‹ La Saskatchewan: essai de monographie provinciale canadienneChapitre 27 sur 59 · gS · texte numérisé non relu

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‘en 1754, sur les bords de la rivière aux Carottes et y cultivait quelques arpents de terre. C'est à lui que l'on doit l'introduction de l'agriculture dans je nord-ouest canadien .(1) |

En 1763, lors de la cession du Canada à l'Angleterre, les chasseurs canadiens-français, partis du.fort Bourbon, du fort Dauphin et du fort la Reine, rayonnaient sur la Saskatchewan. Les métis « bois brûlés » allaient jouer un rôle important dans tous les conflits allumés par la rivalité des grandes compagnies commerciales du « Nord-Ouest » et'de la « Baie d'Hudson ». 7

Le roi Charles II, l'avant-dernier des Stuarts, avait octroyé, en 1670, à son frère, le prince Rupert et aux « aventuriers d'Angleterre », ses associés (ce sont les termes de la charte de concession), le privilège de la traite des fourrures sur les côtes de la grande baie découverte par le navigateur Hudson ; ce fut l'origine de la puissante compagnie de la baie d'Hudson.

Par la suite, en 1783, fut fondée à Montréal la Compagnie du Nord-Ouest. «-Une partie de ses actionnaires étaient Canadiens, d'autres Ecossais, mais les derniers finirent bientôt par dominer dans le Conseil d'administration. La Compagnie du Nord-Ouest déniait énergiquement à celle de la Baie d'Hudson.le droit d'étendre le monopole concédé par le roi Charles IJ au-delà des limites, assez vagues, du reste, que le traité d'Utrecht assignait aux possessions anglaises. Or, la Rivièré Rouge et la Saskatchewan avaient toujours été reconnues comme les dépendances de la Nouvelle-France, et le traité cle Paris, conclu en 1763, garantissant aux Canadiens leurs droits, leurs privilèges, avec promesse de n'être pas soumis à d'autres impôts que ceux établis sous la domination française, le commerce, dans la région de ces deux fleuves, devait leur appartenir sans entraves.

- « Conséquente avec ce principe, la Compagnie du Nord-Ouest se donna comme représentant exclusivement l'intérêt canadien, même après que le direction eût passé entre les mains écossaises. « Elle imposait à.ses membhres dit Mgr Taché, l'obligation de parler la langue française, ettous les employés subalternes étaient Canadiens d'origine française, en sorte que cette Compagnie semblait la continuation de celle qui s'était formée dans la Nouvelle-France. Les sauvages la désignaient toujours sous ce nom « Les Français ».

« La Compagnie de la Baie d'Hudson, au contraire, avec ses officiers aussi Ecossais, pour la plupart, et ses employés canadiens; était universellement connue sous le titre « Les Anglais ». Les intérêts commerciaux amenèrent de déplorables rivalités, au point que le mot « Anglais », appliqué à un Ecossais de la Baie d'Hudson, devenait un terme de mépris dans la bouche d'un autre Ecossais de la Compagnie du Nord-Ouest. Les inférieurs, sans être plus zélés que leurs supérieurs, ce qui arrive quelquefois, mais ui

() La ville de Melfort se prépare à célébrer dignement, en 1914, le 160* anniversaire de cette introduction de l'agriculture dans le Nord-Ouest. Cela honore grandement les citoyens de cette ville qui, Anglais pour la plupart, apprendront à beaucoup le nom d’un

Français trop péu connu.

— 86 — / n'était pas facile alors, parlagaient l'animosité de leurs chefs, aussi on se détestait cordialement et l'on se méprisait largement. Néanmoins, qu'on

vouille bien le remarquer, ce n’était pas une rivalité nationale, quoique les

noms pussent le faire soupçonner, mais tout simplement une rivalité commerciale. Cette rivalité a fini par l'union des deux sociétés qui la fomentaient et, depuis, Français, Anglais, Ecossais ct apres, ne forment plus qu'un peuple, vivant dans une parfaite « entente cordialic ». (1) °

Mais avant cette union, on avait eu à déplorer bien des querelles, souvent vidées à main armée. Le 19 juin 1816, au combat des Sept-Chènes ..- Scven oaks — Îe gouverneur Semple, envoyé à la Rivière Rouge par lord Selkirk, alors directeur de la Compagnie de la Baie d'Hudson, fut tué par

un parti de gens de la Compagnie du Nord-Ouest, presque tous Bois-Brülés français. s -

« En 1821, toutes les discussions cessèrent enfin par la fusion des deux Compagnies rivales. Ainsi renforcée et reconstituée, l« honorable » Compagnie de la Baie d'Hudson put exercer sa souveraineté pendant près d'un demi-siècle sur une portion du continent américain, presque égale en surface à l'Europe entière.

