uniforme était alors fort discutée dans l'intendance, et l'intendant était dans son droit militaire.
Le maréchal de Castellane avait la manie de questionner les officiers sur leur famille. Plusieurs jeunes officiers complotent de faire celte même réponse grotesque : « Mon père est cordonnier, ma mère est blanchisseuse, et, sur un ton plus bas, ma sœur a mal tourné. » Après avoir entendu deux fois de suite cette nomenclature, comme le troisième commençait : « Oui, je sais, votre père est cordonnier, votre mère est blanchisseuse et votre sœur est une p et vous, vous avez quinze jours d'arrêts. »
Une pétition :
Sire, J'ai contracté sous votre cher oncle deux blessures mortelles, qui depuis trente ans font l'ornement de ma vie, l'une à la cuisse droite, l'autre à Wagram. Si ces deux anecdotes vous paraissent
susceptibles de la Croix d'honneur, j'ai bien celui de vous remercier d'avance.
Antoine Bonniot,
Caporal honoraire à l'Ex-Jeune-Garde.
P.'S. — Mme Bonniot sera bien sensible à votre amabilité. Affranchir la réponse, s'il vous plaît. Ci-joint les pièces amplificalives.
Saint-Arnaud, le ministre de la guerre, sortit de la Chambre, après le vote, la veille du deux Décembre, disant : « On fait trop de bruit là-haut, je vais chercher la garde. »
C'était le soir de la première du Demi-Monde ; le maréchal Canrobert entra au foyer où tous les artistes étaient réunis. 11 faisait froid, le maréchal s'approcha de la cheminée et s'avançant près des artistes qui se tenaient silencieux : « Vous n*êtes pas gais, fit-il, qu'avez-vous tous î — Mon Dieu, Monsieur le maréchal, c'est ce soir jour de grande bataille. — Eh bien ! c'est jour de victoire ! — Rien ne nous l'assure, quelque désir que nous en ayons et quelques efforts que nous puissions faire... enfin, comment vous dire... nous avons peur. — Peur ? fît Canrobert d'un air surpris et qui semblait ne pas comprendre. — Ah I c'est juste, reprit Madeleine. Pardon », et, sonnant l'huissier qui parut sur le seuil : « Picard, un dictionnaire pour Monsieur le maréchal ! »
Au premier assaut du Mamelon Vert qui avait échoué, on vint dire à Pélissier que les échelles avaient été trop courtes. Il se contente de répondre : « La prochaine fois, vous les prendrez plus hautes. »
Protais se trouvait aux côtés de Bosquet au moment de Tassant de Malakoff. Le général avait les yeux fixés sur sa montre, attendant l'heure de donner le signal convenu. « Qu'est-ce que vous éprouvez, Protais? — Très ému, mon général. — Moi aussi, quand je songe que dans un instant tant de braves gens vont mourir ! )> Et il leva le bras, donnant le signal de l'assaut.
On sait la réputation de bourru qu'avait Pélissier. Il disait en souriant : « Voyez l'ironie des choses. Canrobert se nonmie Certain, Randon se nomme César, et moi j'ai pour prénom Aimable. »
On a mis sur Pélissier et sur d'autres l'anecdote suivante : Bi-utalisant un sous-officier, il lève la main sur lui pour le frapper. C'était en Afrique. L'autre prend son pistolet, tire, et le coup r?te. Et Pélissier avec le plus grand sang-froid : « Huit jours de salle de police pour avoir ses armes en mauvais état devant Tennemi. »
On prétend que Pélissier disait du pont de Solférino, à Paris : « Il est comme la bataille, il ne mène à rien. »
Pendant le siège de Paris en 1870, un officier du génie, énervé <l*un long séjour dans les casemates d'un fort, se promenait sur le glacis pendant le bombardement. Son colonel lui crie: « Qu'estce que vous f.... là ! » L'autre, sans s'émouvoir et de très bonne foi, lui répond : « Mon colonel, je me promène pour ma santé, n
A la campagne de la Loire en 1870 un jeune paysan, réquisitionné pour un transport de blessés, tremblait de tous ses membres. Le médecin chef du convoi lui dit : « Comment ! tu as le bonheur de voir la guerre et tu as peur I »
Celle émotion qui empêche d'ajuster et relève instinclivemenl l'arme, au point qu'on a vu des soldats tirer comme affolés dans toutes les directions et lâcher leur coup de fusil au hasard, était si bien connue autrefois qu'on y remédiait par des actes de pur empirisme. Exemple le geste dont à Fontenoy les sergents des gardes françaises abaissaient de leurs longues cannes la rangée des fusils. Exemple encore le mot de Cromwell: « A la grâce de Dieu et visez les cordons des souliers !» Ou à Waterloo, Wellington criant au régiment rouge des gardes anglaises : « Debout gardes, et visez juste. »
Deux gendarmes, un beau dimanche.
Chevauchaient le long d'un sentier ; L'un portait la sardine blanche.
L'autre le jaune baudrier.
Le premier dit d'un ton sonore :
« Le temps est beau pour la saison.
— Brigadier, répondit Pandore (bis).
Brigadier, vous avez raison (bis). »
Phœbus au bout de sa carrière Put encore les apercevoir.
Le brigadier, de sa voix fière, Troubla le silence du soir.
« Vois, dit-il, le soleil qui dore Les nuages à l'horizon.
— Brigadier, etc.
— Ah ! c'est un métier difficile.
Garantir la propriété, Défendre les champs et la ville Du vol et de Piniquité ; Pourtant l'épouse qui m'adore Repose seule à la maison.
— Brigadier, etc.
— Il me souvient de ma jeunesse :
Le temps passé ne revient pas, J'avais une folle maîtresse Pleine de mérite et d'appas,
Mais le cœur, pourquoi ? je l'ignore, Aime à changer de garnison. *
— Brigadier, etc.
— La gloire c'est une couronne Faite de rose et de laurier.
J'ai servi Vénus et Bellone, Je suis époux et brigadier ; Mais je poursuis ce météore Qui vers Colchos guida Jason.
— Brigadier, etc. »
Puis ils rêvèrent en silence, On n'entendit plus que le pas Des chevaux marchant en cadence, Le brigadier ne parlait pas. Mais quand revint la pâle auror*^ On entendit un va^ue son.
« Brigadier, répondait Pandore (bis).
Brigadier, vous avez raison (6/.s). »
G. Nadaud.
Baulru retirait son chapeau devant un crucifix. Comme on s'en étonnait, le sachant fort irréligieux. « Nous nous saluons, dit-il, mais nous ne nous parlons pas. »
M. de Guise, petii-fils du Balafré, se mit à courir après les religieuses et en tâla une qui était une belle fille. « Mon frère, criait Mme de Saint-Pierre, vous moquez-vous ? aux épouses de Jésus-Christ ! — Ah I ma sœur, dit-il. Dieu est trop honnête homme pour craindre d'être cocu. »
Tallemant.
Un jour, M. de Créqui tombe du haut d'un escalier en bas sans se faire autrement de mal. « Ah I monsieur, lui dit-on, que vous avez sujet de remercier Dieu ! — Je m'en garderai bien, diUil ; il ne m'a pas épargné un échelon. »
Tallemant.
Un Turc racontait autrefois à un grand seigneur que tous les Français devenaient fous à certains jours de l'année (Mardi gras)
et qu'un peu de certaine pourdre appliquée sur le front (Mercredi des Cendres) les faisait rentrer dans leur bon sens.
Carpenteriana.
Une paysanne, comme on portait en procession le chef de saint Marc, le jour de sa fête, par les vignes qui avaient été gelées pendant la nuit, dit naïvement : « Haussez, haussev.-le bien haut, qu'il voie le beau ménage qu*il a fait. )>
Tallemant.
Une bonne femme, après avoir fait sa prière devant un Sainl- Michel, prit deux petits cierges et attacha l'un à l'image de Saint- Michel et l'autre à celle du diable qui est représentée sous ses pieds. Le curé, qui passait, lui dh : « Eh ! que faites-vous là, bonne femme ! Ne voyez-vous pas que c'est le diable à qui vous offrez cette bougie ! — Monsieur, répliqua-l-elle, on m'a toujours dit qu'il était bon d'avoir des amis partout ; on ne sait pas où Ton peut aller. »
Tallemant.
Un paysan portait la croix à une procession de nuit pour conjurer les gelées du printemps. Passant près de sa vigne, il tâte un bourgeon ; le sentant perdu, il lâche la croix en grondant : a la portera qui voudra ».
Tallemant.
Un batelier à qui on demanda si Jésus-Christ était Dieu : « Il le sera quand le bonhomme sera mort. )>
Tallemant.
Le père du maréchal de Bassoioapierre gagna la vérole, et sa femme lui ayant dit : « J'avais tant prié Dieu qu'il vous en gardât ! — Vraiment, répondit-il, vos prières ont été exaucées, car il m'en a gardé de la plus fine. »
Tallemant.
Haudessens disait qu'il avait quatre-vingt-une religions et qu'il les trouvait aussi bonnes l'une que l'autre.
Tallemant.
Un de mes frères a un cocher qui* priait Dieu en la manière suivante : « Je prie Dieu pour moi, pour ma femme, pour Monsieur et Madame, pour mes chevaux et pour les enfants du logis. )>
Tallemant.
Un curé passait l'eau pour porter Corpus Domini à un malade ;
une partie de sa paroisse était au delà de la rivière. II faisait assez
mauvais temps ; il voulait qu'on le remît à bord. Et comme le
batelier lui disait : « Eh quoi, vous portez Notre Seigneur et vous
avez peur ! — Ne laisse pas de me mettre à bord, dit le prêtre, le
diable emporte qui s'y fie. »
Tallemant.
Philippe IV, surnommé le dévôl, ordonna en mourant, cent mille messes pour le repos de son âme, voulant, s'il cessait d'en avoir besoin, que le mérite en fût appliqué à son père, à sa mère et, s'ils étaient dans le ciel, à tous ceux qui n'y étaient pas.
Sur Malherbe :
Quand les pauvres lui disaient qu'ils prieraient Dieu pour lui, il leur répondait qu'il ne croyait pas qu'As eussent grand crédit au ciel, vu le mauvais état auquel il les laissait en ce monde, et qu'il eut mieux aimé que M. de Luynes ou quelqu'autre favori lui eût fait la môme promesse... Dans ses Heures il avait effacé des litanies des sarnts tous les noms particuliers disant qu'il était superflu de les nommer tous les uns après les autres et qu'il suffisait de les nommer en général. Omnes sancti sanctœque dei orate pro nobis... Il lui échappait de dire que la reliorion des honnêtes gens était celle de leur prince.
Racan.
Desbarreaux, ce vieux débauché.
Affecte une réforme austère ; Il ne s'est pourtant retranché Que ce qu'il ne saurait plus faire.
Valesiana.
Un homme disait : « Je suis confisqué. Je ne saurais plus baiser que de jeunes filles, je ne puis boire que de bon vin et je prends goût à l'Évangile. »
Le maréchal de Cossé, pour dissuader la guerre contre les Huguenots, disait : « Si Dieu est dans Thostic, ils ne l'en ôteront pas ; s'il n'y est point, nous ne l'y mettrons pas. »
Tallemant.
Une autre fois, à propos de saints nouvellement canonisés : « Je donnerais, dit M. de Passe, cent de nos nouveaux saints pour un ancien. Il n'est de chasse que de vieux chiens ; il n'est chasse que de vieux saints. »
Tallemant.
Un jour Romainville, illustre impie, son ami étant à l'extrémité, un cordelier vint le confesser. Le chevalier prend un fusil et couchant le père en joue lui dit : — « Retirez-vous, mon père, ou je vous tue ; il a vécu chien, il faut qu'il meure chien. » Cela fit tellement rire Romainville qu'il en guérit.
Tallemant.
Un cocher fut à confesse ; on lui ordonna de jeûner huit jours. « Je ne saurai faire cela, dit-il au confesseur. — Hé pourquoi î — Je ne veux point me ruiner ; je suis un pauvre homme qui ai femme et enfants. J'ai vu jeûner Monsieur et Madame tout ce carême ; il faut du cotignac, des poires de bon chrétien, du riz, des épinards, des raisins, des figues, etc.
Tallemant.
Puget était un homme si raisonnable qu'il disait : « Pounii que mon fils ait la crainte de Dieu devant les yeux, qu'il aille au diable, s'il veut, d
Tallemant.
Un curé exposait à ses paroissiens le passage de TËvangile d'après lequel notre Sauveur nourrit cinq mille hommes avec cinq pains. Par erreur, au lieu de dire cinq mille, il dit cinq cents. Son clerc lui fit observer à voix basse qu'il se trompait de chiffre et qu'il y avait cinq mille dans l'Évangile. — « Tais-loi, grosse bête, répondit le curé, ils auront bien assez de peine à croire môme aux cinq cents. »
Pogge.
Un de nos concitoyens, malin personnage, était fort gravement malade ; un religieux vint le réconforter et, entre autre consolation, lui dit que Dieu châtie ainsi particulièrement ceux qu'il aime et leur inflige toutes sortes de maux. — « Il n'est pas étonnant alors, répondit le malade, que Dieu ait si peu d'amis : à la façon dont il les traite, il devrait en avoir encore moins. »
Pogge.
M. de Racan allant voir Malherbe un samedi, le lendemaih de la Chandeleur, à huit heures du matin, le trouva qui mangeait du jambon. « Ah ! Monsieur, dit-il, la Vierge n'est plus en couches,
^Ue est relevée. — Oh ! dit Malherbe, les dames ne se lèvent pas si matin. »
Ménage.
Ninon avait un fils qu'elle avait mis en pension chez les Jésuites. Ëtant allée le voit un jour, elle dit au principal qui avait soin de ses mœurs et de ses études : « Je vous prie surtout, mon père, de lui inspirer de la religion, car mon fils n'est pas assez riche pour s'en passer. »
J'ai lu quelque part que nos vieux Gaulois avaient beaucoup de vénération pour Hercule, parce qu'il était grand et fort et qu'ayant témoigné, lorsqu'ils se firent chrétiens, qu'une de leurs plus grandes peines serait de ne plus voir son image, on les consola en leur disant : « que les chrétiens avaient un Saint qui, pour la grandeur et la force, valait six Hercules. »
Ménage.
Nesmond, évêque de Bayeux, dit à un curé qui s'excusait d'être allé à une noce par l'exemple de Notre Seigneur qui assista à celle de Cana : « Voyez-vous, monsieur le curé, ce n'est pas ce qu'il a fait de mieux. »
Le laquais de Gombaud lisant le Liivre des Rois, disait : « Si j'eusse été Dieu, je n'eusse point fait des rois si sots que cela. »
Un seigneur criait aux oreilles de saint Vincent de Paul : « Je veux que le diable m'emporte. — Ah ! monsieur, je vous retiens pour le Bon Dieu. »
Le roi, ayant envoyé chercher mon fi»ls, lui dit : « Comment, mon neveu, de quoi vous avisez-vous de prendre un Janséniste à votre service ? » Mon fils répondit, en riant : « Je puis assurer Votre Majesté qu'il n'est sûrement pas Janséniste ; il est même plus à craindre qu'il ne croie pas bien en Dieu. — Oh ! dit le roi, si ce n'est que cela, et que vous m'assuriez bien qu'il n'est pas Janséniste, vous pouvez le prendre. »
Princesse Palatine.
Monsieur (son mari le duc d'Orléans) a toujours fait le dévot. — Il m'a fait rire une fois de bien bon cœur. — Il apportait toujours au lit un chapelet auquel était attachée une quantité de médailles ; il lui servait à faire ses prières avant de s'endormir. Quand cela était fini, j'entendais un gros fracas causé par les médailles, comme s'il les promenait sous la couverture. Je lui dis : « Dieu me le pardonne ! mais je soupçonne que vous faites promener vos reliques et vos images de la Vierge dans un pays gui leur est inconnu. » Monsieur répondit : « Taisez-vous, dormez ; vous ne savez ce que vous dites. » Une nuit, je me levai tout doucement, je plaçai la lumière de façon à éclairer tout le lit et au moment où il promenait ses médailles sous la couverture, je le saisis par le bras et lui dis en riant : « Pour le coup, vous ne
sauriez me le nier. )> Monsieur se mit aussi à rire et dit : « Vous qui avez été huguenote vous ne savez pas le pouvoir des reliques et des images de la Sainte Vierge ; elles garantissent de tout mal les parties qu'on en frotte. » Je répondis : « Je vous demande pardon, Monsieur, mais vous ne me persuaderez point que c'est honorer la Vierge que de promener son image sur des parties desliïiées à ôter la virginité. » Monsieur ne put s'empêcher de rire et dit : « Je vous prie, ne le dites à personne. »
Princesse Palatine.
L'abbesse de Chelles, écrivant à son père le duc d'Orléans pour lui demander une faveur, signa épouse de Jésus-Christ — et le duc : « 11 y a trop longtemps que je suis brouillé avec mon gendre pour rien accorder à sa femme. »
Lors des convulsionnaircs le roi fit fermer le cimetière Saint- Médard où se trouvait la tombe du diacre Paris (1732) ; on écrivit sur la porte :
« De par le roi.
Défense à Dieu De faire miracle En ce lieu. »
Au café Procope, Boindin et ses amis s'étaient fait un jargon particulier pour causer librement. L'Ame s'appelait Warot, la
religion Javolte, la Liberté Jeanneton, le Père Éternel, Monsieur de TËlre. Un jour un quidam, de mauvaise mine, se mêlant à la conversation dit à Boindin. « Oserais-je vous demander, monsieur, ce que c'est que ce Monsieur de TËtre qui s'est si souvent mal coilduit et dont vous êtes si mécontent ? — Monsieur, reprit . Boiîidin, c'était un espion de police. »
On rafeonte que Boindin fut mandé un jour par le préfet de police qui lui dit : « On m'a dit que vous dogmatisiez en plein café et que vous souteniez qu'il n'y a point de Dieu ! — Je fais plus, monsieur, lui répondit Boindin, je le prouve. — Vous êtes un sot, lui répliqua le magistrat, s'il n'y avait point de Dieu, il faudrait en faire un. )>
Boindin allait souvent causer dans son quartier chez un libraire dévot et Janséniste qui l'aimait beaucoup malgré son incrédulité. Un jour, pendant un orage, le libraire lui dit ■ « Monsieur, vous avez pris Dieu en grippe ; quand il fera beau vous viendrez chez moi tant /jue vous voudrez ; mais, quand il tonne, je vous prie de rester chez vous. »
Quand on demandait à Boindin quelle différence M y avait entre Dumarsais et lui, il répondait : « Dumarsais est athée Janséniste et moi je suis athée Moliniste. »
REUGION. 191
Desbarreaux demandait à Dieu trois choses : « l'oubli pour le passé, patience pour le présent, miséricorde pour l'avenir ».
Voltaire avait une Bible sur sa table de travail, disant : « Celui qui soutient un procès doit avoir sans cesse sous la main le factum de ses adversaires. »
M. de Voltaire, voyant la religion tomber tous les jours, disait une fois : « Cela est pourtant fâcheux, car de quoi nous moquerons-nous ? — Oh ! lui dit M. Sabatier de Cabre, consolez-vous. Les occasions ne vous manqueront pas plus que les moyens. — Ah ! monsieur, reprit douloureusement Voltaire, hors de l'Eglise point de salut ! »
Sur un reliquaire :
Ami, la superstition
Fit ce présent à la sottise.
Ne le dis pas à la Raison ;
Ménageons l'honneur de l'Église.
Voltaire.
Un jour M. de Voltaire jouant dans le salon de Lunéville au piquet avec une dévote, un orage survint. La dévote se mit à frémir, à prier qu'on baissât les jalousies, qu'on fermât les volets, à se signer et à dire qu'elle tremblait de se trouver en ce
moment à côlé d'un impie, sur lequel Dieu, dans sa colère, pourrait se venger par la foudre. Voltaire, indigné de cette incartade, se lève et lui dit : « Sachez, Madame, que j'ai dit plus de bien de Dieu dans un seul de mes vers que vous n'en penserez de votre vie. »
D'un flatteur : « Me voulez-vous pour apprenti athée? » et Voltaire : « Je ne suis que maître déiste. »
Imitation de la Satire d'Horace : « Olim truncus eram. »
Je n'étais qu'un peu de farine
Quand le pâtissier, incertain S'il me figurerait hostie ou petit pain,
M'imprima la forme divine
Qu'avec quatre mots de latin,
Qu'il entend moins qu'il ne devine.
Anima le prêtre Martin.
J'aurais pu, changeant de destin.
Cacheter un poulet, habiller des pilules.
Mais ces usages ridicules
N'auront désormais aucun lieu.
Le « Hoc » est dit : me voilà Dieu !
Diderot.
Voltaire avait dit : « Si Dieu n'existait pas il faudrait l'inventer. » A quoi Diderot répondit : « C'est ce qu'on a fait. »
Diderot disait : « Je ne me soucierais pas d'être chrétien, mais je ne serais pas fâché de croire en Dieu. »
De Diderot dans les Eleuiheromanes : Et mes mains ourdiraient les entrailles du prêtre, A défaut de cordon, pour étrangler les rois.
Chamfort dit : « Un homme a osé écrire et met la chose en prose. »
Le curé de Saint-Sulpice, Languet, disait un jour à Piron : « Monsieur Piron, j'ai beaucoup connu votre père ; c'était un bien galant homme ; je n'ai vu personne qui eût les bras si! longs. — Ah ! Monsieur, lui répondit Piron, s'il avait eu vos mains au bout de ces bras-là, je serais plus riche. »
A un ami qui blâmait Piron de s'être grisé un Vendredi Saint : <i Le jour où la divinité succombe, l'humanité peut bien chanceler. »
Entendant dire que Dieu avait fait l'homme à son image, Fonlenelle ajouta : « L'homme le lui a bien rendu. »
On accusait devant Fontenelle le diable. « N'en disons pas de mal, c'est peut-être l'homme d'affaires du Bon Dieu. »
De Duclos, sur ceux qui attaquent à tout propos la religion. « Ils finiront par me faire aller à la messe. »
Billard, caissier général des postes à la fin du règne de Louis XV, était renommé pour sa dévotion ; il approchait de la sainte table tous les trois ou quatre jours et il avait le privilège d'être communié avec une hostie de prêtre. Un jour qu'il s'était présenté à la sainte table, quoiqu'il eût communié la surveille, le prêtre qui célébrait la messe, n'ayant que de petites hosties lui dit : « Vous me prenez au dépourvu ; il faudra vous contenter de la fortune du pot. »
Après banqueroute frauduleuse, il fut mis au carcan et banni en 1772.
L'abbé Raynal, jeune et pauvre, accepta une messe à dire tous les jours pour vinprt sous. Quand il fut riche, il la céda à l'abbé de la Porte en retenant huit sous dessus. Celui-ci, devenu moins gueux, la sous-loua à l'abbé Dinouart en retenant quatre sous dessus, outre la portion de l'abbé Raynal ; si bien que cette Pfiuvre messe, grevée de deux pensions, ne valait plus que huit sous à l'abbé Dinouart.
Chamfort.
