AIX : LA PENSION PERRIER (PENSION CHABERT
de ces gentilshommes d'autrefois, qui vivaient à la campagne entourés de leurs familiers, c'est enfin oublier que tous ces hommes, en un temps où l'on avait mis l'athéisme à la mode, avaient pris comme dieu Jean- Jacques Rousseau.
Familles de soldats, de parlementaires, où l'on se léguait de père en fils les vieux livres, les épées à poignées d'argent, où tous les enfants faisaient leurs études chez les jésuites, « ces grands modeleurs d'âmes », et recevaient une culture forte, antique, dans la tradition du seizième siècle, et qui conservaient chacune, dans un grand salon aux boiseries claires, les œuvres de Jean-Jacques posées sur les rayons d'un bonheur-du-jour. Même chez les de Maistre, qui mettaient leurs portraits de sénateurs en robe noire, à manches rouges, à côté de celui du président Favre, on savait par cœur des passages de la Nouvelle Héloïse.
Voilà pourquoi Lamartine, élevé chez les jésuites de Belley, se rapprocha tout de suite de Louis de Vignet, son camarade de classe, le neveu de Joseph de Maistre. C'est qu'en se promenant dans la charmille du collège, il se rappelait qu'à Milly il y avait dans la chambre de sa mère un petit clavecin avec les feuillets épars du Devin du Village, c'est que, le dimanche, en allant à la cathédrale, il se souvenait que, dans cette église où François de Sales avait consacré Camus évêque de Belley, Rousseau, portant la caisse à musique de Monsieur Le Maître, était venu