LA SALLE A MANGER DU PRESBYTÈRE DE BOSSEY
une chartreusine, à Mélan ; trois couvents de dominicains, à Genève, Coppet, Annecy ; un de cordeliers, à Genève ; un prieuré conventuel de chanoines du Saint-Sépulcre, dans un faubourg d'Annecy ; deux autres de l'ordre de Cluny, Saint- Victor de Genève et Contamine-sur-Arve ; trois collégiales, Annecy, Sallanches et les Macchabées de Genève ; deux ermitages de Saint- Augustin, Lonnaz et Seyssel; deux plébanies, Thônes et La Roche; toute une organisation de maladiéres, d'hôpitaux, d'écoles et de péages, une légion d'hommes et de femmes qui, en somme, à une époque de force, représentent les droits de la pensée et de la pitié, qui tous prennent leur mot d'ordre au palais épiscopal et tournent les regards vers l'anneau des évêques qui ont précédé les réformateurs.
En un temps où les comtes du Genevois se battent avec ceux du Faucigny, où les comtes de Savoie, déjà maîtres du Chablais, de la Maurienne et de la Tarentaise, guettent les fautes et l'héritage des deux adversaires, où une hiérarchie de vassaux et de suzerains morcelle à l'infini la Savoie féodale, où leurs possessions sont à la merci tantôt du roi de France, tantôt de l'empire, où les ducs de Savoie s'allient par des mariages à l'un ou à l'autre, hésitent entre les deux capitales de Turin et de Chambéry, où leur domaine est un champ de bataille, le diocèse de Genève représente, mieux encore que le duché de Savoie, une province homogène, obéissant à un prince temporel et spirituel et liée à lui par des obligations morales et réelles.
Que Genève, inquiétée dans son commerce par les ducs de Savoie qui, en interdisant ses foires à leurs sujets, voulaient être agréables au roi de France et favoriser le commerce de Lyon, ait conclu avec Berne et Fribourg des traités de combourgeoisie et, suivant une expression dont je n'ai pas vérifié la justesse, « se soit faite protestante pour secouer ses chaînes » ; que, scandalisée par des abus de prêtres ou de moines, elle ait entendu avec plus de sympathie la parole d'un Calvin qu'elle avait chassé tout d'abord ; que, menacée dans l'indépendance qu'elle s'efforçait de conquérir,
elle ait identifié les mercenaires qui tentaient de l'enlever en un tour de main avec les habitants de Savoie qui avaient eu peu de part à l'entreprise; que, pour des raisons commerciales, politiques ou religieuses, et confondant la cause des évêques et celle des ducs de Savoie, elle se soit détachée des évêques, je n'ai pas à le discuter.
Certes, il y a