A Chanleloup. en 1772, chez le duc de Choiseul, le chevalier de Boufflers mis en demeure par quelques dames d'écrire une lettre par monosyllables, apporta le lendemain ceci :
Mon cher duc, qui de nous a la foi ? Qui de nous croit au vrai Dieu, qui est un, qui n'est qu'un, mais qui est en trois et qui n'en est pas moins un ; car on sait que un et un font deux et un font trois et que trois ne font qu'un, rien n'est plus clair. Dieu est de tout temps et du temps, il est dans tous les temps et hors du temps, il n'est pas né et ne meurt pas ; c'est lui qui le dit ; de plus, il dit qu'il est né et qu'il est mort. Ce Dieu est en tout lieu et hors il n'y a pas, il est dans les cieux et hors des cieux ; tout est plein de lui hors ce qui n'est pas lui et tout vient de lui. Que ce Dieu est bon ! il a fait le ciel pour nous tous ; y va qui peut, mais peu y vont c'est un peu haut ; il a fait un grand feu là-bas pour ceux qui ne vont pas là-haut ; il faut que bien des gens aient bien froid, car ils y vont à qui mieux mieux ; c'est tant pis. Ce Dieu n'eût point de corps tant qu'il fut chez lui. Il n'en prit que quand il vînt chez nous ; il a pris ce corps dans un corps tout neuf, sans que Ton y ait rien mis. Il est mort mais ceux qui l'ont vu mort l'ont vu au bout de trois jours, et tout sain et tout vif. Mais qui dit çà î C'est Luc, c'est Marc, c'est Jean, c'est qui veut, ce n'est pas moi. Mais ils l'ont vu deux mois ; au bout de ce temps-là, il fut au Ciel et c'est là où on va le voir le plus tard qu'on peut, ce qui est fort bien fait. Bon soir mon cher duc.
Boufflers.
Chanson de la duchesse du Maine, sur les miracles de Fabbé Paris, en 1724 :
Un décrotleur à la royale, Du talon gauche estropié.
Obtint pour grâce spéciale D'être boiteux de Tautre pied.
Le cordelier, plein d'une sainte horreur, Baise à genou l'ergot de son seigneur ; Puis, d'un air morne, il jette au loin la vue Sur celte vaste et brûlante étendue.
Séjour de feu qu'habitent pom jamais L'affreuse mort, les tourments, les forfaits. Trône éternel où sied l'esprit immonde, Abîme immense où s'engloutit le monde, Sépulchre ou gît la docte antiquité.
Esprit, amour, savoir, grâce, beauté, Et cette foule immortelle, innombrable D'enfants du ciel, créés tous pour le diable. Tu sais, lecteur, qu'en ces feux dévorants Les meilleurs rois sont avec les tyrans. Nous y plaçons : Antonin, Marc Aurèle, Ce bon Trajan des princes le modèle, Le doux Titus, l'amour de l'univers.
Les deux Catons, ces fléaux des pervers.
Ce Scipion, maître de son courage Lui qui vainquit et l'Amour et Carthage. Vous y grillez, sage et docte Platon, Divin Homère, éloquent Cicéron, Et vous Socrate, enfant de la sagesse.
Martyr de Dieu dans la profane Grèce, Juste Aristide et vertueux Solon, Tous malheureux morts sans confession t
Voltaire.
Duclos traversait le Mont Cenis pour aller en Italie ; il fui obligé de descendre de sa chaise à un passage fort dangereux. « Monsieur, lui dit son muletier, voici un endroit où il s'est fait un grand miracle Tan dernier. Un voyageur a versé avec sa chaise jusqu'au fond du précipice. — Eh bien, est-ce que cet homme n'a pas péri ? — Oh I que pardonnez-moi, il a été fracassé dans sa chute, mais les mulets ne se sont fait aucun mal ! »
De Boufflers à l'abbé PetU, au moment où il allait célébrer la messe :
Petit, Petit, Vous allez faire bonne chère,
Petit, Petit, Tâchez d'avoir bon appétit.
Le Dieu du Ciel et de la Terre Pour voire dîner va se faire Petit, Petit.
Mme Geoffrin disait :
« Je suis comme le paysan qui ne voulait pas adorer un saint taillé dans une branche de poirier dont il avait mangé des poires rannée précédente. De là son mol : « Je l'ai connu poire. »
« Niercz-vous, Madame, disait le cardinal de Polignac à Mme du Deffand, que saint Denis, décapité, ait porté sa lèle pendant une lieue î — Que me fait une lieue ? dit-elle. Il n'y a que le premier pas qui coûte. »
Le maréchal de Luxembourg arrivant à TËglise un peu trop tard demanda au comte de Chalost où on en était de la messe. Le comte lui répondit par ces deux vers d'un opéra-comique alors fort connu :
J'entends la petite clochefte, Lo petit mouton n'est pas loin.
On sonnait le lever Dieu.
Ducis disait à Chamfort : « Il n'y a que l'inutilité du premier déluge qui empêche Dieu d'en envoyer un second. »
Mme de Mailly convertie par le P. Renaud, mena une fin de vie exemplaire. Comme un jour l'avocat Linguet, dans l'église Saint- Roch, où elle dérangeait quelques chaises, l'insultait par ces
mots : « Voilà bien du train pour une p » Mme de Mailly
répondit avec calme : « Puisque vous la connaissez, priez Dieu pour elle. »
Examinez donc cette marquise ; elle devient dévote à vue d'œil ; elle prie quand on la regarde.
Sophie Arnould.
Un catholique de Bres-lau vola dans une église de sa communion des petits cœurs d'or et d'autres offrandes. Traduit en justice, il dit qu'il les tient de la Vierge. On le condamne. La sentence est envoyée à la signature du roi' de Prusse, comme d'usage. Le roi ordonne une assemblée de théologiens pour décider s'il est absolument impossible que la Vierge fasse à un dévot catho-lique de petits présents. Les théologiens de celte conununion, bien embarrassés, décident que la chose n'est pas rigoureusement impossible. Alors, le roi écrit au bas de la senlense du coupable : « Je fais grâce au nommé P., mais je lui défends, sous peine de la vie, de recevoir désormais aucune espèce de cadeaux de la Vierpje et des saints. »
Mme du Deffand, étant petite fille et au couvent, y prêchait l'irréligion à ses petites camarades. L'abbesse fit venir Massillon
à qui la petite exposa ses raisons. Massillon se retira en disant : « Elle est charmante ! » L'abbesse, qui mettait de rimportance à tout cela, demande à l'évêque quels livres il fallait faire lire à cette enfant. II réfléchit une minute, et il répondit : a Un catéchisme de cinq sous. » On ne put en tirer autre chose.
Chamfort.
De Voltaire, d'après la Harpe :
« Quand on meurt à Surate, il faut tenir la queue d'une vache dans la main. »
Muni des sacrements, tout près de rendre l'âme De son pasteur un harpagon infâme
Voulait savoir exactement Ce qu'il en coûterait à son enterrement
Pour y faire sonner les cloches.
« Cent écus, lui répondit-on.
— Me croyez-vous de l'or plein des sacoches.
Dit, furieux, le moribond
Que tourmente encor la lésine, Curé, si vous donnez gratis votre farine,
Vous vendez bien cher votre son. »
Aug. Martin.
Sur la bulle Unigenitus :
Rome, je le vois bien, il faut te dire adieu, Si de mauvais chrétien, je veux avoir la gloire. Une bullo déjà me défend d'aimer Dieu ; Une autre pourrait bien me défendre d*y troire.
J.-B. Rousseau.
C*est à l'abbé Porquet que le roi Stanilslas disait un jour : « l'abbé, il faut vous modérer ; tâchez de croire à la religion dont vous êtes l'apôtre ; je vous donne un mois pour cela. »
Un valet de chambre du roi de Pologne Stanislas lui lisant la vie de Marie Alacoque, lui lut : « Dieu lui apparut en singe. — En songe, reprit le roi. — Oh ! reprit le lecteur, en songe ou en singe, c'est tout un. Dieu étant bien le maître. »
Le prince de Conti disait, en parlant des bénéficiers qui ont deux cent mille livres de rente : m Le bon Dieu esl bien mal servi pour son argent. »
Sur M. de Créqui :
« Il ne croit pas en Dieu, mais il craint en Dieu. »
Rivarol.
Sur le Panthéon :
Celle église est faite de sorle Que pour y loger le Bon Dieu Dans le plus bel endroit du lieu Il faudrait le mettre à la porte.
Mère de notre Rédempteur, Priez pour un pauvre pécheur Qui n'a jamais, d'honneur, pu croire Un mot de toute votre histoire.
Une femme avait à parler au chevalier Lorenzi et lui avail donné rendez-vous un dimanche à onze heures du matin . La con versation finie, elle lui propose de le mener à la messe. Le che valier, étonné, lui demande : « Est-ce qu'on la dit toujours? »
Une dévote s'émancipa à lire les Nouvelles de Boccace cl quoiqu'elles fussent fort libres, elle y prit beaucoup de plaisir, malgré sa dévotion. « Plût à Dieu, s'écria-t-elle, que mes Heures fassent aussi amusantes. »
Faisant le catéchisme, hier, notre vicaire
Interrogeait ainsi Guillaume Farinel :
« Qu'rst-ce qi^e Dieu ? — Monsieur, c'est le Père Éternel.
— El le Fils est-il Dieu ? — Lui, c'est une autre affaire.
— Comment donc ? — Laissez-moi le temps de m'expliquer. Il ne Test pas encor ; mais à la mort du Père,
(juand lo diable y serait, ça ne peut lui manquer. »
Nicodème, alité, souffrait un mal extrême, Pestait contre le ciel et jetait les hauts cris. Arrive un capucin, lequel lui dit : « Mon fils,
Malheur au pécheur qui blasphème.
Tant mieux si vous souffrez, descendez en vous-même ; C'est châtiment de Dieu ; vos maux sont un avis Qu'il vous attend là-haut dans son saint Paradis,
Il éprouve ainsi ceux qu'il aime.
— Palsambleu, lui dit Nicodème, Je ne m'étonne pas qu'il ait si peu d'amis. »
Nogaret.
« Voici, ma sœur, le saint temps du carême, Disait Chloé ; nos péchés sont bien grands. Il faut fléchir -la justice suprême.
Que ferons-nous ? — Faisons jeûner nos gens ! »
En parcourant le sanctuaire Qui renfermait jadis les cendres de nos rois,
Martin racontait à François Du patron Saint-Denis l'histoire mortuaire.
Honni, les bras liés, des hommes inhumains Le condamnant, diUil, par un arrêt injuste. Lui tranchèrent sa tête auguste Qu'il prit aussitôt dans ses mains.
« Ceux qui t'ont dit cela t'ont pris pour une bête, Lui dit François, ou bien tu mens.
Les bras liés comment ramassa-t-il sa tête ?
— Mais, c'est tout simple, avec ses dents. »
Capelle.
Le roi Louis XVIII se piquait de latinisme et aimait à faire enrager les gens. Un jour, à son lever, avisant un gentilhomme fort dévot, il lui dit : « Un tel, vous êtes bon latiniste, comment traduiriez-vous ce vers : « Primus in orbe deos fecit timor. » L'autre répond sans hésiter : « Sire, c'est très facile. La crainte tout d'abord a formé les faux dieux. » Le roi, surpris. « Bravo, mais dites-moi, il n'y a pas faux. — Pardon, Sire, il y a le pluriel, et il n'y a qu'un vrai Dieu. »
Le roi Louis XVIII offrit à Mme de Cayla un recueil des Évangiles superbement relié, embelli de nombreuses gravures et où les feuilles de garde des dites gravures étaient remplacées par des billets de banque de mille francs. « Si jamais vous tombez dans la détresse, lui dit-il en le lui offrant, vous trouverez dans ce saint livre un soulagement efficace. »
Lise a seize ans et Lise est si jolie,
Dans son maintien règne un ait* si décent
Que son curé lui dit : « Assurément,
L'on te prendra pour la Vierge Marie.
— Monsieur l'abbé, répond Lise en pleurant.
Par charité, parlez mieux, je vous prie,
Vous savez bien qu'elle a fait un enfant. »
Che vigne.
Quand on rendit le Panthéon au culte, on voulait expulser les cendres de Voltaire. « Laissez^le, dit Louis XVIII, il sera bien assez puni d'entendre dire la messe tous les matins. »
C'était assez gênant d'aller chez Mme Swetchine. Elle vous demandait des nouvelles de votre âme, comme on demande aux gens s'ils vont bien, et s'informait si vous étiez en état de grâce, absolument comme elle se fût informée si vous étiez enrhumé. »
Paul de Saint-Victor.
De nos jours, on conduisit une petite fille à l'église et elle en revint dans l'admiration du beau polichinelle qu'elle avait vu. C'était le suisse dont elle parlait.
Une vieille dévote acariâtre accablait sa servante des pires injures. Comme on était au temps de Pâques et qu'elle devait
RELIGIOUr»
communier le lendemain, la fille lui dit : « Hé» \fadame, voilà une singulière préparation à la cérémonie de deuMtin. — Taisezvous, méchante fille, reprit la vieille, j'ai encore jusqu'à demain pour vous en dire tout mon saoul ! » Et de reprendre de plus belle.
C'est la même dévote qui, pour la centième fois, ressassait i son confesseur les méfaits de sa servante et le prêtre de dire A mi-voix : « En voilà une que je plains, et qui gagne le Paradis sur la terre. » La dévote ne le lui pardonna pas et le quitta.
Je crois que les deux angles d'un triangle font deux droits, que le tout est plus grand que la partie ; je crois encore que deux et deux font quatre, mais je n'en suis pas bien sûr.
P.-L. Courier.
Le physicien Walferdin était dans l'intimité de la famille Kestner (de Thann). Un jour, cortime une jeune femme lui demandait de faire pour son enfant une prière courte et facile, le bonhomme s'en excusait et finit par : Eh bien ! fais lui dire :
Grand Dieu, si tu es !
Rends-moi sage, si tu peux !
On disait un soir devant Renan : « Dieu exisle-t-il ? — Pas encore », répondit-il.
Théophile Gautier disait de Renan qu'il avait Tair « prétreux ».
Pour faire l'histoire d'une religion, il faut ne plus y croire,mais il faut y avoir cru.
Renan.
Lorsque Laplaee présenta au premier consul son Système du monde, celuî-ci lui dit qu'il ne voyait pas le nom de Dieu : « Citoyen premier consul, répondit Laplaee, Dieu est une hypothèse dont je n'ai pas eu besoin. »
Baudelaire à VeuiUot : « Je ne crois pas en Dieu ! — Oh ! qu'il en sera contrarié, fait Veuillot. »
Viniéron los Saracenos
Y-nos mataron a palos.
Pues dios esta por los malos
Quando son mas que los buenos.
Arrivèrent les Sarrazins qui nous accablèrent de coups ; car Diieu est du parti des méchants quand ils sont plus nombreux que les bous.
En Matapuesos hay un santo que pueda Tanto como dios y mas.
A Matapuesos, il y a un saint aussi puissant que Dieu et encore
Un vieux juif de Francfort, nommé Mosenlahl, meurt et comparait devant Jéhovah. Il avait l'air triste et déconfit et Jéhovah lui en demande la laison. « Ah I Seigneur si vous saviez quelle peine cruelle j'ai. — Quoi ? qu'y a-t-il ? — Seigneur, mon fils s'est fait chrétien. — Eh ! le mien aussi, imbécile. »
Prière du paysan normand : « Bon Dieu, je ne vous demande pas de bien ; mettez-moi seulement à côté de quelqu'un qui en ait. »
Un soldat dans les montagnes de Kabylie : « Si, quand il a fait ces montagnes, le bon Dieu avait eu le sac au dos, il ne les aurait pas faites si hautes. »
« Le chrétien est un mauvais païen converti par un mauvais juif. »
Weil.
Un Anglais disait qu'il n'y avait pas d'église où le diable n*eût sa chapelle.
Un des familiers du roi Richard, lui reprochant ses vices, hxi dit : « Vous avez trois ûlles qui vous empêcheront d'arriver au trône de Dieu : l'orgueil, la luxure et l'avarice. — Je les ai déjà mariées, répliqua le roi, la première aux Templiers, la seconde aux moines noirs (de Cluny), la troisième aux moines blancs (de Ciieaux). »
Il était un gris moine qui revenait de Rome,
En son chemili rencontre une si belle nonne.
Trois fois il Ta fringuée à l'ombre d'un buisson
Et puis Ta ramenée à sa religion.
Fringuez, moines, fringuez, Dieu vous fera pardon
El toujours maintenez votre religion.
Le moine qui retourne en son abbaye, • '
Les moines lui ont dit : « Vous n'entrerez mie,
Vous n'êtes qu'un fringueur et nous ne fringuons point.
212 GENS d'église.
— Or, taisez- vous, mes frères, dit-il, je vous en prie, Je vous amènerai la nonnette jolie.
Boutez-vous en prière treslous à deux genoux Et devant qu*il soit nonnes, nous fringuerons Irestous. »
Sur mol duvet, assis un gros chanoine Lez un brasier, en chambre bien natié.
A son côté, gisant dame Sidoine.
Blanche, tendre, polie et attainctée.
Boire hypocras à jour et à nuiclée, Boire, jouer, mignonner et baiser Et nu à nu (pour mieux leur corps airer) Les vis tous deux par un trou de mortaise, Lors je connus que pour deuil apaiser Il n'e*t trésor que de vivre à son aise.
Villon.
Suivant la glose ordinaire, prise de la rue du Feurre où il est écrit de la propre main de Maugis d'Aigremont : « Omne animal a coitu tristalur prœter gallum et scholaslicum futuenlem gratis. »
Noël du Fail.
Au temps heureux où vécurent nos pères On ne vit onc de ces prote notaires Oui ont huit neuf dignités ou prébendes Grands abbayes, prieurés et commandes. . Mais qu'en font-ils ? Ils en font bonne chère. Qui les dessert ? ils ne s'en soucient guère. Qui fail pour eux ? un autre tient leur place. Mais où vont-ils ? ils courent à la chasse. Et qui lors chante ? un ou deux pauvres moines. Et les abbés ? ils auraient trop de peine. Où va l'argent ? Il va en gourmandise Et du compte sont les biens de l'Ëglise. Et les offrandes ? en chiens et en oiseaux. Et des habits ? ils sont tous damoiseaux. Et les rentes ? en biens et en luxure. De prier Dieu ? de cela l'on n'a cure. Et pauvres gens ? ceux-là meurent de faim, Pour leur donner pas un n'ouvre la main. Où charité ? Est en pèlerinage.
Où est aumône ? Elle est en voyage.
Hé que fait Dieu î II est bien aise es cieux. Hé qu'y du!-il ? L'on n'en fait pis ni mieux. Au monastère, au lieu de librairie Qu'y a-t-il donc ? Une fauconnerie Et où étaient perchés vœux et flambeaux ; Ils ont huche maintenant les oiseaux.
214 GENS d'Église.
Les fondateurs ? Ils sont bien loin de compte Et leurs obils ? Tant que l'argent se monte. Réparent-ils cloîtres et lieux si beaux ? Lis attendront qu'on les fasse nouveaux.
Martial d'Auvergne.
Pour courre en poste par la ville Vingt fois, cent fois, ne sais combien, Pour faire quelque chose vile Frère Lubin le fera bien.
Mais d'avoir honnête entretien, Ou mener vie salutaire.
C'est affaire à un bon chrétien ; Frère Lubin ne peut le faire.
Pour mettre comme un homme habile.
Le bien d'autrui avec le sien Et vous laisser sans croix ni pile Frère Lubin le fera bien.
On a beau dire : je le tiens, Et le presser de satisfaire.
Jamais ne vous en rendra rien.
Frère Lubin ne peut le faire.
Pour amuser par un doux style Point ne faut de vieille subtile,
Frère Lubin le fera bien.
Il prêche en théologien.
Mais pour boire de belle eau claire,
Faites-la boire à votre chien,
Frère Lubin ne peut le faire.
Envoi :
Pour faire plutôt mal que bien Frère Lubin le fera bien.
Mais si c'est quelque bien à faire, Frère Lubin ne peut le faire.
Marot.
Un cordelief, d'une assez bonne mine, Avait gaigné, à je ne scay quel jeu, Chausses, pourpoint et la belle chemise. En cest estât son hostesse l'a veu, Qui lui a dit : « Vous rompez votre vœu. — Non, non, respond ce gracieux records ; Je l'ay gaigné au travail de mon corps. Chausses, chemise et pourpoint parfilé. » Puis dit (tirant son grand tribart dehors) : Ce beau fuzeau a tout fait et filé.
Marot.
21d GENS d'église.
Un gros prieur son petit filz baisait Et mignardait au matin en sa couche, Tandis roslir sa perdrix on faisait, Se lève, crache, esmentit et se mouche ; La perdrix vire i au sel de broque en bouche La dévora : bien scavait la science ; Puis quand il eut prins sur sa conscience Broc de vin blanc, du meilleur qu'on eslise : « Mon Dieu, dit-il, donne moy patience ; Qu'on a de maulx pour servir saincte Église !
Marot.
Notre vicaire, un jour de fêle,
Chantait un Agnus gringotté, *
Tant qu'il pouvait à pleine teste,
Pensant d'Annette estre écouté.
Annette de l'autre costé
Pleurait, attentive à son chant ;
Dont le vicaire en s'approchant
Lui dit : « Pourquoi pleurez-vous, belle ?
— Ah, messire Jean, ce dit-elle,
Je pleure un asne qui m'est mort.
Qui avait la voix toute telle
Que vous, quand vous criez si fort. »
Mellin de Saint-Gelais.
Une bonne femme à une reine de France qui allait en pèlerinage à Chartres, pour avoir des enfants : « Vous n*avez qu'à vous en retourner, celui qui les faisait est mort. »
Calvin était si fâcheux d'humeur qu'il en était bizarre et insupportable. Cela faisait dire à beaucoup d'Allemands qu'ils aimaient mieux aller en enfer avec Bèze, qui était fort affable, qu'en Paradis avec Calvin.
Carpenteriana.
Le roi François P' jouant à la paume avec un abbé fut tellement piqué d'un coup de renvoi qu'il s'écria, dans son impatience ; « L'abbé, je te donne à tous les diables. — Et moi, sire, je vous donne à tous mes moines qui sont bien d'autres compagnons. »
Sur le chancelier Duprat :
Au temps passé, l'esprit saint élisait Ceux dont soûlait l'Église être servie.
En ce temps là vertu fruit produisait.
Car les élus étaient de sainte vie.
Mais maintenant les mondains par envie Ont usurpé la sainte élection, Dont s'ensuit humaine affection, Et par ainsi tous vices procédés
Sont des pasteurs qui nous sont concédés Par les chevaux, par la poste et par dons. Trop mieux valait les élire à trois dés Car à l'hasard ils pourraient être bons.
Cela me fait souvenir d'un miroitier de Chftlons qui entendait un sot prédicateur, lequel, faisant le panégyrique de saiut Etienne, dans l'église de ce saint, disait : <c Où mettrons-nous ce protomartyr ? A la dexlre ou à la senestre de Dieu ? dit : — Mettez-le en ma place ; aussi bien suis-je bien las d'y être » el s'en alla. Le chapitre de Saint-Ëtienne, par calomnies ou autrement, tint cet homme quatre ans en prison, et, pour l'en tirer, il fallut le déclarer fou.
Tallemant.
Les moines furent tous contre lui (Balzac) à cause d'un endroit où il dit : « Que les moines sont dans le monde ce qu'étaient les rats dans l'arche. »
Tallemant.
