‹ La sarabandeChapitre 7 sur 20 · I-c Brun · texte numérisé non relu

I-c Brun

Mme Geoffrin dilait de l'abbé Trublet : « Lui, un homme dVr prit ! C'est un sot frotté d'esprit. »

El du duc de Nivernais : « Il est manqué de partout, guerrier manqué, ambassadeur manqué, auteur manqué. »

Pour ne jamais rester court, Prenez gaule de calembour.

Touchez avec cette baguette Le slupide ou l'homme d'esprit.

Vous verrez que, d'une sornette Ainsi que d'un bon mot, il rit.

Mareuil.

De Sevelinges contre Damaze de Raymond :

Perrin Dandin de la musique Aux doux chants de Grétry, juge insensible et sourd,

Malgré les lois de la physique Tu prouves qu'on peut être à la fois vide et lourd.

Réponse de Damaze :

Vante moins la légèreté, Sois plus pesant, mais sois solide.

Le beau mérite en vérité D'être léger quand on est vide !

Le comte d'Argcnson, lieutenant de police, admonestait le pamphlétaire Desfontaines qui s'excusait d'écrits inconvenables . « Mais, Monseigneur, il faut bien que je vive ! — Je n'en vois pas la nécessité. »

Sur Sébastien Mercier qui s'était prononcé contre la reliure des livres qu'il voulait brochés :

Mercier en déclamant contre la reliure, Pour sa peau craindrait-il un jour ?

Que le brave homme se rassure, Sa peau n'est bonne qu'au tambour.

Quand j'eus vu de près tous nos sages Et tous nos esprits trop fameux J'admirai toujours leurs ouvrages, • Mais j'eus moins de respect pour eux.

Bonnard.

Roc, en son lyrique abandon, Dit qu'il dévore la couronne Dont Phœbus lui promit le don.

Apparemment Phœbus lui donne Une couronne de chardons.

L'abbé d'Olivet disait : « Je suis étonné que l'abbé Desfonlaines me poursuive si fort, il n'y a pas de rivalité entre nous, je Ira vaille à faire honneur aux anciens auteurs et lui à déchirer les vivants.»

Sur Lamothe :

Le traducteur qui rima Ylliade De douze chants prétendit l'abréger ; Mais par son style aussi faible que fade De douze chants il a su rallonger.

« Eh ! finissez, rimeur à la douzaine, Vos abrégés sont longs au dernier point. » — Benoît lecteur, vous voilà bien en peine, Rendez-les courts en ne les lisant point.

J.-B. Rousseau.

Les vers sont enfants de la lyre, Il faut les chanter, non les lire.

Lamothe.

Quand Boindin, par trop impie, Avait bien médit du ciel, Quand Piron contre Olympie Avait bien vomi son fiel, Quand Rousseau, le misanthrope, Avait bien philosophé :

« Là, Messieurs, disait Procope, Prenez donc votre café. »

Piis.

« Marquis, disait un jour Louis XVI à de Bièvre, vous qui faites des calembours, faites-en donc un sur moi. — Sire, vous n'êtes pas un sujet. »

Je suis bien rusée, disait un jour une fenmie au marqnis de Bièvre : « Ah ! Madame, c'est sûrement un r que vous vous donnez. »

On disait devant le marquis de Bièvre : « Il court des bruits de paix. — Ce n'est pas sans fondement, dit-il. »

Aux noces d'Anne et de Lubin

Le docte magistrat Turpin Se présente humblement et tirant son grand feutre : « Dieu vous donne, dit-il, chaque année un bambin Du genre masculin, ou féminin,... ou neutre. »

Marvi elles.

Ce gros Urbain que l'on taxe D'un pédantisme assommant, Joint l'esprit du rudiment Aux grâces de la syntaxe.

Le Brun.

Ce rimailleur à tête folle Fait des vers et se croit favori d'Apollon. Il est semblable au hanneton Qui se croit oiseau quand il vole.

Certain rimeur qui jamais ne repose

Me dit hier arrogamment

Qu'il n'écrivait jamais en prose.

Lisez ses vers ; vous verrez comme il ment !

Dans une ennuyeuse satire

Damon attaque mes écrits.

Pour me venger de ses mépris,

A tout Paris je les fais lire.

