V. Hugo
Hubert avait fait un grand nombre de portraits de Voltaire, soil en dessins, soit en découpures. Un ennemi écrivit au bas de la ■collection : « Tôt capita, tôt sensus. »
Voltaire plaisantait fort le bailli de Berne. Celui-ci lui dit un jour, avec son accent ludesque : « Eh ! diable ! Monsieur de Voltaire, vous faites toujours tant de vers? A quoi bon? cela ne même à rien. Avec votre talent, vous pourriez devenir quelque ■chose. Moi, vous voyez, je suis bailli. »
Voltaire écrivait à d'Argcntal, à propos d'Olympie : « C'est l'ouvrage de six jours. — L'auteur n'aurait pas dû se reposer le septième, répondit son ami. — Aussi s'est-il repenti de son ■ouvrage », répliqua Voltaire.
Ëlrennes à Mme du Châtelet :
Une étrenne frivole à la docte Uranie, Peut-on la présenter ? Oh ! très bien, j*en réponds ; Tout lui plaît, tout convient à son docte génie. Les livres, les bijoux, les compas, les pomponi».
Les vers, les diamants, les biribis, l'optique, L'algèbre, les soupers, le latin, les jupons, L'opéra, les procès, le bal, et la physique.
Réponse :
Hélas ! vous avez oublié, Dans celte longue kirielle, De placer le nom d'amitié.
Je donnerais tout le reste pour elle.
M. de Saint-Ange, venant voir Voltaire lui dit : « Aujourd'hui,.
Monsieur, je ne suis venu voir qu'Homère ; je viendrai un autre
jour voir Euripide et Sophocle, et puis Tacite, et puis Lucien, etc.
— Monsieur, je suis bien vieux ; si vous pouviez faire toutes ce^
visites-là en une fois ? »
On disait de J.-J. Rousseau : c'est un hibou I « Oui, dit quelqu'un, mais c'est celui de Minerve, et quand je sors du Devin de village, j'ajouterai, déniché par les grâces. »
Chamfort.
Sur Rousseau :
« Il aurait ennobli un morceau de fromage, s'il en avait parlé. »
Le Prince de Ligne.
390 GENS Dlî LETTRES.
La femme de Jean-Jacques :
Au clair de la lune Jean-Jacques Rousseau Disait à sa brune :
« Je suis un pourceau. »
Aussitôt la belle Lui donne un soufflet « Et de plus, dit-elle, Un pourceau bien laid »,
Etc.
Vous qui prenez femme, Ayez soin qu'elle ait Un goût moins infâme ; Mais les philosophes Sont faits, de tout temps.
Pour les catastrophes Et les accidents.
Sur Y Encyclopédie :
J'apporte le premier volume Du dictionnaire nouveau:
Il sort, comme on dit, de l'enclume ; On l'a fait à coups de marteau.
Son poids m'ôterait le courage D'en être souvent le porteur :
Malheur à ce toquin d'ouvrage S'il pèse autant à son lecteur.
Sur Rabelais :
<( Il ressemble au c... d'un pauvre homme, frais, dodu, sale
et bien portant. »
Galiani.
Le comte de Broglie voulut tourner Diderot en ridicule, au sujet de rhabit noir qu'il portait. Il lui demanda s'il était en deuil des liusses ? « Si j'avais à porter le deuil d'une nation, Monsieur le comte, lui répondit Diderot, je n'irais pas la chercher si loin. »
On peut, disait Mme Necker, comparer les penseurs comme Diderot, à Deucalion qui jetait des pierres derrière sa tête et ne regardait pas quelle forme elles prenaient.
Sur Duclos :
« De tous les hommes que je connais, c'est celui qui a le plus
d'esprit dans un temps donné. »
D'Alembert.
« Vous m'avez accusé, dit Piron, à l'abbé Prévost, d'avoir pris dans vos Mémoires (Tun homme de qualité la situation la plus intéressante de ma tragédie {Gustave Wasa) ; c'est vous, au contraire, qui l'avez prise dans l'abbé de Vertot, mon auteur. « Moi, lui répondit l'abbé Prévost, je ne l'ai jamais lu. — Hé, qui diable vous dit qu'on vous ait lu, vous ? » Les rieurs ne furent pas pour l'abbé.