Quand M. du Perron, alors évoque d'Évreux, en instruisant le roi (Henri IV) voulut lui parler du purgatoire : « Ne touchez pas cela, dit-il, c'est le pain des moines. »
Monseigneur l'archevêque de L. en mourant, étant visité par le gardien des capucins demanda qui c'était : « C'est, dit ce gardien, le père X., capucin indigne. — Si vous n'êtes pas digne d'être capucin, répondit M. l'archevêque, de quoi êtes-vous donc digne ? »
Furetière.
Un jour qu'on avait conduit un petit garçon voir officier pontificalement, H dit à celui qui l'avait amené : <c Monsieur, qui était donc ce fou qui avait un bonnet d'or et qui roulait les yeux dans la tête en faisant des postures de mains à tout le monde ? »
Valesiana.
Une personne disant à l'illustre Jérôme Bignon que Rome était ie siège de la foi : « Cela est vrai, lui répondit-il ; mais celle foi ressemble à certaines gens qu'on ne trouve jamais au logis. »
Carpenteriana.
Au temps passé, dans l'âge d'or.
Crosse de bois, Êvêque d'or ; En ce temps sont autres les lois.
Crosse d'or, Évêque de bois.
Autrefois un paysan, Homme fort entendu et suffisant de tête. Comme on peut aisément juger par sa requête,
220 GENS d'église.
S'en vint trouver le Pape et le voulut prier Que les prêtres du temps se puissent marier, ^K Afin, ce disait-il, que nous puissions, nous autres, Leurs femmes caresser ainsi qu'ils font les nôtres. »
Régnier.
Quand on donna l'évêché de Lisieux, au lieu de celui de Nanlcs. à P. de Cospeau, quelqu'un lai dit : « Mais vous aurez une bien grande charge d'âmes. — Voire, répondit-il, les Normands n'ont pas d'âme. »
Santeuil étant aJlé visiter l'abbaye de Cîteaux, dit malignement au Père abbé qui le conduisait : « Mais, mon Père, je ne vois pas l'appartement de la molleisse. — Ah ! reprit le moine, tout ici est bien changé. Nous en avons fait l'appartement de la folie. Vous y coucherez ce soir. »
De Launoy (1603-1678), surnommé le dénicheur de saint*, apprenant que les Jacobins écrivaient contre lui, disait : « h crains plus leur canif que leur plume. »
A un»3 messe de minuit, au Dominus vobiscum, Mme Cornuel voyant l'abbé de Boisrobert qui officiait, dit : « Voilà toute ma dévotion évanouie. » Le lendemain, on voulut la mener au sermon, elle refusa : « Après avoir trouvé Boisrobert disant la
messe, je trouverais sans doute Trivelin en chaire. » El elle ajouta : « Je crois que sa chasuble était faite d'une robe de \inon. »
Si Bourdaloue, un peu sévère, Nous dit : « Craignez la volupté » ; Escobar, lui, dit-on, mon père, Nous la permet pour la santé.
Despréaux.
Un moine m'a autrefois appris la définition d'un cardinal : « Est animal rubrum, callidum et rapax, capax et vorax omnium beneficiorum. »
Guy Patin.
Notre aumônier disait la messe bien diligemment. Il advint qu'un jour, lui absent, se présenta un prêtre qui dépêcha fort et quand il fut revenu on lui dit qu'il était venu un aumônier qui disait la messe plus diligemment que lui : « Sandegrille, dit-il, il n'en dit donc rien, d'autant que je n'en dis pas le quart. »
Un moine de notre couvent A le nés long de Irois empans, Dondaine, dondain.
222 GENS d'église.
Ah ! qu'il est long, dondon, le nés du moine. A le nés long de trois empans (bis), Deux nonnes lui vont marchandant, Dondaine, dondain.
Ah ! qu'il est...
« Combien le vendez-vous Tcmpan ?
— Je veux le vendre cinq cents francs.
— C'est pour l'abbesse de céans.
Notre abbesse a bien du contant Pour vous le payer largement
Et le loger profondément.
Mais nous, qui n'en avons pas tant.
Donnez-nous-en pour notre argent. »
Pour la plus jeune, il y consent,
Et la vieille va disant :
« J'aurai celui de frère Jean.
Il est vrai qu'il n'est pas si grand ;
Mais je m'en servirai souvent :
Le soir en entrant au couvent.
Et le matin, en m'éveillant ! »
« Au service funèbre de la Dauphine, en allant à l'offrande, je portai le cierge, nota bene, avec des pièces d'or, à l'évoque qui chantait la grand'messe et qui était assis dans une chaise à bras auprès de l'autel ; ce prélat voulut le donner à ceux qui l'assis
laient et qui étaient des prêtres de la chapelle du roi. Mais les moines de Saint-Denis accoururent à bride abattue, prétendant que le cierge avec les pièces d'or leur revenaient de droit. Ils se jetèrent sur l'évoque dont le fauteuil commença à chanceler et lui Qrent tomber la mitre de la tête. Si j'étais restée encore un moment, l'évoque, avec tous les moines, serait tombé sur moi ; aussi je descendis à la hâte les quatre marches de l'autel, car j'étais encore leste et je contemplai celte bataille qui me parut si comique que je ne pus m'empêcher de rire ; tout le monde en fît autant. »
Princesse Palatine.
L'abbé Dubois est sacré archevêque de Cambrai dimanche prochain au Val-de-Grâce. Comme il passe pour un scélérat, les polissons disent que c'est un secret que M. le Régent a trouvé pour lui faire faire sa première communion, parce qu'il sera obligé de dire la messe.
On a fait encore une autre histoire sur son compte. Son cocher
se querellant avec celui de M. de Mailly, archevêque de Reims,
chacun d'eux s'échauffait sur la qualité de son maître ; le cocher
de l'archevêque de Reims dit que son maître sacrait le roi.
« Voilà grand chose, dit l'autre : le mien sacre Dieu tous les
jours. »
Barbier (1720).
224 GENS d'église.
En 1750, le curé de Saint-Sulpice s'étant plaint du scandale d'une maison de prostitution, on dit que M. le comte d'ArgensoD lui a répondu qu'il n'était pas bien informé, que rien n'était plus rangé que cette maison, qu'il n'y avait point de bruit. « Cela se passe de façon, Monseigneur, lui a-t-il dit, que vous et moi pourrions y aller. »
Barbier.
Le nonce Quirini allant à Frêne voir le chancelier d'Aguesseau. « C'est ici, lui dit le prélat, que se forgent les armes contre la cour de Rome. — Non, Monsieur, répliqua le chancelier, mais les boucliers. »
Le P. Berthier, ci-devant soi-disant Jésuite et journaliste de Trévoux, disait en gémissant : « Ah ! grand Dieu ! cet homme-là (Voltaire) a, à lui seul, plus de zèle pour détruire la religion que Jésus-Christ et les douze Apôtres n'en ont eu pour l'établir. »
Un Anglais, près de passer les Alpes, s'était arrêté à Ferney pour voir M. de Voltaire et, en prenant congé de lui, lui demanda ses ordres pour l'Italie. Le patriarche le pria, à tout hasard, de lui en rapporter les oreilles du grand Inquisiteur. L'Anglais, arrivé à Rome, parle de cette commission dans quelques cercles et ces propos parviennent aux oreilles du pape Clément XIV. Lorsque cet Anglais se rend à l'audience de sa Sainteté, elle lui
GENS d'Église. 225
demande, après quelques discours, si M. de Voltaire ne Tavait pas chargé de quelque commission. Le voyageur comprit que le Pape était instruit et se mit à sourire. « Je vous prie, lui dit sa Sainteté, de mander à M. de Voltaire qu'il y a longtemps que rinquisition n'a plus d'yeux ni d'oreilles. »
L'abbé Galiani nous disait, la dernière fois que nous l'avons eu, qu'une femme se mourait, et se mourait d'une certaine maladie cruelle qu'on prend avec beaucoup de plaisir. Le prêtre qui l'exhortait lui disait : « Allons, madame, un peu de résignation ; offrez à Dieu votre mal. — Beau présent à lui offrir ! » répondit la malade.
Et qa*un jour un de ses amis disait la messe et lui la servait ; cet ami était un géomètre et par conséquent fort distrait ; le voilà qui perd le Saint Sacrifice de vue, se met à rêver à la solution de quelques équations et demeure les bras levés en l'air pendant un temps très considérable, ce qui édifiait fort les uns et ennuyait fort les autres. Galiani était de ces derniers ; il tire son ami le célébrant par sa chasuble ; celui-ci sort de sa distraction ; mais il ne sait plus où il en est de son affaire ; il se retourne et demande à son ami : « L'abbé, ai-je fait la consécration? )> L'abbé lui répond : « Ma foi, je n'en sais rien. » Et le prêtre, tout en colère, •lui réplique : « A quoi donc pensez-vous ? »
Diderot.
Benoît XIV, en s'enlretenant avec M. le comte de Strogonoff lui dit : (( Vous êtes un peu schismatiques, vous autres Russes. — Pardonnez moi, Saint Père, lui répond M. de Strogonoff, nous sommes orthodoxes ; c'est vous qui êtes schismatique. — Voilà la première fois, répliqua le Pape en riant, que je me le suis entendu dire. »
Le curé d'un petit village lisait l'Évangile du jour avec un vieux missel tout vermoulu ; à chaque mot que lui dérobait un trou de vermoulure il substituait le mot « Jésus ». Après la messe, le Seigneur du village lui dit : « Monsieur le curé, il me paraît qu'il est plus parlé de Jésus dans l'Évangile d'aujourd'hui que dans ceux des autres jours ; du moins le mot de Jésus s'y trouve bien souvent. — Monsieur, lui répond le bon curé, en tout cas ce mollà en vaut bien un autre. »
Un voyageur qui dînait avec nous, nous dit avoir lu dans le couvent des Franciscains de Lyon l'inscription suivante figurée comme on la voit ici. Elle est d'une grande sagesse.
Noli
Garde-toi de
Concupiscere Credere Dicere Facere
Désirer ) Croire 1 Dire
I Faire
Omnia quœ
Tout ce que
Vides Âudis Scis Potes
Tu vois Tu entends Tu sais Tu peux
Diderot.
GENS d'Église. 227
Sur Boyer, évoque de Mirepoix, quand il fut fait cardinal : En vain, la fortune s'apprête A t'orner d'un lustre nouveau.
Plus ton destin deviendra beau Et plus tu nous paraîtras bête.
Benoit donne bien un chapeau, Mais il ne donne pas de tête.
Les capucins de Grasse prirent un jour un garçon qui volait leurs fruits ; ils firent venir le père qui lui dit : « Eh bien si tu ne veux rien valoir, fais-loi au moins capucin ! »
De Piron à l'évoque de Bayonne : « Monseigneur, j'ai en grande vénération les jambons de votre diocèse. »
Un vieux moine vient tout éploré dire au pape Benoît XIV qu'il a ou la révélation de la naissance de Tantéchrist. « Quel âge a-t-il ? demande le Pape. — Trois ans, Saint Père. — Bon, ce sera l'affaire de mon successeur. »
On disait à un moine d'aller à l'église. « Qui est-ce qui y est î — Ils y sont tous. — Us sont donc assez. » Une autre fois, on lui dit : « Il n'y a personne. » Il répondit : « Je n'y ferais rien tout seul. »
228 GENS d'église.
M. de P. demandait à Tévêque de... une maison de campagne où il n'allait jamais. Celui-ci lui répondit : « Ne savez-vous pas qu'il faut toujours un endroit où Ton n'aille point et où l'on croit que l'on serait heureux si on y allait ?» M. de P. après un moment de silence répondit : « Cela est vrai et c'est ce qui a fait la fortune du Paradis. »
Lorsque Sanchez fit paraître son traité De Matrimonio, le censeur donna son approbation en ces termes : « Legi, perlegi. maxima cum voluptate. »
Un maître moine exerçait une sœur Après minuit comme on disait matines.
Mère Christine, en se rendant au chœur Les aperçut avec sœur Clémentine ; Dont celle-ci faisant la diablotine Voulut crier et sonner le tocsin.
« Laissez, laissez, lui dit mère Christine, Ne troublons point le service divin. »
On faisait une procession avec la châsse de sainte Geneviève pour obtenir de la sécheresse. A peine la procession fut-elle en route qu'il commença à pleuvoir ; sur quoi, Tévéque de Castres dit plaisamment : « La Sainte se trompe, elle croit qu'on lui demande de la pluie. »
GENS d'égl'ise. 229
Le curé de Bray ayant passé trois ou quatre fois de la religion catholique à la religion protestante et ses amis s*étonnant de cette indifférence : « Moi indifférent ! dit le curé, moi inconstant 1 rien de tout cela ; au contraire, je ne change point. Je veux être curé de Bray. »
La mule du Pape :
Frères très chers, on lit dans saint Mathieu Qu'un jour le diable emporta le bon Dieu Sur la montagne, et puis lui dit : « Beau sire, Vois-tu ces mers, vois-tu ce vaste empire, L'État romain de Tun à l'autre bout ? » L'autre reprit : « Je ne vois rien du tout ; Votre montagne en vain serait plus haute. » Le diable dit : « Mon ami, c'est ta faute ; Mais avec moi veux-tu faire un marché ? »
— « Oui-da, dit Dieu, pourvu que sans péché Honnêtement nous arrangions la chose,
— Or, voici donc ce que je te propose. Reprit Satan ; tout le monde est à moi ; Depuis Adam j'en ai la jouissance ;
Je me démets et tout sera pour loi Si tu veux me faire la révérence. »
Notre Seigneur, ayant un peu rêvé, Dît au démon que, bien qu'en apparence Avantageux le marché fût trouvé.
230 GENS d'église.
Il ne pouvait le faire en conscience Car il avait appris dans son enfance Qu'étant si riche, on fait mal son salut. Un temps après, notre ami Belzébulh Alla dans Rome. Or c'était l'heureux âge Où Rome avait fourniture d'élus ; Le Pape était un pauvre personnage, Pasteur de gens, évêque et rien de plus. L'esprit malin s'en va droit au Saint Père, Dans son taudis l'aborde et lui dit : « Frère, Je te ferai, si tu veux. Grand Seigneur. » A ce seul mot, Fultramontain ponlife Tombe à ses pieds et lui baise la griffe. Le farfadet, d'un air de sénateur, Lui met au chef une triple couronne, « Prenez, dit^il, ce que Satan vous donne ; Servez-le bien, vous aurez sa faveur. » 0 papegauds ! voilà la belle source De tous vos biens, comme savez ! Et pour ce Que le Saint Père avait, en ce tracas. Baisé l'ergot de messer Satanas, Ce fut, depuis, chose à Rome ordinaire Que l'on baisât la mule du Saint Père. Ainsi l'ont dit les malins Huguenots Qui du papisme ont blasonné l'histoire ; Mais ces gens-là sentent bien les fagots. Et, grâce au Ciel, je suis loin de les croire.
Que s'il advient que ces petits vers-ci Tombent es mains de quelque galant homme, C'est bien raison qu'il ait quelque souci De les cacher, s'il fait voyage à Rome.
Voltaire.
Chez un curé, Margot, se présentant Pour un servir, demandait triple gage.
Le curé dit : « Quel prix exorbitant 1 Vous êtes donc bonne à plus d'un ouvrage ? » Margot répond : « J'entends peu le ménage ; Mais à plaisir, je mange, dors et bois, Et n'aime à faire œuvre de mes dix doigts.
— Et dépensière, oisive et malhabile
Tu veux gagner, toi seule, autant que trois !
— Oh ! disons tout. Monsieur, je suis stérile. »
Piron.
Certain ministre, instruisant la jeunesse
D'une nonnain qui venait d'abjurer :
« Approcliez-moi le vase de liesse,
Dit-il, Nature est prête d'opérer.
Venez, Sarah ! venez sans différer
Faire un élu dans la loi protestante.
Pour me prouver votre conviction !
— Las, non pas un, dit-elle, mais cinquante. »
232 GENS d'église.
Lors le minisire : « 0 flUe de Sion, S'écria-t-il, que la grâce est puissante ! »
J.-B. Rousseau.
Une novice accusait un curé A son prélat d'avoir cueilli sa rose.
Avez-vous donc, lui dit l'homme sacré, Quelque témoin, qui contre lui dépose ? — Las 1 Monseigneur, la cellule était close ; Et ne voulus crier, tant j'avais peur De réveiller Madame qui repose Toutes les nuits avec le promoteur. »
J.-B. Rousseau.
« Est-il, disait Lubin, gens qui soient plus heureux Que sont les prêtres et les moines, Les gros abbés, les gras chanoines ?
Les peines sont pour nous et les plaisirs pour eux. Le sort malin me tyrannise ; Je suis toujours infortuné ; Quand je devrais être damné, Je vais me faire homme d'église. »
Baraton.
GENS d'Église. 233
Dans un couvent se confiner, Dans l'hymen aller s'enfourner, Se jeter dans un précipice, Sont trois choses, disait Maurice, Qu'il faut faire sans raisonner.
Baraton.
Je n'eus jamais laissé faire Un autre que le curé ; D'un autre que du vicaire Je ne l'eus pas enduré.
C'est la faute du vicaire (bis), C'est la faute du curé (bis).
Le premier fut le vicaire ; Non : c'est je crois le curé.
Oui, non, oui, je ne sais guères Qui fut ce dénaturé.
C'est la faute, etc..
Respect de leur caractère, Leur enfant m'est demeuré.
Cet enfant est du vicaire, Si ce n'est pas du curé.
C'est la faute, etc..
234 GENS d'église.
Sans ce diable de vicaire Et sans ce chien de curé, J'épousais l'apothicaire Qui allait bien à mon gré.
C'est «la faute, etc..
Collé.
Certain évêque, ennemi des abus, Trouvant chez un curé deux jeunes gouvernantes : « Optime, lui dit-il, vingt ans, vingt ans au plus, Deux à la fois, et vertes et fringantes ! Vous ignorez donc mes statuts ?
— Monseigneur, ils me sont connus ; Moi-même et l'archiprétre ensemble nous les lûmes. Vous exigez quarante ans révolus, Je les ai pris en deux volumes. »
Un vieux paillard qu'à Rome on accusait
De pratiquer l'amour antiphysique
Vit, à Paris, un prêtre qu'on cuisait
Pour même cas dans la place publique.
« Hélas, dit-il, le pauvre catholique.
Que n'est-il né Romain ou Ferrarois !
Pour un écu, la taxe apostolique
L'aurait absous, du moins quatre ou cinq fois. »
GENS d'Église. 235
« De vos signes de croix je ne suis plus la dupe, Disait certain évoque à son gros chapelain.
Je sais que vous aimez la jupe ;
Pour un prêtre, c'est fort vilain.
— Ah ! Monseigneur, quelle imposture !
De tous les cotillons, je fais si peu d'état
Que je voudrais, je vous le jure.
Qu'aucune femme n'en portât. »
L'histoire dit qu'un bon curé de Mantes, Pour avoir à sa gouvernante ,
Fait un enfant, un beau jour fut mandé Par son évêque, et, sur un tel scandale, Très vivement par lui réprimandé.
« Faire un enfant, la faute est capitale.
— Hélas, dit le pasteur, sans témoigner d'effroi, Quand j'ai fait choix de cette ménagère
Elle avait cinquante ans, voilà son baptistaire.
Vous eussiez, Monseigneur, été pris comme moi. »
Comme souvent tout s'enfile ici-bas !
Des Bernardins pâturaient en lieux gras.
Près de leur clos vivaient des Bernardines.
Peignez-vous bien chaque chose en son rang.
Un large étang nourrissait les béguines.
Certaine haie entourait cet étang.
Sur cette haie étaient des cantharides ;
Un vent survint qui les jetta dans l'eau. Dans l'eau nageaient des grenouilles avides Par qui l'essaim fut mangé bien et beau. Grenouille après servie au réfectoire De sa substance enflamme la nonnain, D'où s'ensuivit l'esclandre qu'on peut croire, Un feu subtil et rien moins que divin. Grand carillon ! si qu'au bruit du tocsin Vinrent, non pas les pompes de la ville, Mais celles-là du benoît Bernardin...
Comme souvent ici-bas tout s'enfile I
Piron.
Ces jours derniers notre abbesse
A son secours appela Un enfant de Loyola a a a a a a
Qui par pure politesse D'abord dans ses goûts entra a a a a a a
Mais qui ne s'en tint pas là.
Alors criant comme un aigle
« Père, ce n'est pas par là
Au contraire, c'est cela a a a a a a
Que nous défend notre règle.
— Et moi, madame, voilà a a a a a a
Ma règle et je m'en tiens là. »
Collé.
GENS d'Église. 237
Masqué du froc d'un enfant d'Elisée,
Damon pressait sœur Alix, et d'abord
Par cet habit la belle humanisée
Avec Damon fut aisément d'accord.
Lui, pour l'honneur du froc, fît maint effort,
Mais six exploits mirent bas le gendarme.
« Quoi, dit Alix, cet homme-ci s'endort
Après six coups. Ah chien ! tu n'es pas carme ! »
J'ai lu, ne sais dans quel auteur, Mais ce n'est un conte apocryphe, Qu'un jour certain frère quêteur, Adroit et pieux escogriffe, D'Agnès avait ravi la fleur.
« Du ciel la faveur est bien grande, Dit-il, loué soit le Seigneur !
Vous m'avez donné votre honneur ; Ma chère Agnès, Dieu vous le rende ! »
« Mais les martyrs ! » criait à plein gosier Un capucin luttant contre un athée ; « Mais les martyrs I » Et l'autre, sans crier, Lui répondit : « Mais, père Thimotée, En bonne foi, que prouvez-vous par là ? Ces pauvres Turcs que jadis on alla
238 GENS d'église.
Dévotement tuer dans leur patrie, Ceux qu'on fît cuire et ceux qu'on étrangla En Palestine, en Egypte, en Syrie, Sont morts plutôt que d'abjurer Allah.
— Oh ! distinguo, dit le moine en furie, C'étaient des gueux qu'on payait pour cela. »
Pons.
Admirons tous l'esprit de pénitence De sœur Sainte Félicité.
Son directeur de conscience Sur elle a tant d'autorité Qu'il lui fait exercer son vœu d'obéissance Même en la relevant du vœu de chasteté.
Abbé Mangenot.
A la grille, quatre béates
Agitaient le meilleur moyen
De conserver entre leurs ouates
Pendant la nuit bonne chaleur.
« Jésus I Dieu ! rien ne vaut un moine !
— Ah 1 dit la mère Saint Antoine, Il est d'un effet singulier.
— C'est donc, reprit une professe, Pour cela qu'au lit notre abbesse N'est jamais sans un cordelier. »
GENS d'Église. 239
Les moines sont de bons enfants, L'un pour l'autre fort indulgents, Ne faisant rien qui les ennuie, Ayant leur cave bien garnie.
Toujours reposés et contents.
Visitant peu la sacristie, Mais quelquefois, les jours de pluie.
Priant Dieu pour tuer le temps.
Le Franc de Pompignan.
Deux gars s'entrelenant des plaisirs de Vénus
Et de ceux du Dieu de la treille, Passe un grand cordelier à la face vermeille Qui, martyr de ses vœux, débitait ses Agnus. « Tudieu ! dit Tun des gars, à ce roi des tondus Je ne voudrais prêter Catau ni ma bouteille. — Jarni, vous augurez bien, Leur dit le vaillant apôtre, Car j'aurais, en moins de rien.
Empli l'une et vidé l'autre. »
Nogaret.
