‹ La Savoie (volume 3)Chapitre 18 sur 63 · LA PROMENADE D EV · texte numérisé non relu

LA PROMENADE D EV

s'éveille. Je me rappelle, en voyant les motifs chrétiens se mêler partout aux rites d'une liturgie géorgique, avoir assisté à un office dans le temple de AU Soûls' à Oxford. « Le Collège de toutes les âmes ! » Quel joli nom conciliateur, un nom digne de saint François de Sales ! C'était un service d'actions de grcâce à l'automne, et l'église était parée à l'intérieur de gerbes de blé, de fruits, de légumes, des plus beaux produits de la terre, qui mettaient là plus de nature et de ciel. De même, ici, de semblables pensées viennent à l'esprit lorsqu'auprés d'une croix, au carrefour d'un verger, de beaux fruits se balancent. Et la Dranse franchie, c'est une contrée plus efféminée, plus orientale, participant de la Savoie qu'on vient presque de quitter, et de l'Italie dont on s'approche. On s'attend moins à voir des clochers que des campaniles, des villas toutes blanches, de petits palais de marbre, avec un toit plat, une galerie portique, des frises pompéiennes. Entre la nappe bleue et l'incision nerveuse des rochers gris sur le ciel pâle, des montagnes et des collines surmontées de gentilhommières, de prieurés et de chapelles forment un fond. Sur les premières courbes, d'un vert tendre, la vigne monte et grimpe en festons, en guirlandes, s'enroule autour des troncs d'arbres morts — et ce sont des crosses, — s'écarte de l'un pour rejoindre l'autre en suivant une perche — et ce sont des hiitins. Rien n'est plus charmant que ces crosses et ces hutins qui, reliés par les grappes et les pampres, se tressant des couronnes, ont l'air de se donner la main pour danser une farandole qui, se resserrant et lançant ses arceaux, voudrait enfermer le pays en une treille immense. Plus haut, le contour des bois s'indique par un filet d'ombre bleue, les châtaigniers arrondis en boule ondulent en masses d'ombre et de clarté, et sur le fond indécis des derniers pâturages,

ÎVIAN MODERNE

les sapins tissent un écran de verdures dégradées. On ne se fatigue pas de l'immensité de cette nature, grâce à la variété des premiers plans, à l'harmonie des couleurs. Ici, c'est un champ de blé ondulant en paix devant le lac d'opale, et les meules se dressent en d'opulentes javelles, tandis qu'entre leurs tas, disposés en quinconces, quelque glaneuse, courbée, ramasse dans son tablier les épis que le lieur a laissés échapper ; là, c'est une jeune femme qui reconduit une vache à l'étable, et quand elle ralentit le pas, le museau de la bête l'effleure et le buste nerveux se dresse dans la lumière, entre les cornes, comme emprisonné dans le croissant d'une lyre. Des fillettes, couronnées d'une guirlande de liserons, riant et poussant devant elles à coups de baguette une chèvre blanche et noire, déroulent sur le chemin une véritable frise de Clodion. Ainsi, toujours une image de beauté sylvestre nous accompagne, et sa vue, alliée dans l'esprit aux coutumes anciennes, nous ramène aux temps bibliques, où s'unissaient le mystère et le rythme, ces deux éléments essentiels de tout culte...

LE CHATEAU DALLAMAN

.LLEE UE CHATAIGNIERS

Le groupe charmant batitole dans la pastorale, il monte vers les châtaigneraies, et sa marche capricieuse résume, à mon sens, la diversité infinie d'une contrée qui semble ordonnée et frappée dans ses grandes lignes, mais réserve des surprises à ceux-là mêmes qui en connaissent les moindres sentiers. Vus de loin, les coteaux ne font qu'un avec la montagne ; on s'approche, et je ne sais quoi d'aérien souligne mieux leur galbe. On arrive au faîte, et l'on mesure le vallon qui court entre les deux portants du décor. Los profils s'aplanissent, et prés du village de Saint-Paul, dont le clocher autrefois couronnait l'élan de tout le paysage, un lac en miniature enfermant, dans un cadre japonais de roseaux et de sapins noirs, la vie fantasque des libellules, fait songer à cet autre lac silencieux de la Vallée-aux-Loups, qui semblait attendre les frissons du vent et que le romantisme avait appelé « Ecoute s'il pleut ». L'eau apparaît comme le motif principal de cette harmonie rustique; venue on ne sait de quels névés, elle s'insinue dans la terre par de lentes infiltrations, qui en sont comme les veines cachées ; elle sourd goutte à goutte, s'amuse en ruisseaux furtifs, couche l'herbe des prairies, puis recueillie dans un tronc d'arbre creusé en pirogue, elle tombe, reprend son élan, fait tourner la roue d'un moulin, s'enfle, bondit en cascade, s'étale dans une nappe transparente, s'écoule mystérieusement, s'enfuit en se cachant, pour reparaître plus loin et jaillir dépouillée, cristallisée, au-dessus d'une vasque de marbre rose. Reliant la montagne et la plaine, elle ressemble à ces jeunes paysannes qui à l'aube vont cueillir les cyclamens et vous les offrent au matin dans les rues d'Evian. De même que la feuille de cyclamen, diversement colorée, se nuance en mauve, s'inspirant de la fleur, l'eau pour ainsi dire

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