Dans une aventure, Piron, interrogé par un commissaire, n* répondait rien, sinon : « Je suis poète. » Le commissaire impatienté lui dit : « Vous faites bien l'important avec votre titre de poète. Sachez bien que, tel que vous me voyez, j'ai un frère qui est un des plus grands poètes du siècle (de la Fosse). — Cela peut être, répliffua Piron, car, tel que vous me voyez, j'ai un frère qui est un fichu sot. »
. Parlant de la concision du latin, quelqu'un s'était vanté d'écrire la lettre qui fût la plus courte possible, il écrivit : « Eo Rus »; Piron répondit : « I ».
La querelle avec les Chevaliers de TAqucbuse de Beaune. En 1715, Piron les appelait : ânes de Beaune, et parcourait la campagne, abattant les chardons et disant : « Je suis en guerre avec les Beaunois, je leur coupe les vivres. »
En 1717, les Beaunois rendirent à leur tour le prix de l'Arque buse qu'ils avaient remporté en 1715. Piron voulut y aller; on l'avertit en vain du danger. Il n'écoula lien et remercia ses amis en deux vers:
Allez, je ne crains pas leur impuissant courroux. Et quand je serais seul, je les buterais tous !
Cela n'empêcha pas Piron d'aller dans la journée à la comédie. Quelqu'un apostropha le parterre en criant: « Paix là ! on n'enlend pas. » Et Piron : « Ce n'est pas pourtant faute d'oreilles. » Lot<cju'il sortit, une troupe de jeunes gens le poursuivit l'épée à h
luaîn. Piron se sauva, en criant : « Messieurs, vos fers me blessent. »
La Tour s'est trompé, ce me semblr, En nous peignant Tabbé Le Blanc ; C'était bien assez qu'il ressemble ; Hé ! pourquoi le faire parlant ?
Piron.
Quelqu'un se vantait devant Piron, d'avoir mangé autant de petits poissons que Samson avait tué de Philistins : « Avec la môme mâchoire ? » demanda-t-il.
De Piron, sur l'abbé Le Blanc, qui demeurait chez un maréchal: « Cet homme s'est logé chez son cordonnier. »
En écoulant une tragédie faite de réminiscences, Piron soulevait fréquemment son chapeau. On s'en étonne, et il répond : « Je salue de vieilles connaissances. »
Longopiorro, le translateur.
De l'antiquité zélateur.
Imite les premiers fidèles
Qui combattaient jusqu'au trépas
Pour des vérités immortelles
Qu'eux-mêmes ne comprenaient pas.
J.-B. Rousseau.
Quand vous vous efforcez à plaire
On croit voir Tâne contrefaire
Le petit chien vif et coquet,
Et si vous vous contentiez d'être
Un sot, tel que Dieu vous a fait
On craindrait moins de vous connaître.
J.-B. Rousseau.
Tu dis qu'il faut brûler mon livre ?
ïlélas ! ce pauvre enfant ne demandait qu'à vivre. Les tiens auront meilleur sort En mourant de leur belle mort.
J.-B. Rousseau.
Tout plein de soi, de tout le reste vide. Lu petit homme étale son savoir, Jase de tout, glose, interrompt, décide Et, sans esprit, veut toujours en avoir ; Car son babil, qu'on ne peut concevoir, Tient toujours prêts contes bleus à vous dire Ou froids dictons, que pourtant il admire. Et de là vient que l'archigodenot Depuis trente ans, que seul il se fait rire, N'a jamais su faire rire qu'un sot.
J.-B. Rousseau.
A son portrait, certain rimeur braillard
Dans son logis se faisait reconnaître,
Car l'ouvrier le fît avec tel art
Qu'on bâillait même en le voyant paraître.
« Ha ! le voilà, c'est lui ! dit un vieux reîlre,
Et rien ne manque à ce visage-là
Que la parole. — Ami, reprit le maître,
Il n'en est pas plus mauvais pour cela. »
J.-B. Rousseau.
Monsieur l'abbé, vous n'ignorez de rien
Et ne vis onc mémoire si féconde.
Vous pérorez toujours, et toujours bien,
Sans qu'on vous prie et sans qu'on vous réponde.
Mais le malheur c'est que votre faconde
Nous apprend tout et n'apprend rien de nous.
Je veux mourir si, pour tout l'or du monde.
Je voudrais être aussi savant que vous.
J.-B. Rousseau.
