CHAPITRE XVIII Les Indiens
Les premiers habitants des plaines de la Saskatchewan, les Indiens, se divisaient en quatre « nations » principales : les Saulteux, qui parcouraient
4) La Nouvelle France, Eugène Guénin.
(2) Province of Saskatchewan handbook, 1912.
la partie scplentrionale de la province jusque vers Battleford, dans lo süd; les Pieds-Noirs, qui occupaient le pays à l'ouest el au sud de la rivière Bataille: les Sioux, dans le sud de la province et le nord du Dakota, et les Cris, dans la vallée do la Saskatchewan.
Au fur et à mesure que les colons, partis de la Rivière Rouge, s'évançaient vers l'ouest, le bison, dont dépendait l'existence des Indiens, disparaissait rapidement. Qu'allaient devenir les tribus errantes ? Le Gouvernement devait trouver le. moyen d'assurer leur subsistance. Après de longues négociations, les aborigènes acceptérent de s'établir sur des « réserves » dont les superficies seraient calculées à raisdn de un mille carré pour une famille de cinq personnes. En outre, le gouvernement consentait à payer des :annuités perpétuelles de $ 5 par tête à chaque indien, homme, femme et'enfant; plus un salaire annuel de $ 25 à chaque chef. Des instruments agricoles, des bœufs pour le labour, du bétail destiné à former des embryons de troupeaux, des grains de semence, du fil pour les filets de pêche et quelques autres menus objets étaient aussi procurés. Puis le Gouvernement nomma des instructeurs dans chaque réserve, en proportion du nombre des habitants, pour enseigner aux Indiens les travaux de la ferme, dresser des charpentiers et des forgerons ‘ et les aider tous d'une ani générale. Les Indiens reconnaissent dans ces instructeurs-leürs meilletrs amis et leurs plus sûrs protecteurs. Les traités
pourvoient à l'établissement d'écoles pour l'éducation et l'instruction indus-
trielle des enfants. Enfin des mesures sévères sont prises pour prohjber l'entrée de l’eau de feu dans les réserves. (1):
La plupart des Indiens actuels appartiennent à l'ancienne nation des Cris; le resta est composé de bandes de Saulteux et de Sioux.
Les réserves sont nombreuses, situées. principalement le long de la Saskatchewan du nord et dans la partie sud-est de la province, souvent très éloignées
Îles unes des autres ‘et, en général, peu peuplées. C'est par exception que la
bande des Kopwayawakenum compte 931 membres; la moyenne des autres bandes est de 200 environ; les plus petites habitent la réserve du lac aux Grenouilles n°* 121 et 122 et ne comprennent que 51 Ooneepowhayo et 24 Puskéeahkeewein.
On comptait, au recensement de 1911, 11.718 indiens dans Ja province de Saskatchewan, se répartissant ainsi par districts :
Assiniboia. ......,.. .*. 292 Battleford. . . . . . . .-. . . 3.363 Humboldt . .. ....... 1.013 Mackenzie. ........... 496 N 8 7 Moosejaw. . . :....... 43 * Prince-Albert, f........ 4.622 Qu'Appelle: .......... 927 Regina. ........... 245 Saltcoats. .. . . . . . . .. 637 Saskatoon. ......... s.. 110 Total. . ....... 11.718 7
@) Province of Saskatchewan handbook, 1912.
