‹ La Savoie (volume 2)Chapitre 34 sur 54 · SIGNATURE DE MADAME DE WARENS · texte numérisé non relu

SIGNATURE DE MADAME DE WARENS

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buis ; au milieu des plates-bandes, il y a une pièce d'eau avec des poissons et des cygnes, et les paons se pavanent, faisant la roue de leurs belles queues déployées en éventail. Les cavaliers et les dames cheminent au gré des allées régulières, les dames s'inspirant des parterres pour les dessins de leur broderie, les cavaliers se baissant pour cueillir les fleurs prédestinées à l'amour, qui ont des noms tendres, caressants pour l'oreille comme pour le cœur, la pervenche, l'églantine, le chèvrefeuille, l'aubépine, la collerette de la Vierge, l'ancolie qui agite au vent ses bonnets de folie, la pâquerette, l'œillet du poète, la petite pensée sauvage, la marjolaine, l'amarante qui surpasse le velours, la rose trémière rapportée d'Orient et pareille à la canne enrubannée d'un pèlerin, la rose d'automne, pleine de langueur et souvent mal défendue. Ils retrouvent dehors, sous le ciel bleu, une parure de préciosité en harmonie avec leur demeure et, tandis qu'ils égaient leur maison d'une fleur choisie, le jardinier pour eux transporte dans la nature un peu de l'idéal qui flotte dans les romans et les livres... Bientôt les précieuses, au sortir de la chambre bleue d'Arthénice, iront dans ces parterres galants, devisant, prenant parti pour un sonnet ou contant fleurette en tressant la guirlande de Julie; bientôt, le jardin Conrart de la Cléîie sera l'Académie française,

le verger des trouvères ^^^ cerises, d'après une estampe

1 • 1 ^ d'augustin le grand

une saulaie pour les troubadours, la gloriette un bosquet touffu, désordonné, où Jean -Jacques voudra égarer Madame de Warens, une charmille où Lamartine conduira les pas chancelants d'Elvire.

François de Sales, en fréquentant à l'Académie florimontane, se créait ainsi un jardin imaginaire, à l'unisson de ses tendances, et, pareil au héros du Roman de la Rose, il venait cueillir dans un verger la fleur que défendent les abstractions. Ce fut, pour l'Académie florimontane et pour lui, un véritable deuil quand, le six juillet de l'année i6io, le président Favre quitta l'hôtel de la rue Sainte- Claire pour aller à Chambéry, où le duc Charles- Emmanuel I" venait de le

nommer président du Sénat de Savoie. L'évêque d'Annecy voulut l'accompagner à cheval, de même qu'au jour des Rameaux il avait été à la rencontre de Madame de Chantai, à la tête d'une escorte de vingt-cinq cavaliers ; et, sur la même route, songeant que « partir, c'est un peu mourir», et que tous ces départs conduisent à l'adieu suprême, ils en vinrent

à se séparer, se retournant encore sur leur monture pour se faire un geste d'au revoir

François de Sales revint seul cette fois, pensant que dans la même année ses meilleures affections lui avaient été dérobées, que nous payons chaque enthousiasme, chaque sentiment d'une douleur, et que pour ne pas souffrir il faudrait rester indifférent. De même que les pensées heureuses se recherchent et se groupent à la moindre joie, de même les tristesses et les peines se donnèrent rendez-vous ce soir-là dans son âme.

Le président Favre, en le quittant, lui avait laissé en manière de souvenir l'hôtel qu'il avait acheté lui-même du neveu de Gallois Regard, et François de Sales, jusqu'à ses derniers jours, allait vivre dans une atmosphère qui lui était familière et s'attacher davantage à une demeure où le retenaient tant de liens. Pour se distraire de ses préoccupations, il se mit à travailler à son Traité de l'amour de Dieu, « dans un style non seulement instructif, mais affectif», essayant, disait-il, d'en écrire autant sur son coeur, comme il le faisait sur le papier. D'ailleurs, la séparation n'était pas absolue et,

jusqu'à la fin de sa vie, il ne devait jamais négliger ses amis, le président lui-même, qu'il reverrait à Chambéry, au cours des carêmes qu'il y prêcherait, et son fils René, et Camus, évêque de Belley, et Honoré d'Urfé, qui habitait alors à Virieu-le- Grand.

René Favre s'était fait construire à Promeiry un château où l'on reconnaît le sillage de cette Renaissance allégorique et parfumée. Un ravin boisé le sépare de Monthoux, qui appartenait à la marraine de François de Sales, et les deux gentilhommières, dressées sur une esplanade, sont tournées vers la plaine des. Fins, au delà de laquelle on aperçoit Annecy et le Semnoz. On traverse un petit village, tranquille, boiteux et fantaisiste à souhait, et l'on arrive dans une cour de ferme plantée de beaux platanes. Une porte en auvent s'ouvre sur un petit jardin fouillis, un vrai jardin de curé, où les fleurs et les fruits se mêlent comme dans la devise de l'Académie florimontane; des poiriers, des pommiers alternent avec le feuillage pourpre d'un prunier de Pissardie ; un arceau de roses se courbe vers un buisson de phlox et, dans le feuillage léger d'un acacia, monte le plomb

d'un épi de faîtage. C'est une antichambre de silence MUSÉE d'annecy :

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