Un jeune amant brûlait pour Amarinte, Bonne et dévote et voulant être sainte. Dont il séchait et lui criait merci, La requérant de volupté profane.
240 GENS d'église.
Disant : « Cédez ou bien je meurs ici. » Et tels propos que la vertu condamne.
La belle enfin, d'un air modeste et doux, S'arrange et dit : m Puisqu'avis ni courroux Ne peuvent rien sur votre flamme impie, Et que toujours vous conservez l'envie De vous damner. Allons donc ! damnez-vous ! »
Sélis.
Chez un évoque, on était douze à table.
Entre un curé qu'on laissa là debout
Confus, piqué, donnant tout bas au diable
Les conviés et le prélat surtout.
Quand celui-ci, pour le pousser à bout.
Lui dit : « Curé, (lue dit-on pour nouvelle ?
En savez-vous ? — Oui Monseigneur. — Et quelle î
— Ma truie hier mit bas treize petits.
— Oh ! c'est trop d'un, disent nos gens assis. La mère en tout n'a que douze mamelles.
Qui nourrira le treizième ? — Ma foi.
Répond le drôle aux douze heureux apôtres, Qu'il s'accommode ! il fera comme moi : Il verra seul à jeun dîner les autres. »
Messire Gaulard, un vieux curé manceau, Aimant le jeu, le vin, le jouvenceau,
Sur ces trois chefs un jour, en plein synode,
Fut chapitré par l'évoque incommode
Qui lui disait : « Eh ! comment, malheureux,
Pour expier tes désordres affreux
Tu ne crains pas qu'un jour Dieu ne te damne ?
— Qu'il ne me damne ? Eh ! Monseigneur, quel tort
Cela fait-il ? dit le curé profane.
L'on n'est jamais damné qu'après sa mort. »
l'n cordelier à la grand manche,
Et les fêtes et le dimanche,
Récitait sa messe au château. -
Soit à dessein, soit d'aventure
Un jour, à ce que l'on assure,
On lui donna du vin nouveau :
Piquette aigre, plate rinçure.
Huit jours après : « Monsieur Mathieu,
Dit-il au sommelier du lieu.
Voyez le vin de la burette.
Car vous m'avez fait manger Dieu,
L'autre jour, à la vinaigrette. »
Lliie dévote, sans connaître Le gros prieur de Saint Marcel, Ouit sa messe et, sur l'autel.
Compta douze sols pour le prôlre.
242 Ghss d'église.
« Hé, fi ! dit le valet tout haut,
Ma bonne dame, il vous faut
Des aumôniers d'une autre espèce ;
Apprenez à les mieux choisir ;
Et sachez, quand Monsieur dit messe,
Que ce n'est que pour son plaisir. »
La Monnoye.
Aux Cordeliers, un peintre d'excellence Peignait enfer à le bien voir horrible, Dedans lequel il mit en évidence Papes, ducs, rois, souffrant peine terrible. De tous états il y mit le possible.
Quelqu'un, voyant cela, lui fit demande Pourquoi c'était qu'en cette peine grande. En ce palud et horrible manoir Un cordelier, un moine blanc ou noir N'y était peint ? Lors le peintre répond : « Il y en a, mais on ne les peut voir. Pour ce qu'ils sont cachés au plus profond. »
Collet.
Si les fictions et les fables Parmi les chrétiens sont blâmables Et trahissent la vérité, Est-il fiction plus criante
GENS d'Église. 243
Que de prêcher la pauvreté Avec vingt mille écus de rente î
Boursault.
Par passe-temps, un cardinal oyait Lire les vers de Psyché, comédie, Et les oyant pleurait et larmoyait, Tant qu'auriez dit que c'était maladie.
« Quoi, Monseigneur, à cette rapsodie, Lui dit quelqu'un, tant vous semblez touché Et Tautre jour, au martyre prêché De Saint-Laurent, parûtes si paisible ?
— Ho, ho, dil-il, tudieu I cette Psyché Est de l'histoire et l'autre est de la Bible. »
J.-B. Rousseau.
L'éventail à la main J'entre dans un jardin ; Ma jupe flotte en l'air et se lève avec grâce. Je crois que c'est un vent badin Qui vient, qui folâtre et qui passe ; C'était, ma chère, au lieu du vent Un cordelier du Grand Couvent I
Lainez.
244 GENS d'église.
Il faut prier pour ceux qu'on hait, Disait un prêtre, avec emphase, Au gros Guillou tout stupéfait.
Soudain le manant en extase :
« Dieu donne donc prospérité A Tisiphon, ma belle-mère.
Au juge de la Prévôté, A Jean notre voisin, et puis à vous, mon Père ! »
Pédou.
Un jour de réception, Benoît XIV demande quelles étaient les personnes qui étaient dans son antichambre. On les lui nomme. Il y avait des cardinaux, des prélats, un Genevois. « Faites entrer rhérétique, dit le Pape, il doit s'ennuyer dans mon antichambre, tandis que les autres s'y sanctiQent. »
A M. Saurin (1770) :
Il est vrai, je suis capucin.
C'est sur quoi mon salut se fonde ; Je ne veux pas dans mon déclin Finir comme les gens du monde.
Mon malheur est de n'avoir plus Dans mes nuits ces bonnes fortunes.
Ces nobles grâces des élus Chez mes confrères si communes.
GENS d'église. 245
Je ne suis point frère Frappart Confessant sœur Luce ou sœur Nice Je ne porte point le cilice De saint Grigel ou saint Billard.
J'achève doucement ma vie, Je suis prêt à partir demain En communiant de la main Du bon curé de Mélanie
Dès que monsieur Tabbé Terrai A su ma capucinerie, De mes biens il m'a délivré ; Que servent-ils en l'autre vie I
J'aime fort cet arrangement ; Il est leste et plein de prudence Plût à Dieu qu'on en fit autant A tous les moines de la France.
Voltaire.
On racontait qu'un capucin avait été dévoré par les loups. « Pauvres bétes, dit Sophie Arnould, il faut que la faim soit une chose terrible. »
246 GENS d'église.
L'autre jour chez mon père
Il y est arrivé Un petit moine Cordelier
Qui était tout crotté.
II secouait sa robe, sa robe
II secouait, secouait
Sa robe tant qu'il pouvait.
Où le logerons-nous ?
Dedans notre grenier.
Le moine s'est écrié :
« Les rats vont me manger ! »
Où le logerons-nous î Dessus notre escalier.
Le moine s'est écrié :
« Je vais dégringoler. »
Où le logerons-nous ?
Dedans notre cellier.
Le moine s'est écrié :
« Le vin (1) va me noyer ! »
Où le logerons-nous ?
Dedans notre foyer.
Le moine s'est écrié :
« Le feu va me brûler ! »
<1) Var. le cidre.
GENS d'église. 247
Où le logerons-nous ?
Dans le grand lit carré.
Le moine s'est écrié :
« C'est ce qu'il me fallait ! »
Un peu avant la RévolutionrArchevôque de Toulouse, i>rienne, s'occupant de la réforme d'un ordre religieux, s'emporta et dit : <c II faut absolument réformer toute cette moinaille. » Le Prieur lui répondit : « Ne vous y trompez pas. Monseigneur, après la moinaille on voudra réformer la prôtraille et pour mieux réussir on ira chercher la mitraille. »
« On respire chez vous, disait un évêque en tournée chez un pauvre curé de campagne. — Oui, Monseigneur, l'air serait bon, si j'en pouvais vivre. »
Sur la Grande Chartreuse :
Si le bonheur se trouve en ce sauvage lieu Sous l'habit grotesque et fantasque De ces tristes religieux.
Il est bien caché par son masque.
Ch. de Bonnard.
Un clergyman rencontre une bande de bohémiens assis et devisant autour d'un chaudron. « Que faites-vous là? » Nous racontons, chacun, notre plus gros mensonge et Tenjeu est le chaudron. » Le clergyman s'indigne. « Moi, je n'ai jamais menti î — Oh ! répond le bohémien, donnez le chaudron à Monsieur, c'est lui qui l'a gagné. »
Un journal anglais avait annoncé en ces termes la mort d'un pasteur : « Le révérend X a quitté aujourd'hui la terre, se rendant au Ciel. » Il reçut le lendemain le télégramme suivant : « Révérend X pas encore arrivé, suis très inquiet.
Signé : Saint Pierre. »
Devant un vieil homme de lettres qui avait connu les difficuhés de la vie, on parlait des ordres monastiques et des voeux. II reprit : « C'était une chose admirable ; faire vœu de ne manquer de rien. »
Un fakir se faisait fouetter ; comme on le plaignait, il dit : « Je songe au plaisir que j'aurai dans l'autre monde en vous fouettant quand vous serez cheval et moi cavalier. »
Une dame a dit à quelqu'un : « Avec quel plaisir je vous verrai griller dans l'autre monde, tandis que moi... »
GENS d'Église. 249
Dans une église, un paysan russe s'accusait à haute voix d'un crime devant l'image sainte. Le pope se glisse derrière l'image el lui répond par des reproches très durs. L'image représentait la Vierge et l'Enfant Jésus. Le paysan s'était adressé à la Vierge, sans doute plus compatissante et le pope répondait au nom de l'Enfant Jésus. « Seigneur, dit le paysan, ce n'est pas à vous que je parle ; c'est à Madame votre Mère ; laissez-la répondre, je vous prie. »
Le nouveau pasteur de Saint-Pierre n'a pas seulement succédé à la cure de son prédécesseur, il a encore pris sa veuve pardessus le marché. Cela vous le savez, mais ce que vous ne savez pas, c'est comment la -chose s'est passée quand il a fallu en découdre. Pour lors donc, la femme étant déjà fourrée au lit, le pasteur, après avoir ôté ses culottes et avant de se glisser auprès d'elle, commença à défiler ses prières : « Seigneur, fortifie-moi ; Seigneur, dirige-moi. » Mais aussitôt, sa petite femme, sortant la tête des draps, lui crie : « Prie seulement qu'il te le fortifie ; je me charge de te diriger. » Et ainsi il fut fait et de là le proverbe : « Ne demande pas au delà du nécessaire. y>
Du cabaret où chopinait un prêtre
Le vieux plancher s'en allait par lambeaux.
Malgré cela, filles et pastoureaux
Y répétaient une danse champêtre.
250 GENS d'église.
On en fit tant que le plâtre tomba.
Sur une poutre on vit mainte pucelle
Comme à cheval, jambe ci, jambe là,
Montrer à tous ce que cache une belle.
Mais le curé, parlant aux curieux,
Criait : « Mes fîls, baissez, fermez les yeux :
Celui de vous qui verra fille nue
Sera privé pour jamais de la vue. »
Lors clignotant : « Pour moi, j'en fais mon deuil,
Répond Lucas ; j'y sacrifie un œil. »
Et le dîner dégusté et arrosé d'une ou deux bouteilles de bon bourgogne, l'ancien oratorien disait à son élève : « Crois-tu en Dieu, Labille ? — Mais oui, Monsieur Cerceau. — C'est comme moi... mais en Jésus-Christ, non... c'est une trop jeune barbe. »
De Heine, à son lit de mort. Sa femme priant à ses côtés Dieu de lui pardonner, il interrompit la prière en disant : « N'en doute pas, ma chère, il me pardonnera, c'est son métier. »
On parlait devant Saint-Victor de la fortune des congrégations ; il dit : « Quel pot au feu que l'enfer I »
Une bonne femme disait de Tarchevêque de Rouen : « C'est un bien brave homme ; c'est bien dommage qu'il n'ait pas de religion. »
Un mauvais plaisant entrait dans les églises vers la fin de la journée et, se prosternant devant l'autel, donnait les signes extérieurs de la piété la plus vive. Lorsque «rheure de la fermeture approchait, le bedeau, n'osant troubler un homme si pieux, Favertissait par des « hum » discrets ; puis, lassé, finissait par lui toucher l'épaule : « Monsieur... on ferme... » Après se l'être tait répéter plusieurs fois, l'homme se levait disant d'un ton cafard : « Mon frère, lorsqu'oubliant cette vallée de larmes, je m'abreuve aux sources de la volupté céleste... )) puis changeant
de ton... <K Je n'aime pas qu'on m' » Et il s'éloignait laissant le
bedeau stupéfait.
Une maxime que je conseillerai toujours à mes amiSf c'est d'être bien avec les Jésuites ; pour moi, je m'en suis toujours bien trouvé. Un courtisan disait il n'y a pas longtemps qu'il y avait autant de différence entre eux et les autres religieux qu'il y en a entre un gentilhomme et un roturier.
Ménage.
On avait fait au P. Hardouin. Jésuite, de plus de mémoire que de sens commun, l'épitaphe suivante : « Ci-gît le Père Hardouin, d'heureuse mémoire, en' attendant le jugement. »
252 GENS d'église.
Cela me fait souvenir d'un nommé du Four qui, dans les guerres des Huguenots, ayant rencontré des Jésuites à cheval leur demanda de qui ils étaient. « Nous sommes, dirent-ils, de la Compagnie de Jésus. — Je le connais, dit-il, brave capitaine, mais d'infanterie. A pied, à pied, mes pères », et il leur ôle leurs chevaux.
Tallemant.
Jodelet, allant à Saint-Germain, demande à des ecclésiastiques à quel ordre ils appartiennent. Ceux-ci répondent qu'ils sont de la Compagnie de Jésus. « Oui, leur dit-il, mais est-ce de la Compagnie de Jésus mourant ou naissant ? car vous savez qu'il naquit entre deux bêtes, et mourut entre deux larrons. »
Le Jésuite Letellier, confesseur de Louis XIV, impatienté de s'entendre crier sans cesse le nom de Saint- Augustin dans la querelle de la Bulle, dit : « Ce saint Augustin était un brouillon (|u'on mettrait aujourd'hui à la Bastille. »
Le chevalier de Saint-Georges est le meilleur homme du monde et la complaisance même. Ayant demandé un jour à mylord Dou- , glas : « Que pourrais-je faire pour plaire à ma nation î » Douglas répondit : « Prenez douze Jésuites, embarquez-vous avec eux, et, quand vous serez arrivé, faites pendre les Jésuites publi-
GENS d'Église. 253
quement ; vous ne sauriez rien faire de plus agréable aux Anglais. »
Princesse Palatine. "^
Sur le père Girard :
Un Jésuite admirant De la jeune Cadière
La beauté, Pour contenter ses feux Prit la route ordinaire :
La rareté.
En' faveur de son choix Pardonnez au bon Père
La curiosité.
Père Girard n'est plus Jésuite ; Il ne veut plus tergiverser.
Amour giton, Girard vous quitte, Avec Vénus il veut chasser.
Ces mots sont sur sa gibecière :
« Oubliez-vous et laissez faire. »
Jodelet.
Un Jésuite en carrosse rencontrant un Minime à pied lui crie : « Minime, Minime, semper minimus eris » et le Minime lui riposta : <c Jesuita, Jesuita, Jésus non ibat ita. »
254 GENS d'église.
Un mandarin de la Société
Chez un Chinois prêchait le culte nôtre ;
Le bonze ayant quelque temps disputé
Sur certains points, convint avec l'apôtre.
Tout à part soi, fort contents l'un de l'autre,
Chacun sortit en se congratulant ;
Le moine dit : « Grâces à mon talent
De ce Chinois j'ai fait un prosélyte.
— Béni soit Dieu, dit l'autre en s'en allant.
J'ai converti cet honnête Jésuite. »
Au Livre du Destin, chapitre des Grands Rois, On lit ces paroles écrites :
De France, Agnès chassera les Anglais, Et Pompadour les Jésuites.
Sur la clôture du collège Louis-le-Grand, 1762 :
Vous ne savez pas le latin.
Ne criez pas au sacrilège, Si l'on ferme votre collège :
Car vous mettez au masculin Ce qu'on ne met qu'au féminin.
GENS d'Église. 255
En présentant à ses amis le Jésuite Adam, qui était de sa maison, Voltaire ajoutait souvent : « Ce n'est pas le premier des hommes. »
Noël
Capitaines qu'on réforme Et qui partout publiez Que c'est injustice énorme De vous voir ainsi rayés ; C'est en vain que chacun crie.
Un coup plus inattendu
Nous pétrifie !
Jésus lui-même a perdu
Sa Compagnie !
Un Célestin de bonne mine Vint adorer cet enfant Dieu !
Mais, ne voyant pas de cuisine, Il délogea, sans dire adieu.
Pleins de ruse et fausse finesse Les gens issus de Loyaula (sic) Songeaient déjà par quelle adresse Ils se pourraient établir là.
Un seul venu de l'Oratoire Dit à Jésus : « Excusez-nous,
256 GENS d'église.
Nos autres pères n'ont pu croire Que vous soyez venu pour tous. »
Sur une estampe où Ton voit J.*C. habillé en Jésuite Admirez Tartifice extrême De ces pères ingénieux ; Ils vous ont habillé comme eux, Seigneur, de peur qu'on ne vous aime.
Le Collège des Jésuites à Rome est bâti sur une petite place où souffle toujours un vent très violent. Voici la raison qu'on en donne. Un jour le diable et le vent se promenaient ensemble par la ville ; étant arrivés devant celte maison des Jésuites, le diable dit au vent : « Attends-moi ici, j'ai un mot à dire là-dedans. » Il y entre el n'en est point sorti et le vent l'attend toujours à la porte.
Laschons icy nostre esguillette En mémoire de ce saint fou (Loyola) Qui se fil casser le genou Pour avoir la jambe bien faite.
C'était un plaisant rossignol Que ce patriarche espagnol ; Mais que ses héritiers sont rogues !
D'où vient qu'estant si triomphans Ils sont devenus pédagogues El fouetteurs de petits enfants ?
GENS d'Église. 257
C'est ce que tout le monde explique Selon son animosité.
L'un dit que c'est par vanité ; L'autre que c'est par politique.
Pour moy qui suis sans passion Je jugeray celte action Avecque plus de prudhommie, Et soutiens plus probablement Que c'est par pure sodomie, Et ce n'est pas sans fondement. »
Cl. Le Petit.
Un prédicateur de la ligue avait pris pour texte de son sermon : K Eripe nos, domine, a luto faecis » qu'il traduisait ainsi : « Seigneur, débourdonnez-nous. »
Un jour de Saint-Étienne un moine devait faire le pané gyrique de ce saint. Comme il était déjà tard, les prêtres qui avaient faim, craignant que le prédicateur ne fût trop long, le prièrent à l'oreille d'abréger ; le religieux monte en chaire et, après un petit préambule : « Mes frères, dit-il, il y a aujourd'hui un an que je vous dis tout ce qui se peut dire touchant le saint du jour. Comme je n'ai pas appris qu'il ait fait rien de nouveau depuis, je n'ai rien non plus à ajouter à ce que j'en dis alors. » Là-dessus il ût le signe de la croix et s'en alla.
Pogge.
Un célèbre ministre de Charenlon, appelé Merus, prêchant le jour de la Pentecôte et parlant de la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres, s'écria dans un saint enthousiasme : « Seigneur, fais
descendre sur nous ces flammes dont tu éclairas autrefois les Apôtres, embrase-nous des mêmes feux, mais ne nous donne point de langues 1 Nous n'en avons que trop. »
Malherbe à Tarchevêque de Rouen qui l'invitait après dîiier à venir l'entendre prêcher : « Ah ! dispensez-m'en, Monseigneur. Je dormirai bien sans cela. »
Un cordelier comparaît Notre-Seigneur à une bécasse, à cause que tout en est bon.
Tallemant.
Un prédicateur disait qu'on appelait la femme mulier, quasy mule hier, mule aujourd'hui, mule in aeternum.
Tallemant.
T.>n prédicateur de Saint-Merri prêchait et ne contentait personne. Un jour Santeuil, qui sortait de son sermon, dit : « 11 fit beaucoup mieux Tan passé. — Mais, répliqua quelqu'un, il ne prêcha pas. — Et c'est en cela qu'il fît mieux, dit Santeuil. »
Un curé de la campagne dit un jour à ses paroissiens dont le terroir était en vignobles : « Vous savez, mes chers amis, combien les saints vendangeurs ont fait de tort par le passé à vos vignes ;
je vous donne avis que notre bon prélat les a tous transférés entre Noël et les Rois, auquel temps ils pourront grêler et geler tant qu'ils voudront. »
Ménage.
Sur les sonneurs de cloche :
Persécuteurs du genre humain Qui sonnez sans miséricorde, Que n'avez-vous au cou la corde Que vous tenez en votre main.
Ménage.
Un prédicateur ayant été un jour obligé de parler un peu à la hâte devant le cardinal de Richelieu, lui témoigna, pour s'excuser d'avoir mal fait, que, n'ayant pas beaucoup de temps pour se préparer, il s'était abandonné au Saint-Esprit, mais qu'une autre fois il se préparerait et ferait mieux.
Un prédicateur, prêchant à Fontainebleau devant Louis XIV, commença ainsi : « Meis frères, nous mourrons tous. » Puis s'arrêlant et se tournant vers le roi : « Oui, Sire, ou du moins presque tous. »
C'est le pendant du mot du courtisan : « après la mort du roi on peut tout croire ».
Louis XIV à Boileau : « Quel est donc un prédicateur quoD nomme Letourneux ? On dit que tout le monde y court. Est-il si habile ? — Sire, on court toujours à la nouveauté. C'est un homme qui prêche l'Evangile. »
Bossuet, à Tâge de dix-sept ans, improvisa à Thôtel de Rambouillet un sermon qui se termina à minuit, et Voilure : « Je n'ai jamais ouï prêcher ni si tôt, ni si tard. »
Un prélat de cour disait de Fléchier qu'il était surprenant de trouver tant de mérite chez le fils d'un fabricant de chandelles. On rapporta le mot à Fléchier qui dit : « Il est certain qu'à ma place, il aurait fait comme son père. »
Bourdaloue disait : « Si Boileau me met dans ses satires, je le mettrai dans mes sermons. — Non pas dans celui de l'oubli des injures », lui répondait-on.
« Vous êtes le premier orateur de notre temps », disait le P. La Boissière à Massillon qui se contenta de répondre avec modestie. « Le diable me l'a dit déjà. »
On disait d'un prédicateur qui prêchait une morale sévère : « Il surfait dans la chaire, mais dans le confessionnal il donne à bon marché. »
PREDICATEURS. • 265
Un prédicateur prêcha sur le dernier jugement qui devait avoir lieu dans la vallée de Josaphat. Quelqu'un, qui avait été dans celte vallée, voulut prouver au curé que la place était trop petite. « Point du tout, répondit le curé, car ceux qui ne pourront entrer resteront dehors. »
Princesse Palatine.
L'archevêque de Paris, Christophe de Beaumont, demandait à Piron : « Avez-vous lu mon mandement pour le repos de l'âme du Dauphin ? — Non, Monseigneur, et vous 7 »
Un prédicateur, l'abbé de Beauvais, flétrissait la conduite des vieillards débauchés. « Eh bien, maréchal, dit le roi, en prenant U bras de Richelieu au sortir de la chapelle, ne vous a-t-il pas semblé que l'abbé jetait quelques pierres dans votre jardin ? — Je le confesse ; et même si bien lancées qu'il a dû en tomber jusqu'au parc de Votre Majesté. »
A un grand vicaire qui lui avait envoyé un mandement
Vous m'envoyez un mandement ;
Recevez une tragédie.
Afin que mutuellement
Nous nous donnions la comédie.
Voltaire.