: — 5 — CRT
Si l'on rapproche ces chiffres de ceux donnés par le « Rapport annuel du départoment des affaires des sauvages », on trouve une assez sensible différonce; © rapport estime en effet la population indienne de la Saskatchewan à 9.545 habitants. (1)
Quoiqu'il en soit, nous pouvons nous rendre compte que cette population est de peu d'importance gomme nombre. Mais, contrairement à ce qui se pass dans d'autres parties du Canada, notamment dans les Territoires du Nord-Ouest, le Manitoba et l'Ontario, la population indienne s'accroit assez rapidement. « Le nombre des sauvages qu’il y a au Canada est toujours un sujet intéressant. Les statistiques ne confirment pas l'opinion générale que les sauvages disparaissent graduellement et dans tous les endroits où ces derniers ont traversé la période d'épuisement que rencontre nécessairement toute race
‘aborigène venant en contact avec la. civilisation, il est constaté que la popu-
lation, ou bien se maintient, stable, ou bien s'accroît ». (Rapport annuel sur les affaires des sauvages, 1911). En 1909, on comptait en Saskatchewan 7.971 sauvages, en 1910, 8.990, en 1911, 9.439, en 1912, 9.545. (Chiffres des rapports annuels sur les affaires dds sauvages). Pour l'agence de Carlton seule, on sait que la population a passé de 889 en 19Q4 à 1.071 en 1911, soit une augmentation de 20 %. (2). .
La superficie des réserves indiennes est de 1.140.286 acres.
Les Indiens habitent, le plus souvent, des maisons l'hiver et vivent sous la tente l'été. La plupart des maisons sont construites en billots et recouvertes de toits de bardeaux ou de terre, quelques-unes sont bien éclairées et contiennent des meubles passables. Malheureusemnit, les constructions sont, en général, grossières, en raison de l'habitude qu'ont les Indiens de travailler isolés: s'ils se prêtaient la main mutuellement, leurs bâtisses seraient plus solides et plus confortables. Une autre difficulté vient s'ajouter, dans la montagne de l'Orignal, à l'établissement de demeures permanentes : quand un décès survient dans une maison, les Indiens l'abandonnent, et, dans neuf cas sur dix ils la démolissent et la reconstruisent, souvent à quelques perches du site primitif. Les Sioux de Moose-Jaw, qui n'ont pas de réserve, conservent l'ancienne habitude de vivre sous la tente toute l'année.
(1) La répartition par religion donne : 3.346 catholiques romains, 2.623 anglicans, 1.781 païens, qt quelques centaines d’autres chrétiens.
(2) « La théorie de la diminution graduella et fatale, à laquelle les récits des voyageurs et l'impression même des habitants du pays semblaient donner un caractère absolu de certitude, n’est à vrai dire que le résultat d’une illusion dont'l’explication est d’ailleurs fort simple. La population indigène, nomade et réduite pour subsister aux ressources précaires et limitées de la chasse et de’ln pêche, ne pouvait augmenter, même en pleine paix, que dans une mesure très restreinte, tandis que la population blanche, sédentaire et agricole, s’accroissait en proportion géométrique, grâce à l'immigration et à des conditions plus avantageuses d'existence. Il suit- de là, que telle région où en 1700 on eût trouvé cinq peaux rouges pour un visage pâle, contenait déjà en 1783 vingt visages pâles et toujours cinq indiens. Aujourd’hui, lors même qu'ils n’ont pas été déplacés et cantonnés dans quelque « réserve », Îles six ou sept descendants de ces cinq Indiens disparaissent inaperçus au milieu des quatre ou cinq cents visages pâles ». Chez les Français d'Amérigue, H. de Lamothe.
ente, sont purifiées par l'air frais lement blanchies à la chaux, avant le rcui fait le plus de ravages est la tuberculose.
Les maisons, abandonnéck l'été et, à l'automne, elles sont préal tour des habitants. La maladie
Les principales dccupations’des Indiens sont l'agriculture, l'élevage des bestiaux, la chasse et la pêche. Quelques-uns travaillent aussi pour les colons et les compagnies industrielles. D'autres gagnent leur vie dans le commerce du
bois, du foin, des piquets et des racines de sénéga, qui servent pour les préparations pharmaceutiques. Les femmes emploient leurs loisirs à la confection de souliers de peau, d'ouvrages de plumes, de robes. :
Les Indiens sont, pour la plupart, ambitieux, industrieux et soumis à la loi; plusieurs sont paresseux. « Ils admettent volontiers leurs erreurs passées et n'ont pas leurs pareils pour former des projets d'amélioration et de développement, mais ils manquent de méthode et de persévérance dans le travail. Ils
“semblent incapables de concentrer leur énergie sur quoi que ce soit assez longtemps pour réussir ». ° -
‘L'éducation des Indiens est aujourd'hui très bien'organisée. Pour l'exercice finissant le 31 mars 1912, il a été dépensé, dans ce but, dans la province un total de $ 147.385,92.
