LE BOURGET : LE CLOITRE
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avait eu des Sylvandres, des paniers, des houlettes et des trophées rustiques. Dans tous les châteaux, dont les tours se passaient la nuit comme un flambeau les signaux de feu, et qui prenaient leur cri de ralliement au donjon de Chambéry, se continuait depuis longtemps, à l'ombre des courtines, le même échange de rendez-vous, de repas sur l'herbe et de délassements.
Les seigneurs qui les habitaient renouvelaient chez eux les tournois, les cours d'amour que leur suzerain, le comte de Savoie, organisait à Chambéry, et presque tous, en souvenir de leurs exploits chevaleresques, ils avaient leur devise et leur blason peints à la clef de voûte de la cathédrale, autour de ceux d'Amédée VI, le comte Vert, qui luimême avait paru aux joutes avec un cheval tout caparaçonné de vert et une suite de gens en livrée verte.
Déjà un poète, qui fut l'ami de Ronsard, le tamilier d'Emmanuel-Philibert et de sa femme, Marguerite de France, s'était retiré sur la colline de Tresserve, et il avait chanté, lui aussi, le lac du Bourget, les amis qui se réunissaient chez lui et, pareils aux jeunes seigneurs du Décaméron, occupaient leurs journées loin de la ville, que cependant on découvrait en bas dans la plaine, à des entretiens dignes de Boccace. Marc-Claude de Buttet avait célébré le mariage de sa souveraine dans son Epithalame, ce qui veut dire qu'il avait vécu à la cour, mais il avait aussi chanté
ÉGLISE DU bourget: HAUTS-RELIEFS
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son Amalthée, de même que Ronsard avait rimé pour Cassandre et du Bellay pour Olive.
Rousseau n'a donc pas inventé le sentiment de la nature, mais par lui ce goût devint un culte et, de même que les moines autrefois avaient établi leurs couvents, leurs chapelles dans les sites les plus romanesques, de même dans les endroits qui auraient pu abriter des monastères on éleva des temples à la nature, des autels à la rêverie, et les idylles s'allongèrent en sermons. Il y a dans une religion des heures consacrées au recueillement, qui n'excluent pas les heures réservées au train coutumier de la vie ; il y eut dans les jardins un bosquet pour causer et des allées solitaires pour se recueillir, et si, à la Malmaison, Delille écrivit son poème des Jardins sur la bande de papier où se déroulait le tracé de la dentelle que brodait Madame Lecoulteux-du-Moley, il était convenu que ceux qui voulaient rêver et ne pas s'aborder tiendraient une branche de verdure à la main.
Il se trouve ainsi que la Savoie, dans sa nature comme dans ses églises et son doux mysticisme, fut en quelque manière l'inspiratrice et la muse du « citoyen de Genève ». Celui-ci, d'ailleurs, le lui a bien rendu. Dans les vingt ou trente gentilhommières que l'on découvrait du donjon de Chambéry, on se prit à vivre comme on vivait dans la Nouvelle Héloïse, et cela fut d'autant plus aisé à leurs habitants que, maintenant, ils