LA CHARMILLE DE TRESSERVE
chent dans notre mémoire par la double aventure d'Eléonore et d'Elvire, et leurs noms, jadis ignorés, sont devenus célèbres par le prestige délicat d'un amour partagé : Montagnole et la cascade de Couz nous sont désormais aussi familiers qu'Ermenonville et la fontaine de Vaucluse. Ce qui distingue chacun de ces coins de nature, ce n'est pas l'architecture des montagnes qui les dominent ; il n'y a pas qu'en Savoie une belle vallée se déroulant entre deux chaînes de montagnes comme un fleuve entre deux rangées d'arbres, et Chateaubriand, qui préférait le miel de Chamonix au miel de l'Hymette, pouvait comparer la vallée de Chambéry à la vallée de l'Eurotas, la ligne sévère des Bauges aux purs sommets du Taygéte. Ce qui les distingue et prouve bien qu'à l'ombre
des mêmes murail-
GORGES DU SIERROZ (CASCADE DE GRÉSy)
les une fleur différente peut éclore, cyclamen ou lys bleu, c'est que là des amants s'étaient passé le flambeau d'amour, comme autrefois les tours des châteaux se renvoyaient les signaux de feu.
De même que Lamartine était allé en pèlerinage aux lieux qu'habitait l'ombre d'Eléonore, de même que George Sand avait rendu aux Charmettes la visite que Rousseau avait faite, un siècle plus tôt, à son aïeule et conservait à Nohant l'herbier cueilli dans le verger de Maman, ainsi nous allons aux lieux où semble s'exhaler encore, comme un parfum d'immortelles, la personnalité tendre et délicate de Raphaël et d'Elvire.
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