‹ La Saskatchewan: essai de monographie provinciale canadienneChapitre 26 sur 59 · CHAPITRE XVI à e er · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI à e er

Historique et Formation de la Province

Les vastes régions s'étendant sur les plateaux lacustres et fluviaux, qui s'inclinent vers l'Océan glacial, sont entrées dans le domaine de la géogra. phie grâce aux « coureurs des bois », pour la plupart trafiquants libres, contre lesquels le gouvernement canadien édictait des lois implacables, mais qui avaient l'espace ouvert devant eux; quand ils se trouvaient en danger, près de !a frontière des colonies, ils s'enfonçaient plus loin dans le territoire de parcours des Peaux-Rouges. Ils vivaient avec èux, épousaient leurs filles, tout en gardant l'usage du français et leurs relations avec les traitants en pelleieries; d'une mer à l'autre, ils frayaient les chemins que les Européens proprement dits suivaient après eux. Lorsque le grand voyageur de la Vérandrye franchit en 1731 la « hauteur des terres » au nord-ouest du lac Supé- ” rieur et s'aventura sur le versant de la mer Glaciale, il était guidé par ces métis, qui lui indiquaient les portages des lacs et des rivières, les stations de campement, les forêts giboyeuses. I1 reconnut les bords.du Winnipeg, ceux de la Rivière Rouge, de l'Assiniboine, de la Saskatchewan, du Missouri supérieur, de la Pierre Jaune et finit par gravir les Montagnes Rocheuses, pour revenir après 14 années de courses et de chasses {1).

Né aux Trois Rivières, le 47 novembre 1685, Pierre Gaultier de Varennes, sieur de la Verandrye, commença ses expéditions vers l’ouest en 1731 e les continua les années suivantes en établissant des forts au fur et à mesure qu'il pénétrait plus avant dans les prairies vierges, #

(1) Amérique Boréale, Elisée Reclus. NS

Ces forts étaient formés, presque toujours, par une enceinte de pieux renfermant à l'intérieur des cabanes en troncs d'arbres, installation des plus sommaires, mais suffisante pour abriter les marchandises d'échange desti-

-nées à la traite, mettre les deux ou irois gardiens laissés dans ces postes à

l'abri d'un coup de main et servir de refuge aux chasseurs allant « courir la dérouine » au milieu des sauvages.

En 1742, le chevalier de la Verandrye envoya deux de ses fils explorer l'extrème-ouest; ils se rendirent jusqu'aux Montagnes Rocheuses.

Toute la partie basse de la rivière Saskatchewan, depuis le Fort à la Corne jusqu'à son embouchure dans le lac Winnipeg, fut appelée la rivière du Pas

. par les découvreurs; la région aux alentours prit le même nom. (1)

Ils étendirent leurs forts de plus en plus loin. En 1748, le père en fit construire un au bas de la Saskatchewan et- lui donna le nom de Bourbon {sur le lac Bourbon, le lac Cedar actuel}. Ce fort fut bientôt abandonné et un autre élevé au lac Cumberland.

Le chévaliér de la Vérandrye poursuivit ses travaux jusqu'en 1744, époque à laquelle il fut contraint, faute de ressources et par suite d’intrigues de ses ennemis, de les abandonner. Ses découvertes lui avaient coûté une fortune personnelle et le sang de l’un de ses fils massacré par les farouches Sioux, en 1736, en même temps que le P. Aulneau et dix-neuf français. Son neveu La Jemmeraye était aussi mort victime de son dévouement la même année.

La Vérandrye avait une grandeur d'âme et une énergie de caractère peu communes. Qui dira les ressources inépuisables de son intelligence d'élite ct les trésors de son cœur de chrétien et de patriote ? Non-seulement il découvrit un nouveau pays, Mais il sut se concilier ses habitants, ces rois de la forât, saloux de leurs prérogatives de premiers possesseurs et naturellement remplis de défiance et d'appréhension contre tout nouvel état de choses. (2)

Sa mémoire doit demeurer impérissable parmi les Canadiens et les Français, à côté des Champlain, des Marquette, des Joliet, des Cavelier de la Salle, les grands découvreurs de l’Ainérique du Nord.

Les voyages de laVérändrye, de 1731 à 1745, furent le point de départ des grandes explorations dans l'Ouest canadien et depuis cette époque des familles de métis se sont mêlées, de plus en plus nombreuses, aux populations : indiennes. (3)

Un autre français, le chevalier Saint-Luc de la Corne était déjà établi,

@) Aujourd’hui, le souvenir de ce hom est resté dans la jeune et florissante ville qui a été incorporée dernièrement sous le nom de « The Pas » (Manitoba), mais qui doit ave, PEiduemient et distoriquement son gppellation française : « Le Pas ». Ce nom avait, en effet, été donné par les fils de la Vérandrye en souvenir de leur mè née Marie-Anne Dandonneau du Sablé de l'Isle du Pas. - PSS SRr mere (2) Cloches de Saint-Boniface, 16 février 1912.

(3) Amérique Boréale, Elisée Reclus.

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