CHAPITRE XXII
Conditions générales du Travail (4)
La main d'œuvre peut se diviser en trois classes :’ ouvriers de ferme, artisans, inexpérimentés (unskilled). Les ouvriers de ferme étaient, dans Je passé, à pen près les seuls-demandés, mais le développement de l'industrie, de dat toute récente, nécessite aujourd’hui, pour le bâtiment, la construction des chemins'de fer et l'exploitation des bois, un nombre grandissant d'ou-.
* vriers. .
Les travaux de la ferme l'emportent encore de beaucoup, cependant, sur, l'industrie. Les hommes sont très sauvent employés toute l'année; ou’ bien d'avril à octobre, ou seulement pendant la saison des récoltes. Les ouvriers ‘agricoles sont toujours nourris et logés; ceux qui sont engagés pour toute l'année touchent de 8 18 à 8 30 par mois. Ce dernier chiffre est raremgntatteint cependant; un bon travailleur doit compter sur une moyenne de $ 25 par mois. Pour un engagement de huit mois, les gages mensuels sont s haufs, $ 25 à $ 40; enfin ceux qui ne travaillent que pendant la période dé la moisson seulement gagnent de $ 35 à $ 50 ou $ 2 à $ 3 par jour.
Pendant l'année 1911, il est venu -de l'est 28.214 moissonneurs pour Îles provinces de l'Ouest. Sur ce nombre 21.491 ou 76 % élaient destinés à la Sas-
. katchewan contre 74 % en 1910 et 65 % en 1909. 11 faut y ajouter 1.011 ou-
vriers venus des Etats-Unis, ce qui porte, la total des travailleurs agricoles supplémentaires, pour la moisson, à 22-502, chiffre jamais égalé jusqu'à ce jour. ; ’ -
En 1911, les moissonneurs. gagnèrent $ 2,50 par jour. au commencement de - la saison, mais les gains s'élevèrent par la sue à 5 3 et dans quelques districts à 53,25 pendant la fin de l’année. :
Comme chaque année, un grand ÿombre-des arrivants de l'est, allèrent, en 1941, dans les grandes ‘cités, en dépit des efforts faits pour les diriger vers les centres ruraux. C'est ainsi que Regina, Moosç-Jave et Saskatoon reçurent 13.334 persgnnes ou 65 % du total arrivé dans la province. 4
Dans les cités et les villks les plus importantes de la province, il y a, au printemps et pendant l'été ét l'automne, une demande croissante d'ouvriers pour la construction des maisons. Mais cette demande n'est jamais régulière,
(1) La plupart des renseignements contenus dans ce chapitre sont extraits du S$eventh annual report of the department of agriculture of the nrovince of Saskatchewan, 1911.
clle dépend des conditions générales de. la saison: Les artisans qui ont | intention de venir en Saskatchewan feront donc hien, avant leur départ, de se procurer des informations sérieuses en ce qui concerne leurs spécialités.
La journée de travail est en général de 10 heures; dans quelques endroits elle est un peu moindre. Les prix payés, à l'heure, pour les différents métiers “sont les suivants : maçons, 50 à 60 cents; charpentiers, ‘35 à 40 cents; platriers,
50 à 55 cents; électriciens, 30 à 40 cents; peintres, 30 à 40 cents; plombiers,
,45 à 50 cents; travailleurs à tout faire, 17 4 à 22 cents.
En plus des besoins, toujours croissants, pour les travaux ‘de la forme, jes travailleurs, sans profession spéciale, peuvent aussi trouver un emploi, pendant les mois d'été, dans les cités et les villes. Ils peuvent s'engager dans la construction ou .les entreprises urbaines, telles que : canalisation d’eau, égouts, pavage, etc. Beaucoup d' hommes, notamment les célibataires, vont dans les chantiers à bois de la Saskatchewan septentrionale, pendant les mois d'hiver; ils y restent souvent même tonte l’année. Il y a’aussi les entreprises ‘de construction de chemins de fer qui utilisent beaucoup de main d'œuvre, mais elles s'adressent principalement à des entrepreneurs de Winnipeg ou des provinces de l'est. Cependant les colons établis sur leurs homesteäds ct possédant un attelage peuvent être engagés dans ces entreprises et augmenter ainsi les revenus de leurs travaux agricoles qui sont toujours peu élevés au début.
Les domestiques servantes sont toujours très demandées; leurs gages fe vent, en moyenne, à $ 15 par mois.