On demandait à Voltaire son opinion sur une oraison funèbre. « Elle est, dit-il, comme Tépée de Charlemagne, longue et plate. »
Du médecin Procope sur un prédicateur :
Maudit bavard, le tairas-tu ?
Au nom de Dieu, dépêche, Tu me fais haïr la vertu De la façon dont tu la prêches.
De Dancourt au P. La Rue : « Je suis le comédien du Roi, et vous êtes le comédien du Pape. »
On dit que l'abbé Roquette Prêche les sermons d*autrui.
Moi qui sais qu'il les achète.
Je soutiens qu^ils sont à lui.
Cailly.
Un cordelier de langue assez diserte,
De notre Dieu prêchant la mort offerte
Pour le rachat de tout le genre humain.
Se débattait, le crucifix en main.
Deux gas qu'en rien ne touchait sa faconde,
En ricanant, scandalisaient le monde.
Si qu'un frocard, assis à leur côlé,
Leur dit tout haut : « Messieurs, en vérité,
A rire ainsi ne sais qui vous excite
D*un Dieu mourant par sa seule bonté,
Sans qu'au trépas rien ne le nécessite.
Vous devriez montrer plus de respect.
— Bon, dit l'un d'eux, nous sommes du secret ;
Après-demain, mon père, il ressuscite. »
Robbé de Beauveset.
Un cordelier, maître en l'art oratoire, Un vendredi prêchant la passion.
Si vivement en peignait l'action Qu'il en serrait le cœur de l'auditoire. Alors, voyant à leur triste maintien Combien chacun, mû par sa rhétorique.
S'attendrissait sur cette mort inique :
« Allez, allez, dil-il, peuple chrétien. Consolez-vous ! Peut-être, il n'en est rien. »
Hobbé de Beauveset.
Certain prêcheur, par sa longueur extrême. Lassa les gens ; l'auditoire s'endort.
On se réveille ; on voit qu'il n'est encore Qu'au premier point ; on était en carême.
On veut dîner, on défile et Ton sort.
Le sacristain reste et se réconforte ; Il boit un coup, mange du pain béni, Puis va chercher les clefs et les apporte : « Il faut, dit-il, mon père, que je sorte ; Voici les clefs. Quand vous aurez fini Vous voudrez bien fermer la porte. »
La Condamine.
Près de Meudon, dans un village,
Prêchait un père capucin Qui, le crucifix en main, Pour émouvoir les cœurs, mettait tout en usage. Sur les peines d'enfer au long il s'étendait.
Chacun des assistants pleurait.
Parmi ces bonnes gens, chose assez ordinaire.
Un paysan de Vaugirard,
Qui se trouvait là par hasard, Tranquille et d'un œil sec écoutait le bon Père. « Tu vois que nous pleurons, lui dit le grand Colas.
D'où vient que tu ne pleures pas Quand j'avons tous le cœur serré d'angoisse ? Le tien est aussi dur qu'une pierre à fusil.
— Pourquoi, plcurerais-je ? dit-il.
Je ne suis point de la paroisse. »
Baraton.
Certain pasteur, exhortant ses ouailles, Leur reprochait de Tavoir déchiré.
« Avec Alix, dit-on, dans des broussailles. On m'a surpris en secret affairé.
O médisans ! votre œil est éclairé Sur mes défauts, vous oubliez les vôtres I Las ! qui m'a vu ? — Moi, Monsieur le curé. — Pour toi, Colas, passe encor ! mais les autres ! »
Masson de Morvilliers.
« L'Antéchrist, pour vous pervertir.
Disait un capucin en chaire.
Vous prodiguera du plaisir,
ECUS nombreux et bonne chère.
Force femmes, point de douleurs,
Tous les biens de ce monde, en somme.
— Père, s'écrie un auditeur,
Oh ! quand viendra cet honnête homme î »
Il prêche et, parlant en chrétien.
Il croit annoncer TËvangile.
Il enfle un mystérieux rien :
On l'écoute, on aime son style ; On s'empresse, on court après lui î A l'entendre on n'a pas d'ennui.
Souvent on voit prompt à le suivre Nos esprits fins et délicats ; Mais nous apprend-il à bien vivre ?
Oh ! non, car il ne le sait pas.
Un prédicateur italien voyant les fidèles quitter l'église pour aller à une représentation de polichinelle, brandissait le Crucifix en criant : « Voilà le vrai, le vrai polichinelle ! »
Une brave femme ne manquait pas un sermon pendant le carême et en rapportait une forte migraine, car elle faisait de louables efforts pour comprendre. Son admiration et son édification étaient, d'ailleurs, d'autant plus grandes qu'elle avait moins saisi le sens des paroles entendues. Et lorsqu'on la poussait pour connaître au moins le thème d'une de ces homélies, elle se bornait à répondre : « Je ne sais pas, il se sert de mots si distingués ! »
Sermon en patois limousin : « Au jour du jugement Dieu m'ordonnera de lui rendre compte de vous autres : « Chapelain de Pierre Buffîère, en quel état sont tes ouailles ? » Et moi, pas im mol. H m'appellera encore et me dira : « Chapelain de Pierre Buffière, en quel élat sont tes ouailles ? » Je reste coi. Et une troisième fois, mais de sa voix la plus tonnante : « Chapelain de Pierre Buffière, en quel état sont les ouailles ? » Enfin, je répon drai timidement : « Seigneur, bêtes tu me les a confiées, bêtes je te les rends. >>
Un prédicateur prêchant TËvangile de la Samaritaine, dit : « Ne soyez pas étonnés si cet évangile est si long : c'est une femme qui parle. »
Un prédicateur ayant exhorté les auditeurs à porter leur croix, un mari, en sortant de l'église, se chargea de sa fenune.
Comme on louangeait un sermon, le bedeau qui était présent dil : « Messieurs, c'est moi qui l'ai sonné. »
Une bonne femme étant malade et ayant envoyé quérir son curé pour la confesser, elle lui donna pour sa peine une poule qu'il prit gentiment et emporta. Quand elle fut guérie, ne se souvenant du don, elle demande à sa chambrière ce qu'était devenue sa poule. Elle lui dit qu'elle l'avait donnée au curé par son commandement ; à quoi elle répondit: « Valga me dios ! infinitas veces que se me perdio la gallina, la di al diablo y nunca la tomo : y una vez que la prometi al cura, la Uevo luego ! »
(Bon dieu ! tant de fois que j'ai perdu ma poule et que je l'ai donnée au diable qui ne l'a jamais prise ; tandis que pour une fois que je la promets au curé, il s'empresse de l'emporter.)
Brantôme.
On a dit qu'un pénitent s'élant confessé à un cordelier d'avoir baisé la femme d'un ministre luthérien, le confesseur lui dit en prose à peu près ce qu'un poète a renfermé dans ces six vers :
Alors le cordelier, homme plein de savoir. Dit : Baiser une femme est un péché bien noir
Quand c'est celle d'un catholique ; Lorsqu'on s'en dit coupable, à Tinstant je frémis ;
Mais pour celle d'un hérétique, Bon cela ; c'est autant de pris sur l'ennemi.
Son confesseur exhortant Malherbe à la mort avec des expressions peu choisies, lui demandait s'il ne désirait pas jouir du bonheur de l'autre vie. « Ne m'en parlez pas, lui répondit Malherbe, votre mauvais style m'en dégoûte. »
Il se lit aussi d'un berger auquel un prêtre disait en le confessant; « Or ça, mon ami, avez \ous gardé les Commandements de Dieu ? — Non, dit le berger. — C'est bien mal, dit le prêtre, et les Commandements de l'Kglise ? — Non encore, dit le berger. — Mais qu'avez-vous donc gardé ? — Je n'ai gardé que mes brebis et encore y ai-je eu assez de peine. »
Sorel.
En 1778, un prêtre vint exhorter Voltaire qui l'écoula avec modération et lui demanda de quelle part il venait. « De quelle part ? De la part de Dieu ! — Eh bien ! Monsieur l'abbé, vos lellres (le créance ? »
L'abbé Trublet prétend avoir fait autrefois beaucoup de conquêtes par le confessional lorsqu'il était prêtre habitué à Saint-
Malo. Il me dil un jour qu'en prêchant les femmes de la ville, il avait fait tourner toutes les têtes ; je lui répondis : « C'est peutêtre de l'autre côté. »
D'Alembert.
Une gronde dame avait une femme de chambre, jeune et jolie, qui se mourait de la poitrine et qu'elle aimait beaucoup. La pauvre petite malade ne voulut absolument pas recevoir les sacrements et sa maîtresse montra la plus grande répugnance à l'y forcer malgré elle. Une autre de ses femmes se chargea de la négociation et promit d'y réussir. Elle entre en effet dans la chambre de sa camarade et lui dit : a Eh bien ! Mademoiselle, qu'est-ce donc ? Comment donc ? Pourquoi donc ? Fi donc ! Allons donc ! » La malade n'eut point de réponse à de si bonnes raisons, prit le parti de se faire administrer et de mourir, comme on dit, en bonne posture.
En 1735, dans une maladie grave, Mme de Castelmoron obtint du président Hénaull qu'il se confessât. Sa confession fut longue el l'on prétendit qu'il répondit à quelqu'un qui lui en faisait la remarque : « Que voulez-vous, je cherche toutes mes fautes et il y en a beaucoup ; on n'est jamais si riche que lorsqu'on déménage. »
L'archevêque de Paris, de Beaumont, faisait de son mieux pour amener Louis XV à se confesser pendant sa dernière maladie.
Le maréchal de Richelieu dit à l'archevêque : « Monsieur ^a^ch^ vêque, si vous avez tant d'envie de confesser, venez dans un coin, je me confesserai et je vous assure que ma confession vous divertira bien autrement que celle du roi. »
Le comte de Grammont était malade à la mort et sa fenmie était très pieuse. Bourdaloue qui l'exhortait lui disait : « Il faut croire ceci, il faut croire cela » ; et le mourant, se retournant vers sa femme : « Cela est-il vrai, comtesse ? — Oui, oui, répondit-elle. — Eh bien, ajoutait le malade, dépêchons-nous d'y croire. »
Un paysan était à confesse ; il y débitait tout ce qu'il avait fait
en sa vie, de bien, de mal, d'indifférent. « Ce sont vos péchés
que je vous demande, lui dit le curé. — Est-ce que je m'y connais,
moi î reprit le manant, je vous dis tout ; prenez-y ce qu'il vous
faut. »
Diderot.
Le confesseur
C'était un petit moine blanc Qui confessait trois fillettes.
Et, tout en les confessant, Il leur parlait d'amourettes.
« Je n'vous connais pas, Je n'sais qui vous êtes. »
Laquelle donc de vous trois
Va monter dans ma chambrette ?
« Cela n'sera ni moi, ni moi,
— Pour moi, je suis trop jeunette. »
Ce bon père voyant ça, De dépit fut dire sa messe.
Quand il fut au Sœcula Il pensa à la fillette.
« Sœcula sœculorum ! *!
Que n'es-tu dans ma chambrette I »
Son petit clerc lui répond :
a Ce n'est pas dans votre messe.
— Tais-toi donc, petit fripon !
Si ça n'y est pas, j'veux l'y mettre 1 »
Un vieux ribaud, sur le point d'expirer,
Se confessait de sa joyeuse vie ;
Tant on l'oyait gémir et soupirer
Que le pasteur en eut l'âme attendrie :
« Frère, dit-il, aurais-tu la folie
De t'afïliger ? Au céleste harem
Tu vas ce soir, en quittant ce bas monde,
T'ébattre en paix dans le sein d'Abraham ! »
Lors, pétillant encor de flamme immonde Le vieux paillard, à ces mots, s'écria : « Eh pourquoi pas dans celui de Sarah ? »
Certain bourgeois d'une sottise amère, La larme à l'œil, disait à son curé : « Tu sais, pasteur, que l'automne dernière Mon grand étang, je l'ai fait mettre en pré ; Eh bien ! connais mon infortune extrême : Il faut que Dieu l'ait frappé d'anathème Car on n'y voit partout que du chardon. » Bénignement son curé lui répond :
« Tu parles mal, mon fils ; l'Être Suprême T'aime toujours ; allons,console-toi, Et rends lui grâce ; il sait, il sait, crois-moi, Ce qu'il te faut mieux que toi-même. »
D'avoir hanté la comédie Un pénitent, en bon chrétien, S'accusait et promettait bien De n'y retourner de sa vie.
« Voyons, lui dit son confesseur.
C'est le plaisir qui fait l'offense.
Que donnait-on ? — Le Déserteur.
— Vous le lirez pour pénitence. »
Suard, à qui le président de Montesquieu disait un jour en causant religion: « Convenez, Monsieur Suard, que la confession est une bonne chose. — D'accord, Monsieur le Président, mais convenez aussi que l'absolution en est une mauvaise. »
Diderot.
Près de mourir, Florimont appela Un confesseur et puis lui défila De ses péchés la kyrielle étrange.
Son sermon fait, le prêtre s'en alla.
Florimont dit : « J'aime cet homme-là.
Il m'a parlé de l'enfer comme un ange. »
Legouvé.
Certain mazel, aux pieds d'un capucin,
Se confessait qu'une jeune nonnain
L'avait prié de l'amoureuse affaire.
« Le fîtes-vous ? — Nenni, de par Saint-Pierre !
One ne me suis souillé de tels forfaits !
— Dieu d'Israël, dit le révérend Père,
Conduis un peu tel gibier dans mes rets,
Puis tu verras si je ne l'ose faire ! »
Piron.
En qualité de pénitent,
Un grivois, au pied d'un Jésuite Était prêt d'avouer sa gaillarde conduite.
Le père lui dit : « Mon enfant.
Si Dieu vous a fait Moliniste
Je puis entendre votre cas ;
Mais si vous êtes Janséniste Point de confession. — Mais je ne le suis pas.
— Dieu soit béni ! vous êtes donc des nôtres î — Non, je suis du parti qui se f... des deux autres. »
Piron.
Un médecin s'accusait d'avoir fait
De sa Vénus un petit Ganymède.
Le confesseur lui dit : « Ah 1 boue infecte,
Tison d'enfer, quel démon te possède ?
Pourquoi, trouvant un innocent remède
Contre la chair, te damner pour si peu 1 »
L'autre répond qu'il a lu que ce jeu
Rend l'œil plus clair, les visières plus nettes.
« Eh, gros butor, reprit le moine en feu,
S'il était vrai, porterais-je lunettes ? »
Aux pieds d'un moine à barbe vénérable Un jouvenceau contait ses passe-temps :
Le jour, bon vin, grand'chère, longue table ; La nuit» tendron ou veuve de vingt ans. Le révérend, levant de temps en temps Les yeux au ciel, disait : « Vierge Marie, Quel chien de train ! quelle chienne de vie 1
— Las, j'en conviens, je ne suis en ce lieu Pour contester, reprit le bon apôtre.
— Hé ! ce n'est pas la tienne, de par Dieu, Dit le pater — je parle de la nôtre I »
J.-B. Rousseau.
Un confesseur dit à Glycère :
« Expliquez-vous plus clairement.
Je n'ose pas, répond-elle. — Comment 1
Vous avez bien osé le faire 1
— Je n'en disconviens pas, mon père,
Mais le cas est bien différent. »
Une femme, disons plutôt une mégère,
Je ne sais trop pour quel sujet
Se fâchait contre le vicaire
Du village qu'elle habitait.
Elle accusait en public ce bon prêtre
De lui prêcher la conception.
« Tais-toi, dit-il, putain ! — Vous l'entendez, le traître
Révèle ma confession ! »
Fabien Pillet.
284 coNFi:ssioN.
La veille de son mariage
Thomas au père Ililarion
Fut demander, suivant Tusage,
Un billet de confession.
Le pénitent, gai comme un prince,
Bien confessé, billet en main.
S'en allait ; un remords le pince
Et vite il rebrousse chemin.
« Sans doute, c'est par oubliance,
Dit-il au moine étonné,
Que vous ne m'avez pas donné
Le moindre mot de pénitence ?
— Allez, répond le franciscain,
Allez, vous n'en avez que faire.
Ne m'avez-vous pas dit, mon frère,
Que vous vous mariez demain ? »
Pons.
Un agonisant effrayé Etait au désespoir de ses fautes premières
El, dans son cerveau dévoyé.
Croyait voir de l'enfer les bouillantes chaudières.
En vain un confesseur payé
Le voulut flatter d'espérances ;
Au souvenir de ses offenses.
Du livre des élus il se croyait rayé !
Enfin, de ses cris lamentables,
Le prêtre, aussi las qu'étourdi, Lui dit : « Mon cher enfant, Dieu veut Ôtre obéi, Et si c'est son plaisir que vous alliez au diable
Il faut bien prendre son parti. »
J.-B. Rousseau.
A confesse m'en suis allée,
Au curé de Pomponne.
Le plus gros péché que j'ai fait
C'est d'embrasser un homme.
Ah ! il m'en souviendra La — ri — la
Du curé de Pomponne.
— ^fa fille, pour ce péch(^-l«^,
Il faut aller à Rome.
— Ditci^moi, Monsieur le curé,
Y mènerai-je l'homme ?
— Ah ! vous prenez goût au péché,
Je vous entends, friponne.
Bien, baisez-moi cinq ou six fois Et je vous le pardonne.
Bien, baisez-moi cinq ou six fois Et je vous le pardonne.
Grand merci, Monsieur le curé»
La pénitence est bonne.
Ah 1 il m'en souviendra
La — ri — la Du curé de Pomponne.
Collé.
Ces jours derniers, la dévoie Céphise Vint s'accuser aux pieds d'un capucin D'avoir conçu, par ses regards surprise, Pour certain prêtre un amour libertin. Incontinent, le caffard lui demande :
« Et de quel ordre est celui qui vous plaît ? Est-il Curé, Cordelier, Récollet ?
— Non. — Qu'est-il donc ? — Capucin. — Ah ! friande! >►
Pothier de Biele.
Un chapelier venait purifier
Sa conscience aux pieds d'un Barnabite.
« Là, mon ami, votre état ? — Chapelier.
— Bon ! et quelle est la coulpe favorite î
— Voir la donzelle est mon cas familier.
— Souvent ? — Assez. — Et quel est l'ordinaire î Heu, tous les mois ? — Ah, c'est trop peu, mon père.
— Tous les huit jours ? — Je suis plus coulumier.
— De deux jours l'un ? — Plus encor, j'ai beau faire
A tous moments le plus ferme propos
— Quoi ! tous les jours ! — Je suis un misérable.
— Soir et matin ? — Justement. — Comment diable 1 Et dans quel temps faites-vous des chapeaux ?
Chamfort.
Mme de Krudner dit passionnément à Mme de Coislin : « Madame, quel est votre confesseur intérieur? — Madame, répondit Mme de Coislin, je ne connais pas mon confesseur inlérieur, je sais seulement que mon confesseur est dans Tintérieur de son confessionnal. » Sur ce, les deux dames ne se virent plus.
A confesse, le prêtre demande à une dame son nom: « Mon père, mon nom n'est pas un péché. »
Quelqu'un à confesse s'accusait d'avoir séduit une religieuse. « Ah, mon fils, une fille de Dieu ! — Laissez cela, mon père, je m'arrangerai avec mon beau-père. »
Alix malade et se sentant presser Quelqu'un lui dit : « Il faut vous confesser ; Voulez-vous pas mettre en repos votre âme ? — Oui, je le veux lui répondit la dame Qu'à père André l'on aille de ce pas,
Car il entend d'ordinaire mon cas. »
Un messager y court en diligence, Sonne au couvent de toute sa puissance. « Qui venez-vous demander ? lui dit-on,
— C'est Père André, celui qui d'ordinaire Entend Alix en sa confession.
— Vous demandez, reprit alors le père Le père André, le confesseur d'Alix ?
Il est bien loin. Hélas ! le pauvre père Depuis dix ans confesse en Paradis. »
La Fontaine.
Aliboron de la goutte attaqué
Se confessait ; car il a peur du diable.
Il détaillait, de remords suffoqué
De ses méfaits une liste effroyable ;
Chrétiennement chacun fut expliqué ;
Stupide orgueil, mensonge, hypocrisie.
Il ne croyait en oublier aucun.
Le confesseur dit : « Vous en passez un.
— Un, de par Dieu ! j'en dis assez, je pense.
Eh, mon ami, le péché d'ignorance ! »
Voltaire.
Medicus, consolalio œgri.
Un chirurgien se mettant à genoux, à Saint-Denis, devant la statue de Charles VIII, on lui dit qu'il se méprenait, rendant à ce roi, un honneur qui n'est dû qu'à un Saint. « C'est le moindre hommage, répondit-il, que je lui dois. Quel saint fît de plus grands miracles ? Il a apporté un mal en France qui a guéri et guérira éternellement les chirurgiens de la pauvreté. »
De Bunel, médecin à Toulouse, en 1513 :
En après, il se faut garder De faire prou ou peu excès De quoi l'on se puisse échauffer Car il vient des maux assez.
Les femmes à part délaissez Sans toucher aux bas instruments Plusieurs en ont souffert tourments.
Je ne dis pas qu'en mariage.
Afin qu'on puisse avoir du fruit.
Vous ne fassiez aucun ouvrage De tard en tard, ainsi que duil ; Mais que ce soit après le minuit, Parfaite la digestion, Pour faire génération.
Aussi grands inconvénients Viennent par trop manger et boire On a vu de grands accidents Desquels devons avoir mémoire El, pour ce, si me voulez croire.
Mangez peu, net et bon il soit ; Fol est qui soi-même déçoil.
Un jour que Boisroberl avait bien la goutte, G. Boileau reiv contre son laquais. « Comment se porte ton maître ? lui dit-il. — Monsieur, il souffre comme un damné. — Il jure donc bien ? — Monsieur, répliqua naïvement le laquais, il n'a de consolation que celle-h'i dans son mal. »
Le docteur Malouin nous remontre un jour, pour nous guérir
do notre incrédulité, que les véritablement grands hommes
avaient toujours respecté les médecins et leur science. « Témoin
Molière ! s'écria Tun de nous. — Voyez aussi, reprit le docteur,
comme il est mort. »
Grimm.
MKDFXINS ET MALADES. 293
Un médecin est un homme que Ton paie pour conter des fariboles dans la chambre d'un malade, jusqu'à ce que la nature Tait
guéri ou que les remèdes l'aient tué.
Furelière.
Le médecin Vernage cessant l'exercice de la médecine disait • « Je me retire ; je suis las de deviner. »
Un cordonnier dit à un médecin : « Monsieur, je vous trouve
toujours étudiant ; n'êtes-vous pas passé maître ? Pour moi, je
faisais tout aussi bien des souliers le jour où je fus reçu que j'en
saurais faire à celte heure. »
Tallemant.
Asclépiade, qui a renversé tous les fondements de la médecine, soutenait qu'il n'y avait que quatre choses pour aller au-devant des maladies : faire disette, faire exercice, se frotter le corps d'un linge blanc et se promener à pied ou à cheval.
Chevroeana.
Le médecin Scribarf, des suites d'un gros rhume, Est mort la nuit dernière, à l'âge de trente ans. Il est l'auteur d'un excellent volume Intitulé : « L'Art de vivre longtemps. »
Delorme (1642).
M. Guenol, médecin, passant un jour sur le Ponl au Change, y rencontre un embarras qui l'empêchait de passer ; un cKarrelier dit à un de ses camarades : « Laisse passer ce médecin, je le connais bien, c'est lui qui nous a fait la grâce de tuer le Cardinal. »
Furetière.