Sur Fontenelle :
Depuis trente ans, un vieux berger normand. Aux beaux esprits, s'est donné pour modèle ; Il leur enseigne à traiter galamment Les grands sujets, en style de ruelle.
Ce n'est le tout : chez l'espèce femelle Il brille encor, malgré son poil grison.
Et n'est caillette en honnête maison Qui ne se pûrae à sa douce faconde.
En vérité, caillettes ont raison :
C'est le pédant le plus joli du monde.
J.-B. Rousseau.
Sur d'Alembert :
Maître Le Rond très lourdement écrit, Maître Le Rond très faussement raisonne Rien n'est plus clair pour quiconque le lit. Il a pourtant une double couronne.
Maître Le Rond, au Louvre, approfondit L'art des calculs et juge le genre.
« Apprcncz-moi, disais-je à son amie, Conmient cela ? — Comment ? dit Aspasie, Savant léger et pesant bel esprit N'a-t-il pas droit à chaque Académie ?
En 1776, d'Alembert regrettait la perte du ministère Turgol devant la marquise de Fleury qui ne l'aimait pas : « Au moins vous ne nierez pas, dit-il, qu'il n'ait fait un furieux abatis dao^ le fond de vos préjugés. — C'est donc pour cela qu'il nous a débité tant de fagots ? »
Dans la tragédie de Marmontel, Cléopâlre, un serpent raécn nique, œuvre de Vaucanson, s'élançait en sifflant et perçait le sein
de la reine. On demandait à quelqu'un, ce qu'il pensait de la pièce : « Moi, dit-il, je suis de l'avis du serpent. »
Sur Marmontel :
A la pièce de CléopàUo, Où fut l'aspic de Vaucansou, Tant fut sifflé, qu'à l'unisson Sifflaient et parterre et théâtre Et le souffleur oyant cela Croyant cncor souffler, siffla.
Lebrun.
Sur Marmontel :
Ce tragique énergumène Qui, plus guindé qu'un héron, Se croyait le chaperon Des neuf filles d'Hippocrène, Avec son Aristomène Tombe enfin de leur giron Pâle, énervé, sans haleine ; Il avait tant fêté Clairon Qu'il a dû manquer Melpomène.
Sur Marmontel :
Ce Marmontel si lent, si lourd, Qui ne parle pas, mais qui beugle,
Juge la peinture en aveugle Et la musique comme un sourd.
Ce pédant à si triste mine Et de ridicules bardé Dit qu'il a le secret des beaux vers de Racine Jamais secret ne fut si bien gardé.
Arnauld.
La Condamine était d'une curiosité qui l'amenait à commellre de la société les pires inconvenances. Un jour il était dans le salon de la duchesse de Choiseul, alors ambassadrice à Rome, qui écrivait à son bureau. La Condamine ne peut résister au désir de savoir ce qu'elle écrit ; il s'approche d'elle doucement et lit par-dessus son épaule. Mme de Choiseul, s'étant aperçue du manège, continue ainsi sa lettre : « Je vous en dirais bien davan tage si M. de la Condamine n'était par derrière moi lisant ce que je vous écris : « Ah ! madame, s'écrie aussitôt le savant, rien n'est plus faux, je vous assure que je ne lisais pas. »
Un jour étant parvenu à pénétrer dans une assemblée de convulsionnaires, La Condamine vit crucifier une jeune fille forl jolie. Lorsqu'elle fut détachée, il s'approcha d'elle et, comme il était sourd, il lui cria dans l'oreille : « Mademoiselle, vous faites ici un bien vilain métier ; si c'est pour gagner de l'argent, je vous en fournirai un autre qui , assurément, vous donnerail
beaucoup plus de plaisir. » Ce propos souleva un tumulte cffrovable el La Condamine fut à moitié assommé.
L'abbé Barthélémy s'était ruiné à Rome à force d'acheter deantiquités. 11 écrivait gaiement : « L'air d'Italie est destructif de ba nature ; il dévore les métaux. »
Sur Voltaire :
Lorsque mes enfants, encore tout jeunes, l'importunaient par leurs questions, dans le temps qu'il me dictait quelque chose et que je voulais les faire taire, il me disait : « Laissez-les ; il faut toujours répondre juste aux enfants et leur rendre raison sur ce qu'ils demandent, suivant leur portée et sans les tromper. »
Wagnière.