.Le contrat de ‘travail est régi et protéré, en Saskatchewan, par des lois très
favorables aux ouvriers. Un acte des manufactures garantit au personnel les -
conditions nécessaires de sécurité, de commodité et ‘de santé. La province a aussi reconnu le droit à l'indemnité pour les ouvriers victimes.d’accidents du travail et a récemment inséré dans ses statuts un acte consacrant ce principe.
Un bureau du travail a été créé pendant la session législative 1910-1911. Son objet est de réunir toutes informations et statistiques se rapportant aux emplois, gages et heures de travail, grèves et autres conflits, unions et organisations de travailleurs, la coopération, les relations entre le capital et le travail et tous sujets intéressant à la fois les employeurs et les employés; il fournit aussi tous renseiznements à- ceux qui font des recherches sur la question- du travail en Saskatchewan. .
Ce bureau a assuré du travail à 25.000 moissonneurs en 1911.
Les inspecteurs des manufactures se plaisent à constater que, d'une manière générale, les nouveaux établissements possèdent le matériel le mieux installé pour la sécurité des employés.
” Les principaux ‘actes protégeant le travail sont énumérés ci-après : L'acte des maîtres et serviteurs (Masters’ and servants' Act) garantit prati-
.quement les gages de tous les employés de la province. Il leur vient en aide
en cas de mauvais traitement et de renvoi injustifié.-Le tribunal de police ÿ correctionnelle peut soustraire les employés aux conditions injustes qui leur
Pal
sont imposées et ordonner que les employeurs leur paient, en plus de ce qu'ils leur doivent, une somme ne devant pas dépasser le montant de quatre semaines de gages. . .
Par l'acte pour la garantie des gages des ouvriers (Mechanics' Lien Act) qui - a été amendé, sur plusieurs points importants, depuis la formation de la province, le plus humble des travailleurs est muni d'un droit sur les constructions ou les terres de l'exploitation où il travaille, pour la garantie de ses gages.
Les travailleurs des chantiers à bois, dans la partie septentrionale de la province, forment une fraction importante de la classe ouvrière. L'acte pour la garantie des gages des bûcherons (Woodmen's lien Act) a été promuigué pour assurer leur protection. Il crée, en leur faveur, un droit sur tous les bois sur lesquels ils travaillent.
L'acte des batteurs de grains (Thresher employees’ Act) est destiné À protéger le grand nombre d'hommes qui s'engagent, chaque automne, dans ces importants travaux. Il donne aux employés un droit de priorité Sur l'argent provenant des opérations de battage. Autrefois il arrivait fréquemment qu'un employé perdait ses gages parce que le propriétaire- de la machine, l'ayant achetée à crédit, avait préalablement transféré tous ses gains à venir à la compagnie venderesse; quand le battage était terminé, la compaghié intervenait et réclamait pour elle tous les profits. Cette manière de procéder étant maintenant impossible; les employés sont toujours certains de toucher leurs gages.
L'acte des manufactures (Factories Act) qui a été dernièrement promulgué est un des rouages importants de la législation protectrice du travail. Il prohibe, d'une manière absolue, l'emploi, dans les manufactures et usines, (les enfants au-dessous de 14 ans et il limite les heures de travail des femmes et enfants. De plus il édicte des règles, soigneusement conçues, pour protéger ‘’la santé et garantir la sécurité personnelle de tous les employés. L'observation ‘de ces règlements est assuré par un inspecteur.
Le fravail des enfants est très surveillé. L'action des inspecteurs est secondée, en certains endroits, parles comités des écoles, en vue de prohiber l’entrée des enfants, dans les manufactures, avant l’âge de 14 ans. Maïs, malgré | les moyens coercitifs actuels, les résultats obtenus ne sont pas partout satisfaisants et on songe à promulguer une loi spéciale concernant le travail des enfants en Saskatchewan. C'est: qu'en effet il y a d'autres endroits que les manufactures ef les usines où ils sont employés et où il est souvent difficile de les surveiller, par exemple quand ils occupent les emplois suivants : groom, commissionnaires, garçons d'élévateurs, domestiques,, nourrices, apprenties, modistes et couturières. : Se
AS
L'acte réglementant les mines de charbon (Col mines regulation Act)-prévoit que la ventilation, l'inspection et l'hygiène seront scrupuleusement praiiquées et que, d'une manière générale, tous les travaux miniers seront toujours exécutés en tenant compte de la santé, de la sûreté personnelle et: des commodités des employés. Toutes les mines en exploitation doivent être inspectées, au moins trois fois par ah, par un ingénieur des mines compétent.