Le médecin Hecquet, visitant ses malades opulents, passait volontiers par la cuisine et disait aux cuisiniers: « Que de recon naissance nous vous devons ; sans votre art, la Faculté irait bientôt à l'hôpital. »
Comment êtes-vous avec voire médecin, disait un jour un seigneur de la cour à Molière ? « Nous avons, répondit-il, d'agréables conversations ensemble ; il me donne des remèdes quand je suis malade, je ne les prends point et je guéris. »
Tant que les hommes pourront mourir et qu'ils aimeront vivre,
le médecin sera raillé, mais payé.
La Bruyère.
A M. Perrault :
« Ton oncle, dis-tu, l'assassin.
M'a guéri d'une maladie.
La preuve qu'il ne fut jamais mon médecin. C'est que je suis encore en vie. »
Boileau.
Inscription de Sanleuil sur la porte de TAmphithéâtre anatomique des chirurgiens de Paris :
Ad caedes hominum prisca amphiteatra patebant Ut discant longum vivere nostra patent.
Le docteur Chirac fut appelé auprès d*une dame. Pendant qu'il était dans l'antichambre, on y disait que les actions avaient baissé beaucoup. Ayant lui-même beaucoup de papiers sur le Mississipi, il fut saisi de cette nouvelle ; et s'étant assis auprès de la malade pour lui tâter le pouls, il dit, en gémissant : « Ah ! mon Dieu, ils diminuent, ils diminuent, ils diminuent ! » A ces mots, la malade pousse des cris ; ses gens accourent. « Ah ! dit-elle, il faut que je meure. M. Chirac vient de crier trois fois, en tâtant mon pouls, il diminue ! » Le docteur, revenant à lui, se lève et dit: « Vous rêvez, votre pouls est à merveille et vous vous portez bien. Je m'occupais des actions du Mississipi, sur lesquelles je perds,puisqu'elles baissent. » Par ces mots, il rassura la malade.
Princesse Palatine.
Sur Chirac :
En présence d'un médecin, On parlait un jour de Lazare Ressuscité par un pouvoir divin.
« Parbleu, dit le docteur, le fait n'a rien do rare. Mais, s'il était mort de ma main... ! »
A la mort d'un des enfants de la reine, le roi Louis XIV fiemanda : « D'où vient, M. Guéneau, que mes bâtards sont sains et ne meurent pas, tandis que les enfants de la reine sont tous si délicats et meurent ? — Sire, répondit Guéneau, c'est qu'on n'a porté chez la reine que les rinçures du verre. »
M. Renard, médecin, trouvant un jour auprès d'une de ses malades un vieil abbé qui jouait tranquillement au piquet, il l'envisage et lui dit: « Que faites-vous là ? Monsieur l'abbé, allezvous-en chez vous, faites-vous saigner ; vous n'avez pas un instant à perdre. » L'abbé, effrayé au dernier point, reste immobile. On 1? transporte chez lui. M. Renard le saigne trois ou quatre fois de suite, lui fait prendre de l'émétique et le trouve tout aussi mal qu'auparavant. Le troisième jour, on appelle le frère du malade qui était à la campagne. Il arrive en hâte ; on lui dit que son frère se meurt ; il veut savoir de quelle maladie ; M. Renard lui dit que son frère, sans s'en apercevoir, avait une forte attaque Tapoplexie, mais qu'il l'avait heureusement découvert en lui voyant la bouche tout de travers, et qu'il l'avait secouru en conséquence. « Eh 1 monsieur, lui dit cet homme, il y a plus de soixante ans que mon frère a la bouche de travers. — Eh ! que ne le disiez-vous ! » répondit le docteur en s'en allant, sans attendre l'effet de l'émélique qu'il venail de lui administrer.
Malouin, le médecin, voyant quelqu'un prendre avec docilité les plus vilaines médecines, s'écria : «Monsieur, vous êtes digne il'être malade. »
Le cardinal Dubois fit appeler Bondou, chirurgien en chef de riîôlel-Dieu, et lui dit : « J'espère au moins, Monsieur, que vous n'allez pas me traiter comme vos gueux de l'Hôlcl-Dieu ? — Monseigneur, répondit Bondou, tous ces gueux-là sont des Éminences pour moi. »
Louis XV à son chirurgien Lamartinière : « Ah ! mon pauvre Pichauh, je vois bien ce que vous voulez dire. Il faut que j'enraye. — Votre Majesté ferait mieux de dételer. »
Un jour, pendant sa dernière maladie, Louis XV s'était plaint de la douleur provoquée par quelques pansements. La Martinière lui aurait répondu : « Quand Votre Majesté sera en santé, elle nous commandera ; nous lui obéirons ; mais actlicllement, il faut qu'elle fasse ce que nous lui prescrivons. »
Louis XV appelait le médecin Quesnay, son penseur, et lui donna comme armoiries, trois fleurs de pensées.
Du chirurgien Petit : « Nous sommes comme les portefaix de Paris qui connaissent bien toutes les rues, mais qui ne savent pas ce qui se passe dans les maisons. »
De Pilon, sur Robbé, à propos de son poème sur la syphilis : a L'auteur paraît plein de son sujet. »
Le docteur Hill, piqué de ce que la Société royale de Londrea\ait refusé de l'admettre comme membre, lui adressa un mémoire dans lequel il décrivait la guérison de la jambe d'un matelot, et le pansement composé de ficelle et de goudron .La Société discuta longuement sur le cas. Le lendemain, Hill lui écrivit qu'il avait oublié de mentionner qu'il s'agissait d'une jambe de bois.
Un jour, le Grand Frédéric, voyant venir son médecin, lui dit : « Combien avez-vous tué d'hommes dans votre vie ? — Sire, à peu près trois cent mille de moins que Votre Majesté,... avec moins de gloire aussi. »
Sur l'archevêque de Paris, Beaumont, lorsque le chirurgien Morcau lui fit l'opération de la fistule :
Moreau, quelle est ta gloire et ta vocation ! Le ciel t'a réservé pour cette occasion ; 11 anime ton zèle et ton patriotisme ; Par toi s'opérera un grand événement :
Ton bras sapera sourdement Le fondement du fanatisme.
Le duc de Villequier, premier gentilhomme de la Chambre, avait donné Tordre au chirurigen La Martinière d'ouvrir le corps de Louis XV et de procéder à Tembaumement. Mais celui-ci ayant répliqué : « Je suis prêt, vous tiendrez la tête pendant que j'opérorai ; votre charge vous Tordonnc. » Le duc n'avait pas insisté.
Lors du fameux procès entre les chirurgiens et les médecins M. «le la Peyronie, premier chirurgien du roi, priait M. Dagues seau d'élever un grand mur, un mur d'airain entre la médecine et il chirurgie. « Mais, si nous élevons ce mur, lui demanda Dagues s( au, de quel côté mettrons-nous le malade ? »
Citer d'un ton charlatanesque Celse, Hippocrale ou Galien ; D'un jargon où l'on n'entend rien Déployer l'emphase burlesque ; Cracher du grec et du latin ; Longue perruque, habit grotesque ; Tout cela réuni fait presque Ce qu'on appelle un médecin.
Le médecin que l'on m'indique Sait le latin, le grec, l'hébreu.
Les belles lettres, la physique, La chimie et la botanique.
MÉDECINS KT MAUADKS.
Chacun accorde cet aveu.
Il aurait aussi ma pratique ; Mais je veux vivre encore un peu.
Bruzen do la Marliiilère.
Mes malades jamais ne se plaignent de moi, Disait un médecin d'ignorance profonde.
« Ah ! repartit un plaisant, je crois bien ! Vous les envoyez tous se plaindre en l'autre monde. »
F. de NcufchAlcaii.
D'un ennemi voulez-vous vous défaiic ?
Ne cherchez point d'assassins Donnez-lui deux médecins El qu'ils soient d'avis contraire.
Pellissoii.
:Sur la médecine :
Tel me dit que noire art est fort à désirer ; Tel me dit qu'il est fort à craindre.
Notre art en fait bien murmurer ; Noire art empoche aussi bien des gens de se plaindre.
De Cailly.
Digérez-vous ? Voilà l'affaire.
L'homme n'esl rien s'il ne digère.
MÉDECINS ET MALADES. 301l
Car, sans cela, plaisirs et jeux S'envolent au pays des fables.
L'esprit fait les mortels aimables, Mais l'estomac les fait heureux.
Dorât.
l'ne dame demandait à Bouvarl son avis sur un remède à lamode. Il lui répondit: « Dépêchez-vous d'en prendre pendant qu'il' guérit. »
Le roi demandait un jour à Brue} s comment allaient ses yeux, auxquels il avait mal : « Sire, répondit-il, mon médecin me ditque je vois un peu mieux. »
Mons Tui caret, chez certaine \'énus.
Fui payé net ; il eut pour ses écus
Tout le présent que nous légua Christophe.
Mons Turcarel qui n'est bien philosophe,
Désespéré, maudissait maint docteur
Du fer tranchant menaçant son honneur.
« Voyez Linceul, c'est l'aigle de la ville »,
Lui dit quelqu'un témoin de sa douleur.
Cet autre arrive. « Hé ! bonjour, l'homme habile.
Regardez-le... Trouvez-vous du danger?
Dites : J'ai vu vos Frater à la file.
Tous sont d'avis qu'il le faut abréger.
— Ah ! les bourreaux, ce n'est pas nécessaire !
— Bon, grand merci, mon cher Monsieur Linceul, Dites-moi donc ! eh bien ! que faut-il faire î
— Rien, dans deux jours il tombera tout seul. »
Nogaret.
Dieu ! que la médecine est belle !
Jugez-en par deux aperçus :
Les bobos sont au-dessous d'elle, Et les maux graves au-dessus.
Pons.
Il a rendu son Ame à Dieu,
Le médecin. Monsieur Mathieu,
Qui rendait la ville déserte...
La mort a fait une grande perte !
« Venez, docteur, maître Gcrvais Est plus mal que je ne puis dire.
Il divague et dans son délire II dit qu'il veut mourir. — J'y vais. »
Capelle.
« \on, Monsieur Oliva, non je n'en boirai plus.
Vos eaux d'Ain sont, ma foi, trop fades. Quoi que vous me disiez pour vanler leurs vertus.
Elles ont fait plus de cocus
Qu'elles n'ont guéri de malades »
A un examen, le professeur demande ù un candidat : « Où commence la digestion ? — Dans la bouche, répondit Télève. — \on, monsieur, la digestion commence dans la cuisine. »
Le docteur Barthez se trouvant au foyer de l'Opéra, une jeune fiaruranle tirait, en folûtranl, son énorme perruque : « Finis donc, espiègle, lui dit Sophie Arnoul, tu enlèves fi Monsieur toute sa réputation. »
On demandait à Laplace pourquoi il avait fait mettre des médecins à l'Académie des Sciences, il répondit : « C'est afin qu'ils se Irouvenl avec des savants. »
Sous la Restauration, plusieurs personnages étaient accusés de feindre une dévotion peu sincère pour s'attirer les bonnes grâces 'ie la Cour. Un jour, assistant à la messe, dans la chapelle du château, Dupuytren laissa tomber son livre : « Voilà M. Dupuy- ^^en qui perd ses Heures, dit la duchesse d'Angoulême. — Mais nui ne perd pas son temps, dit le duc d'Havre. »
SO'i MÉDECINS ET MALADES.
De Gérard de Nerval, malade :
On lui demandait : « Qu'avez-vous ? — Une fièvre chaude com pliquée de médecins. »
Lorsque Royer-Collard fit, à TÉcole de médecine, sa première leçon d'hjgiène, une cabale s'organisa et, à la sortie, il fut accompagné et couvert de huées. Arrivé au pont des Saints-Père?, il déposa dix francs sur le guichet du receveur, et désignant ceux qui le suivaient : « Pour ces messieurs, et pour moi. » On rit.
Le chirurgien Pajot, ayant accouché une fort belle dame, dit en s'adressant à l'enfant : « Ah ! petit coquin, tu devrais bien me donner ta contre-marque. »
Un vieux monsieur, âgé de quatre-vingt-deux ans, est introduit dans le cabinet du docteur Ricord. Il s'incline d'un air un peu embarrassé. Le docteur, avec un profond salut : « Et d'abord, tous mes compliments ! »
Il y avait à Rome, sous tous les papes, jusqu'à Grégoire X\I qui les a fait disparaître, des enseignes de chirurgiens, sur lesquelles on lisait ces mots : « Ici on perfectionne les petiL< garçons. »
Réponse d'un paysan à un médecin :
« Ah ! vous savez, nous autres, pauvres gens, nous mourons nous-mêmes. »
Le médecin savant et sans intrigue A Paris, meurt de faim, Ou s'il arrive enfin,
Savant ou non, il meurt de fatigue.
D'Aurélien Scholl, à propos de la découverte de Brown- Séquard qui rendait la virilité en infusant du sérum de cobaye : c< Il suffira, désormais, de douze cochons d'Inde pour faire un cochon de Paris. »
Tout lelleinenl s'en est allé Caresme Pâle, transi, aussi fâcheux de même, Son viandis était puant et sale ; Il n'y avait cuisine, chambre ou salle Qui toute infecte et puante n'en fût ; Bon vin se gâte dedans un mauvais fût ; El le proche sent toujours le hareng Du goût en ai cuidé mourir d'ahan.
Lui prirent ma bouche, rien n'osa Et connaissant sa fin, il se housa A pied, à cheval s'est mis en voie Laissez-le aller, le bon Dieu le convoie !
l'n homme, qui n'était guère dévot et qui aimait les plaisirs de
la table, disait qu'il ne connaissait que deux bons mots : « Ile
niissa est », qui annonçait la fin de la messe, et « on a servi » qui
annonce qu'il faut se mettre à table.
Tallemanl.
Un célèbre buveur qui n'avait jamais bu d'eau, demanda à la
(in de sa vie un grand gobelet d'eau en disant : « Quand on meurt,
il faut se réconcilier avec ses ennemis. »
Tallemanl.
Lorsque le tonnerre tomba sur l'église des Cordeliers, à Paris.
ou vint annoncer cette nouvelle au petit père André, qui dit :
« Dieu a fait une grande grâce à ces bons pères, de ne sacrifier
à sa justice que leur clocher, car si le tonnerre était tombé sur la
cuisine, ils étaient tous en danger d'y périr. »
Tallemant.
Un jeune gentilhomme normand nommé Maronne, qui avaii
bien de l'esprit, en dînant avec un autre, trouva certaines olives
fort à son goût, et pour empêcher l'autre d'en manger : a Ami, lui
dit-il, tu contes telle chose d'une façon dont tout le monde n'est
pas d'accord. — Ah ! dit l'autre, c'est pourtant la vérité. — Redis-
lo moi. » Cet homme se met à conter, et lui à manger des oHves.
Quand il n'y en eut plus : « Mon cher, lui dit-il, en voilà asseZr
les olives sont mangées. »
Tallemant.
Un vieil ivrogne ayant trop bu d'un coup. Même de deux, tomba contre une borne ; Uo choc fut rude ; il resta sous le coup Presque assommé, Tœil hagard et l'air morne.
Un savetier, de près le regardant, ïàlait son pouls et lui tirant la manche : « Las ! ce que c'est que de nous cependant ! Voilà l'état où je serai dimanche. »
Masson de Morvilliers.
Un vieux débauché nommé Richer qui à la fin ne se divertissait qu'à boire, disait : « Autrefois, quand je voyais une porte fermée, je croyais qu'on y f.... A cette heure, je crois qu'on y
boit. »
Tallemant.
Le président Hénault disait de la cuisinière de Mme du Deffant: < Entre elle et la Brinvilliers, il n'y a de différence que l'intention. »
Dès le matin, Grégoire s'enivrait.
« Je bois aussi, lui disait un sien frère ;
Mais tu devrais user de mon secret :
Je bois mon saoul quand j'ai fait mes affaires.
— Le mien, dit l'autre est encor plus certain,
Et je ne sais de quoi tu t'inquiètes :
Quand je me suis enivré le matin.
Pour tout le jour mes affaires sont faites. »
La Condamine.
Sur le midi, sortant de la taverne, Certain ivrogne allait, je ne sais où ; Mon homme tombe, et soudain on le berne Bien qu'il jouât à se casser le cou.
Quelqu'un pourtant lui dit : « Ami Grégoire, Puisque le vin vous fait ainsi broncher A chaque pas, vous avez tort de boire. — Non mon ami, niais j'ai tort de marcher. »
Pons.
Un cordelier avait un jour prêché Un beau sermon contre l'intempérance Et déployé toute son éloquence Pour démontrer que c'est un grand péché. Un auditeur, qui se sentit touché, Vint s'accuser d'un peu de gourmandise.
Dans la cellule il voit la table mise Et de Champagne un flacon débouché.
Plus deux perdrix, une rouge, une grise ; On peut juger quelle fut sa surprise ! « Par mon sermon, je vous ai convaincu. Dit le Pater, mais l'habitude est prise, Et c'est ainsi que j'ai toujours vécu.
Dispensez-vous d'un conseil inutile ; Tout ce que j'ai prêché pour un écu Je ne voudrais le faire pour cent mille. »
La Condaminc.
Un vendredi, le père Poly carpe
Au Prieur vint se présenter :
« Ne mangez pas, dit-il, de cette carpe, Hier, avec du lard je la vis apprêter. »
L'ardent prieur que ce discours chagrine.
Lui jetant un sombre regard :
« Morbleu,* dit-il, mauvais bavard.
Qu'alliez- vous faire à la cuisine ? »
Grimm rapporte qu'on mangeait mal et qu'on médisait beaucoup chez d'Aligre, ce qui fit dire à Lauraguais: « En vérité, si on ne mangeait pas ici son prochain, il serait à mourir de faim. »
Madame du Deffant parlant du souper disait : « C'est une des quatre fins de i nomme ; j'ai oublié les trois autres ! »
Desbarreaux et d'Elbène mangeaient un Vendredi saint une omelette au lard. Survint un coup de tonnerre. Desbarreaux prend le plat et le jette par la fenêtre en disant : « Voilà bien du bruit pour une omelette ! »
Un paysan bourguignon vient chez son maître qui, suivant l'usage, lui fait servir bouteille. Le vin était médiocre, mais tout en buvant, le paysan s'exclamait : « Quel bon vin, not' Monsieur 1
Quel bon vin ! » Étonné, le maître fait venir une autre boulcilK- (le vin, excellent cette fois ; le vigneron le boit religieusement san> rien dire : « Comment, dit le maître, tu faisais tant de compliments tout à l'heure, et tu ne dis rien de ce vin-là ! — Oh ! celui-là, riposte l'homme, n'a pas besoin de compliments. » La même anecdote se trouve dans Chamfort.
Bautru disait que le cabaret était un lieu ou l'on vendait la folie ou bouteilles.
Dans la rue dos Poulies s'ouvrit, en 1785, le premier reslaiirant. Boulanger, le maître, avait pris pour devise: « Venite ad me qui slomacho laboralis et yo vos restaurabo. » C'est l'origine du mol restaurant.
M. de Fontenelle aimait singulièrement les asperges, surtout accommodées à l'huile. Un de ses amis qui aimait ù les manger au beurre (je ne sais si ce n'est pas l'abbé Terrasson) étant venu un jour pour lui demander à dîner, il lui dit qu'il lui faisait un grand sacrifice en lui donnant la moitié de son plat d'asperges et ordonna qu'on mît cette moitié au beurre. Peu de temps avant de se mettre à table, l'abbé se trouve mal et tombe un instant après en apoplexie. M. de Fontenelle se lève avec précipitation, court à la cuisine et crie : « Toutes à l'huile ! toutes à l'huile ! »
Grimm,
Les amis de Fontenelle ont démenti celte anecdote.
L'abbé Morellcl disait : « Il faut être deux pour manger une dinde IrulTée ; je ne fais jamais autrement. J'en ai une aujourd'hui, nous serons deux : la dinde et moi. »
Montmaur le parasite disait d'un financier chez qui tout le monde allait pour se meltrc à table : « On le mange, mais on ne le digère pas. »
Montmaur le parasite étant un jour à table avec grande compagnie de se-j amis qui parlaient, chantaient, riaient : « Eh ! Mes sieurs, un peu de silence, on ne sait ce que l'on mange !»
Montmaur, gourmand fameux par ses bons mots cités, Dînait chez un dévot et mangeait comme un diable. Vers U fin du repas, le dévot irrité Dit en l'interrompant : « Mais il n'est pas croyable
Qu'on mange avec voracité Sans avoir encor dit son Bénédicité.
— Eh ! quoi, reprend Montmaur qui toujours coupe, coupe. D'un devoir si saint je me suis écarté ! Ah ! je veux le remplir, rapportez-moi la soupe ! »
Gouffé.
A son souper, un glouton Commande que l'on apprête Pour lui seul un esturgeon Sans en laisser que la tête.
Il soupe, il crève, on y courl, On lui donne maint clysièrc.
On lui dit pour faire court.
Qu'il melte ordre à ses affaires.
« Mes amis, dit le goulu, M'y voilà tout résolu ; El puisqu'il faut que je meure, Sans faire tant de façon, Qu'on m'apporte tout à l'heure.
Le reste de mon poisson ! »
Un proverbe très sage, mais qu'un gourmand relient,
Dit : « Qu'en mangeant l'appétit vient. — D'honneur, je ne sais comment cela s'arrange Mais c'est bien étonnant, disait un parvenu : Depuis trois heures que je mange.
Il ne m'est pas encor venu. »
Un célèbre gourmand disait à certain cancre Qui ne vivait que de savoir :
« Il vaut mieux se griser du matin jusqu'au soir Avec du vin qu'avec de l'encre.
C'est plus agréable et moins noir. »
Je trouve, à dire vrai, l'expression heureuse,
Car je fais peu de cas du métier d'écrivain.
Le savoir, après tout, n'est qu'une viande Creuse Qui fatigue la tête et qui salit la main. Certes, je ne veux point aux savants chercher noise, Mais i«î ne sais qu'un livre utile au genre humain, C'est la « Cuisinière bourgeoise. »
Desbarreaux présenta un bon morceau à M. d'Elbène qui s'excusa de le manger, disant qu'il était excellent s'il consultait son goût, mais que son estomac serait incommodé. Desbarreaux lui repartit : « Es-tu de ces fats qui s'amusent à digérer ? »
Enseignes de restaurants, en 1747:
Ilic sapidè titillant juscula Manda palatum Ici de5 sauces exquises excitent l'appétit.
Hic datur effœtis pectoribusque salus Ici on restaure l'estomac et la poitrine.
Carême, pendant son séjour en Angleterre comme cuisinier de Georges IV, disait : « Ici, je cherche l'inspiration et je la rencontre souvent. En France, c'est elle qui vient me trouver. »
Louis XVIII demandait un jour à un des gentilshommes de la Chambre : « Monsieur le comte... aimez-vous les haricots? — Sire, répondit le comte, je ne fais jamais attention à ce que je
mange. — Vous avez tort, Monsieur, il faut faire altenlion à ce ■fju'on mange... et à ce qu'on dit. »
Un grand seigneur faisait servir, à la fin d'un succulent repas, un très-petit flacon dont il vantait les qualités, et surtout son ancienneté : « Qu'en pensez-vous ? dit-il à l'un de ses convives. — Ma foi, Monseigneur, répondit Tinterpellé, je le trouve délicieux mais bien petit pour son âge. »
Cambacérès, voyant d'Aigrefeuille manger avec avidité d'un plat des plus savants, lui dit : « D'Aigrefeuille, vous allez voub donner une indigestion. » Alors, avec une mélancolicjue résigna tion, le célèbre gourmand répond: « Je le sais, Monseigneur. »
D'Aigrefeuille, de Monseigneur Ne pouvant plus piquer l'assiette, Pour manifester sa douleur A mis un crêpe à sa serviette.