En 1759, Voltaire termina Candide qu'il avait commencé pendant son séjour chez l'Électeur Palatin. Il mit tant d'ardeur b l'achever qu'il s'enferma pendant trois jours, ne voulant ouvrir sa porte que pour laisser passer ses repas et son café qu'il prenait toujours en grande quantité. Le quatrième jour, Mme Denis, effrayée, força la consigne ; son oncle lui jeta à la figure le manuscrit qu'il venait d'achever et lui dit : « Tenez, curieuse, voilà pour vous. »
Après la première représentation d'Ores/e, Mme de Luxembourg écrivit à Voltaire quatre grandes pages de critiques.
Voltaire lui répondit : « Madame la Maréchale, on n'écrit pas Oreste avec un H. Je suis avec un profond respect, elc. »
Frédéric envoya à Voltaire le portrait de ce dernier en porcelaine avec l'inscription : Viro immorlali. « C'est, dit Voltaire. la signature de celui qui me Ta envoyé. »
L'abbé Trublet avait alors la rage
D'être à Paris un petit personnage.
Au peu d'esprit que le bonhomme avait
L'esprit d'autrui par supplément servait.
Il entassait adage sur adage,
Il compilait, compilait, compilait.
On le voyait sans cesse écrire, écrire
Ce qu'il avait jadis entendu dire
Et nous lassait sans jamais se lasser.
Il me choisit pour l'aider à penser ;
Trois mois entiers, ensemble nous pensâmes,
Lûmes beaucoup et rien n'imaginâmes.
Dorât mourant dit à sa belle amie :
« Point ne souffrez, quand je n'y serai plus, Auprès de vous quelque brillant génie.
Aimable, gai, galant, tel que je fus.
Vous raimeriez ; car votre sexe oublie, Et m'oublier ce serait perfidie.
Choisissez donc quelqu'esprit bien obtus, Un pédant froid jouant Télourderie, Un plat rimeur aux sifflets endurci Un sot enfin... » La belle a pris Boissi.
Prenez les vers du dur et rocailleux Lemierre Dont, en passant, ici j'imite la manière, Lisez, relisez-les, le tout assidûment ; Et si votre langue vous gêne Ils feront pour son mouvement L'office du cailloux que mâchait Démosthène.
Je suis les Dangeaux à la piste, J'arrange au cordeau chaque mot :
Je sens que je deviens puriste ; Je pourrais bien n'être qu'un sot.
Fontcnelle.
A un jeune auteur :
Dans la vie où tu veux courir, Songe bien ce que tu hasardes :
Il faut, avec courage, également offrir Et ton front aux lauriers, et ton nez aux nasardes.
Fontenelle.
Sur Galiani:
C'est Platon avec la verve et les gestes d'Arlequin. C'est le seul homme que j'aie vu être diffus, et cependant, toujouis
Grimm.
agréable
Roy ne se reprochait pas trop ses méchancetés ; ce qu'il se reprochait le plus, c'est d'avoir fait des opéras dont la morale voluptueuse s'accorde mal avec la morale chrétienne ; et quan«l son confesseur, pour le tranquilliser, l'assurait que tout élail oublié, le pénitent s'écriait avec componction : « Ah ! monsieur, ils sont trop beaux pour que la France les oublie jamais. »
Voilà donc V Encyclopédie, Quel bonheur pour les ignorants !
Que cette docte rapsodie Fera naître de faux savants,
Bonneval (1751).
\'olre Fénelon, admirateur des anciens et nourri de leur.^ pu\ rages, alluma sa bougie à leurs flammes immortelles.
Voltaire.
V^oltaire voulant faire entrer Diderot à l'Académie écrivit a M^ d'Epinay : « Diderot n'a qu'une chose à faire, mais il faut qu'il la fasse : c'est de chercher à séduire quelque illustre sot ou sotte. quelque fanatique sans avoir d'autre but (jue de lui plaire. 11 a
trois mois pour adoucir les dévols ; c'est plus qu'il n'en faut. Qu'on l'introduise chez M'... ou M*... lundi ; qu'il prie Dieu avec elle mardi ; qu'il couche avec elle mercredi ; et puis il entrera à l'Académie tant qu'il voudra et quand il voudra. Qu'il ait seulement une dévote dans sa manche ou ailleurs, et je réponds du reste. »
Sur le portrait de Leibnilz :
Il fut dans l'univers connu par ses ouvrages Et dans son pays même il se fît respecter ; Il éclaira les rois, il instruisit les sages ; Plus sage qu'eux il sut douter.