Le prince de Conti avait prié l'abbé de Voisenon à dîner. L'abbé oublie l'invilation. Il alla trouver le prince dans le dessein de lui présenter ses excuses. Son Altesse lui tourne le dos : « Ah î Monseigneur, s'écrie l'abbé, on m'avait dit que vous m'en vouliez, je vois qu'il n'en est rien. — Comment ! répond le prince. — Votre Altesse tourne le dos et ce n'est pas son usage d'en agir ainsi avec ses ennemis. »

Comme l'abbé Verlot écrivait l'histoire du siège de Malte, de^ renseignements qu'il avait demandés lui arrivèrent son livre écrit. Il répondit sans rien modifier : « J'en suis fâché, mon siège est fait. » De là lo proverbe.

L'abbé de Vertot fut d'abord capucin. Il passa ensuite dans d'autres ordres, et changea souvent de bénéfice. On appelait cela les Révolutions de l'abbé de Vertol.

L'abbé Dangeau, de l'Académie française, grand puriste, travaillait à une grammaire française et ne parlait pas d'autre chose. Un jour on se lamentait devant lui des malheurs de la dernière campagne (c'était pendant les dernières années de Louis XIV) : « Tout cela n'empêche pas, dit-il, que je n'aie dans ma cassette deux mille verbes français bien conjugués. »

« On m'accuse d'avoir écrit bien des méchancetés, disait Rulhière à Chamfort, et bien, la main sur la conscience, je n'en ai qu'une à me reprocher. — Quand finira-t-elle ? dit Chamfort. »

Nodier prenait un plaisir extrême aux guignols des Champs- Elysées et y fréquentait volontiers. Un jour il dit à l'homme : « Cela doit être bien difficile de faire la voix de Polichinelle. — Pas tant que ça. Monsieur, il faut la pratique et l'habitude. — Oui, mon ami, la pratique ou l'habitude. — Non, Monsieur, il faut l'habitude, mais il faut aussi la pratique. » Nodier s'étonne ; on s'explique et Nodier apprend que la pratique est un petit instrument qu'on met dans la bouche. Charmé, il s'en empare, et s'efforce d'imiter la voix de Polichinelle : « Mais, dites-moi, cela ne peut-il s'avaler facilement ? — Oh I Monsieur, répond l'homme, cela n'a pas d'importance, celui que vous avez dans la bouche, je l'ai déjà avalé cinq ou six fois. »

Auprès d'Arnaud le gazetier Suard A pris hier place à l'Académie.

Certain Anglais, s'y trouvant par hasard, Dit à quelqu'un : « Monsieur, je vous en prie, Qu'a, s'il vous plaît, produit ce bel esprit î — Pendant quatre ans il a, monsieur, écrit Notre gazette. — Ah ! Peste. — Et puis en outre 11 a traduit avec beaucoup de goût Le Robertson. — Ah ! diable. — Et ce n'est tout. Tenez,voyez, c'est là sa femme. — Ah ! foutre ! » (1774.)

« Ça vous dînez ici ; j'ai reçu de ma nièce

Certain pâté truffé couronné.

— Vous êtes bien bon. — Puis, je vous lirai ma pièce.

— Vous êtes bien bon, j'ai dîné. »

Le Franc.

Le calembourg enfant gâlé Du mauvais goût et de l'oisiveté.

Et se jouant des phrases et des mois.

D'un mot obscur fait tout l'esprit des sots.

Delille.

A une femme auteur :

Pour écrire ce beau volume

Tu n'a pas usé grand papier.

Tour à tour tu changeais de plume

Et tu n'étais que l'encrier.

Roqueplan.

Sur Mme de Genlis:

Genlis à six francs le volume !

Disait un jour un amateur ; Dans le temps que son poil valait mieux que sa plume Pour un écu j'avais l'auteur.

Briffault, Caillaud, Giraud:

Parfois, j'entends crier : « Briffaut, Caillaud, Giraud.

Quels sont ces chiens de noms ? Sont-ce des noms de chiens 1 — Du tout, vous êtes en défaut, Ce sont des noms d'académiciens. »

Roqueplan.