Pendant une inondation, dans les montagnes de l'Aude, une famille s'était réfugiée sur son toit, attendant du secours ; elle avait sauvé les objets les plus précieux, et, entre autres, le jam bon, le trésor de la montagne. Le père et la mère se lamentaient : « Nous allons mourir. » La petite fille tire la jupe de sa grand' mère et : « Grand'mère, avant de mourir, mangeons le jambon î >»
Le comte de Lagrange était grand amateur des caux-de-vie d'Armagnac, et, se plaignant de la qualité de celle qu'on lui ser- \ait au Café Anglais, dit au maître d'hôtel : « Je vous en enverrai pour vous apprendre ce que c'est que de l'Armagnac. » Il le flt, et le lendemain invita le maître d'hôtel à le goûter ; l'autre se con Tondit en compliments. Lorsqu'on apporta l'addition le petit verre fut marqué 5 francs : « Qu'est cela ? dit le comte. — Monsieur, c'est ce que cela vaut ; vous ne sauriez en trouver de pareille au même prix. — Oh ! dit le comte, je ne suis pas assez riche pour boire mon Armagnac ; vous me servirez le vôtre. »
Le duc de Grammont Caderousse avait sa table accoutumée au Café Anglais. Un jour quelqu'un qui lui déplut vint s'asseoir ;'i la table voisine. Le duc donna des signes d'impatience et, se levant : « Garçon, donnez-moi une autre table ; je ne déjeune pas h côté d'un homme qui mange du poulet au blanc à son <léjeûner ! »
Comme on parlait de lui, un jeune homme appréciait sa conduite avec la légèreté de la jeunesse ; quelqu'un plus expérimenté lui dit: « Vous avez Tort. Le duc a mangé une grande fortune sans cesser d'être un galant homme ; c'est plus difficile que vous ne le croyez. »
A une conférence anti-alcoolique, on ingéra du genièvre à un cochon qui en mourut : «t C'est bien fait ! s'écria un assistant... lo genièvre n'est pas fait pour les cochons ! »
ï. IL — 81
On donna à Lulli un prologue d^opéra que l'on trouvait excellent ; la personne qui le lui présenta le pria de le vouloir bien examiner devant elle. Lorsque Lulli fut au bout, la personne lui demanda s'il ne trouvait rien à redire : « Je n'y trouve qu'une lettre de trop, répondit-il ; c'est qu'au lieu qu'il y a fin du prologue, il devait y avoir : fi du prologue. »
Carpenteriana.
Étant à table, Louis XIV reconnaît l'arlequin du théâtre Italien^ Dominique Romagnesi, et désignant un plat de perdreaux, il dit : « Qu'on porte ce plat à Dominique. — Quoi, Sire, et lès perdreaux avec?»
Sur l'abbé Pellegrin :
Le matin catholique et le soir idolâtre Il dîne de l'autel et soupe du théâtre,
Rémi.
Boisrobert se vantait un jour qu'il avait eu des commandemenls fort honorables ^n France ; Benserade qui était présent, faisant mine d'assurer ce que Boisrobert venait de dire, prit la parole et dit : « Cela est très véritable. Mesdames ; Monsieur a eu des commandements fort honorables en France. Tout Paris l'a \ii commander pendant dix ans aux troupes du Marais et de l'hôtel de Bourgogne. » Boisrobert était si souvent à cet hôtel que Ménage l'ayant appelé l'aumônier de l'hôtel de Bourgogne, le nom lui en est toujours resté depuis.
Carpenteriana. :
On demanda un jour à Conrart s'il croyait l'abbé de Boisrobert bien dévot : « Je le crois, répondit Conrart, de l'humeur de ce bon prélat dont parle Tassoni qui, au lieu de dire son bréviaire, jouait des bénéfices au trictrac. »
Carpenteriana.
L'abbé de la Victoire rencontra l'abbé de Boisrobert qui s>n revenait à pied de la Comédie. Il lui demanda où était son carrosse. « On me l'a enlevé, dit l'abbé Boisrobert, pendant que j'étais à la Comédie. — Quoi, dit l'abbé de la Victoire, à la porte de votre cathédrale ? Ah ! continua- t-il, l'affront n'est pas supportable. »
On me contait, l'autre jour, qu'un comédien voulait se marier, quoiqu'il eût un certain mal. Un camarade lui dit : « Eh, morbleu 1 attends que tu sois guéri, tu nous perdrais tous. »
Mme de Sévigné.
TltÉATRC. 325
Une dame de la cour demandait à Bourdaloue, si elle faisait mal d'a>ller à la Comédie, il lui répondit : « C'est à vous de me le dire. »
A Mlle de Champmeslé :
La nuit des temps, nous la saurons dompter
Moi par écrire et vous par réciter.
Nos noms unis perceront Tombre noire ;
Vous régnerez longtemps dans la mémoire,
Après avoir régné jusques ici
Dans les esprits, dans les cœurs même aussi.
La Fontaine.
On plaignait dans un cercle M. Rameau, de ce qu'il était réduit à faire continuellement de la musique sur de mauvaises paroles. M. Ballot, qui vient de lui en fournir, dit, que le public avait encore bien de l'obligation à ces mauvais poètes, et que Rameau élait un fleuve dont les eaux, sans eux, se perdraient. « II est ATai, répondit Dutertrc, mais ce sont les cruches qui les ramassent. »
Mlle du Thé, ayant perdu un de ses amants, et cette aventure ayant fait du bruit, un homme qui l'alla voir, la trouva jouant de la harpe : « Eh I mon Dieu, je m'attendais à vous trouver dans la désolation. — Ah ! dit-elle, d'un ton pathétique, c'est hier qu'il fallait me voir I »
On disait à Mlle Duclos, de la Comédie Française : « Je parie, ];nademoiseIle, que vous ne savez pas votre Credo. — Je ne sais pas mon Credo, moi ! je le sais si bien que je m'en vais vous le réciter : Pater noster qui es in cœlis, etc. »
Tendre Gaussin, quoi ! si jeune et si belle, Et votre cœur cède au premier aveu !
— Que voulez-vous ? Cela leur fait, dit-elle. Tant de plaisir et me coûte si peu.
« Le ministre veut que je danse, disait la Guimard, obligée de danser malgré elle ; eh bien ! qu'il prenne garde ! moi, je pourcai le faire sauter. »
Lorsqu'elle était la maîtresse du margrave d'Anspach, Mlle Clairon parla de se tuer. Le bon margrave s'en émut. « Allons, lui dit Milady Craven, rivale de Mlle Clairon, oubliezvous que ses poignards rentrent tous dans le manche î »
A la vente de Mlle Laguerre, actrice de l'Opéra, des femmes de condition se plaignaient que tout se vendît à des prix exorbitants. Mlle Arnould dit : « Ces dames voudraient peut-être avoir lès choses à prix coûtant. »
Le duc de Praslin demandait à Sophie Arnould, des nouvelles d une actrice dont i-l cherchait à se rappeler le nom, qui finissait en ain : « Ah ! Monsieur le duc, répondit-elle, vous ne le troiir verez pas, to\is nos noms finissent comme cela. »
« Que faites-vous là, disait Sophie Arnould à Gentil Bernard ? — Je m'entretiens avec moi-môme. — Prenez-y garde, vous causez avec un flatteur. »
Un jour une actrice fameuse Me contait les fureurs de son premier amant.
Moitié rêvant, moitié rieuse.
Elle ajouta ce mot charmant :
« Oh ! c'était le bon temps, j'étais bien malheureuse. »
Rulhière.
De Sophie Arnould, sur Beaumarchais :
« Il sera pendu, mais la corde cassera. »
De Sophie Arnould, à la première représentation du Mariage de Figaro :
« C'est un ouvrage à tomber cinquante fois de suite. »
328 TIIÉ/VTRE.
Sophie Arnould ayant je ne sais quelle affaire de cheminée à discuter avec le minisire qui a ce département de Paris, M. Thomas, de l'Académie Française, «lui dit : « Mademoiselle, j'ai eu l'occasion de voir M. le duc de la Vrillière et de lui parler de votre cheminée ; je lui en ai parlé d'abord en citoyen, ensuite en philosophe. « Eh ! Monsieur, interrompit Mlle Arnould, ce n élaii ni en citoyen ni en philosophe, mais en ramoneur qu'il fallait parler. »
Lemierre disait à Sophie Arnould : « Rappelez-vous que d'Alembert, après la première représentation iïHypermneslre, a dit que j'avais fait faire un pas à la tragédie. » Elle reprit en riant : « Est-ce en avant ou en arrière ? »
Le prince d'Hénin courtisait Sophie Arnould, ce dont enrageait M. de Lauraguais. Il demande consultation à un médecin pour savoir si on pouvait mourir d'ennui, et à un avocat, pour savoir si le dessein de donner la mort, par un moyen quelconque,. était crime. Muni des deux consultations affirmatives, il assigna le prince d'Hénin, l'accusant de vouloir, par ses assiduités et sa présence, faire mourir Sophie Arnould d'ennui.
On complimentait Sophie Arnould sur un éclatant triomphe. « Hélas ! dit-elle, je paie tous les jours l'honneur de m'être élevée par la peine de me soutenir. »
Quelqu'un citant la vie retirée de MUe.Fel, Tactrice de l'Opéra, Sophie Arhould répliqua : a Ne vous y fiez pas ; cette fille ressemble à Pénélope ; elle défait la nuit ce qu'elle a fait le jour. »
Quand M. de Boynes fut nommé à la marine, Sophie Arnould, l'apercevant à l'Opéra, où l'on représentait un va^isseau sur une mer agitée, s'écria : « Comme c'est heureux, il vient ici prendre une idée de la marine. »
De lady Craven sur Mlle Clairon : « Je crois que le bonnet de nuit de Mlle Clairon est une couronne de papier doré. ».
Lorsque Voltaire fit répéter Mérope pour la première fois, il trouvait que Mlle Dumesnil ne mettait ni assez de force, ni assez de chaleur dans le quatrième acte lorsqu'elle invec|ive Polyphonie, a II faudrait, lui dit Mlle Dumesnil, avoir le diable au corps pour arriver au ton que vous voulez me faire prendre. — Eh ! vraiment oui, mademoiselle, c'est le diable au corps qu'il faut avoir pour exceller dans tous les arts. »
Lekain.
Marc-Antoine Le Grand, acteur et poète français, comme acteur il était sifflé parce qu'il était laid. Il parvint à se faire tolérer en haranguant le parferrc et en lui disant un mot qui parut
sans réplique : « Messieurs, il vous est plus aisé de vous accoutumer à ma figure qu'à moi d*en changer. » Son talent Gt le reste. (Il mourut en 1728.)
Dans une visite à Voltaire, Mlle Clairon se jeta à ses genoux, en s'écrianl comme Amenaïde : « Ah! mon dieu tutélaire! » M. de Voltaire se mit aussitôt à genoux devant elle : « A présent que nous voilà terre à terre, lui dit-il, comment vous portezvous î »
De l'acteur Clairval : « M. de Stainville me menace de c«it ^ooMps de bâton si je vais chez sa femme. Madame m'en ofTre deux cents si je ne me rends pas à ses ordres ; que faire ? — Obéis à la fenmie, répond son camarade Cailland ; il y a cent pour cent à gagner. »
A une répétition de Mahomet, Voltaire dit à l'actrice qui jouait Séide : « Mademoiselle, figurez-vous que Mahomet est un imposteur, un fourbe, un scélérat qui a fait poignarder votre père, qui vient d'emprisoftftcr votre frère et qui, pour couronner ses bonnes ce«nrres, veut absolument coucher avec vous. Si ce petit manège vous fait un certain plaisir, vous avez raison de le ménager comme vous faites ; mais, si cela vous répugne à un certain poinl, voilà comme il faut vous y prendre. »
tVlÉATftfi. 331
De Voltaire à Tauteur Sarazih qui f^mplaça Baron, à sa mort, dans le rôle de Brutus : « Songez donc que vous êtes Bfuius, le plus ferme des consuls de Rome, et qu'il ne faai pas parler au dieu Mars, comme si vous disiez : Ah ! bonne Viei:g«e 1 faites-moi gagner, à la loterie, un lot de cent francs ! »
Sur Mlle Raucour (1786) :
Pour te fêter, belle Raucour, Que n'ai-je obtenu la puissance De changer vingt fois en un jour Et de sexe et de jouissance I Oui, je voudrais pour t'exprimer Jusqu'à quel degré tu m'es chère Être jeune homme pour t'aimer Et jeune fille pour te plaire.
Êlant l'amant de Mlle de la Force, Baron entra un jour chez elle, sans se faire annoncer. La dame était en compagnie, et lui demande ce qu'il vient chercher. « Tout simplement mon bonnet de nuit que j'ai oublié ce matin. »
De Lekain : «Eh, mon Dieu ! nous aurons des successeurs. *» Et Marivaux de répondre : « Vous voulez dire des remplaçants. *»
La Guimard on vient d'élire Trésorière à l'Opéra, C*est fort bien fait, car elle a La plus grande tirelire.
Un de ses camarades disait au comédien Fleury : ce J'ai élé plus applaudi que toi. — Oui, répondit-il, mais je l'ai été mieux, n
Jamais les prêtres ne purent déterminer Mme Favarl à renoncer au théâtre. Elle dit qu'elle ne voulait pas se parjurer : que c'était son état ; que, si elle guérissait, elle serait obligée de le reprendre et qu'elle ne pouvait, par conséquent, y renoncer de bonne foi ; elle aima mieux se passer de sacrements. Mais, quand elle se sentit expirer, elle dit : « Oh ! pour ce coup, je renonce. » Ce fut son dernier mot.
De Grimm (1769). Sur la Comédie-Française : Avec une telle conduite et de tels procédés, ils se plaignent que leur théâtre tombe, et fatiguent la police de leurs plaintes, comme si le public n'était pas le seul juge compétent de ce qui peut l'amuser pour son argent. Ils ont poussé la bassesse, depuis plusieurs années, jusqu'à persécuter Nicolet et son singe danseur de corde. Tantôt ses acteurs ne devaient pas parler, tantôt, ils ne devaient pas chanter. Nicolet alla un jour se présenter, prosterné et suppliant, à la toilette de Mlle Clairon qui était connue
Qu théâtre ; i*l espérait toucher ce grand cœur et faire cesser la persécution. « Ce n'est pas possible, lui dit Melpomène avec sa dignité tragique, nos parts n'ont pas été à huit mille francs cette année. — Ah ! mademoiselle, lui répond Nicolet, venez chez moi ; vous y gagnerez et moi aussi. »
Sur Moncrif, mort en 1770 à 83 ans :
H n'y a pas bien longtemps qu'il traversait encore, après rOpéra, l'aréopage des demoiselles de ce théâtre en disant :
«( Si quelqu'une de ces demoiselles était tentée de souper avec un vieiHard bien propre, il y aurait quatre-vingt-cinq marches à monter, un petit souper assez bon, et dix louis à gagner. »
Inscription pour la nouvelle toile qu'on suppose qu'on doit faire, au théâtre de l'Opéra (1753) :
Hic Marsyas ApoUinem.
Celte inscription est de M. Diderot. On l'a mise depuis en ces vers :
0 Pergolèse inimitable.
Quand notre orchestre impitoyable T'immole sous son violon, ' Je crois, qu'au rebours de la fable Marsyas écorche Apollon.
Grimm.
Le général Clerk fit un jour, à table, en présence de Da^id Carrick, un long discours pour prouver que l'enthousiasme des anglais, pour Shakspcare, n'était qu'une affaire de mode et de religion; que personne n'entendait ni n'admirait de bonne foi cet auteur, mais, que M. Garrick, par son jeu plein de génie, avait trouvé le moyen d'en faire l'idole de la nation. Garrick grand admirateur de Shakspeare, et naturellement plein de viva cité et de pétulance, se contint longtemps ; enfin, il se lève de table, prend la main de M. Clerk et lui dit : <( Je vous promets mon général, que de ma vie, je ne m'aviserai de parler guerre. •
Grimra.
Un jour, en revenant avec Préville à cheval du Bois de Bou logne, Garrick lui dit : « Je m'en vais faire «l'homme ivre ; faitesen autant. » Ils traversent ainsi le village de Passy, sans dire un mol, et, en un clin d'oeil, tout le village fut assemblé pour les voir passer. Les jeunes gens se moquèrent d'eux, les femmes crièrent de peur de les voir tomber de cheval, les vieillards haussèrent les épaules et en eurent pitié, ou suivant leur humeur, pouffèrent de rire. En sortant du village, Préville dit à Garrick : « Ai-je bien fait, mon maître ? — Bien, fort bien, en vérité, lui dit Garrick. mais vous n'étiez pas ivre des jambes. »
Grimm.
Larive remplaça Lekain, d'où :
Ah quel affreux malheur m'arrive 1 A dit Melpomène à Caron, Lckain a passé TAchéron, Mais il n'a point laissé ses talents sur la rive.
Vestris, le dieu de la Danse, comme il s'appelait lui-même, disait : « Je ne connais aujourd'hui en Europe que trois hommes uniques en leur espèce : Le roi de Prusse, Voltaire et moi. »
Noël:
« Quel est ce personnage 7 Dit Jésus irrité.
On voit sur son visage Toute la vanité.
— Ainsi que vous, Seigneur, je possède un Empire Répliqua Vestris furieux.
De la danse, je suis le dieu. »
Gardel se prit à rire.
Mme Vestris demandait à Voltaire, qui avait quatre-vingts ans, s'il était vrai qu'il retouchât son rôle d'Irène. « J'ai travaiUé poUr vous toute la nuit, répondil-il, comme un jeune homme de vingt ans. »
De Marcel, le maître de danse :
« Que de choses dans un menuet ! »
De Marcel, le maître de danse :
« On saute dans les autres pays ; on ne danse qu'à Paris ! »
Un brave homme rencontrant l'acteur Garrick l'appelait : « Cher camarade. » — Mais je ne vous connais pas. — Eh ! nous avons pourtant joué bien des fois ensemble. — Je ne m'en souviens pas ; quel rôle jouiez-vous donc ? — Moi, je faisais le coq dans Hamlet. »
Quelqu'un est promené dans les coulisses d'un théâtre par un quidam fort au courant et important. « Et vous, que faites-vous ici ? — Moi, Monsieur, je suis accessoire. »
L'empereur Napoléon admirait fort Talma, si tant est qu'il admirût personne. En tout cas, il l'appréciait. On a souvent dit qu'il en avait pris des ^leçons. Quelqu'un le rappelait à M. Thibault, qui avait vécu dans l'intimité de Talma. « Je l'ai demandé à Talma, dit-il, et voici sa réponse : — Des leçons î c'est lui qui m'en eût donné. »
Lorsque Talma mourut (1826) Lafon, le tragédien gascon, prit tous ses rôles. Jamais Lafon ni ses amis ne prononçaient le nom de Talma. Pour désigner Talma, ils disaient, Yauire. Lafon, dans Cinna, jouait Cinna, lorsque Talma jouait Auguste. Après la mort de Talma, la première fois que Lafon joua Auguste, ses amis d'accourir dans sa loge et, de lui dire qu'il avait enfoncé Vautre. « Et cependant, dit Lafon, Vautre avait sur moi un avantage ; il avait un Cinna, et moi, je n'en ai pas. »
Lafon appelait Talma, son rival, Vautre. M. de Lauraguais lili disait : « Monsieur Lafon, je trouve que vous êtes trop souvent Tun et pas assez l'autre. »
Sur le Conservatoire, en 1806 :
Encore une dispute I on n'y tient vraiment pas I Ces messieurs du Conservatoire, S'ils veulent conserver leur gloire*.
Devraient bien unir leurs débats :
J'admire leurs talents et même leur génie.
Mais au fond, ils ont un grand tort :
C'est de s'intituler, professeurs d'harmonie Et de n'être jamais d'accord.
' Dans sa dernière maladie, Mlle Mars avait le délire. Le médecin s'approche de son lit et lui dit : « Chère dame, cahnezvous, c'est moi. » Elle ne le reconnaît pas et continue de délirer. Il reprend : « Voyons, monlrez-moi votre langue, ouvrez la bouche. » Mlle Mars le regarde, ouvre la bouche et dit : — « Tenez, regardez. Oh ! toutes mes dents sont à moi. » Célimène vivait encore.
^ Victor Hugo.
Dumas appelait Mlle Mars : « le plus honnête homme du monde ».
De Rachel, après avoir entendu Guizot : « Je voudrais bien jouer la tragédie avec cet homme-là. »
Rachel fut solliciter des leçons de Provost, le sociétaire de la Comédie-Française. A la vue de cette pauvre fille débile el souffreteuse : « Allez vendre des bouquets, mon enfant, lui dil-il. » Un jour que Rachel venait de jour Hermione, elle remplit sa tunique de bouquets qu'on lui avait jetés, et s'approchant de Provost : « J'ai suivi votre conseil, monsieur Provost, je vends des bouquets. Voulez-vous m'en acheter ? »
En 1815, on voulut faire crier à Mlle Mars : Vive le roi ! Et comme on insistait avec un fracas qui ne présageait rien de bon.
« Eh bien ! dil-olle, j'ai crié, j'ai crié pendant le bruit. » El la représentation continua sans encombres.
A la troisième représentation de Richard Cœur de Lion, Huet reçut au théâtre une boite de maroquin ornée de fleurs de lys d*or cl qui renfermait un service de dix-huit couverts en argent. Comme, enchanté, il s'attendrissait et répétait avec émotion « QueHe touchante allusion ! Louis XVIII m'envoie dix-huit couverts. — Ah oui ! que n'est-ce Louis XXXVI », s'écria Mme Gavaudan qui était bonapartiste.
Le comte Mole dit à Rachel : « Vous avez sauvé la langue française. — Ah 1 répondit-olle, c'est bien heureux, car je ne l'ai pas apprise. »
Un auteur reprochait à Samson d'avoir, dormi pendant une audition au Théâtre-Français. « Mais, monsieur, le sommeil est une opinion. »
Comme Madeleine Brohan parlait avec regret de sa jeunesse^ quelqu'un lui dit : « On ne peut pas être et avoir étéé — ■- Pardon, fit-elle. Regardez les sols ! sots ils ont été, sols ils sont. »
X. morigène son (ils qui est possédé de la rage du théâtre i « Misérable, s'écrie-t-il furieux, tu veux déshonorer mon nom suf
les planches ! ^- Moi, père? je jouerai sous un faux nom. — C'est ça, et si lu réussis,. personne ne saura que je suis Ion père ! i
Sur la façade du château de Léri court : Le théâtre a payé cet asile champêtre.
Vous qui passez, merci !... je vous le dois peut-être !
Scribe.
La musique de Louis XIV exécutait le Miserere de LuHi. Le roi, étant à genoux, y tenait toute sa cour. Il demanda, à la fin du psaume, au comte de Gramont, comment il trouvait la musique. « Sire, dit le comte, elle était fort douce à l'oreUle, mais elle'csl bien rude aux genoux. »
Carraccioli disait :
« Les oreilles des Français sont doublées de maroquin. »
Entendant dire à un homme que la nouvelle salle de ÏOpén était sourde. Galiani, qui ne pouvait souffrir la musique française, s'écrit : « Qu'elle est heureuse ! »
A Grétry, après le jugement de Midas : La coiir a dénigré les chants Dont Paris dit des merveilles.
