CHATEAU DE LA SERRAZ ! LA SALLE A MANGER
retenons celui de Warens. Toute sa vie Jean-Jacques a pensé à cette remme, même quand elle n'avait plus toute sa jeunesse; toujours il a revu les cheveux blonds, les abeilles, le verger cher à son cœur. En écrivant les Confessions, la Nouvelle Héloïse, l'amant était désenchanté de la femme, mais le poète adorait et adora jusqu'à la fin la Julie idéale, qui lui avait donné son âme rêveuse et sa tendresse pour la nature, la Julie qu'il avait rencontrée, comme Pétrarque avait rencontré Laure, au seuil d'une église; et, de même que Pétrarque avait fermé les yeux en écrivant un sonnet pour Laure, il voulut, au déclin de sa vie, revoir la tombe de M"* de Warens, à l'église du Lémenc, et il pensait encore à elle en écrivant, un mois avant sa mort, sa dernière rêverie d'un promeneur solitaire.
Nous venons aussi aux Charmettes, parce que Jean-Jacques y a trouvé l'expression heureuse de la pastorale rêvée et jouée par son temps, et confondu le décor particulier de ses amours avec le décor champêtre qui avait plu à tout le dix-huitième siècle. Sans doute on aimait la nature avant Rousseau, et le succès de VAstrée, l'abondance des comparaisons rustiques dans François de Sales, les réunions de ces amis au milieu des champs prouvent bien que les bergers étaient à la mode en France avant les paysans. Bien avant lui, dans le même horizon que l'on découvre des Charmettes, dans la belle vallée qui se déroule comme un torrent de verdure entre le lac du Bourget et la forteresse de Montméhan, il y