‹ La Saskatchewan: essai de monographie provinciale canadienneChapitre 29 sur 59 · HN · texte numérisé non relu

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deux mille, occupant les bords de la Saskatchewan, aussi bien que chez les

métis écossais et anglais groupés aux environs de Prince-Albert. Les uns et:

les autres, n'obtenant rien du Gouvernement fédéral, songèrent à Riel, qu'uno

députation fut chargée d'aller inviter à prendre encore une fois lé tête du ° mouvement. » (1)

Riel, proscrit et chassé de sa patrie, après les évènements du Manitoba, avait d'abord parcouru les Etats-Unis; ses infortunes et ses misères avaient altéré ses facultés intellectuelles, au point de le faire interner dans plusieurs maisons d'aliénés. Sorti de ces établissements on 1878, il alla s'établir au Montana, dans-une 1 pauvre mission et c’est là que les envoyés des métis le trouvèrent, remplissant les fonctions de maître d'école et apprenant à lire aux petits enfants (8).

‘Riel accepta de les défendre el partit avec eux. Dans la délégation se trouvait le fameux Gabriel Dumont, hasseur de bisons, d'une adresse et d'une audace qui faisaient l'admiration des Peaux-Rouges eux-mêmes. n devait devenir le lieut nant de Riel.+

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Pendant ce té ps le Gouveïnement d'Ottawa, sans tenir compte des graves motifs de mécontentement de la population des bords de la Saskatchewan, envoya une garnison à Carliôn pour assurer l'ordre et en imposer aux mécontents. Un émissaire de gouvernement, Laurence Clarke, se permit de dire aux habitants rassemblés à Batoche que cinq cents hommes de police à cheval] allaient, dans es vingt-quatre heures, « apporter le redressement de leurs griefs sous forme de chaînes pour leur chef et de balles pour leurs conseillers ».

A cette menace Gabriel Dumont répondit : « On a morcelé nos terres, nous ne les avons pas défendifes, on nous à traités avec mépris et insolence, nous avons tout enduré; maisiÿa moment où l'on en veut à nos vies, à celle de nas familles et de notre chef, nous avons le droit de les défendre et nous les défendrons jusqu'à la mort ».

Les évènements se précipitèrent..« Le major Crozier, commandant la police montée, informé qu'une bande de métis était réunie près du lac aux Canards entreprit de la disperser sans attendre le résultat des pétitions et les instructions du Gouvernement. A la tête d'une centaine de ses hommes et de quarante volontaires, il se dirigea vers le lac, où il rencontra vingt-six métid sous les ordres de Gabriel Dumont. Sommés de se rendre, les métis s’y refusèrent; un des leurs, ayant voulu désarmer un homme de police qui le menagçait, fut atteint d'un coup de fusil. En même temps le frère de Dumont était tué, Leurs çompagnons ouvrirent alors le feu sur les agresseurs, dont quatorze rap sur le terrain ». (3)

& La Nouvelle France, Eugène Guénin.

{2} « “Louis Riel a une figure intelligente, ouverte et sympathique; il ne coule dans ses veines qu’un seizième de sang indien, aussi, à moins d’être prévenu d’avance, ne devinerait-on jamais en lui un métis ». Cing mois chez Los Français d'Amérique. H. de Lamothe.

(@) La Nourelle France, Eugène Guénin.

*__ Crozier ayant expérimenté la justesse du tir des métis se retira sur Fort Carlton. Pendant ce temps les sauvages s'étaient soulevés; le chef des cris, Gros-Ours, avait attaqué le Fort Pitt et forcé la garnison à l'évacuer précipitamment, la nuit, pour se réfugier à Battlefo

La révolte des métis et des sauvages, annoncé ttawa, y retentit comme un coup de foudre. Le parti fut vite pris d'écraser la résistance armée de Riel ot des siens. Lo général Middleton fut chargé, avec une armée de 6.000 hommes, 8 canons et 2 mitrailleuses, de réduire l'ennemi, Les troupes, après avoir traversé une contrée marécageuse ct déserte et transportant, sur des centaines de charriots et d'attelages, les vivres nécessaires à leur subsistance, trouvèrent , en face d'eux trois cents métis, dont deux cents seulement étaient armés, et cinq cents sauvages, manquant de vivres et de munitions, mais convaincus de la bonté de leur cause et bien décidés à la défendre de toute leur force.

« Parvenu sur le terrain des opérations, Middleton forma trois colonnes ayant pour point de départ la ligne du Pacifique. La première devait marcher sur Batoche, où Riel et Dumont avaient concentré leurs forces; la seconde. allait dégager Battleford cerné par les sauvages; la troisième recevait l'ordre de gagner le Fort Edmonton et de disperser les rebelles qu'elle rencontrerait aux alentours.