Grélry, les oreilles des grands Sont souvent de grandes oreilles.
Voltaire.
A son lit de mort, Rameau répondit au curé qui le fatiguait de ses exhortations : « Qu* me chantez-vous là, monsieur le curé ? vous avez la voix fausse. »
Rameau, étant en visite chez une dame, se lève, tout à coup et enlève de dessus ses genoux un petit chien qui jappe, et le jette par la fenêtre en disant : « Il aboie faux. »
De Galiani, entendant chanter Sophie Arnould : « C'est le plus bel asthme que j'aie entendu. »
Un amateur, au sortir de l'opéra d*lphigénie, dit qu'il y trouvait de très beaux morceaux. « Il n'y en a qu'un, dit l'abbé Arnaud. — Lequel ? — L'ouvrage entier. »
En 1764, l'amant de Mlle Miré, de l'Opéra, mourut de maladie, grâce à elle, dit-on ; et on grava sur sa tombe, en notes de musique : mi-ré-la-mi-la.
« Cinq mille ducats pour chanter deux mois, s*écriait Catherine II révoltée contre les exigences de la Gabrielli ; mais, c'est plus que je donne à un feld-maréchal ! — Votre Majesté n*a qu'à faire chanter ses feld-maréchaux. »
Louis XVI était venu, quelques jours après son mariage, assister avec Marie-Antoinette, à un concert donné par l'Opëra, et, ennuyé sans doute de la musique, i-1 sortit au milieu d'un morceau. Un des violons se pencha vers son voisin de pupitre et, d'un air navré : « Oh ! mon ami, quel règne se prépare ! »
Après le congrès de Laybach, le vieux roi de Naples qui se trouvait à Vienne, reçut Lablache : « Dis-moi, Lablache, dit le roi, avec le ton populaire qui lui était familier, n*as-tu pas été un peu carbonaro pendant Ion séjour à Palerme ? — Oui, Sire, répondit en riant le virtuose. — Voilà comme ils sont tous faits, répondit le roi en se tournant vers ses courtisans. »
Mme de Girardin disait de Mme Alboni, qui était fort grosse « C'est un éléphant qui a avalé un rossip;nol. »
De Rossini :
« Verdi, un musicien qui a un casque, »
Rossini avait fait mettre sur sa maison de Passy, une lyre, et, comme on lui faisait remarquer qu'il y en avait une aussi sur la maison voisine de Lamartine, a Ah I dit-il, l'autre n'est qu'une tirelire. »
On vantait devant Aubcr une jeune prodige. « Il y a, dit-il, chez les pharmaciens, des fœtus dans des bocaux ; eux aussi sont précoces ; en sont-ils plus avancés ? »
Quelqu'un entendant de la musique nouvelle, se lève et dit en sortant : a Décidément, je ne suis pas assez sourd pour cetlt musique-là I »
Un ami entre un jour dans le cabinet de Rossini ; il le trouve plongé dans une partition de Wagner et s'écriant : « Admirable t sublime ! enfoncé Mozart ! » Étonné, il s'approche et fait remarquer à Rossini qu'il tenait la partition à l'envers, oc Tiens, fait celui-ci ; c'est vrai, je ne m'en étais pas aperçu » et il retourne le livre. — Alors, comme stupéfait : « Ah ! çà... mais... je ne comprends plus I... »
L'Académie française est un corps où l*on reçoit des gens titrés, des gens d*église, des gens de robe et môme des gens de lettres.
A TAcadémie, quand ce fut son tour à haranguer, Racan y vint avec un chiffon de papier tout déchiré en ses mains. « Messieurs, leur dit-il, je vous apportais ma harangue, mais ma grande levrette Ta toute mâchonnée. La voilà : tirez-en ce que vous pourrez, car je ne la sais point par cœur et je n'en ai pas de copie. »
Tallemant.
Un jour qu'on ne s'entendait pas dans une dispute à l'Académie, M. de Mairan dit : « Messieurs, si nous ne parlions que quatre à la fois ? »
A propos du prix donné par l'Académie à l'abbé de Langeac De par le roi, ces vers soient trouvés beaux ! Signé : Louis. Et plus baç : Phelippeaux,
De Boisrobert, sur le Dictionnaire de l'Académie Depuis six mois sur le T ou travaille, Et le destin m^aurait fort obligé, S'il m'avait dît : Tu vivras jusqu'au C.
De La Bruyère, sur sa nomination à l'Académie Quand La Bruyère se présente Pourquoi faut-il crier : haro !
Pour faire un nombre de quarante Ne fallait-il pas un zéro ?
D'Angevilliers avait fait semer du gazon dans la cour du Louvre, où siégeait l'Académie, d'où :
Des favoris de la Muse française D'Angevilliers a le sort assuré.
Devant la porte, il a fail croître un pré Pour que chacun y pût paître à son aise.
En 1713
J'ai l'honneur d'être un des quarante, Sans que, chose assez surprenante, Je ne sois ni vice-chancelier, Abbé, cardinal, archevêque.
Pensionnaire, duc, évêque, Comte, marquis ni jetonnier.
La Monnoye.
Danchet, si méprisé jadis.
Fait voir aux pauvres de génie, Qu'on peut gagner TAcadémie Comme on gagne le Paradis.
Voltaire.
L'n particulier se présente un jour à Ferney et s'annonce à Voltaire : « J'ai l'honneur d'être de l'Académie de Châlons ; elle est, comme vous savez, monsieur, fille de l'Académie française. — Oh oui, Monsieur, reprit Voltaire, et une braVc fille qui n'a jamais fait parler d'elle. »
M. de Voltaire a dit quelque part, qu'un discours de réception cl d'entrée à l'Académie française était composé de quatre ou cinq propositions essentielles. La première, que le cardinal de Richelieu était un grand homme ; ce qui n'empêchait pas, en second lieu, le chancelier Séguier d'être, de son côté, un grand homme ; sans compter, troisièmement, que Louis XIV avait été aussi un grand homme ; mais que, quatrièmement l'académicien auquel on succède avait été surtout un très grand homme ainsi que le directeur, le secrétaire et tous les membres de l'Académie ;
el que, cinquièraemciil, lui récipiendaire, pensait bien éire une espèce de grand homme.
Grimm.
Le sourd La Condamine, en pleine Académie, S'endormit un beau jour, et tandis qu'on lisait. Piron était présent ; Piron, soudain, s'écrie : « La Condamine dort comme s'il entendait ! »
Guichard.
Gens de tous états, de tout âge.
Ou bien ou mal ou non titrés.
De cour, de vHle, ou de village, Castorisés, casqués, mitres.
Messieurs les beaux esprits titrés Au diable soit la Pétaudière, Où l'on dit à Nivelle : entrez, El nescîo vos, à Molière.
Piron.
Un jour que Piron s'efforçait d'entrer à une séance publique de l'Académie, il dit : « Il est plus difflcile d'entrer ici que d'y être reçu. »
En France, on fait par un plaisant moyen Taire un auteur quand d'écrits il assomme.
Dans un faulcuil d'académicien,
Lui quarantième, on fait asseoir mon homme ;
Lors, il s'endort et ne fait plus qu'un somme ;
Plus n'en avez phrase ni madrigal.
Au bel esprit, le fauteuil est, en somme,
Ce qu'à l'amour est le lit conjugal.
Piron.
Sur l'Académie : « Ils sont là quarante qui ont de l'esprit comme quatre. »
Piron.
Lamoignon, réveillé longtemps avant l'aurore,
Méditait un remerciement
Qu'il doit par le choix qui l'honore
Et qu'il désirait ardemment.
Alors qu'il vit entrer dans son appartement.
Tel qu'on peint un énergumène.
Un homme égaré, furieux,
Qui s'agite, qui se démène.
Tordant les bras, roulant les yeux.
Surpris, il s'écrie au plus vite :
« Qu'on apporte de l'eau bénite. »
Il l'asperge, il demande : « Où vas-tu î d'où viens-tu ? » Le possédé répond : « Je suis l'abbé Testu,
Qui, depuis trente ans, meurt d'envie.
De vous voir de l'Académie.
Enfin, vous y voilà ! Mes soins ont réussi ; J'ai fait agir pour vous tel duc, telle duchesse
Et tel prince et telle princesse. »
Lamoignon lui répond : « Tirez-moi de souci ; De cette Académie en ôtes-vous aussi ?
— Si j'en suis ? Mais, sans doute et j'y régente en mattre.
— Suffit, dit Lamoignon : je n'en veux donc plus être. »
J.-B. Rousseau.
Sur M. de T. :
Si vous cherchez un grand docteur.
Une verve facile, une plume éloquente,
Un bon prêtre, un habile orateur Ne vous transportez pas chez messieurs les quarante. Mais si vous désirez un froid déclamateur, Un menteur impudent, un indigne imposteur,
Un impertinent traducteur, Qui donne à Démoslhène un style de servante. Allez au Louvre, ami lecteur, Cet homme est parmi les quarante
J.-B. Rousseau.
Sur le Polichinelle de Malézieu :
Ces jours passés, naquit grande querelle Entre l'Académie et son fils Malézieux, Pour avoir fait, dit-on, en présence des dieux Uu peu trop librement parler Polichinelle.
Or, me paraît qu'assez mal à propos Sur ce sujet gronde TAcadémie, Car le public ne se courrouce mie, Depuis longtemps, de voir quarante sots Ne s'occuper qu'à fadaise et sornette, Qu'à rhabiller et regratter des mots.
Et rendre enfin la langue moins parfaite Qu'elle était du temps des deux Marols : Rien n'a plus dit notre marionnette Pour tant fâcher les C... et D...
J.-B. Rousseau.
Clio vint, l'autre jour, se plaindre au dieu des vers
Qu'en certain lieu de l'univers On traitait d'auteurs froids, de poètes stériles
Les Homères et les Virgiles.
« Cela ne saurait être ! on se moque de vous,
Reprit Apollon en courroux.
Où peut-on avancer une telle infamie ?
Est-ce chez les Hurons, chez les Topinambous ?
— C'est à Paris. — Où donc ? A l'hôpital des fous I
— Non, c'est au Louvre, en pleine Académie ! »
J.-B. Rousseau.
Piron disait que son discours de réception était tout fait à lui, et à celui qui le recevrait. « Je me lèverai, j'ôterai mon bonnet et
je dirai : « Messieurs, je vous remercie de l'honneur que vous m'avez fait de m'admettre. Vous vous lèverez, vous ôterez voire chapeau et vous répondrez : Monsieur, cela n'en vaut pas la peine* »
De La Condamine, le jour de sa réception à TAcadéinie française :
La Condamine est aujourd'hui
Reçu dans la troupe immortelle.
Il est bien sourd, tant mieux pour lui, «
Et non muet, tant pis pour elle.
Allez remplir la quarantaine Plats auteurs, dont les vers m'ont causé la migraine. Est-on là, l'on ne fait plus rien.
Et If^ public s'en trouve bien.
Roy.
Roy qui avait échoué à l'Académie contre le comte de Clermont :
Trente-neuf joints à zéro, Si j'entends bien mon numéro, N'ont jamais pu faire quarante.
I)*oû je conclus, troupe savante,
Qu'ayant à vos côtés admis Clermonl, cette masse pesante, Ce digne cousin de Louis, La place est encore vacante.
Clermont lui fit donner des coups de bâton dont il mourut. II avait près de quatre-vingts ans.
Le Parnasse a tant de roquets, Recevez Gresset, je vous prie ; Montez votre ménagerie.
Après les chats (1), les perroquets (2).
Sedaine ayant entendu le discours d'un de ses nouveaux collègues à TAcadémie, se jeta au cou du récipiendaire et lui dit avec effusion : « Ah I monsieur, voilà vingt ans que j'écris du galimatias, je n'ai encore rien dit de pareil t »
Quoi ! de Rulhière on a fait choix f Quoi I Rulhière à l'Académie I Hier, c'était une écurie ; Aujourd'hui c'est pis ; c'est un bois.
(i) Moncrif.
(2) Vertverti
A Mme de Slaêl qui s'étonnait de ne pas le voir de l'Académie : Je vois l'Académie où vous êtes présente. Si vous m'y recevez, mon sort est assez beau. Nous aurons tous les deux de l'esprit pour quarante. Vous comme quatre, et moi comme zéro.
Boufflers.
Le jour qu'Arnaud fut de l'Académie M. l'Espinasse, en riant du succès, Disait partout : grâce à mon industrie, Voilà déjà dix grands hommes de faits.
A qui donner la place du génie A l'avenir ? il nous reste Suard Bien froid, bien lourd comme M. Gaillard. Et quand enfin la noble Compagnie Par tant d'affronts sera bien endurcie Au déshonneur, il nous faudra peu d'art Pour y glisser la Harpe et Mélanie.
Sur le Dictionnaire de l'Académie :
On fait, refait, défait ce beau dictionnaire, Qui, toujours très bien fait, reste toujours à faire.
Le Brun.
Sommes-nous trente-neuf, on est à nos genoux. Sommes-nous quarante, on se moque de nous.
Fontenelle.
Fontenelle disait après sa réception : « Il n'y a plus que trenleîuf personnes dans le monde qui aient plus d'esprit que moi. »
Fontenelle avait été refusé trois fois de l'Académie et le racontait souvent. Il ajoutait : « J'ai fait cette histoire à tous ceux que j'ai vus s'affliger d'un refus de l'Académie, et je n'ai consolé personne. »
On faisait une quête à l'Académie Française, il manquait un écu de six francs ou un louis d'or. Un des membres, connu par son avarice, fut soupçonné de n'avoir pas contribué ; il soutint qu'i-l avait mis. Celui qui faisait la collecte dit : « Je ne l'ai pas vu, mais je le crois. » M. de Fontenelle termina la discussion en disant : « Je l'ai vu, mais je ne le crois pas. »
Chez les quarante, un jour, c'étaient grandes rumeurs Sur ce qu'on proposa que Piron fût des leurs. Des vertus, disait l'un, ce bouc est l'antipode. Un autre : c'est Satan qui lui dicta son ode, Qu'il aille se présenter à l'infernal manoir. Lors Fontenelle, qui s'étonne,
Dit : « Je ne puis vous concevoir ; L'a-t-il faite ? — On le croit. — Qu'en dit-on ? — Qu'elle est
[bonne, — S'il l'a faite, au fauteuil il a droit de s'asseoir. Si c'est à tort qu'on la lui donne Il ne faut pas le recevoir. »
Nogaret.
Le 30 novembre 1780, Chamfort obtint huit voix dans l'élection de l'Académie Française. Il est distancé par Lemierre et le comte de Tressan, et écrit l'épigramme :
Honneur à «la double cédule
Du sénat dont l'auguste choix
Couronne, par un digne choix,
Et le vice et le ridicule.
Duclos avait l'habitude de prononcer en pleine Académie des f... des b... ; l'abbé du Renel qui, à cause de sa longue figure, était appolé un grand serpent sans venin, lui dit : « Monsieur, sachez qu'on ne doit prononcer dans l'Académie que des mots qui se trouvent dans le dictionnaire. »
Chamfort.
Les pauvres d'esprit vraiment sont Heureux dans l'une et l'autre vie ;
Car; droit au Paradis ils vont Comme ils vont à l'Académie.
Le Brun.
Sur l'Académie Française :
Coquette sans pudeur, fîère de mille amants, Femme à quarante époux» presque tous impuissants, Mère de quelques mots, régente d'orthographe, En ton jour solennel, sur tes autels déserts L'on ne placera plus de prose ni de vers. L'on n'est plus occupé que de ton épitaphe.
Sur Florian, à propos de son élection à l'Académie en 1788 Ëcrivain actif, guerrier sage, Il combat peu, beaucoup écrit.
Il a la croix pour son esprit.
Et le fauteuil pour son courage.
Rivarol.
A la réception du duc de Bassano à l'Académie :
Maret ! de l'Institut ! — Oui, la chose est certaine. — Que connaîl-on de lui ? — De lui ? Sa signature.
Maury, dit Monseigneur, doyen des renégats, Messieurs de l'Institut, malgré vous, est des vôtres. C'est pour vous rappeler que son patron Judas Était au nombre des Apôtres,
Ci-gît qui fit des vers, les fît mal et ne put, Quoiqu'il fût sans esprit, être de l'Institut.
Vigée.
Sur Baour-Lormian :
Eh quoi ! ces portes indociles Ne s'ouvrent pas devant mes pas !
Ils sont là quarante imbéciles, El moi, Baour, je n'en suis pas !
Lorsque M. Ancelot fut nommé à l'Académie, on lui prêta ce mot : « Ma femme fait de moi tout ce qu'elle veut ! »
De Dupaty, sur lui-même :
Ci-gît qui d'humeur trop légère Passa du boudoir au cercueil, 11 fit beaucoup pour la bergère Et pas assez pour le fauteuil.
académie:. 3C1
Ballanche après Pasquier mérile d*être élu, L'un n'a jamais écrit ; l'autre n'est jamais lu.
Dubois (1843).
Au fauteuil de Ducis on a porté Michaud ; Ma foi ! pour l'y placer, il faut un ami chaud. Au fauteuil de Ducis aspire Campenon ; Son talent suffit-il pour qu'il y campe ? — Non.
Nodier lisait dans une séance particulière de l'Académie, l'article Abolition du Dictionnaire : « Abolition, etc.. prononcez Abolicion. — Votre dernière remarque me paraît inutile, dit M. de Foretz, car on sait bien que devant l'i, le t a toujours le son du c. — Mon cher confrère, ayez picié de mon ignorance, répondit Nodier en appuyant sur chaque mot, et faites-moi Vamicié de me répéter la moicié de ce que vous venez de me dire. »
Entrant à la bibliothèque de l'Institut, Villemain trouve Leverrier qui ne le salue pas ; il va à lui et lui dit : « Avez-vous connu Lalande ? — Non, dit l'autre. — Eh bien, votre confrère Lalande, Tastronome était fort poli ; je l'ai connu moi il était très poli, » Et il lui tourne le dos.
Pasquier, dans notre Académie Avait juré d'ôlre reçu ;
C'est le seul serment de sa vie Qui par lui ait été tenu.
De M. Guizot sur un candidat à l'Académie : « Pour moi, je lui donne ma voix, car enfin on a beau dire, je lui trouve toujours les qualités d'un véritable académicien. D'abord, il se présente bien, il est très poli, il est décoré, il n'est d'aucune opinion ; je sais bien qu'il a ses ouvrages, mais que voulez- vous, on n'est pas parfait ! »
Hier s'ouvrit avec bienséance
La séance Qui fit l'auteur du chandelier
Chancelier.
Debout ruisselait comme un fleuve
Sainte-Beuve ; Dans un angle, le beau Mignet
Se peignait.
Dupin atné, tribun honnête
Sans sonnette, Rêvait de ses chers montagnards
Si criards.
On entendait, voix de crécelle
Docte et grêle, Gomme un vieux coq en un jardin,
Girardin.
Grand Romain en habit de ville,
Pongerville, Semblait être à la fois César
Et Nisard.
Brifaut avait des soins de père
Pour Ampère, Et roucoulait comme un ramier,
Récamier.
Baour, sourd des vers qu'il beugle
En aveugle, Allait chantant d*un ton sciant
Ossian.
Viennet disait d'un air affable
Une fable ; On le trouvait bête et Tissot
Semblait sot.
Cousin cherchait d'un air tragique
Sa logique, Et tonnait, dévot éloquent.
Contre Kanl.
Un autre narrait la surprise
D'Héloïse ; Il fallait bien qu'il s'amusât
Rémusat.
Mais soudain en tremble d'emblée,
L'Assemblée,
De par Bacchus, c'était Musset
Qui disait :
* Crois-tu qu'on lise pour des prunes
A des brunes, Ton long poème peu commun.
Cher Lebrun.
Sois tranquille, la chaste muse
Qui t'amuse, Ne deviendra jamais catin
Chez Patin.
Nous montrant à la fois Narcisse
Et Jocrisse, Parleras-tu chaque jeudi,
Salvandy ?
Quand tu reçus ta grosse épouse
Peu jalouse, Tu ne gagnas pas le gros lot,
Ancelot.
Ajoutant à la platitude.
L'attitude, Tomberas-tu de mal en pis,
Cher Empis.
Ne feras-tu donc rien qui vaille,
0 Noailles !
Depuis que j'ai lu Maintenon,
Je dis non.
Sur son dos Riquet à la houppe,
Quelle loupe !
Tu ne suis pas ton droit chemin,
V^illemain.
Dans tes culottes sans bretelle,
Lacretelle, Dis-moi, historien prolixe,
N'est-il rien ?
Tu te crois donc, gendre de Dosne,
Long d'une aune, D*un homme tu n'es pas le tiers,
Petit Thiers, De peur de devenir enceinte
Quand ta sainte Se gare au lit de son époux,
Non des poux. Dans celte légende erotique
Et biblique Tu te montres, Montalembert,
Un peu vert.
Pédant entie tous les quarante,
0 Barante, J*aî ton froid récit bourguignon
En Guignon.
Au loin va te faire lanlaire
Saint-Aulaire,
El redeviens ambassadeur
Par pudeur.
Pasquier, chez Madame de Boîgne
Qui te soigne, Console-loi près d'un bon feu
D'être peu.
Aux vieux chats de l'ancienne chambre
En décembre»
Tu ne fus donc pas immolé,
O Mole !
Guizot, d'une autre dynastie
Piètre hostie, Flattant Berryer, tu prends pour saint,
Henri cinq.
Flourens, dans ton Jardin des plantes
Tu t'implantes.
Pour garder ta longévité
En santé.
Lorsque ta verve est imprimée, .
Mérimée, Bayle te sert à nier Dieu,
Palsambleu !
Scribe, vrai scribe, par douzaines
Fais des chaînes^ Bâcle des Bertrand et Raton,
Marmiton I
Nous trouvant un peuple servile,
Toqueville Aux radotages de Franklin
Est enclin.
Sage et mou dans sa pâle prose,
Fade et rose, J'ai deviné ce que Vitel
Ëvitait.
Vigny, berger de sa montagne,
Accompagne, Soufflant dans ses plus doux pipeaux,
Les troupeaux.
Hugo dans sa verve énergique,
En Belgique, Nous a lancé comme un soufflet
Son pamphlet.
Chaque jour leur chantant matines,
Lamartine Rappelle à ses chers souscripteurs
Ses malheurs I
A. de Musset.
Sur la nomination de Dupanloup :
L'Académie, assurément, Choisit un prince de TÉglise
Pour l'absoudre de la sottise Qu'elle va faire en le nommant.
Sur Barbier :
Dans des assemblées caduques Il ne faudrait qu'un perruquier Où il n'y a que des perruques, Il ne faudrait pas de barbier.
Trouvé sur l'un des -lions de la Fontaine de rinslilul : Que fais-tu dans ces lieux, souverain du désert ? — - Je suis de rinstilul. Tu vois mon habit vert.
— Et quels sont tes moyens de charmer et de plaire ?
— Ami, je fais comme eux, nuit et jour, de l'eau claire. »
On a publié de nos jours un volume sur l'Académie Française, sous le titre : La vieille dame à la télé de bois.