Voltaire.
Dumarsais racontait, au sujet de son traité des Tropes, une anecdote assez plaisante. Quelqu'un voulant lui faire compliment sur cet ouvrage, lui dit qu'il venait d'entendre dire beaucoup de bien de son Histoire des Tropes, Il prenait les tropes pour un nom de peuple !
Le comte d'Argenson, alors ministre, fit M. Bignon bibliothécaire du roi et lui dit : « Monsieur, voilà une belle occasion d'apprendre à lire. »
Voltaire disait de l'abbé Trublet, que c'était « un juré peseur d'œufs de mouche dans des balances de toile d'araignée ».
Sur Lahar[)e :
Si vous voulez faire bienlôl Une fortune immense et pourtant légitime, Il vous faut acheter Cythare ce qu'il vaut Et le vendre ce qu'il s'estime.
Président de Rosset.
Boissy avait fait une brochure assez plate, intitulée : YElèie du Therpsicore. Fonlenelle y était très maltraité. Boissy ayanl besoin de lui, l'alla trouver et se répandit en repentirs et en paidons sur son petit libelle : « Consolez-vous, Monsieur, lui dil Fonten'elle, je ne l'ai pas lu et je n'en ai entendu parler nulle part. »
Fontenelle disait de l'histoire, que c'était une fable convenue.
On déclarait que le café était un poison lent. « Très lent, car il y a près de quatre-vingts ans qu'il me tue » dit Fontenelle.
Fontenelle, parlant de VAlmanach royale disait que c'était le livre qui renfermait le plus de vérités.
Un auteur venait s'accuser humblement devant Fontenelle, de l'avoir outragé dans une brochure : « Monsieur, lui dit le philosophe, vous me l'apprenez ! »
On vient de me voler ! — Que je plains ton malheur 1 — Tous mes vers manuscrits. — Que je plains le voleur !
Rivarol.
Quelqu'un venait de lire à Rivarol, un parallèle entre Corneille et Racine, fort long et fort ennuyeux : « Votre parallèle est fort bien, mais il est un peu long ; je le réduirais à ceci : Tun s'appelait Pierre Corneille et l'autre, Jean Racine. »
Lorgné avec obstination à l'Opéra, Rivarol en demande compte à l'indiscret qui répond grossièrement: « Un chien regarde bien un évoque. — Qui vous a dit que j'étais évêque ? »
Un grammairien s'écriait un jour avec désespoir : « Non ! les participes ne sont point encore connus en France ! »
M. de Ximénès lisait un jour une de ses tragédies à M. de Voisenon ; celui-ci se leva à tout instant et fit à chaque fois une profonde révérence : « A qui diable en avez-vous avec toutes vos révérences ? lui dit à la fin, le poète impatienté. — Encore, lui répondit le petit prêtre malin, faut-il être poli et saluer les gens de sa connaissance quand ils passent ! »
A propos du Pauvre diable de Voltaire, tout ce que l'abb*} Trublet trouvait à redire à ce portrait, c'est qu'il était qualifié de
406 GKNS DE LETTRES.
diacre, tandis qu'il était archidiacre. A quoi M. de Voltaire répondit : « J'ai tort ; je lui demande pardon ; je l'avais cru dans les moindres. »
J.cmierre et de Belloy, en leur qualité d'auteurs tragiques, se cinirent dans l'obligation de rendre visite à l'auteur de Zaïre. Ils furent très bien reçus : « Messieurs, leur dit Voltaire, ce qui me console de quitter la vie, c'est que je laisse après moi MM. Lemierre et de Belloy. » Lemierre racontait souvent celle anecdote et il ne manquait jamais u ajouter: « Le pauvre de Bellov ne se doutait pas que Voltaire se moquait de lui. »
D'un Gascon, sur le Dormeur éveillé (1784) : On n'est plus vrai ni plus habile.
Selon moi, que ce jeune auteur :
Il nous annonçait un dormeur El, sandis ! il en a fait mille.
D'un air conlril, coilain folliculaire Se confessait au. bon père Pascal.