« … Sous la Compagnie de la Baie d'Hudson, le gouvernement était en quelque sorte une domination patriarcale, tempérée par le respect de droits individuels qui découlent de la Constitution britannique. Théoriquement, la Compagnie possédait tous les droits souverains; pratiquement, la liberté était illimitée, et, dans leur isolement, ces pauvres chasseurs derminomades jouissaient d'un ensemble d'institutions (il serait peut-être mieux de

‘dire : d'une absence d'institutions) parfaitement en harmonie avec leur orga-

nisation sociale. Ils s'en montraient généralement fort satisfaits, et presque personne dans la petite colonie, à l'exception de quelques personnages remuants venus du Canada anglais, n'ayait l'idée qu'un changement pôt être bien Gésirable. En dehors de l'influence de la Compagnie, toute puissante au point de vue économique, la seule autorité reconnue dans ce pays si peu gouverné était une autorité volontairement acceptée et d'ordre purement

moral, celle du clergé des différentes confessions religieuses qui se partageaient la population ». (2)

Toute la région occupée actuellement par la province de Saskatchewan fut parcourue, vers le milieu du XIX: siècle, par des explorateurs et des voyageurs qui nous ont laissé des relations intéressantes sur le pays. Le professeur Youle Hind citait comme un fait caractéristique des grandes ‘prairies arrosées par la Saskatchewan, les nombreux criques coulant dans des ravins profonds de 300 à 400 pieds. La rivière Qu'Appelle, écrivait-il, en est l'exemple le plus remarquable. Il en parcourut toute la vallée, soit en canot, soit à cheval et y fit de nombreuses observations. Il remarqua que d'autres com-

@) Cinq mois chez les Français d'A mérique, H. de I,amothe.

(2) Cing mois chez Les Français d'Amérique. H. de Lamothe.

munications existaient ‘entre la Saskatchewan et l'Assiniboine, en dehors de la vallée de la Qu'Appelle, et il pensait que Îles préities ainsi sillonnées de cours d'eau avaient probablement été soumises à un soulèvement lent jet continu. {1 en serait résulté un changement de direction des rivières, occasionnant de nombreux « coudes », caractérisques du bassin du lac Winnipeg. (4) Youle Hind détermina aussi le débit de la Saskatchewan et prouva jusqu'à l'évidence que les difficultés rencontrées dans la construction d'une . route transcontinentale étaient faciles à surmonter. .

La même année 1858, le capitaine Palliser, dans son voyage aux Rocheuses, traversa la Saskatchewan. II passa à. Fort Ellice, au’confluent de l'Assiniboine et de la Qu'Appelle, remonta dans la direction du nord-ouest, vers Fort Carlton, sur les bords de la Saskatchewan du nord et quitta le territoire de la province actuelle un peu après Fort Pitt, en longeant la Saskatchewan du nord. Après avoir quitté ce dernier endroit, il raconte ainsi comment il assista à un massacre de bisons, organisé par les indiens : « Peu de jours après avoir quitté Fort Pitt, nous trouvâmes la plaine couverte de bisons. J'arrivai un matin, de bonne heure, à un camp d'indiens, au moment où ceux-ci venaient d'emplir leur pond avec une centaine de ces animaux. Ils se livraient à une tuerie générale. Le ‘pond est un enclos de pieux et de branches d'arbres entremêlés; l'entrée, très large, est construite de telle façon qu'une fois les .bisons dans l'enceinte ils ne peuvent plus en sortir. A presque tous lés camps d’indiens traversés depuis mon départ de Cäérlton, je vis un ou plusieurs de ces ponds et je crois que le nombre des bisons tués de cette . manière dans toute la Saskatchewan est énorme ». (2)

Milton et Cheadle suivirent, dans la province actuelle de Saskatchewan, presque le même itinéraire que le capitaine Palliser, pendant le voyage qu'ils firent aux Rocheuses, de. juin 1862 à mars 1864.

Arrivés de l'est, comme leurs devanciers, ils observent particulièrement le cours des rivières. « Entre la RAVière Rouge et les Montagnes Rocheuses, écrivent-ils, les fertiles vallées qu'arrosent l'Assiniboine et la Saskatchewan présentent un champ d'au moins 60 millions d'acres, composé du sol le plus riche et n'attendant que le travail des fermiers quand on leur permettra d'y entrer et de s'y installer. Ce magnifique pays pourrait nourrir une population énorme, il reste sans utilité. C'est à peine s'il suffit à la vie d'un petit nombre d'indiens et à la fortune des actionnaires du dernier grand monopole (La Compagnie de là Baie d'Hudson) ».

En août 1862, après avoir quitté le Fort Ellice, ils traversent la région comprise entre la Qu'Appelle et l'Assiniboine où ils voient « de l’eau et des ‘étangs sans nombre, fourmillant de volailles sauvages ». ‘x Nous jouissons alors de l'été de l'Amérique septentrionale dans toute sa splendeur. Les journées avaient l'éclat sans nuages, qui est presque propre

(1) Journal of thé Royal Geogranhical Society, 1860. (2) Journal of the Royal Geographical Society, 1860,

— 88— : a ‘ à cette région. La température était délicieuse, excepté pendant les nuits où il gelait un peu, si bien que l'eau montrait le matin une mince couche de glace. » !

Le 25 septembre, ils arrivent à la branche méridionale de la Saskatchewan (1), puis ils atteignent Fort Carlton, sur la Saskatchewan du nord. « Située entre les vastes forêts du nord et la prairie qui descend au loin vers le midi, Carlton a eu dans les premiers temps, une importance considérable. Mais la diminution des animaux à fourrure et l'éloignement ordinaire

du bison ont fait disparaître beaucoup des avantages dont a joui cet établissement. »

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