LES GORGES DE LA DRANSE
Prés d'un vieux pont en dos d'âne, qui leur fait une génuflexion, les trois Dranses, venues de Bellevaux, d'Abondance et de Saint- Jean-d'Aulps, se réunissent comme les bandelettes d'une mitre, et de là vont porter jusqu'aux grèves de Saint-Disdille le murmure des oraisons de trois monastères. La route que je viens de parcourir, les grands fondateurs d'ordres l'ont parcourue. Arrivés à ce carrefour, ils hésitaient un instant et puis, après une courte prière, ils suivaient le chemin qu'ils avaient choisi. Les uns se dirigèrent vers la Chartreuse de Wallon, au pied du roc d'Enfer ; les autres, vers Saint-Jean-d'Aulps ; d'autres enfin, que je veux accompagner, vers Abondance.
Au sortir d'une gorge resserrée, aride comme
une sierra, la vallée se déroule et s'épanouit en
prairies et, à chacun de ces élargissements qui
ressemblent à des anneaux de verdure, c'est une
autre route qui part à travers d'autres montagnes,
une ruine qui raconte l'interdiction ou la conquête du passage, un village qui trahit
une plus grande facilité de vie, une chapelle enfin qui marque les étapes de la propagande
religieuse. Ici, un reposoir pour la bénédiction des troupeaux ; là, un oratoire qui est