On compte 19 externats (12 de l'église d'Angleterre, 3Yatholiques romains, \ 4 presbytériens), ayant un nombre total d'élèves inscrits de 347 et une assis-
tance Ne 188. | |
Il y a 13 peñsionnats (7 catholiques, 3 de l'église d'Angleterre et 3 presbytériens), ayant un nombre total d'élèves inscrits, de 595.et une assistance moyenne de 510. $
. EXfinN] existe 2 écoles industrielles, une catholique et une de l'église d'Angleterre, ec un. nombre d'élèves inscrits de.306 et une assistance moyenne de 272. ‘
En plus desours ordinaires et de l'hygiène, on apprend aux garçons les soins à donner ax animaux, les travaux de la laiterie, la culture, le jardinage; aux filles, la manière de tenir une maison dans tous ses détails, la cuisine, la fabrication du pain, la traite des vaches, la fabrication du beurre, la couture, le tricot, la confection. Mais la: patience des maîtres est mise à une rude épreuve et les progrès sont généralement lents.
* Quant au résultat général de l'éducation et à son influence sur la vie de la réserve, il est difficile d'en avoir une idée juste. Les élèves qui ont des parents intelligents, respectables et industrieux, pourront suivre une bonne. voie, mais dans le cas contraire ils redescendront au niveau de la tribu. 11 arrive même que dans les réserves où. les populations sont purement païenñes : on rit de leurs habitudes civilisées, on les insulte en leur disant qu'ils singent les blancs et ces moqueries les contraignent à reprendre la couverture des ancêtres et les anciens usages. Mais, durant ces dernières années, la période critique paraît avoir été atteinte et les anciens élèves des écoles ‘com-
. Prennent-que leur bien-être dépendra largement de leur propre ambition et de leur ésprit de progrès. -
\ | La valeur des terres en réserve est estimée à $ 9.320.460 (1). Les lerrains un culture s'étendant sur 16.770 1/8 acres ont produit 345.972 4 boisseaux de grains et racines; la récolte du foin s'est élevée à 44.094 tonnes.
La valeur des produits de la ferme, y compris le foin, a été évaluée à 8 257.719,80 et les recettes provenant de la pêche sont montées à S 76.961,45, celles de la chasse à $ 179.533,40.
Les documents officiels ne nous renseignent presque pis que lee a pas sur les métis. Nous nous contenterons de citer, sur eux, quelques extraits des pages que M. H. de Lamothe leur a consacrées dans son livre, si plein de faits, Cinq mois chez les Français d'Amérique. « Physiquement, les métis sont une race de fort beaux hommes, grands, forts, bien faits, au teint plus ou moins foncé suivant la proportion de sang indien qui coule dans leurs veines. Ce sont d'intrépides et d'infatigables voyageurs, ils étonnent les étrangers par leur force el leur agilité ». Ils sont très intelligents et ceux qui ont eu l'occasion de s'instruire ont montré en général des talents remarquables; ils apprennent les langues ‘avec beaucoup de facilité. Un des traits saillants du caractère des métis français, c'est leur extrême politesse, de plus ils sont très hospitaliers. Leur patience est à toute épreuve et ils ont à un haut degré l'amour de leurs familles. Leurs défauts principaux sont l’imprévoyance, une certaine instabilité de caractère, le peu de goût pour le travail sédentaire et la passion du plaisir, que celle-ci s'appelle le jeu ou l'ivrognerie.