Sur Martainville :

J'ai vécu du produit de ma plume vénale ; J'ai vécu d'un journal par moi mis à l'encan ; De honte j'ai vécu ; j'ai vécu de scandale ; J'ai vécu de la croix ; j'ai vécu du turban. J'ai vécu, j*ai vécu, gazetier famélique, Quatre-vingt ans passés ; mais je voulus enfin Vivre un matin de l'estime publique, Et le soir, j'étais mort de faim.

Roqueplan.

Chateaubriand et Mme Récamier :

Juliette et René s*aimaient. d'amour si tendre Que Dieu, sans les punir, a pu leur pardonner. Il n*avait pas voulu que Tune pût donner

Ce que l'autre ne pouvait prendre.

Comme on avait appelé Geoffroy, le critique, « l'Anier », il riposta en disant :

Oui, je suis un ânier sans doute, Et je le prouve aux coups de fouet Que je donne à chaque baudet Que je rencontre sur ma roule.

Lacrelelle, à près de quatre-vingt-dix ans, fît ce vers dans une épîlre à la princesse : « Donnez-moi vos vingt ans si vous n'en faites rien. » A quoi le prudhommesque Ancelot répondit: « Mais quand vous les aviez, vous en serviez-vous bien ? »

S. n'abusa pas du beau talent d'écrire, Mais il se fit un nom, mais il se fit citer, Et du reste il passa trente ans à méditer Ce que durant trente ans il ne devait pas dire.

Millevoye.

Un jour, dans un salon, après une discussion entre Fonlanes et Jouberl, Mme de Chateaubriand parodia ainsi le vers de La Fontaine :

« L'ennui naquit un jour de l'université. »

Baour>Lormian disait, sous la Restauration, un mal horrible de Napoléon : « Il me semble, répondit son interlocuteur, qu'il vous avait donné une pension ? — Eh, sans doute, il en voulait à toutes les supériorités, il me distingua et me flétrit d'une pension de 6 000 francs. — Mais il ne fallait pas l'accepter. — Ne pas l'accepter ; ah ! vous ne le connaissiez pas, le tyran ! Ne pas l'accepter! Le premier du mois il disait : « Mollien. — Sire? — Baour a-t-il touché sa pension ? — Oui, Sire. — A la bonne heure. » Si je ne l'avais pas touchée, il m'aurait fait fusiller, comme le duc d'Enghien. Ah ! vous ne le connaissiez pas ! »

Sur Téreclion de la statue de Casimir Delavigne au Havre

Habitants du Havre, Havrais !

J'arrive de Paris exprès

Pour mollrc en morceaux la statue

De Delavigne (Casimir).

n est des morts qu'il faut qu'on tue !

Moi, je m'appelle Clodomir.

Clodomir, soit, mais je suis digne.

Je hais Casimir Delavigne, Ponsard et sa feuille de vigne Qu'Emile Augier voudrait cueillir.

Desnoyers.

On disait devant Villemain, pair de France et ministre de Tln-struction publique: a Les lettres mènent à tout. — Oui, à condition de les quitter. »

« N'est-ce pas que mon Achille est bien en colère ? » disait Viennet à M. Arnaull. — « Oui, colère comme un dindon », répondit M. Arnault.

Un jour, chez Nodier, \ iennel s'approche de MicKaud. « Dites donc, Michaud, fit-il avec cet air qui n'appartient qu'à lui, je viens de finir un poème de trente mille vers. Que dites-vous de cela ? — Je dis qu'il faudra quinze mille hommes pour le lire, répondit Michaud. »

Un autre jour dans un dîner, M. Viennet attaquait Lamartine : « Un fat, disait-il, qui se croit le premier homme politique de son époque et qui n'en est pas môme le premier poète. — En tout cas, répondit Mme Gay de l'autre bout de la table, il n'en est pas non plus le dernier, la place est prise. »

Soumet disait de son gendre : « C'est un homme de mérite, il se tait en sept langues. »

Soumet disait au poète Guirand : « Guirand, tu parles si haut qu'on ne t'entend pas. »

Je n'ai lu qu'aujourd'hui le travail de Lamartine sur les Misé rahles. Cela pourrait s'appeler: « Essai de morsure par un cygne. »

Hugo.

Scénario de Bérénice :

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