« Le 6 avril 1885, lu première colonne, partie de la station de Qu'Appelle, marchait sur Batoche en suivant le cours de la Saskatchewan, le long de laquelfe les métis la laissèrent s’avancer sans l'attaquer ou enlever ses convois qui n'étaient pas escortés. » (1)

Dumont proposait d'aller au devant de la colonne de Middleton et de la barceler pendant la nuit.Riel ne fut pas tout d'abord de cet avis, mais, sur les insistances de son lieutenant, il le laissa partir. .

Dumont, emmenant avec lui deux cents hommes, tint d’abord en échec, dans un premier combat, l'avant-garde ennemie. Les métis combattaient blottis dans des trous et tirant avec leur adresse habituelle. L'artillerie ne les avait pas ébranlés et leurs pertes ne s'élevèrent :qu'à onze tués et. dix-huit blessés, pendant que Middleton voyait tomber plùs de cinquante de ses soldats. > ,

« Après avoir longtemps attendu des renforts sans être inquiété, Middleton

. reprit sa marche sur Batoche, dont les shétis couvraient les approches. Pen-

dant trois jours, toutes ses attaques vinrent se briser sur les positions occupées par Dumont et ses compagnons,'que l'épuisement et le défaut de munitions obligèrent enfin à la retraite. Perdant trois jours ils avaient résisté à des forces dix fois supérieures, dont tous les assauts, appuyés par #artillerie, . avaient échoué contre leurs retranchements improvisés. "Riel, aü”. cours de cette lutte opiniâtre, se promenait avec son crucifix devant la ligne des métis, encourageant les combattants. Ayant pu s'échapper au dernier moment, il puise. livrer trois jours après au général anglais » (2). Dumont se ‘réfugia aux ats-Unis. .

() La Nouvelle France, Eugène Guénin.

@) La Nouvelle France, Eugène Guénin.

Pendant ce temps, les deux autres colonnes avaient réussi à dégager Battle. ford et Edmonton; Gros-Ours, le chef des Cris, était prisonnier.

Le 20 juillet,:le procès de Riel s'ouvrait à Regina. Le 4 août, le jury rendait un verdict de’culpabilité « en recommandunt lecondamné à la clémence de la Cour ». Le juge Richardson ne tint pas compte de cette recommandation et prononça une sentence inexorable. La Cour du Banc de la Reine, à Winnipeg, confirma le jugement. Un recours fut alors adressé au Conseil privé de Lonàres, peñdant que le sursis accordé à Riel était prolongé, d'abord jusqu'au 16 octobre, puis jusqu'au 10 décembre. .

Rien n'y fit. Riel fut exécuté le 16 novembre 1885. Interrogé par le shérif sur la disposition de ses biens, il répondit : « Je n'ai pour tout bien que ceci — il désignait son cœur — et ceci je l'ai donné à mon pays il y a quinze ans ». (1)

La révolte des métis était terminée.

Le calme étant revenu, l'immigration augmenta peu à peu. Déjà de nombreux colons s 'établissaient sur les lots donnés per le Gouvernement, le Pacifique Canadien était terminé et plusieurs embranchements commencés; le pays prospérait rapidement et l'on pouvait penser à transformer les districts, créés en 1882, en provinces nouvelles, autonomes comme les anciennes.

En 1886, un acte autorisa le Parlement canadien à organiser la représentation électorale des territoires faisant partie de la Confédération, mais rion encore compris dans les limites des provinces. En 1887, les territoires furent représentés pour la première fois à Ottawa; trois membres y étaient envoyés par la Saskatchewan. La même année, le dernier Conseil du Nord-Ouest, composé de vingt membres, quatorze élus et six nommés, fut tenu à Regina. En 1888, l'Acte des Territoires du Nord-Ouest créait une Assemblée législative de vingt-deux membres élus et trois nommés. En 1891, il y eut lutte pour le droit de contrôle, des dépenses, mais ce droit fut finalement accordé au peuple. En 1897, des pouvoirs plus étendus furent donnés à l’Assemblée et un Cabinet fut formé. En 1905, enfin, la province obtenait son autonomie el l'Hon. Walter Scott était élu premier ministre de la Saskatchewan (2).

Aujourd'hui il ne se livre plus que de pacifiques combats économiques; une

noble émulation pousse le village à devenir ville et la ville cité. C'est là de |

l'histoire actuelle; le temps des grandes explorations est passé, les violences sont finies, et le fermier, en faisant sortir du sol des moissons abondantes, n'entrevoit qu'une ère de paix et de prospérité.

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