« J'ai, disait-il, délateur et faussaire^ Vendu Thonncur au poids d'un vil métal. Dans le mépris, je consomme ma vie.
Ennemi né du goût et du génie.
J'arme contre eux la sottise et l'envie ; Ce qui fut bien me parut toujours mal.
(iEXS DE LETTRES. iOT
— Ah î laisse là ce détail qui m'attriste ; Que ne dis-tu, d*un seul coup, animal, Que ton métier est d*être journaliste ? »
Dupuy des Islels.
M. de Choisy, après la lecture du poème YAri (Taimer (1785), avait adressé à M. Barthe des vers où il l'appelait : « Vainqueur de Bernard et d'Ovide. » — « Ah ! vainqueur, lui dit Barthe, cela est trop fort^ beaucoup trop fort, j'exige que vous changiez cela. — Eh bien ! puisque vous le voulez absolument, je mettrai rival. » On parle d'autre chose ; M. Barthe, après quelques moments de recueillement, se rapproche de lui et lui dit affectueusement : « Vainqueur est plus harmonieux. »
« Les sots seuls n'estiment pas mes vers », disait du Périer. L'orientaliste d'Herbelot prononça doucement : « Slultorum infini lus est numerus. »
Sur le marquis de Mirabeau, l'Ami des hommes : Certain auteur d'un chétif opuscule.
Du genre humain s'est déclaré l'ami, Mais par sa prose et lourde et ridicule, Plus que Satan, il s'en montre ennemi.
Ce n'est le tout : Monsieur s'avise encore D'être jaloux ; et mari sans pitié Craignant qu'Amour d'un bois ne le décore,
Dans un couvent séquestre sa moitié.
Or sur cela maint plaisant le diffame
Et va disant : « c'est prendre trop de soins :
Aime, pour Dieu, les hommes un peu moins
Mais au rebours aime un peu plus la femme. »
Sur le portrait d'Helvétius :
Des sages d'Athènes et de Rome, Il eut les mœurs et la candeur ; Il peignit l'homme d'après l'homme Et la vertu d'après son cœur.
Lettre de Galiani, à Mme Geoffrin, datée de Naples : « Me voilà donc tel que toujours, l'abbé, le petit abbé, votre petite chose. Je suis assis sur le bon fauteuil, remuant des pieds et des mains comme un énergumène, ma perruque de travers, parlant beaucoup et disant des choses qu'on trouvait sublimes et qu'on m'attribuait. Ah ! Madame ; quelle erreur ; ce n'était pas moi qui disais tant de belles choses ; vos fauteuils sont h trépieds d'Apollon et j'en étais la Sybille. Soyez sûre que sur les chaises de paille napolitaines, je ne dis que des bêtises. »
Duclos parlant des grands qui n'aiment pas les gens de lettres. disait : « Ils nous craignent comme les voleurs craignent te réverbères. »
Cesl elle. Dieu que je suis aise !
Oui, c'est... la bonne édition.
Voilà bien, pages neuf et seize, Les deux fautes d'impression Oui ne sont pas dans la mauvaise.
Pons.
Mon distique, entre nous, est-il bon ? — Des meilleurs. J'y remarque pourtant... — Et quoi donc ? — Des longueurs.
As-tu lu mon distique ? On le cite partout, — Mon ami, je n*ai pu le lire jusqu'au bout.
Alphana vient d'Équus, sans doute. Mais il faut avouer aussi Qu'en venant de là jusqu'ici Il a bien changé sur la route.
Cailly.
Dieu me garde d'être savant D'une science si profonde !
Les plus doctes, le plus souvent, Sont les plus sottes gens du monde.
Cailly.
Sur Coriolan de Laharpe, qu'on donnait au hénéûce (J«\s pauvres :
Pour les pauvres, la Comédie Donne une pauvre tragédie.
C'est bien le cas, en vérité, De l'applaudir par charité !
Sur Lebrun :
Lebrun de gloire se nourrit ; Aussi, voyez comme il maigrit.
Baour.
Sur Florian :
Dans ton beau roman pastoral.
Avec tes moutons pêle-mêle.
Sur un ton bien doux, bien moral,
Berger, bergère, auteur, tout bêle.
Puis bergers, auteur, lecteur, chien
S'endorment en moutonnerie.
Pour réveiller la bergerie,
Oh ! qu'un petit loup viendrait bien !