ST-JEAN-DE-SIXT
alors qu'il s'agissait de Dieu, non du prélat, autant il voulait pour lui de forte et décente simplicité. Le même sentiment de pudeur et de réserve l'empêchait de se livrer aux peintres de portraits, et c'est pour cette raison que nous n'avons pas une belle effigie de cet homme, qui vécut au temps de Fourbus et des jolis crayons à la sanguine de l'Ecole de Clouet. S'il avait pu, il aurait abrité son pauvre repas, comme François d'Assise, dans un tombeau étrusque. Un jour de l'automne qui précéda sa mort, il se rendit à l'ermitage de Saint-Germain, au-dessus de l'abbaye de Talloires ; et de là, découvrant Annecy, les Bauges, le Jura, les châtaigneraies, les eaux bleues, les sentiers qui avaient guidé sa course solitaire, les maisons tournées vers le lac, il ne put s'empêcher de s'écrier : « Que ne sommes-nous pour ne plus partir de ce lieu ! » Il marquait ainsi qu'il éprouvait quelque lassitude et qu'il désirait trouver une retraite où désormais oublié, silencieux, il eût établi les dernières années de sa vie dans la sérénité ; et, se rappelant que saint
Germain, ayant fiché sa le grand-bornand
canne en terre pour faire oraison, avait oublié de la reprendre et retrouvé, le lendemain, à la même place, un bel aubépin, il songeait que certaines pensées ne peuvent éclore que loin du monde et que la solitude est propice à de tels épanouissements...
Tâchant à concilier son mysticisme et son besoin d'activité, il restait un peu malgré lui l'homme de son temps et apportait, même dans les habitudes du monastère qu'il voulait édifier, le goût de son siècle. Il suffit, pour le bien comprendre, d'aller de cette chapelle de la Galerie à la maison qu'il occupa dans la rue Sainte- Claire, quand il eut quitté l'hôtel Lambert, de l'année i6iojusqu'à