D'après les stipulations de l'acte des mines, tous les directeurs de mines et contre-maîtres spécialistes doivent passer un examen et posséder un certifcat de compétence pour qu'il leur soit permis d'accepter une position dans une mine. Le petit nombre d'accidents survenus dans les mines de la province est‘ la meilleure preuve de l'efficacité des règlements miniers en Saskatchewan.
L'acte des chaudières à vapèur (Steam boiler Act) ordonne non seulement une installation convenable des chaudières et leur surveillance par des méca-
iciens compétents, mais il s'occupe aussi de leur construction. Cet acte est
‘une importance exceptionnelle pour une province possédant. plus de 5.000
atteuses se servant de chaudières à vapeur et auxquelles sont ‘attachés envi-
nn 10 hommes pour chacune,
L'acte des accidents du,travail (Workmen's compensation Act} appliqué à la Saskatchewan est bas sur le principe de l'English Act de 1897; avec des améliorations. Il s’appli ue à tous les salariés dans toutes Îes entreprises :
chemins de fer, usines, mines, carrières, travaux mécaniques, constructions,
etc. Il donne aux ouvriers un droit de dédommagement sur leurs employeurs pour les blessures provenant d'accidents survenus pendant le travail. En cas de mort l'indemnité est payée à ceux qui étaient à la charge du travailleur.
L'indemnité est toujours due par le patron, que la blessure provienne ou non
de négligence.
A l'exception des fraternités des chemins de fer, l’organisation ouvrière est de date récente en Saskatchewan; elle ne fit de notables progrès qu'à partir de 1906. C'est dans les années qui suivirent que l’on vit s’accroître les unions en nombre et en force. Dix unions furent organisées en 1906, 7 en 1907, 4 en 1908, 9 en 1909, 5 en 1910 et 8 en 1911. Ajoutées aux rares groupes créés de 1890 à 1906, elles représentaient, en 1911, 49 organisations différentes comprenant un total d'environ 3.000 membres. :
L'absence de grève, lock out ou autre conflit de travail sérieux dans la pro. vince, en 1911, est la meilleure preuve dela prospérité de la Saskatchewan. Cela ne s'était pas produit depuis 1907. Il est vrai, cependant, que la grève générale survenue à la suite du lock out des mécaniciens et chaudronniers du Grand Tronc Pacifique affecta un certain nombre de travailleurs. en Saskatchewan, mais comme le conflit s'étendit aux trois provinces de l'Ouest et prit naissance à Rivers, dans le Manitoba. le Bureau du travail n'eut pas qualité pour intervenir. Cette grève n'atteignit que 30 hommes environ dans toute la province, habitant presque tous la ville de Melville.
Deux ou trois fois, pendant l'année 1911, des différends s'élevèrent bien en- .
tre employeurs et employés, mais, dans chaque cas, le conflit fut réglé avant d'en arriver à l'état aigu. Dans un ou deux cas le Bureau agit comme médiateur. En passant une annéé sans se voir infliger les embarras et, souvent, la misère qui accompagnent toujours les grèves et les lock outs, la province de Saskatchewan peut être donnée en exemple. Elle a eu le bonheur d’être Ja seule province de la Puissance, à l'exception de l'île, du Prince-Edouard, exemptée des luttes entre le capital et le travail. ÿ
En 1911, il y eut, pour tout le Canada, 98 conflits de travail. Sur ce nom-
bre, 42 eurent lieu dans l'Ontario, le reste se répartit comme suit : 19 dans le :
rt
Québec, 13 en Alberta, 11 en Colombie Britannique, 6 dans le Manitoba, 4 dans le Nouveau-Brunswick, 1 en -Nouvelle-Ecosse ct 2 qui affectèrent plus .d'uns province, .
Quoiqu'il n’y eut pas, dans la province, de grève ni de lock out, pendant 1911, il ne s'ensuit pas nécessairement que les travailleurs n'améliorèrent pas leur sort. Ils obtinrent, au contraire, pour leurs travaux, d'aussi bonnes conditions que leurs camarades des provinces sœurs et des avantages équivalents, soit dans la diminution des heures de travail, soit dans l'augmentation de la paye.
Nulle protestation ne s'est encore élevée, ni parmi les employeurs, ni parmi les employés, contre aucun des principes consacrés dans les lois régissant le travail en Saskatchewan. Les uns et les autres ont compris que la législation en vigueur est basée sur de larges principes développant et améliorant tout à la fois leurs intérêts et ceux de toute la province.